Célestin Lainé
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Célestin François Émile Lainé |
| Surnom |
Neven Henaff |
| Pseudonymes |
Ab Arzel, Kerjean, C. L. |
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Célestin Lainé, en 1908 à Nantes et mort le , est un militant nationaliste breton.
Il est surnommé Ab Arzel, Allbrogat, An Henaff, Neven Henaff, CL Kerjean ou Riwallon Urien. Il rallie le Troisième Reich durant la Seconde Guerre mondiale.
Biographie
[modifier | modifier le code]Enfance et formation
[modifier | modifier le code]Célestin Lainé est né à Nantes, en 1908[3].
Pendant les vacances, Célestin Lainé viste ses grands-parents et ses cousins brittophones à Ploudalmézeau et à Portsall[4].
Il commence en 1923 à s'intéresser à la langue bretonne[4].
En 1924, il achète son premier numéro de Breiz Atao[4].
En 1926, il obtint le prix d’excellence de la classe de Flotte et est admis quatorzième de sa promotion à l’École navale. Cependant, il ne peut intégrer l'École, ayant attraper la fièvre typhoïde, qui frappe également ses frères et emporte sa mère : son intégration fut reportée d’un an[4].
En , il décide de préparer la licence de la faculté des sciences de Rennes et, dès la rentrée 1928, il s'installe à Brest[4]. Il fréquente alors Morvan Marchal, et rencontre l'abbé Perrot la même année. Il devient alors un militant du mouvement breton[5].
Carrière
[modifier | modifier le code]En 1929, il fonde une société secrète : Kentoc'h Mervel[6].
Il devient alors ingénieur chimiste[7].
Il s'engage dans la lutte pour la création d'un État breton en fondant le Gwenn-ha-Du sur le modèle de l’IRA[8],[note 1].
Soupçonné d'avoir participé à l'attentat du 7 août 1932 à Rennes, il est arrêté en 1936, mais n'est pas condamné faute de preuves[9].
En 1936, il crée le Kadervenn, une unité paramilitaire[10].
Célestin Lainé publie, sous le pseudonyme d'Allbrogat, le dans la revue Stur[11].


Seconde Guerre mondiale
[modifier | modifier le code]En 1939, Célestin Lainé, membre du Parti National Breton, se réfugie en Allemagne[12].
Selon Jean-Yves Le Naour :
Le thème de la pureté raciale celtique et le parfum de paganisme qui entoure les séparatistes séduisent les dirigeants allemands qui se réjouissent d’affaiblir la France en la démantelant[12].
Il obtient la livraison d'armes. Transbordées à bord du Gwalarn, celui-ci s'échoue à Locquirec dans la nuit du 8 au [13].
En 1939, il est condamné à quatre ans de prison pour avoir écrit dans une lettre des propos dénigrant l'armée française[10].
En 1940, après s'être évadé de prison, il participe à l'établissement du comité national breton[10]. Il s'empare à cette occasion du château des Rohan pour en faire le quartier général du Lu Brezhon, mais en est chassé le par la population de Pontivy. Il rejoint ensuite le manoir de Kerriou[14] en Gouezec, près de Pleyben, pour y entraîner son kadervern (ses troupes de militants nationalistes), mais les actions et la présence de l'organisation suscitent l'hostilité ouverte de la population du bourg. Rappelé vivement à l'ordre par le Parti national breton, Lainé refuse de se soumettre et s'en voit exclu.
Adhésion à l'idéologie nazie
[modifier | modifier le code]Avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, Célestin Lainé prend le parti du Reich. C'est un partisan de la méthode forte qui a une idée fixe : créer une armée bretonne (« nous continuerons la tradition de ceux qui, au cours des siècles, ont lutté, les armes à la main, pour affirmer nos droits de nation »). Disposant de quelques armes et d'explosifs que ses lieutenants avaient récupérés, il commença à tisser, dès le début de 1941 la toile de l'organisation de la future Armée de Libération de la Bretagne.
Collaboration
[modifier | modifier le code]Il participe à la création, avec Yann Goulet, des Bagadoù Stourm (troupes de combat) où il assure l’instruction des volontaires tout en mettant sur pied une unité qu’il contrôle plus personnellement (le Service Spécial, unité paramilitaire chargée aussi du service d’ordre au sein du PNB)).
