Fondamentalisme

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Le fondamentalisme désigne une adhésion à des doctrines radicales et peu nuancées, généralement religieuses, mais aussi séculières ou même anti-religieuses. Le mot peut faire référence à toute idéologie, y compris politique.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le fondamentalisme se caractérise par une interprétation littérale des textes, un radicalisme de l’argumentation et une hostilité à l’égard de l’opinion contraire[1]. On y trouve une hétéronomie manifestée par la conviction de posséder une vérité absolue, indiscutable et unique, avec recours à des arguments d’autorité. Le fondamentalisme est fréquent dans les religions[2], en politique[3] mais aussi dans d’autres mouvements séculiers[4],[5],[6] et même en sciences, en technologie et en droit, où il peut se manifester par l’attachement inconditionnel à des méthodologies, modèles, hypothèses ou lois validées à une période de l’histoire des sciences, de l’histoire des techniques ou de l’histoire du droit, puis progressivement remises en question par de nouvelles découvertes et recherches ou par l’évolution des sociétés[7], dont l’intégration dans le corpus des connaissances, des technologies et des lois, est ainsi retardée[8],[9],[10].

Politique[modifier | modifier le code]

En politique, le mot « fondamentalisme » est employé pour désigner une conception « scientiste »[11] destinée à faire prévaloir un pouvoir économique, communautaire ou religieux[12],[13] de l'existence ou un absolutisme moral dans les domaines philosophique[14], intellectuel ou économique[15]. Le fondamentalisme cherche à justifier une conception du monde répondant à un besoin de sécurité intellectuelle et existentielle[16], de reconnaissance identitaire[17] ou de supériorité structurelle[18].

Religions abrahamiques[modifier | modifier le code]

Le monothéisme des trois religions abrahamiques se prête au fondamentalisme dans la mesure où ce sont des « religions du Livre », livre sacré censé transcrire la pensée du dieu unique lui-même et donnant ainsi à ceux qui le citent et le commentent une grande autorité morale sur leurs coreligionnaires[19].

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Le fondamentalisme juif est présent dans le sionisme religieux militant ou dans le judaïsme haredi[20] qui considèrent que la notion de judaïsme laïc ou culturel n'a aucune légitimité ni signification, et qui entend imposer la pratique de la halakha à toute communauté juive et à toute la société israélienne, sous peine d'exclusion sociale[21].

Christianisme[modifier | modifier le code]

L'expression « fondamentalisme chrétien » fut employée pour la première fois lors des réunions de la « Niagara Bible Conference » (1878-1897[22]). Il prit son essor en milieu protestant aux États-Unis, au début du XXe siècle, par la diffusion de brochures de l'Église presbytérienne de l'Amérique du Nord (devenue Église presbytérienne aux États-Unis d'Amérique), lesquelles ont défini les « Fundamentals » du christianisme tel qu’envisagé par cette Église ultraconservatrice[23]. Un autre exemple de fondamentalisme chrétien est la ligue pour la vertu au sein de l'église catholique aux États-Unis[24],[25].

Islam[modifier | modifier le code]

Le fondamentalisme islamique est présent, depuis le XVIIIe siècle, principalement dans des mouvements salafites ou wahhabites  : il affirme s'appuyer sur une lecture littérale du Coran mais en fait ignore de nombreuses prescriptions coraniques compatibles avec une cohabitation harmonieuse avec d'autres religions et une égalité hommes-femmes (comme la pratiquent le hanafisme sunnite ou l'alévisme chiite), et met en avant d'autres prescriptions, beaucoup plus sévères, restrictives et discriminatrices, issues des interprétations ultérieurement sacralisées du fiqh, de l’ijtihad ou du qiyâs[26],[27],[28],[20].

Hindouisme[modifier | modifier le code]

Le fondamentalisme hindou est officiellement né d'un engagement désintéressé au service de l'Inde, notamment contre le colonialisme britannique, mais est souvent classé parmi les groupes suprémacistes[29],[30] visant à aligner la législation indienne sur les prescriptions religieuses hindouistes et à combattre le séparatisme musulman[31], en s'inspirant ouvertement des groupes d'extrême droite européens[32],[31] dont le Parti nazi[33].

