Breiz Atao

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un numéro de Breiz Atao de 1944, promouvant la formation de la milice de Célestin Lainé et un article de François Debeauvais sur l'alliance du nationalisme breton avec le nazisme

Breiz Atao (en breton « Bretagne toujours ») est un nom utilisé par différentes revues parues entre 1918 et 1939, ainsi qu'en 1944, et, depuis juillet 2010, d'un journal en ligne nationaliste breton.

Par extension, le terme « Breiz Atao » a servi à désigner les autonomistes bretons durant l'entre-deux-guerres, puis après la Seconde Guerre mondiale, à amalgamer les diverses mouvances avec une partie des activistes collaborationnistes.[réf. souhaitée]

Création[modifier | modifier le code]

Le journal Breiz Atao est créé par le Groupe régionaliste breton (G.R.B.). Son premier numéro parait en janvier 1919, sa rédaction et son administration étant domiciliées 8, rue Édith Cavell, à Rennes[1]. En mai 1920, il devient l'organe du Groupe régionaliste breton (Unvaniez Yaouankiz Vreiz, U.Y.V.). Les premiers fondateurs sont Camille Le Mercier d'Erm, Job de Roincé, Morvan Marchal, Job Loyant et Henri Prado. Ils sont ensuite rejoints par Jean Brichler, Olivier Mordrelle et François Debauvais[2].

La rédaction revendique une proximité idéologique avec Charles Maurras et l'Action française[3],[4].

L'objectif du Groupe régionaliste breton est d'influencer l'élite locale bretonne (parfois dénommée «la bourgeoisie») dans un sens favorable à l'autonomie de la Bretagne[5]. En cela, il s'inscrit dans la stratégie classique du nationalisme breton qui prône d'une part l'influence des élites et le délaissement corrélatif des masses et, d'autre part, la volonté de remplacer l'élite locale bretonne.

Par ailleurs, la doctrine de la publication révèle une fascination pour les concepts d'Homme providentiel et de masse servile et éclairée référence souhaitée. Il en découle une admiration pour le fascisme mussolinien censé avoir mis au pas des élites accusées d'incompétence[6]. En décembre 1922, Breiz Atao porte en manchette la préconisation de l'humiliation que font subir aux "récalcitrants" les Chemises noires de Mussolini, qui vient de prendre le pouvoir[7].

En 1924, Morvan Marchal signe un éditorial adoptant le "nordisme" comme orientation nationaliste de Breiz Atao et dénonce l'effacement des cultures germaniques et celtiques devant la Renaissance d'origine italienne[8],[9]. Le journaliste Georges Cadiou relève qu'Olier Mordrel, Morvan Marchal et Roparz Hemon défendent les Nordiques selon le schéma des mythes de Thulé, groupe d'études pangermaniste mystique et raciste. [réf. souhaitée] Breiz Atao adopte le symbole occulte de la roue solaire (ou "soleil noir") en 1924, apparue dans Breiz Atao début 1925[10].

La diffusion de Breiz Atao est extrêmement faible : 250 abonnés, dont 50 à jour. Parmi ses abonnés, Hans-Otto Wagner, qui travaille pour les Affaires étrangères allemandes, et qui serait membre d’une association pangermaniste. L’Allemagne apporte un soutien financier à cette revue : Robert Ernst, financier pour le gouvernement allemand des mouvements autonomistes et irrédentistes, a pris des parts dans la revue[11]. Lors du congrès de Rosporden, le Parti autonomiste breton (P.A.B.) est créé en septembre 1927. Breiz Atao, son organe mensuel, devient hebdomadaire en 1929.

Logo du journal, lorsque celui-ci est géré par le Parti autonomiste breton.

Maurice Duhamel est alors chargé dans ce parti de suivre la politique française, en particulier les relations avec la gauche française, et devient rédacteur en chef de Breiz Atao. Maurice Duhamel est également en relation avec d’autres mouvements autonomistes français, notamment flamands et alsaciens, et européens, via le Congrès européen des nationalités (C.E.N.). Ces groupes se signalent par des liens avec l’Allemagne nazie, et une idéologie qui rejoint le national-socialisme[12].

Première interruption[modifier | modifier le code]

Des querelles internes au sein du PAB aboutissent à l'interruption du journal vers 1930-1931 et à son éclatement entre fédéralistes internationalistes et nationalistes. Breiz Atao cesse de paraître à l'été 1931. Le congrès de Guingamp du échoue à rassembler les opinions divergentes et les fédéralistes (Goulven Mazéas, Morvan Marchal, Ronan Klec'h[13], Maurice Duhamel, etc..) l'emportent. En août 1931, à la suite du congrès de Guingamp, le P.A.B. et son journal Breiz Atao cessent d'exister. Les fédéralistes créent la Ligue fédéraliste de Bretagne dont le nouveau journal est La Bretagne fédérale.

