Oréopithèque

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Oreopithecus bambolii

Oreopithecus bambolii
Description de cette image, également commentée ci-après
Oréopithèque
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Mammalia
Ordre Primates
Famille  Oreopithecidae

Genre

 Oreopithecus
Gervais, 1872

Nom binominal

 Oreopithecus bambolii
Gervais, 1872

L’oréopithèque (Oreopithecus bambolii) est une espèce de primates préhistoriques datant du Miocène dont on a trouvé des fossiles en Italie (Toscane et Sardaigne) et en Afrique orientale. Le nom générique vient du grec et signifie « singe des collines », le nom de l'espèce fait référence au lieu de la première découverte par le paléontologue français Paul Gervais en 1872, le hameau de Montebamboli (it) en Toscane.

En 1958, le paléontologiste bernois Johannes Hürzeler (de) découvre un squelette complet d'Oréopithèque dans une exploitation de lignite à Baccinello (en), en Toscane. L'examen du bassin et des pieds de cette espèce datée d'environ 8 millions d'années (Miocène) suggère qu'il était capable de se maintenir en position verticale et bipède, ce qui amène Hürzeler à en faire un ancêtre de l'homme moderne pratiquant une bipédie terrestre courante[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'oréopithèque pourrait descendre du dryopithèque. Vivant depuis l'Afrique du Nord jusqu'en Europe centrale, aurait évolué de manière isolée pendant au moins deux millions d'années en Méditerranée, dans une île qui devait devenir la Toscane d’aujourd'hui. Il n'y avait là aucun grand prédateur et les singes n'avaient pas d'ennemis naturels. Plus tard, probablement pendant une période glaciaire, quand le niveau de la mer a baissé dans le monde entier, un pont de terre est apparu et a relié l'île au continent. De nouvelles espèces, et parmi elles de grands prédateurs, ont eu alors la possibilité d'envahir cet environnement isolé où des animaux comme l’oréopithèque étaient des proies faciles. Très vite ce primate étrange, comme d'autres créatures de l'île, a disparu à jamais. On pense tout de suite à ce qui est arrivé quand un pont de terre entre l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud a uni les deux continents.

Une bipédie très ancienne ?[modifier | modifier le code]

L'habitat de l'oréopithèque semble avoir été constitué de marécages et non de savanes ou de forêts. Les fossiles sont assez nombreux et complets pour observer un certain nombre de traits caractéristiques d'une certaine adaptation à la marche en station droite : largeur du talon, courbure lombaire, morphologie du fémur et du bassin court et élargi. Sa face courte et sa denture ont également contribué à amener certains chercheurs à le rapprocher initialement des Hominidés.

Les fossiles d'oréopithèque, datant de 8 à 10 millions d'années, traduisent une apparition très ancienne d'une forme de bipédie, inconnue chez les autres espèces de primates contemporaines ou immédiatement postérieures. Certains y voient un argument en faveur de l'hypothèse du singe aquatique censée expliquer l'apparition de la bipédie humaine. La bipédie de l'oréopithèque s’accorde bien avec la possibilité d’une évolution ancienne des Hominidés, comme le laisse penser le crâne de Toumaï, vieux de six à sept millions d’années mais présentant selon ses découvreurs des traits humains.

Si certains estiment donc que l'oréopithèque implique de revoir le consensus actuel sur la chronologie de la bipédie dans l'histoire de l’évolution humaine, un consensus est loin d'être établi chez les paléontologues. Dès les années 1980, les chercheurs établissent que la locomotion de l'oréopithèque est très occasionnellement bipède : ses membres supérieurs sont nettement adaptés à la suspension. En outre, son pied évoque les pattes d’oiseaux et présente une anatomie différente de celle des premiers ancêtres bipèdes de l’homme. Ses vertèbres lombaires et son sacrum sont proches de ceux des grands singes et non des ancêtres des hommes modernes. Il faut ainsi envisager une vie essentiellement arboricole (déplacement suspendu) accompagnée de déplacements bipèdes au sol, rendus possibles par le milieu insulaire et l'absence de prédateurs. Cette bipédie est toutefois différente de celles des Australopithèques et de l'Homme[2].

Le répertoire locomoteur de l'oréopithèque souligne les relations fonctionnelles entre l'aptitude à la bipédie et l'adaptation à la suspension et au grimper vertical. Il semble soutenir l'hypothèse des origines arboricoles de la bipédie et de ce que les biologistes évolutionnistes appellent une exaptation[3].

La position taxonomique de l'Oréopithèque continue d'être débattue mais elle ne fait pas partie de la lignée des hominidés. Quelques scientifiques voient en lui le tout premier catarhinien, peu de temps après la séparation d’avec les singes du Nouveau Monde. D'autres scientifiques le placent dans la lignée des hominidés juste avant la séparation des orangs-outangs d’avec le reste des grands singes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Hurzeler, J. (1958). Oreopithecus bambolii Gervais: A preliminary report. Verh. Naturf. Ges. Basel, 69
  2. (en) Russo GA, Shapiro LJ, « Reevaluation of the lumbosacral region of Oreopithecus bambolii », Journal of Human Evolution, vol. 65, no 3,‎ , p. 253-65 (DOI 10.1016/j.jhevol.2013.05.004).
  3. Pascal Picq, Au commencement était l'homme: De Toumaï à Cro-Magnon, Odile Jacob, , p. 222.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]