Effet de meute

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L'effet de meute, appelé aussi effet de horde, est un comportement observable chez plusieurs espèces d'animaux sociaux par lequel lorsqu'un individu d'un groupe entame une action agressive, le reste du groupe le suit, confortant ainsi son initiative[1],[2].

Chez l'homme qui est selon Freud un « animal de horde » soumis dans sa communauté à l'autorité d'un chef[3], il est un exemple du biais de pensée de groupe à l'origine des phénomènes d'embrigadement idéologique, de propagation des rumeurs, de mode, des mouvements de foule, de harcèlement moraletc.[1] Esquissé par le psychologue Gustave Le Bon dans son ouvrage sur la Psychologie des foules, il s'appuie sur un effacement de la personnalité consciente de chaque individu au profit de celle du groupe dont il fait partie[4].

Études[modifier | modifier le code]

Il a été observé que les mesures agressives définies collectivement par un groupe dépassent significativement celles que choisirait chacun de ses membres pris séparément[5]. La sensation de cohésion dans le groupe désinhibe le comportement malveillant des individus qui le composent[5]. Pas son action propre ou par sa tacite acceptation, chaque membre contribue à en renforcer la violence[5].

Lors de périodes de tensions sociales, les groupes minoritaires subissent des attaques d'autant plus violentes que le groupe majoritaire est nombreux[5].

L'effet de meute consubstantiel à l'idée de harcèlement moral en groupe (mobbing), peut conduire à une dépersonnalisation et, dans une forme plus extrême, à une désindividualisation (en) des membres du groupe des harceleurs, ce qui a été considéré par la justice sud-africaine comme une circonstance atténuante lors de procès pour meurtres[6],[7]

Sur Internet[modifier | modifier le code]

Sont des exemples d'effet de meute :

  • les conduites de harcèlement du groupe dénommé ligue du LOL entre 2009 et 2012[5] ;
  • le cyberharcèlement orchestré par le youtubeur Marvel Fitness, la démultiplication de messages uniques par ses followers engendrant chez ses cibles une sensation de harcèlement[8].

L’importance de l’effet de meute sur internet contre des individus accusés publiquement conduit certains auteurs à craindre l’apparition d’un « tribunal numérique », lequel ne présenterait pas les garanties pour la défense que permet la justice pénale, notamment la présomption d’innocence[9]. Cet effet fait partie des critiques adressées au Mouvement #MeToo, et plus généralement à la pratique du name and shame[9].

En politique[modifier | modifier le code]

Un effet de meute de la part de commentateurs est parfois noté lors de scandales politiques.

Ainsi, au sujet du suicide de l’ancien Premier ministre français Pierre Bérégovoy intervenu dans un contexte d’accusations de corruption et d’une déroute électorale, le Président de la République déclare le  : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie »[10].

Un possible effet de meute a également été invoqué au sujet de François Fillon dans le contexte de l’affaire éclatée pendant la campagne de l’élection présidentielle française de 2007[11],[9]. De même, François de Rugy, après sa démission en faisant suite à des révélations sur des dépenses somptuaires, a fait référence aux propos de François Mitterrand quant au suicide de Pierre Bérégovoy[12].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Marc Halévy, L'âge de la connaissance: principes et réflexions sur la révolution noétique au 21ème siècle, M21 Editions, (ISBN 978-2-9520514-6-0, lire en ligne).
  2. « Affaire Elisa Pilarski : quelles sont les pistes probables ? », sur RTL.fr (consulté le 4 octobre 2020).
  3. Francis Farrugia, La crise du lien social. Essai de sociologie critique, L'Harmattan, p. 1993.
  4. R. T. L. Newmedia, « Harcelé et torturé par ses collègues : un effet de meute ? », sur RTL Info (consulté le 4 octobre 2020).
  5. a b c d et e « "Ligue du LOL" : les mécanismes de l'effet de meute », sur France Culture, (consulté le 4 octobre 2020)
  6. (en) A. M. Colman, « Crowd psychology in South African murder trials », American Psychologist, vol. 46, no 10,‎ , p. 1071–1079 (DOI 10.1037/0003-066X.46.10.1071)
  7. (en) Richard Wortley, Psychological Criminology: An Integrative Approach, Routledge, (lire en ligne), n.p.
  8. « Le procès de Marvel Fitness, un tournant dans le cyber-harcèlement », sur www.20minutes.fr (consulté le 4 octobre 2020)
  9. a b et c Philippe Laloux, « “Affaire” Roméo Elvis : Instagram ou Twitter, les nouveaux “tribunaux 2.0” », Le Soir,‎ (lire en ligne, consulté le 4 octobre 2020)
  10. FR3, « Hommage à Pierre Bérégovoy », sur INA, (consulté le 4 octobre 2020).
  11. Alexis Feertchak, « David Desgouilles : “Il y a un déchaînement sur les réseaux sociaux, un effet de meute” », Le Figaro Vox,‎ (lire en ligne, consulté le 4 octobre 2020).
  12. AFP, « “Livrer aux chiens l'honneur d'un homme”, Rugy “pense aux mots de Mitterrand” pour Bérégovoy », Paris Match, (consulté le 4 octobre 2020).