Les nationalistes créent le Parti national breton, 2e du nom, fondé notamment par François Debauvais, Olier Mordrel, Célestin Lainé, Yann Bricler et les frères Delaporte.

Il existe également un éphémère parti de gauche autonomiste, le Parti national révolutionnaire breton (PNRB),essentiellement implanté en Trégor.

Deuxième journal[modifier | modifier le code]

De leur côté, les nationalistes créent le Parti national breton au congrès de Landerneau le . Ils décident de lancer le journal La Nation bretonne qui remplace Breiz Atao. Cependant, certains (dont l'instituteur "rouge" Yann Sohier) préfèrent relancer un journal qui réutilise le titre : Breiz Atao, provisoirement simple organe de liaison entre les militants, reparait publiquement dès novembre 1931 . C'est un nouveau journal, qui ne reprend pas la raison sociale du précédent, notamment les dettes.

Le courant nationaliste publie également le journal War Zao, journal des nationalistes du Trégor, Goëlo, Haute-Cornouaille, qui réclame un retour au nationalisme sans exclure le séparatisme.

local du journal en 1938 à Rennes.

Breiz Atao fait appel à une rhétorique anti-impérialiste (soutien au soulèvement basque contre les franquistes, soutien aux aspirations anti-coloniales au Maghreb, ...).

Breiz Atao cesse de paraître lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, son dernier numéro datant du (son secrétaire Louis Maubré est arrêté la semaine suivante). Le Parti national breton remplace Breiz Atao par L'Heure bretonne.

Troisième journal[modifier | modifier le code]

En mai 1944, Célestin Lainé, dissident du P.N.B. non aligné qui a exclu certains cadres jugés pro-allemands comme lui, crée un deuxième Parti national breton et relance une feuille reprenant le titre Breiz Atao. Seuls quelques numéros, délibérément pro-nazis, paraissent. Le jugement des résistants parlant breton sur les membres de Breiz Atao était « Breiz Atao mad da la(z)o » (en français : « Breiz Atao, bon à tuer » [14]

Après guerre[modifier | modifier le code]

Au fil du temps et par amalgame, tout militant autonomiste breton devient, dans l’esprit des gens, un « Breiz Atao » - avec souvent une connotation péjorative, [réf. souhaitée] du fait que la partie la plus en vue des activistes bretons a choisi la carte de la collaboration avec l'Allemagne.

Bien que la plupart de la frange nationaliste du mouvement breton ait collaboré avec l'Allemagne[15], une partie non négligeable de l'Emsav resta neutre tandis que des dizaines d'adhérents ou anciens adhérents ou sympathisants du P.N.B. ont rejoint la Résistance et les F.F.L. [réf. nécessaire], avec deux cas répertoriés de groupes constitués[réf. nécessaire], et de manière dispersée pour d'autres, à laquelle il faut rajouter les régionalistes et militants culturels bretons passés à la résistance (soit un total de 250 noms environ non exhaustifs)[16]. L'historienne Mona Ozouf indique dans la préface de celui quUn maquisard pouvait lire assidûment L'Heure bretonne, le journal du P.N.B. et participer à des sabotages ; un résistant pouvait continuer à fournir des articles culturels à la presse nationaliste. C'étaient des temps déraisonnables, féconds en parcours erratiques. Plusieurs autres universitaires (Chartier, Favereau...) et auteurs ont montré la diversité politique des mouvements bretons de l'entre-deux guerres, rappelant même certaines positions du journal l'Humanité avant guerre, favorable aux revendications autonomistes.[réf. nécessaire]

Aujourd'hui, le terme "Breiz Atao" semble avoir partiellement perdu de sa connotation politique grâce à son utilisation folklorique et au tourisme celtique.[réf. souhaitée]. Il est utilisé comme slogan identitaire ou pour moquer le sentiment patriotique breton. L'expression "Breizh da viken" (Bretagne à vie/jamais.) serait davantage utilisé de nos jours [réf. souhaitée].

Quatrième journal[modifier | modifier le code]

Le , un journal d'information en ligne est lancé, Breizatao.com. Il revendique expressément la continuité du premier journal Breiz Atao et se présente comme celui de « Breizh, l'état national breton » ou comme le « quotidien de l'état national breton ». Le journal développe des thématiques nationalistes telles que l'indépendance de la Bretagne vis-à-vis de la France, des revendications culturelles et linguistiques, une opposition radicale à l'immigration ou encore à l'islam.