En 1942 a lieu une scission entre les Bagadoù Stourm et le « Service Spécial » appelé aussi Lu Brezhon (Armée Bretonne). En novembre 1943, hostile à la politique temporisatrice du PNB, Célestin Lainé constitue le Bezen Kadoudal, une légion de volontaires séparatistes, habillés en uniformes allemands, prête à combattre non seulement les Français, mais aussi les ennemis du Reich. Cependant, cette armée n'est pas reconnue par le PNB et Raymond Delaporte déclare que « cette armée bretonne ne pouvait avoir aucune réalité légale étant donné qu'elle n'était composée que de volontaires sans uniforme national et directement engagés dans les forces allemandes » et décide de cesser de financer le « Service spécial ». Lainé renomme le groupuscule en Bezen Perrot (« milice Perrot »), en référence à l'abbé Perrot, ardent défenseur de la langue bretonne, prêtre catholique séculier, collaborationniste et militant indépendantiste breton, abattu en 1943 à Scrignac par un membre de l'Organisation spéciale du PCF de Scaër[15].
Célestin Lainé recrute une trentaine de volontaires qui s'entraînent à partir de pour former la Bezen Perrot[16].
Il relance Breiz Atao, interdite depuis 1939[4].
Le 20 mars 1944, François Debauvais, meurt dans une clinique à Colmar. Dans un ultime courrier, il fait de Célestin Lainé légataire du titre Breiz Atao. Lainé, en rupture avec le Parti National Breton, fonde un parti concurrent du même nom, et publie un numéro de Breiz Atao, le n° 337, en mai 1944. Un autre numéro de Breiz Atao est prévu pendant l’été, mais la livraison ne peut être publiée du fait de l’arrivée des Américains à Rennes et de la fuite de ses rédacteurs pour l’Allemagne[17].
Condamnation à mort par contumace
[modifier | modifier le code]Le cas Bezen Perrot et d'autres cas de collaboration furent traités par la Cour de justice établie à Rennes en 1944. Ses pouvoirs furent transférés au Tribunal permanent des forces armées à Paris le qui était chargé de revoir tous les cas. Parmi une douzaine de Bretons exilés en Allemagne de 1946 à 1948, 5 furent condamnés à mort par contumace.
Exil
[modifier | modifier le code]Chassés de Bretagne par la défaite des nazis, les ultimes combattants de cette unité se retrouvent à Tübingen. Cependant Célestin Lainé disparaît au cours de la retraite, se cachant à Marbourg[18] avant de se réfugier en Irlande.
Il confie à un témoin, Jean Pierre Le Mat, dans les années 1970, les motivations de son engagement aux côtés de l'Allemagne. Deux raisons le guidaient. La première était un sentiment anti-français farouche, ce que le conduisit d'ailleurs au cours des années 1950 à aider les partisans du Viet-Minh opposés aux troupes françaises. La deuxième raison était de créer un fossé entre la France et la Bretagne, un précédent historique inoubliable. Pour ce faire, il fallait accomplir un acte impardonnable[19].
Mort
[modifier | modifier le code]Il meurt en Irlande en 1983[8].
Publications
[modifier | modifier le code]Sous le pseudonyme de C.L. Kerjean
Sous le pseudonyme de Neven Henaff
- Neven Henaff et Alan Heussaff, 39 Prezegenn Sevenadur Atlantegat
- George Ohsawa, Neven Henaff et Jacques de Langre, But I Love Fruits, date inconnue, 22 pages (traité de macrobiotique, selon une étude sur Neven Henaff dans Zeitschrift für Celtische Philologie, 1943, puis développé dans Carn, numéros 47-48)
- When I was ready, then I would declare war
- Biographie et mémoires de Célestin Lainé (dit Neven Henaff). Traduit en anglais par Daniel Leach de l'université de Melbourne avec des annotations de Guillaume Legros et une introduction de Daniel Leach[20].
Un fonds Célestin Lainé a été déposé en 2008 à la bibliothèque Yves-Le Gallo du Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) de l'Université de Bretagne occidentale. Il comprend 1249 pièces d'archives.
Dans la fiction et les arts
[modifier | modifier le code]Célestin Lainé est un des protagonistes du roman Ratlines de Stuart Neville chez Rivages, 2015
Ernst Jünger raconte dans La Cabane dans la vigne une visite de Laîné en octobre 1945 où il lui expose sa future émigration en Irlande[21].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ (à distinguer de l'IRA (1919))
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ PRELIB
- ↑ « https://www.univ-brest.fr/crbc/menu/Biblioth%C3%A8que+Yves+Le+Gallo+%28UMS3554%29/Fonds+d%27archives/Laine__Celestin_ » (consulté le )
- ↑ vdorgere, « La guerre de Célestin Lainé », sur Master civilisations, cultures et sociétés, (consulté le )
- « Histoire. La jeunesse brestoise de Célestin Lainé », sur actu.fr, (consulté le )
- ↑ Sébastien Carney, op. cit., (OCLC 933781535).