Références[modifier | modifier le code]

  1. André Gounelle, Vocabulaire théologique : Le théologien protestant André Gounelle discute ainsi du fondamentalisme : « Le fondamentalisme rechigne à la critique, au sens propre du mot, c'est-à-dire à la distinction, au discernement, au tri » (lire en ligne)
  2. Sébastien Fath, art. « Fondamentalisme », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 4 décembre 2015. URL : [1]
  3. Frank Pasquale, (en) Secularism & Secularity: Contemporary International Perspectives, Institute for the Study of Secularism in Society and Culture (ISSSC), Hartford, Conneticut 2007, p. 46.
  4. Fabrice Hadjadj, Comment parler de Dieu aujourd’hui, ed. Salvator, Paris 2012, p. 41 et 42 : « Nietzsche identifie le discours sur Dieu avec le discours fondamentaliste, c'est-à-dire un discours où le mot « Dieu » sert de baguette magique, où la foi exclut la raison, où la rédemption s'oppose à la création, et donc où Dieu, auteur de l'au-delà, devient l'ennemi de Dieu, auteur de l'ici-bas. Les rivaux se ressemblent. L'athée a ceci de commun avec le fondamentaliste : il parle de Dieu avec autant de facilité. (…) Et de même que le fondamentaliste met ce nom à toutes les sauces, vous (le fondamentaliste athée) le vouez à tous les diables. Pour le premier, il suffit de dire Dieu, et tout est réglé. Pour le second, tout est réglé parce qu'on ne le dit plus (mais il faut à chaque fois redire qu'il ne faut plus le dire !). »
  5. Raymond Lemieux, art. « Le fondamentalisme avec ou sans Dieu », dans Relations n° 788, janvier-février 2017.
  6. Chris Hedges, (en) America's New Fundamentalists, When Atheism Becomes Religion, Free Press 2008.
  7. (en) Quentin Skinner, « Meaning and Understanding in the History of Ideas », History and Ideas 8 (1),‎ , p. 3–53.
  8. Thomas Pavel in : Dragan 2012, p. 126
  9. François Dosse : Dosse 1991, p. 13
  10. Léon 2013, p. 5
  11. « Scientisme », Encyclopédie de l'Agora (consulté le ).
  12. Vincent Cheynet, « Le choc de la décroissance », sur seuil.com, Seuil, 228 p., (consulté le ) : « Tous les fondamentalismes, qu'ils soient politiques, religieux ou scientifiques, ont une matrice similaire : ils considèrent leurs interlocuteurs non comme d'indispensables et légitimes contradicteurs mais comme des incarnations du Mal, des ennemis à abattre. Il existe des fondamentalismes religieux, de gauche, de droite et même écologistes ou de décroissance. Quelle que soit leur tendance, les fondamentalismes se caractérisent par le fait que tous donnent une explication "totale" du monde et de la condition humaine. Ils réfutent toute idée d'inconnu intangible à cette condition. Ils rejettent dans l'hérésie ceux qui fondent leur fonctionnement sur le doute. ».
  13. Ron Mallon, "Naturalistic Approaches to Social Construction", Twenty-Third Publications (lire en ligne)« « Epistemological Fundamentalism: a. Accommodating Science: Most contemporary naturalists take science to be an enormously successful enterprise, and so other knowledge claims must either cohere with the findings of our best science or explain those findings away. […] Because naturalists are typically committed to science as a central, infaillible, avenue of knowledge about the world (i.e. some variety of epistemic fundamentalism), naturalists will want to explain how this can be if, as social constructionists about scientific representations note, empirical observation is theory-laden and scientific theories are themselves subject to massive social influences. » »
  14. Ernest Gellner, Postmodernism, Reason and Religion, Londres et New-York, 1992, pp. 80 et ss., (ISBN 0-203-41043-2)
  15. « George Soros s'en prend au « fondamentalisme de marché » », sur Zone Bourse, (consulté le ).
  16. James Barr, (en) Old and New interpretation, SCM Press Ltd, Londres 1964, p. 205-206 : « Il semble que toutes les formes de tradition religieuse ou d'expression théologique sont capables d'être tournées en une sorte de sécurité humaine à partir de l'autorité que ces formes impliquent, et dans un instrument par lequel les hommes essaient de justifier et de poursuivre leur désir de pouvoir. Aucun principe ou formule ne sera jamais capable de faire ici les discriminations nécessaires. » (Traduit par Luc Chartrand, La Bible au pied de la lettre, Le fondamentalisme questionné, Mediaspaul 1995, p. 68)