Condamnations[modifier | modifier le code]

Le , une plainte pour « incitation à la haine raciale » est déposée par le sonneur Yannick Martin soutenu par l'Assemblée des sonneurs de Bretagne (BAS)[17]. Elle est rejointe par celle de Mona Bras, conseillère régionale de l'Union Démocratique Bretonne, pour "menace". Boris Le Lay avait déclaré : « On n'a jamais vu de Celtes noirs et on n'en verra jamais. » Boris Le Lay est condamné en première instance à Quimper, face à Yannick Martin et Mona Bras, à 18 mois de prison avec sursis. Le procureur avait requis un an de prison ferme. Boris Le Lay fait appel de la décision, mais est une nouvelle fois condamné à Rennes en à 18 mois de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende.

En , le site internet tient des propos discriminatoires à l'encontre de Marie Gueye, nouvellement élue conseillère générale du canton de Brest-Recouvrance, ainsi que son suppléant, Jacques Quilien, qualifié pour sa part de « traître à sa race ». Boris Le Lay avait en effet déclaré : « Le Parti Socialiste nous fait de plus en plus tomber au niveau des nègres. » Une plainte est déposée par les deux victimes et la fédération finistérienne du Parti Socialiste français[18] ; le , le tribunal correctionnel de Brest condamne Boris Le Lay, fondateur du site internet breizatao.com, à une amende et à quatre mois de prison avec sursis pour « provocation à la haine raciale » envers Marie Gueye[19]. Jacques Quillien est quant à lui débouté.

Boris Le Lay est jugé à Rennes en appel dans l'affaire Marie Gueye le . L'avocat général requiert 8 mois de prison ferme à son encontre. Il est finalement condamné à 4 mois de prison avec sursis et 15 000 € d’amende[20].

En , Boris Le Lay est condamné à huit mois de prison avec sursis et 5 000 € d’amende pour « apologie de crime contre l’Humanité, provocation à la haine et contestation de crime contre l’Humanité » par le tribunal correctionnel de Paris[21]. En , il est condamné à six mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Quimper pour « provocation à la discrimination raciale » ; installé au Japon[22], il déclare être fier de sa condamnation[23].

Le 21 avril 2016, il est condamné à deux ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Brest pour incitation à la haine raciale[24]. Un mandat d'arrêt est lancé contre lui.

Fréquentations[modifier | modifier le code]

Le journal affiche plusieurs collaborations régulières, dont celle d'un certain « Tudi Preder » dont l'identité réelle est cependant inconnue. Le site internet change de webmaster en 2013, Boris Le Lay cédant sa place à un citoyen américain, Peter O' Connell[25].

