Restauration nationale (France)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Restauration nationale

Cadre
But Instauration d'une monarchie
Défense de l’intérêt national
Réflexion sur la politique
Zone d’influence Drapeau de la France France
Fondation
Fondation 1955
Fondateur Pierre Juhel, Louis-Olivier de Roux, Georges Calzant
Identité
Siège 10, rue Croix-des-Petits-Champs
75001 Paris
Secrétaire général François Bel-Ker
Membres 3 000 ()[1]
Représentativité Restauration Nationale (périodique)
Slogan Tout ce qui est national est nôtre
Site web actionfrancaise.net

La Restauration nationale, parfois désignée sous l'acronyme RN, est un mouvement politique français du courant royaliste s'inscrivant dans la suite de l'Action française, et situé à l'extrême droite[2],[3]. Fondée en 1955 au début de la guerre d'Algérie par Pierre Juhel et Louis-Olivier de Roux, tous deux anciens Camelots du roi, la Restauration nationale se définit alors comme le « Centre de propagande royaliste d'Action française ».

Elle prend position pour l'Algérie française et est en faveur de l'Organisation de l'armée secrète. Plus tard, dans les années 1970, une séparation a lieu avec quelques militants qui créeront la Nouvelle Action française, mouvement politique dit « maomaurrassien ». Puis en 1997, une nouvelle divergence voit le jour — cette fois-ci entre Pierre Pujo et Hilaire de Crémiers — qui finit par scinder la RN en deux parties : d'un côté, le Centre royaliste d'Action française est créé et dirigé par Pierre Pujo, de l'autre la Restauration nationale est reprise par Hilaire de Crémiers qui garde les droits et le sigle de l'association.

Finalement, après une politique de rapprochement mise en place en 2010 lors du défilé en mémoire de Jeanne d'Arc et du Camp Maxime Real del Sarte, la Restauration nationale et le Centre royaliste d'Action française (CRAF) se rapprochent, jusqu'à s'exprimer d'une seule voix lors d'une déclaration commune donnée le au siège du CRAF, rue Croix-des-Petits-Champs à Paris. En , le Centre royaliste d'Action française et la Restauration nationale fusionnent pour ne créer qu'un seul mouvement[4].

Création[modifier | modifier le code]

À la suite de la condamnation en 1945 de Charles Maurras et de Maurice Pujo pour intelligence avec l'ennemi, l'appellation Action française est interdite. La pensée maurrassienne quant à elle demeure grâce à quelques militants comme Pierre Gaxotte ou Thierry Maulnier qui « contribuent à maintenir une forme diffuse, nuancée, atténuée, dégradée parfois, mais toujours vivante, de pensée maurrassienne »[5]. Cette influence persiste également chez quelques intellectuels tels Henri Massis, Michel Déon, Antoine Blondin, Jacques Laurent et Roger Nimier[5] et sensiblement chez les rédacteurs de Rivarol et des Écrits de Paris. Mais de manière générale, le mouvement renaît grâce à deux figures : Maurice Pujo et Georges Calzant, tour à tour directeur de la revue Aspects de la France publiée depuis le [5]. Dès lors, divers écrivains et personnages reprennent les idées de l'Action française comme le « nationalisme intégral » et le vocabulaire comme « la France seule » : Georges Gaudy, Firmin Bacconnier, Robert Havard de la Montagne, Xavier Vallat, Pierre Boutang[5]. Autour de la revue s'organise alors un mouvement politique héritier de l'Action française, le « Centre de propagande royaliste d'Action française » officiellement appelé Restauration nationale, fondé en 1955[5]. Il est présidé à partir de 1962 par l'industriel nantais Bernard Mallet, P-DG des Ets Brissonneau § Lotz, et ancien du Centre des jeunes patrons de Nantes[6].

Longtemps animée par Pierre Juhel, secrétaire général, puis par Pierre Pujo, le fils de Maurice Pujo, la RN bénéficie du soutien de militants royalistes de la première heure comme Jacques Maurras et Guy Coutant de Saisseval ou encore Pierre Philippeau.

Dans les années 1990, Pierre Pujo, alors directeur et gestionnaire de la Restauration nationale entre dans une situation conflictuelle avec Hilaire de Crémiers. Celui-ci indiquant que la RN serait mal gérée et donc mettant en cause Pierre Pujo, est remercié par celui-là. S'ensuit alors une bataille juridique qui prendra fin en 1997 et qui divisera la Restauration nationale en deux parties :

  • l'une, dirigée par Pierre Pujo, s'appelle désormais « Centre royaliste d'Action française » et,
  • l'autre, dirigée quant à elle par Hilaire de Crémiers, garde le nom et le sigle de la « Restauration Nationale » d'antan.

Ligne de conduite[modifier | modifier le code]

S'agissant de l'Europe ou de l'outre-mer, de la dégradation des mœurs ou de la politique économique, elle dénonce les dangers du libéralisme avancé et prône une politique authentiquement nationale ; ainsi s'opposera-t-elle au giscardisme dès par exemple.

En bonne héritière de l'Action française, la Restauration nationale ne cesse d'être guidée par ce que Charles Maurras appelait les « idées-mères »[7].