  17. Art.: « Débat avec Mohammed Arkoun, Jean Baubérot, Raphaël Drai et Françoise Smyth-Florentin » in : Autres Temps. Les cahiers du christianisme social No 38, 1993. p. 64-77 : [2] : « Il y a des religions à l'intérieur d'une même confession […]. C'est l'identitaire qui est le lieu de la décision critique ; […] On peut aussi parler de fondamentalisme biblique chaque fois que dans nos propres Églises, ou à leur frange, l'Évangile est lu, non pas dans une perspective de dynamique libératrice — dynamique qui ne peut laisser présager l'état du sujet au bout de sa lecture — mais au contraire dans une perspective propre à sauvegarder au maximum l'identité du lecteur. Le Livre sert ainsi à majorer le pôle religieux identitaire ou le pôle identitaire dans le religieux ».
  18. Pendant la « guerre froide », le marxisme-léninisme s'étant auto-défini comme « scientifique » et « rationnel », toute opposition était dévalorisée comme nécessairement « viscérale » et « irrationnelle », mais à l'issue de cette « guerre froide », ce sont les sociétés marxistes-léninistes, y compris leurs élites, qui ont fini par abandonner cette croyance quasi-religieuse (régulièrement mise en scène dans de grandioses liturgies de masse) pour adopter le capitalisme qui, dans ses grandes écoles et instituts de formation commerciale, étudie scientifiquement le psychisme humain et met en application une stricte méthodologie pour l'influencer en fonction des besoins des marchés : cf. Daniel Mercure (dir.), Une Société-monde ? Les dynamiques sociales de la mondialisation, De Boeck Université 2001, p. 12 ; Marie Cuillerai, art. « L'ultra-libéralisme » dans La Communauté monétaire, prolégomènes à une philosophie de l'argent, L'Harmattan, 2001, p. 97 et Joseph Stiglitz, La Grande Désillusion, 2002.
  19. M. Marty & R. S. Appleby, (en) art. « Conclusion : An Interim Report on a Hypothetical Family », in : Collectif, The Fundamentalism Project, Fundamentalisms Observed, The University of Chicago Press 1991, Chicago, Londres, p. 826.
  20. a et b (en) Mark Juergensmeyer et Wade Clark Roof, Encyclopedia of Global Religion, vol. 1, USA, SAGE, , p.419.
  21. [3]
  22. Luc Chartrand, La Bible au pied de la lettre, Le fondamentalisme questionné, Mediaspaul, 1995, p. 20 : « À partir de ce jour, les fondamentalistes constituent une entité sociale repérable et organisée. Cette première organisation vise avant tout à s'opposer à ce qu'il est convenu d'appeler le modernisme ».
  23. Marsden, George M., Fundamentalism and American Culture, (1980) Oxford University Press, Oxford p. 117.
  24. Ludwig Ott, Fundamentals of Catholic Dogma, Mercier Press Ltd., Cork, Ireland, 1955, p. 256.
  25. Article dans l'encyclopédie britannique : [4].
  26. Nordine Aïssou, « Le fiqh est-il réellement un droit ? », De même, "L'imam Ash-Shafi'i (mort en 820) opta pour des solutions en Irak différentes à bien des égards de celles qu'il avait adoptées en Égypte (ancienne école / nouvelle école)", sur mizane.info, (consulté le ).
  27. Louis Milliot, Introduction à l'étude du droit musulman, Sirey, 1953, p.  135.
  28. François-Paul Blanc, Le droit musulman, Dalloz, 2e édition, 2007, 128 p., p. 76-84.
  29. (en) Eric S. Margolis, War at the Top of the World : The Struggle for Afghanistan, Kashmir and Tibet, Taylor & Francis Group, , 250 p. (ISBN 978-0-415-93062-8, lire en ligne), p. 95.
  30. The RSS: Militant Hinduism by Jean A. Curran, Jr. Far Eastern Survey, Vol. 19, No. 10 (17 mai 1950), p. 93-98. Published by: Institut des relations du Pacifique
  31. a et b Stephen E. Atkins, Encyclopedia of modern worldwide extremists and extremist groups, Greenwood Publishing Group, , 404 p. (ISBN 978-0-313-32485-7, lire en ligne), p. 264.
  32. Julien Bouissou, « L’Inde dans une bataille identitaire », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  33. Lina Sankari, « Inde. Modi rêve d’une race supérieure »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur L'Humanité, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]