Henry George (économiste)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Henry George.
Henry Georges, à 26 ans.

Henry George ( à Philadelphie – à New-York) est un économiste politique américain, et le partisan le plus influent de l'impôt unique sur la terre.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Né à Philadelphie, Henry George embarqua à destination de la Californie à l'âge de seize ans. Après une tentative infructueuse comme chercheur d'or, il réussit à faire carrière dans le domaine de l'édition, débutant comme typographe pour terminer éditeur et propriétaire d'un journal. Certains de ses premiers articles les plus remarqués avaient pour sujet l'immigration chinoise, qui selon lui devait être contenue.

Lors d'un voyage à New York, Henry George fut frappé par l'apparent paradoxe que la pauvreté était plus profonde dans cette vieille ville que dans l'État, pourtant moins développé, de Californie. Ceci lui a fourni le sujet et le titre de son livre publié en 1879 : Progrès et pauvreté (Progress and Poverty), qui fut un immense succès avec trois millions d'exemplaires vendus. Henry Georges y développe l'idée que la quasi-totalité des richesses créées par les avancées technologiques et sociales dans une économie de marché sont accaparées, in fine, par les propriétaires terriens et monopolisées par le biais des loyers. Cette concentration de richesses est selon lui la cause de la pauvreté. George considérait le fait de priver certains des ressources naturelles disponibles comme une véritable injustice. Il pensait que de telles restrictions étaient une forme d'esclavage, se rapportant au concept de l'esclavage salarié (wage slavery).

George a développé ce schéma de pensée à travers son expérience personnelle de la pauvreté, sa découverte de différents groupes sociaux au cours de ses voyages et son étude de la Californie du temps de sa forte croissance. Il avait remarqué en particulier que la construction du chemin de fer en Californie avait poussé à la hausse les prix des terrains et la valeur des loyers aussi rapidement voire plus rapidement que les salaires.

Sa théorie économique[modifier | modifier le code]

George a développé les éléments plus importants de sa théorie économique à l'occasion d'une critique d'une illustration utilisée par Frédéric Bastiat pour expliquer la nature de l'intérêt et du profit.

Bastiat prenait pour exemple James et William, tous deux charpentiers. James avait construit de ses mains un rabot et l'avait prêté à William pour un an.

James se satisferait-il de se voir rendre un rabot en bon état un an plus tard ? Certainement pas ! Il s'attendrait à recevoir une planche en plus, à titre d'intérêt. La clé de la théorie de l'intérêt est de comprendre pourquoi. Bastiat prétendait que James avait donné à William, pour un an, « le moyen, avec l'outil, d'accroître la productivité de son travail », et veut une compensation pour cet accroissement de productivité.

George n'accepta pas cette explication. Il écrivit :

« je pense que si toutes les richesses consistaient en des outils comme le rabot et si toutes les productions étaient celles de charpentiers — c’est-à-dire si la richesse n'était constituée que de la matière inerte de l'univers, et la production ne consistait qu'à façonner cette matière inerte en diverses formes, alors l'intérêt ne constituerait qu'un vol de l'industrie, et ne pourrait exister longtemps. Mais une part des richesses est porteuse de fruits, comme une vache et un taureau, ou une cuve de jus de raisin à fermenter en vin, ou… la terre. Les rabots et autre outils inertes (et le plus inerte de tous, l'argent) ne sont pas des sources directes d'intérêts, sauf à faire partie des mêmes « cercles d'échanges » sociaux porteurs de profits comme ceux-là ». [réf. nécessaire]

Ses propositions politiques[modifier | modifier le code]

Bien qu'étant surtout connu pour son plaidoyer en faveur du remplacement de tous les impôts par un impôt unique sur la terre , Henry George a également formulé un grand nombre d'idées en matière de politique économiques. À l'instar du mouvement open source, George était très critique à l'encontre des brevets. Il soutenait le remplacement des brevets par des aides de l'État en faveur des inventions et de la recherche, le démantèlement des monopoles quand cela était possible, et la taxation ou la régulation des monopoles naturels. Henry George était en faveur d'un mélange de libéralisme économique et de programmes sociaux rendu possible par la taxe sur la terre et les monopoles. Des économistes moderne comme le « prix Nobel » d'économie Milton Friedman admettent les bénéfices potentiels de cette land tax, car à la différence des autres impôts, elle n'affecte pas le prix des biens de consommation. Les écologistes considèrent que la terre est la propriété commune de l'humanité, et certains sont partisans de taxes ou d'amendes sur la pollution. D'autres, comme l'économiste américain Nicolaus Tideman et l'activiste Alanna Harzok continuent de promouvoir l'idée d'une taxe sur la terre.

Mort et renaissance de sa pensée[modifier | modifier le code]

En 1886, il fut candidat au poste de maire de New York, et termina second (devant Theodore Roosevelt). Il se présenta à nouveau en 1897, mais mourut quatre jours avant l'élection. Environ 100 000 personnes assistèrent à ses funérailles.

Selon sa petite-fille Agnes de Mille, Progress and poverty ainsi que ses livres suivants firent de Henry George le troisième homme le plus célèbre des États-Unis derrière Mark Twain et Thomas Edison[1]. Il était également un orateur très populaire qui fit même plusieurs discours à l'étranger dans des pays comme l'Irlande, l'Écosse où l'accès à la terre était (et est toujours) une question politique cruciale.

Ses idées ont, dans une certaine mesure, été appliquées en Afrique du Sud, à Taïwan, Hong Kong et en Australie.

Sa popularité déclina durant le XXe siècle ; cependant, il existe toujours de nombreuses organisation qui promeuvent ses idées, et de nombreux hommes célèbres ont été influencés par Henry George : George Bernard Shaw, Léon Tolstoï, Sun Yat-sen, Herbert Simon et David Lloyd George… Une de ses disciples, Lizzie Magie, inventa en 1904, pour illustrer le fonctionnement de la « land tax », le jeu de société qui fut à l'origine du Monopoly.

Dans son dernier livre, Martin Luther King cita Henry George pour appuyer sa thèse en faveur d'un revenu universel. Durant l'élection présidentielle de 2004 aux États-Unis, Ralph Nader soutint l'idée d'une taxe sur la pollution et sur la valeur des terrains.

Une critique[modifier | modifier le code]

Les écrits de George ont reçu leur part de critiques. L'économiste autrichien (voir « École autrichienne ») Eugen von Böhm-Bawerk, par exemple, a émis un jugement négatif sur la thèse de George sur le rabot du charpentier.

Böhm-Bawerk écrit :

« À la base, il est impossible de soutenir sa distinction des branches de productions en deux classes, dans l’une desquelles la force vitale de la nature est supposée constituer un élément spécial qui fonctionne en harmonie avec le travail, alors que dans l’autre ce n’est pas vrai… Les sciences naturelles nous ont depuis longtemps prouvé que la coopération de la nature est universelle… Les mouvements musculaires de la personne utilisant le rabot seraient peu utiles, s’il n’était pas assistés par les forces et les propriétés naturelles du fer plat. [réf. nécessaire] »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Progress and Poverty 1879 - Progrès et pauvreté, L'Âge d'homme, 2010
  • Social Problems 1883
  • The Land Question 1884
  • Protection or Free Trade 1886
  • A Perplexed Philosopher 1892
  • The Science of Political Economy 1898

Liens externes[modifier | modifier le code]