En , breizatao.com revendiquait 14 000 visiteurs uniques mensuels[26]. Ce chiffre s'élevait à 100 000 visiteurs uniques mensuels en selon le site du journal[27].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le nationalisme breton, aperçu doctrinal. Breiz Atao - Rennes. 1925.
  • Sébastien Carney, Breiz Atao ! Mordrel, Delaporte, Lainé, Fouéré : une mystique nationale (1901-1948), Rennes, PUR, 2915.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marcel Leguen, Deux siècles de presse écrite en Bretagne, p. 120.
  2. Michel Nicolas, Histoire du mouvement breton, 1982, p. 74
  3. En 1919, Morvan Marchal écrit dans cette revue: "La vie bretonne : Les Rouges. Parfaitement, Rennes l'a eue aussi sa petite manifestation pour Jaurès. (…) La voilà la jeunesse bretonne. Laisse crier les loups rouges après les loups bleus. Notre heure viendra, à nous aussi, ce sera l'heure de la Bretagne, l'heure du sain positivisme, du catholicisme et de la tradition, et ce sera aussi l'heure de la vieille et saine France". Breiz Atao, no 4, avril 1919, p. 2 [lire en ligne]).
  4. Dans ce même numéro, la référence à Maurras est explicite de la part de Henri Prado, un des fondateurs : "Et qu'est-ce que la “Libre Pensée” de M. Le Febvre ? En quoi peut-elle consister ? Laissons causer le grand penseur Charles Maurras dont je m'honore grandement d'être le fervent disciple.". Breiz Atao, no 4, avril 1919 [lire en ligne])
  5. En avril 1921, François Debauvais le formule ainsi : "Nous ne pouvons prétendre créer, pour le moment, un vaste mouvement populaire. Notre tâche doit se borner à la partie pensante, capable de devenir agissante, de la nation : l'élite bretonne... en régénérant l'élite bretonne, nous répondrons au besoin le plus pressant que peut avoir une nation en décadence comme la nôtre : une aristocratie ou, pour n'effrayer personne, des dirigeants... il faut donc entreprendre la conquête méthodique de l'élite, il faut l'arracher de cette voie néfaste qui est sa francisation complète, lui crier bien haut qu'elle est en train de faillir à tous ses devoirs de classe dirigeante, de classe éclairée". Cité par Michel Nicolas, dans Histoire du mouvement breton, 1982, p. 75.
  6. "Après le triomphe fasciste et devant l’inanité des efforts à tendance parlementaire et respectueux de l’ordre étatique, on est en droit de conclure en faveur de certain esprit et de certaines méthodes". Breiz Atao no 46-47, octobre-novembre 1922, p. 249 [lire en ligne])
  7. "En 1919 : la majorité des Députés sont partisans de l'enseignement du breton, à tous les degrés. En 1922 : deux seulement. Pour leur rafraichir la mémoire… l’huile de ricin. Breiz Atao no 48, 12/1922, exergue de Une. Rappelons que dans l'Italie fasciste, l'huile de ricin était l'un des moyens d'humiliation les plus utilisés par les chemises noires [lire en ligne]
  8. « La même préoccupation tient au cœur des nationalistes de tous les petits pays en réveil : arracher l'intelligence de leur peuple à la culture étrangère imposée, et reconstituer une civilisation nationale sur le vieux fonds racial et traditionnel. », Françoise Morvan, Le Monde comme si, Actes sud, 2002
  9. "le génie latin brisa triomphalement, en un demi-siècle, l'œuvre de six cents ans de travail nordique. Ce fut la Renaissance (…) la suppression brutale d'un progrès continu de six siècles (…) ; c'est la nuit pour l'Intelligence du Nord. (…) le flambeau latin (…) vacille et va s'éteindre, pour faire place à la torche revivifiée des Nordiques. Les Celtes, et particulièrement la Bretagne, ont leur place parmi les porteurs du Feu Nouveau. Ils furent autrefois, face à Rome, les premiers d'entre les Barbares. (…) Nous avons le devoir, par notre passé et par notre tradition raciale, de participer à la formidable partie. Breiz Atao no 61-62, janvier-février 1924, p. 5 [[1] lire en ligne]]
  10. Breiz Atao no 74, février 1925, p. 534 [lire en ligne]
  11. Lionel Boissou. « L’Allemagne et le nationalisme breton (1939-1945) ». in Bretagne et identités régionales durant la Seconde Guerre mondiale, sous la direction de Christian Bougeard. Brest : Centre de recherches bretonnes et celtiques, 2002. p. 324
  12. Lionel Boissou. « L’Allemagne et le nationalisme breton (1939-1945) ». in Bretagne et identités régionales durant la Seconde Guerre mondiale, sous la direction de Christian Bougeard. Brest : Centre de recherches bretonnes et celtiques, 2002. p. 322 et suivantes.
  13. De son vrai nom René Rickwaert, il a participé avec Morvan Marchal à la création du drapeau breton, voir http://www.prenoms-bretons.com/gwenn-ha-du/
  14. Francis Favereau, Dictionnaire du breton contemporain, p. 874, Skol Vreizh, 1992.
  15. Michel Nicolas, Histoire du mouvement breton, Syros, 1982, p. 102.
  16. Jean-Jacques Monnier, Résistance et conscience bretonne, 1940-1945, l'hermine contre la croix gammée
  17. [2] article Racisme, un sonneur du Bagad Kemper et la BAS portent plainte, Le Télégramme du
  18. http://www.brest.maville.com/actu/actudet_-Injures-raciales-une-plainte-en-rade_dep-1988990_actu.Htm
  19. Françoise Le Borgne, « Brezi Atao condamné pour racisme », sur www.ouest-france.fr,‎ (consulté le 11 novembre 2013)
  20. http://www.ouest-france.fr/brest-le-redacteur-en-chef-de-breiz-atao-condamne-pour-racisme-1397641
  21. http://www.ouest-france.fr/propos-negationnistes-le-fondateur-de-breiz-atao-une-nouvelle-fois-condamne-1620251
  22. « Bretagne: Le blogueur Boris Le Lay condamné à de la prison ferme », 20minutes.fr.
  23. "Je suis fier d'avoir été condamné à 6 mois de prison" (Réaction Boris Le Lay) https://www.youtube.com/watch?v=7NDK3xxDK8o
  24. « Deux ans de prison ferme contre l'ultranationaliste breton. », sur www.ouest-france.fr
  25. http://breizatao.com/redaction/
  26. « BA : quelques chiffres... », sur www.breizhatao.com (consulté le 19 décembre 2012)
  27. http://breizatao.com/2014/02/09/breiz-atao-rassemble-100-000-visiteurs-uniques-en-janvier/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]