- ↑ (en) « Lainé - IDBE - IDBE », sur bibliotheque.idbe.bzh (consulté le )
- ↑ https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/guerre-39-45/entretien-lhistoire-de-la-milice-nationaliste-bretonne-du-bezen-perrot-a-laisse-des-traces-f612047c-70d8-11ef-9636-7dbb9f35abc5
- vdorgere, « La guerre de Célestin Lainé », sur Master civilisations, cultures et sociétés, (DOI 10.58079/r9ql, consulté le ).
- ↑ Georges Cadiou, "L'Hermine et la Croix gammée", Mango Document, 2001, (ISBN 2-914353-065)
- « Fonds LAINÉ, Célestin | UAR CRBC-Documentation », sur www.univ-brest.fr (consulté le )
- ↑ voir http://propos.sturiens.over-blog.com/article-nos-deux-bases-irlande-et-prusse-partie-1-52537534.html et http://propos.sturiens.over-blog.com/article-nos-deux-bases-irlande-et-prusse-partie-2-52636114.html
- « Seconde guerre mondiale : quand des indépendantistes bretons basculent dans le collaborationnisme », Historia, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Sébastien Carney, « Le Gwalarn à Locquirec : une affaire, des histoires », dans Jean-Christophe Cassard historien de la Bretagne, Skol Vreizh, , 85-98 p. (lire en ligne), p. 85
- ↑ « Château de Kerriou », sur topic-topos.com via Internet Archive (consulté le ).
- ↑ Thierry Guidet, Qui a tué Yann-Vari Perrot ?, nouvelle édition revue et mise à jour, 2002, Coop Breizh, p. 85 et suivantes.
- ↑ Jacqueline Sainclivier, « L'Ouest », Bulletins de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, vol. 27, no 1, , p. 113–126 (DOI 10.3406/ihtp.1994.2286, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Sébastien Carney, « Célestin Lainé et le breton : la langue pour le combat », La Bretagne Linguistique, no 16, , p. 151–197 (ISSN 1270-2412, DOI 10.4000/lbl.2241, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Daniel Leach, « Bezen Perrot: The Breton nationalist unit of the SS, 1943-5 », e-Keltoi: Journal of Interdisciplinary Celtic Studies, vol. 4, , p. 24 (lire en ligne).
- ↑ Jean-Pierre Le Mat, Histoire de Bretagne Les nations insuffisantes: le point de vue breton, Yoran embann, (ISBN 978-2-916579-75-7)
- ↑ Philippe Argouarch, « Une autobiographie de Célestin Lainé retrouvée et mise en ligne », sur abp.bzh, Agence Bretagne Presse, (consulté le ).
- ↑ Ernst Jünger, Journaux de guerre II 1939-1948, Paris, Gallimard, , 1384 p. (ISBN 9782070116300), p. 994
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Sébastien Carney, Breiz Atao ! : Mordrel, Delaporte, Lainé, Fouéré : une mystique nationale (1901-1948), Rennes, PUR, coll. « histoire », , 608 p. (ISBN 978-2-7535-4289-1, ISSN 1255-2364, OCLC 933781535, lire en ligne)
- Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 1944, des nationalistes bretons sous l'uniforme allemand, Fouesnant, Y. Embanner, , 174 p. (ISBN 2-9521446-1-3)
- Kristian Hamon, Les nationalistes bretons sous l'Occupation, Le Releg-Kerhuon, An Here, , 271 p. (ISBN 2-86843-224-7)
- Georges Cadiou, « Lainé, Célestin (1908-1983) », dans EMSAV : Dictionnaire critique, historique et biographique Le mouvement breton de A à Z du XIXe siècle à nos jours, Spézet, Coop Breizh, (ISBN 978-2-84346-587-1), p. 236-238.
- Pierre Lias, Dictionnaire breton : breton-français, français-breton, Paris, Garnier, , 816 p. (ISBN 2-7370-0253-2)
Liens externes
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- Ressource relative à la littérature :
- Mouvement breton
- Élève de l'École centrale Paris
- Personnalité du Parti national breton
- Membre de Gwenn ha Du (groupe armé)
- Personnalité du Parti autonomiste breton
- Collaborateur français pendant la Seconde Guerre mondiale
- Membre de la SS non-allemand
- Condamné à la peine de mort en France
- Naissance en octobre 1908
- Naissance à Nantes
- Naissance dans la Loire-Inférieure
- Décès en octobre 1983
- Décès dans le comté de Galway
- Personnalité morte en exil
