Fort Chabrol

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L'immeuble du 51, rue de Chabrol en 2009

Fort Chabrol désigne l'épisode rocambolesque qui se déroula du 12 août au 20 septembre 1899, quand Jules Guérin se retrancha pendant 38 jours dans un immeuble de la rue de Chabrol à Paris, alors que le gouvernement français Waldeck-Rousseau (alors président du Conseil) craignait une émeute nationaliste et monarchiste à l'occasion du procès en révision d'Alfred Dreyfus à Rennes.

Histoire[modifier | modifier le code]

« Le dernier ravitaillement du Fort Chabrol. Poursuite sur les toits ». Une du Supplément illustré du Petit Journal du 1er octobre 1899.

Pierre Waldeck-Rousseau voulait engager des poursuites contre les dirigeants des ligues nationalistes, accusés de complot contre la sûreté de l'État.

Le 12 août 1899, les autorités font arrêter Paul Déroulède et les dirigeants de la Ligue des patriotes, ainsi que les chefs des Jeunesses royalistes et de la Ligue antisémitique de France. Refusant d'obtempérer au mandat d'amener lancé contre lui, Jules Guérin, président de la Ligue antisémitique et directeur du journal hebdomadaire L'Antijuif, se retranche au « Grand Occident de France », n° 51, rue de Chabrol.

L'immeuble, mis en état de siège, est ravitaillé dans les jours qui précèdent sa reddition à partir d'un logement loué au n° 114 de la rue Lafayette. Lancés des toits, les paquets n'atteignent pas tous leur but : certains tombent dans la rue. Après trente-huit jours de résistance, les insurgés se rendent, le 20 septembre 1899.

Le Sénat se constitue en Haute Cour de justice pour juger Déroulède, Guérin et soixante-cinq de leurs partisans, accusés de complot contre la sûreté de l'État. Le 20 août 1899, cependant, de violentes bagarres éclatent entre antisémites et révolutionnaires, aux abords de « fort Chabrol ». Tous sont refoulés par la police vers la rue Saint-Maur, et c'est alors que des anarchistes saccagent l'église Saint-Joseph.

À cause de ces divers incidents, la première audience a lieu le 9 novembre 1899 et la sentence est prononcée le 4 janvier 1900. Déroulède et André Buffet sont condamnés à dix ans de bannissement, Guérin à dix ans de détention. Tous les autres accusés sont acquittés, sauf Eugène de Lur-Saluces qui, une fois arrêté, est condamné à cinq ans de bannissement.

Le but de Waldeck-Rousseau était en réalité de réduire le travail politique des nationalistes à une agitation confuse qui leur sera, à long terme, très préjudiciable.

Jules Guérin caricaturé par Charles Léandre pendant son procès en Haute Cour.

Postérité[modifier | modifier le code]

À la suite de cet événement, l'expression « un fort Chabrol » est passée dans l'usage dans plusieurs pays francophones, pour désigner une situation où un individu – généralement armé, parfois avec otages – se retranche dans un immeuble entouré par les forces de l'ordre. On trouve des exemples dans la presse[1],[2].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Fort Chabrol à Tamines », sur le site LeVif.be
  2. « Fort Chabrol à Houdeng-Goegnies », sur le site LaGazette.be

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]