Nouvelle économie institutionnelle

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La nouvelle économie institutionnelle (de l'anglais « New Institutional Economics », on parle également de « néo-institutionnalisme ») désigne un ensemble de courants de pensée qui a contribué au renouvellement de l'analyse économique des institutions dans les années 1970.
Cette appellation souligne que le néo-institutionnalisme s'est construit à partir d'un retour (qui correspond d'ailleurs le plus souvent à une simple déclaration d'intention) sur les travaux des institutionnalistes américains du début du XXe siècle (Thorstein Veblen, John R. Commons, Clarence Edwin Ayres). La NEI constitue en fait un ensemble hétérogène qui regroupe un ensemble de travaux qui ont pour point commun de s'interroger sur le rôle joué par les institutions (que l'on peut définir de manière générique comme l'ensemble des règles et des normes qui encadrent et régulent les comportements) dans la coordination économique. Si c'est à partir des années 1970 que la NEI a émergé, son acte de naissance est en fait l'article de Ronald Coase « The Nature of the Firm » qui date de 1937. C'est à cette occasion que Coase introduira le concept de coût de transaction.

À la base, la NEI consiste dans l'extension des outils néoclassiques standards pour l'analyse des institutions. Cependant, de nouvelles approches se sont développées en s'émancipant plus ou moins clairement du corpus théorique néoclassique. C'est le cas de l'approche de Douglass North, par exemple, mais celle-ci, sans-doute parce qu'elle s'expose à la réfutation empirique bien plus que le discours d'un O. E. Williamson, a été l'objet de discussions vives. Le contenu empirique du néoinstitutionnalisme s'avère bien discutable : cf. ainsi R. Rollinat 1997, La nouvelle histoire économique, Paris, Liris et J. Maucourant, “ Le néoinstitutionnalisme à l’épreuve de quelques faits historiques ”, Economie Appliquée (56), 3, septembre 2003, p. 111-131, qui se sont fait l'écho en français de ces objections. La faiblesses des fondements théoriques de la NEI a été bien mis en lumière par le livre suivant : H. Gabrié & Jacquié, La théorie moderne de l’entreprise - l’approche institutionnelle, préface par H. Simon, Paris, Economica, 1994.

Suivant le rapport de la "nouvelle économie institutionnelle" au corpus néoclassique, on peut classer les théories de la NEI en trois catégories :

L'approche néoclassique des institutions[modifier | modifier le code]

Le premier groupe comprend les approches qui ont directement appliqué les outils néoclassiques à l'analyse des institutions. Il s'agit notamment de la théorie de l'agence (M. Jensen, W. Meckling), de la théorie des droits de propriété (A. Alchian et H. Demsetz) ou encore de la théorie des jeux (Reinhard Selten, John Harsanyi, Sugden).

Toutes ces approches ont en commun de conserver les principales hypothèses du corpus néoclassique : rationalité parfaite et substantielle, raisonnement en termes d'équilibre, optimisation. Les seuls « relâchements » se situent au niveau de l'information qui est considérée comme incomplète et asymétrique et, de manière intimement liée, dans la prise en compte du caractère stratégique du comportement des agents économiques. Dans cette optique, les institutions sont appréhendées comme des dispositifs mis en place par les agents afin de permettre la coordination de leurs actions de la manière la plus optimale possible.

On peut également inclure dans ce groupe la Law and Economics ( économie du droit) de l'école de Chicago (Gary Becker, Richard Posner).

La théorie des coûts de transaction (TCT)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théorie des coûts de transaction.

Le concept de coût de transaction apparait dès 1937 dans l'article de Coase. C'est cependant Oliver Williamson qui est le père fondateur de ce courant théorique. La TCT s'écarte un peu plus du corpus néoclassique en postulant que les agents ne sont dotés que d'une rationalité limitée (concept que l'on doit à Herbert Simon) tout en se comportant de manière opportuniste. Le point de départ de Williamson et de la TCT est de postuler que toute transaction économique engendre des coûts préalables à leur réalisation : coûts liés à la recherche d'informations, aux « défaillances du marché », à la prévention de l'opportunisme des autres agents etc. Ainsi, certaines transactions se déroulant sur le marché peuvent engendrer des coûts de transaction très importants. Dès lors, les agents économiques peuvent être amenés à rechercher des arrangements institutionnels alternatifs permettant de minimiser ces coûts. À l'opposé du marché, Williamson distingue ainsi, à la suite de Coase, la hiérarchie qui correspond en fait à l'entreprise. Entre le marché et l'entreprise, de nombreuses formes « hybrides » peuvent être identifiées (sous-traitance, concession, réseau etc.). La TCT trouve son application dans trois domaines majeurs : la théorie des organisations avec notamment les travaux de Williamson, l'économie publique avec notamment les travaux de Coase et l'économie du développement avec les travaux de Douglass North. Dans tous les cas, les institutions sont interprétées comme des dispositifs de régulation alternatifs au marché mis en place par les agents pour minimiser les coûts de transaction.

Les approches « hétérodoxes »[modifier | modifier le code]

La troisième catégorie regroupe un ensemble d'approches dites « hétérodoxes » qui, chacune à sa manière, analyse certaines institutions économiques tout en s'écartant de la méthodologie néoclassique. Dans le domaine de l'économie des organisations, on peut notamment penser aux approches évolutionnistes de la firme (Nelson et Winter, 1982) ou aux travaux de Masahiko Aoki sur la firme japonaise. Dans une perspective plus généraliste, les travaux de l'école autrichienne depuis 1970, dans la lignée des derniers ouvrages de Friedrich Hayek, portent également sur l'analyse des institutions. Enfin, on peut également mentionner le jeune programme de recherche de l'économie politique constitutionnelle (James Buchanan, V. Vanberg) qui est voué à l'analyse de la construction et de l'évolution du cadre « constitutionnel » encadrant l'activité économique pour le premier. Vanberg, lui analyse les règles de fonctionnement au sein de l'entreprise. La compétence de chacun est "standardisée" selon des routines et une rationalité procédurale à la Herbert Simon. L'entreprise s'administre par des règles assimilables à celles qui existent pour un pays, telle une constitution, sans qu'elles ne coïncident, par nature.

Références :

  • Vanberg, V., 1993, "Rational Choice, rule following and Institutions", in Rationality, Institutions and Economic Methodology, Mäki et Gustaffson, Routledge, Chapitre 7, p. 171-200
  • Vanberg, V., 1992, "Organizations as Constitutional Systems", Constitutional Political Economy, vol.3, no 2, p. 223-253

Conclusion[modifier | modifier le code]

La nouvelle économie institutionnelle regroupe donc des approches pour le moins différentes, d'autant plus que l'on aurait pu également y inclure (même si elles ne se revendiquent pas comme tel) les courants français de l'économie des conventions et de l'école de la régulation. On peut cependant trouver une problématique bien précise à l'ensemble de la NEI : alors que pendant très longtemps, l'économie politique a consisté en l'analyse de l'activité économique en elle-même et de ses propriétés (formation et propriétés de l'équilibre économique, effets et fondements des politiques économiques, formation des prix etc.), la NEI met l'accent sur le fait que l'enjeu se situe plutôt au niveau de l'étude des éléments encadrant l'activité économique : les institutions. Face à l'économie comme théorie des prix, la NEI (suivant en cela l'ancien institutionnalisme) se définit comme une analyse des « règles du jeu » de l'économie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]