Enfant transgenre

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Pictogramme du transgénérisme.

Un enfant transgenre ou un adolescent transgenre est une personne mineure s'identifiant transgenre et/ou transsexuelle.

Comme ces jeunes gens dépendent habituellement de leurs parents pour l'hébergement, le soutien moral et financier entre autres, et comme ils n'ont pas forcément accès aux traitements médicaux adaptés en raison de leur âge, ou de la réticence du corps médical, les jeunes trans font face à des difficultés différentes de celles des adultes.

Découverte de l'identité transgenre[modifier | modifier le code]

Le corps médical estime que la dysphorie de genre est avérée chez un enfant quand elle est « persistante, constante et insistante »[1].

Dans un tel cas, les médecins spécialistes conseillent aux parents de permettre « la transition sociale » de l'enfant, en le laissant s'habiller comme il l'entend, et adopter un nouveau prénom pour ses proches s'il le souhaite[1].

Acceptation par l'entourage[modifier | modifier le code]

L'identité transgenre n'étant pas bien reconnue et acceptée par la société, les enfants trans peuvent ressentir la nécessité de cacher leur identité à leurs parents, aux membres de la famille et aux amis, jusqu'au moment qu'ils considèrent propice à cette révélation. Le processus de coming out est source de tensions dans de nombreuses familles. Certains parents choisissent de soutenir leur enfant dès le début, ou acceptent progressivement cette nouvelle identité. D'autres réagissent très négativement, allant jusqu'à rejeter l'enfant du foyer, ou à lui imposer une « thérapie de conversion » pour le remettre « dans le droit chemin ». Ces « thérapies », liées à la droite chrétienne américaine, sont jugées dangereuses par l’association américaine de psychiatrie, et vivement contestées par une partie de l'opinion publique[2].

Vulnérabilité[modifier | modifier le code]

Les personnes transgenres sont souvent victimes de transphobie – rejetées, discriminées, insultées ou brutalisées[2]. Selon une étude italienne datant de 2011, 27, 5% des enfants trans ont déjà subi des violences[3]. Les enfants sont d'autant plus vulnérables à une multitude de problèmes tels que troubles psychiatriques, l'abus de substances, la maltraitance sur mineur ou le suicide[4]. Le taux de suicides et de tentatives de suicides dans la population tran est extrêmement élevé.

Le mal-être de ces enfants provient de leur « incapacité de pouvoir être à l'extérieur, ce qu'ils sont réellement à l'intérieur d'eux-mêmes », estime le psychiatre luxembourgeois Erik Schneider, auteur d'un rapport commandé par le Conseil de l'Europe en 2013. Selon lui, le « rejet social et les discriminations subies par ces enfants de la part de l'entourage familial et du public » provoquent des « états suicidaires »[3]. Aux États-Unis, 46 % des trans hommes et 42 % des trans femmes déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide, pour une moyenne nationale de 4,6 %, selon une étude récente de l’Institut Williams et de la fondation américaine pour la prévention des suicides[5]. En France, plus de 65 % des jeunes transgenres de 16 à 26 ans ont déjà envisagé le suicide, et près de 34 % ont déjà fait une ou plusieurs tentatives d'après une étude de HES/MAG en 2009[3].

Prise en charge médicale[modifier | modifier le code]

Traitement hormonal[modifier | modifier le code]

Les inhibiteurs de puberté sont controversés en France[1].

Bloqueurs de puberté[modifier | modifier le code]

Le traitement visant à bloquer la puberté a été mis au point au début des années 1980 pour les enfants atteints de puberté précoce[6]. Il consiste à administrer à l'enfant des hormones de synthèse qui imitent l'action de la GnRH, l'hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires normalement produite dans l'hypothalamus. En réponse à la libération des hormones sexuelles, les récepteurs à la GnRH se désensibilisent et bloquent son activité. Des injections répétées sont nécessaires pour que la puberté reste en sommeil. À l'arrêt du traitement, elle reprend son cours normal[6].

Les « bloqueurs de puberté » ont été administrés pour la première fois à la fin des années 1990 à l'hôpital universitaire d'Amsterdam, le VU Medical Center. Toujours aux Pays-Bas, un deuxième centre spécialisé a ouvert en 2011 à Leyde. Dans le pays, environ 300 adolescents ont bénéficié du traitement entre son lancement et l'année 2015[6].

Le traitement est généralement entamé avant l'apparition des premiers signes de puberté, qui sont mal vécus par les enfants transgenres[1].

Quelques rares effets secondaires sont répertoriés, dont des risques de douleurs musculaires et articulaires, de la fatigue, des troubles du sommeil ou un retard de calcification des os[6].

Hormonosubstitution[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hormonosubstitution.

Avancées sociétales[modifier | modifier le code]

Plusieurs pays tentent de permettre une meilleure intégration des enfants transgenres dans la société. En Argentine, une loi prévoit depuis 2012 que les enfants, comme les adultes, puissent utiliser un prénom correspondant à l'identité de genre qu'ils ont choisi. En Californie, une loi de 2013 accorde aux enfants le droit d'utiliser les installations (dont les toilettes) correspondant à leur identité de genre[3].

Le Conseil de l'Europe a dressé en 2010 une liste de recommandations aux États membres, conseillant notamment de prendre les mesures appropriées pour garantir « l’éducation dans un environnement sûr, à l’abri de la violence, des brimades, de l’exclusion sociale ou d’autres formes de traitements discriminatoires et dégradants liés à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre. » Le Conseil de l'Europe recommande également de « promouvoir la tolérance et le respect mutuels à l’école, quelle que soit l’orientation sexuelle ou l’identité de genre », par exemple en fournissant « des informations objectives concernant l’orientation sexuelle et l’identité de genre » dans « les programmes scolaires et le matériel pédagogique »[7].

En France, aucune mesure spécifique n'est prévue pour les enfants transgenres, qui n'ont pas droit au changement d'état civil.

Représentations dans la culture[modifier | modifier le code]

Le film Ma vie en rose (1997) d'Alain Berliner met en scène Ludovic, jeune enfant de sexe masculin qui vit en tant que fille, et tente de convaincre son entourage de respecter cette identité. Il est en conflit avec sa famille et ses voisins.

Le film Tomboy (2011) de Céline Sciamma raconte l'histoire d'une enfant de 10 ans nommée Laure, qui, après son déménagement dans un nouveau quartier, se fait passer pour un garçon auprès de ses amis.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Natacha Tatu, « Ces enfants transgenres qui "ne sont pas nés dans le bon corps" », L'Obs, .
  2. a et b Johanna Luyssen, « Leelah Alcorn, 17 ans, morte parce que transgenre », Libération, .
  3. a, b, c et d Julie Carballo, « Les enfants transgenres, des « invisibles » en souffrance », Le Figaro, .
  4. (en) Arnold H. Grossman et Anthony R. D'Augelli, « Transgender youth: invisible and vulnerable », Journal of Homosexuality, vol. 51,‎ , p. 111-128 (ISSN 0091-8369, PMID 16893828, DOI 10.1300/J082v51n01_06, lire en ligne).
  5. Mark Joseph Stern, « Pourquoi un tel taux de suicide chez les trans américains? », Slate, .
  6. a, b, c et d Lise Barnéoud, « Transsexuels, donner le temps de choisir », Le Monde, .
  7. « Recommandation CM/Rec(2010)5 du Comité des Ministres aux Etats membres sur des mesures visant à combattre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre », Conseil de l'Europe, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]