La RN et l'Outre-mer français[modifier | modifier le code]

L'Algérie[modifier | modifier le code]

Créé en pleine guerre d'Algérie, suivant le critère de l'intérêt national, le cercle royaliste militera toujours en faveur de l'Algérie française et apportera un vif soutien à l'OAS. Ainsi Pierre Juhel soutiendra Pierre Sergent, chef de l’OAS-Métro[8].

Organes de presse[modifier | modifier le code]

Le principal périodique qui diffusait les idées de la RN est Aspects de la France, créé quelques années plus tôt par Georges Calzant pour reprendre les traits de L'Action française. À partir des années 1960, la Restauration nationale crée divers suppléments dont :

En 1992, le périodique Aspects de la France change de nom pour s’appeler L'Action française hebdo.

Le périodique Restauration nationale[modifier | modifier le code]

En 1963, le mouvement crée un bulletin mensuel inter-sections (8e, 16e, 17e) nommé Restauration nationale.

En 1971 (n° 1, ), le périodique devient Nouvelle Action française à la suite de la fondation du mouvement Nouvelle Action française par les dissidents Gérard Leclerc, Yvan Aumont et Bertrand Renouvin.

À partir de 1998, le mouvement fonde un nouveau périodique (trimestriel) intitulé Restauration nationale, dirigé par Hilaire de Crémiers.

Diverses séparations[modifier | modifier le code]

Au début des années 1970, quelques militants tels Bertrand Renouvin, Gérard Leclerc et Yvan Aumont souhaitent renouveler la pensée maurrassienne en s'inspirant notamment des idées issues de mai 1968. Ce courant se range clairement à l'« extrême-gauche » en défendant un royalisme antifasciste, certains l'appelant alors « mao-maurrassien ». Un désaccord voit le jour avec les dirigeants de la RN, Pierre Juhel et Pierre Pujo, qui les forcera à la quitter pour fonder la Nouvelle Action française incarnée par le comte de Paris Henri d'Orléans qui devient par la suite la Nouvelle Action royaliste.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Action française 2000 ne paraîtra plus », sur valeursactuelles, .
  2. Girardet Raoul, « L'héritage de l'« Action française » », Revue française de science politique, no 4 (7e année),‎ , p. 765-792 (DOI 10.3406/rfsp.1957.392438, lire en ligne).
  3. La Restauration nationale : Un mouvement royaliste sous la 5e République (préface de Nonna Mayer), Paris, Éditions Syllepse, coll. « Mauvais temps », , 371 p. (ISBN 978-2-913165-87-8) (texte remanié d'une thèse de doctorat soutenue en 1997.) « Née des retombées de la guerre de 1870 et de l'Affaire Dreyfus, l'Action française disparaît en 1944, compromise par ses liens avec le régime de Vichy. Elle renaît dès 1945 à travers une publication clandestine. Lentement, les partisans de la monarchie et du maréchal Pétain reconstruisent leurs réseaux. À la veille de la guerre d'Algérie, l'organisation royaliste est reconstituée sous le nom de Restauration nationale. Elle se range aux côtés des partisans de l'Algérie française et l'Organisation de l'armée secrète trouve en elle un de ses meilleurs soutiens. Cette réapparition du courant royaliste sur la scène politique, et sa permanence durant ces 50 dernières années, va marquer l'histoire d'après-guerre de l'extrême droite en France. »
  4. « Grande journée d'Action française », sur Paris Vox, (consulté le ).
  5. a b c d et e Raoul Girardet cité dans Ariane Chebel d'Appollonia, L'extrême-droite en France : De Maurras à Le Pen, Volume 1, Editions Complexe, 1998, 519 pages, p. 281
  6. Jean-Paul Gautier, La Restauration nationale : un mouvement royaliste sous la Ve République, Syllepse, 2002, Patrick Louis, Histoire des royalistes de la Libération à nos jours, J. Grancher, 1994. Les Ets Brisonneau et Lotz sont une entreprise de construction mécanique, avec des usines à Nantes, La Rochelle et Creil. Mallet dirige la société avec les deux frères Brissonneau (il a épousé leur sœur Yvonne ) jusqu’à sa démission en juin 1970 ( il meurt en 1971, ironie du sort un 14 juillet ). La société a passé des accords avec des groupes étrangers. Pour l’accord concernant la fabrication de matériel frigorifique, Cf. La Revue générale du froid, 1960, n° 37 : la revue fait part de l’accord Brissonneau-Lotz /firme York, filiale d’un groupe américain de Chicago, constituant un conseil d’administration franco-américain et chargeant Mallet de sa présidence. L’histoire de la société est évoquée dans Catherine Sellenet, La résistance ouvrière démantelée, L’Harmattan, 1997, p. 53-56. Pour son appartenance au CJP dans les années 1950, cf. l’entretien avec Wladimir Zalkind dans « Les grèves de 1955 à Saint-Nazaire et à Nantes, paroles d’acteurs II- du côté des patrons », revue Agone, n° 33/2005 ( en ligne ). Il est proche du Centre d'études politiques et civiques pour lequel il a donné des conférences
  7. Déclaration de Pierre Pujo du 8 février 1979, parue dans Supplément n°1 à Aspects de la France, n°1636, 31 janvier 1980
  8. Jean-Paul Gautier, La Restauration nationale : un mouvement royaliste sous la 5e république, Syllepse, 2002, 371 pages, p. 47.
  9. Ariane Chebel d'Appollonia

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]