Arcadie (groupe)

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Arcadie est un groupe militant homosexuel français, créé en 1954 par un ancien séminariste, André Baudry, et dissous en 1982. C'est aussi le nom de la revue du groupe, Arcadie. C'est, de fait, la première véritable association homosexuelle française.

Création et buts[modifier | modifier le code]

Le groupe et la revue sont fondés en janvier 1954 par André Baudry, ainsi que Jacques de Ricaumont, André du Dognon et Roger Peyrefitte, avec le soutien de Jean Cocteau qui offre un dessin dans la premier numéro d'Arcadie, et déclarés en 1957 sous la forme juridique d'une SARL[1]. Baudry souhaitait promouvoir l'« homophilie », l'amour du semblable, non seulement à travers la sexualité mais aussi comme un lien affectif entre deux hommes.

Il s'agissait, pour André Baudry, grâce à une attitude discrète, réservée et parfois chaste, de gagner l'honorabilité et la respectabilité, et ainsi la tolérance de la société. Le nom Arcadie renvoie à la région de la Grèce antique célèbre pour sa vie harmonieuse.

Ancien séminariste (mais qui n'a jamais été prêtre, contrairement à une légende tenace)[1], Baudry veut aussi aider les homosexuels, en les réunissant pour lutter contre leur solitude, et en leur apportant une meilleure estime d'eux-mêmes. Il revendique ainsi le droit à l'indifférence, en tant que personnes dignes et respectables, des « citoyens comme les autres ».

Club privé[modifier | modifier le code]

À partir des abonnés de la revue, le groupe de 20 à 40 personnes s'agrandit. Baudry crée alors le Club littéraire et scientifique des pays latins (Clespala) en 1957 sous le régime commercial d'une SARL. Ce club privé n'est ouvert qu'aux personnes majeures et exige l'abonnement à la revue. Il a des locaux avec salle de conférences, et à partir de 1958, un banquet est organisé tous les ans. Baudry parvient à obtenir l'autorisation d'organiser des bals (avec la célèbre « danse du tapis »)[1] qui ont lieu à partir de 1969 en fin de semaine dans un ancien cinéma qu'il a racheté, au 61 de la rue du Château d'eau à Paris (10e).

Baudry apporte de plus un soutien moral et parfois financier aux membres du club. Surveillé par la police (il existait à cette époque, au sein de la Préfecture de Police, un « Groupe de contrôle des homosexuels », émanation lointaine de la « Sous-brigade des pédérastes » du XIXe siècle), André Baudry impose un comportement sans tache lors des réunions et banquets, allant jusqu'à y inviter des représentants des autorités policières et judiciaires.

Succès et déclin[modifier | modifier le code]

Le mensuel Futur, créé fin 1952, a coexisté avec Arcadie de janvier 1954 à octobre 1955. Mais dans les années 1960, Arcadie est le seul mouvement et la seule revue homosexuelle française. Ensuite, dans l'après mai 1968, les homosexuels ont d'autres revendications et certains créent le Front homosexuel d'action révolutionnaire en 1971[1].

Cependant le groupe et la revue bénéficient d'une bonne image, et André Baudry est invité à témoigner à la télévision dans Les Dossiers de l'écran en 1975. Il renomme la revue Arcadie, mouvement homophile de France. En 1979, il invite à un grand congrès de nombreux intellectuels sympathisants comme Robert Merle ou Paul Veyne.

Le philosophe Michel Foucault qui a fréquenté Arcadie quelque temps et a également participé à la conférence de 1979 a écrit : « Arcadie a été le seul [mouvement] à employer le mot peuple. C'était là la folie prophétique de Baudry (...). On peut être frappé par la perpétuelle imprécation du leader des arcadiens contre leurs mauvaises mœurs. En fait, il faut bien que le « peuple » soit pécheur, pour avoir besoin d'un prophète »[1].

Très critiqué dans les années 1970, et construit comme une sorte de franc-maçonnerie, Arcadie et le mouvement homophile n'ont guère influencé l'opinion publique et n'ont pas beaucoup contribué à la visibilité des homosexuels, bien que plusieurs ouvrages aient noté son travail discret et son lobbying y compris parlementaire[1]. Le contexte politique t policier rendaient, de toute façon, difficile, dans les années 1950 et 1960 un tel militantisme. Arcadie a cependant favorisé l'existence et l'expression, même limitée, d'un groupe homosexuel dans la France des années 1950 et des années 1960. La revue reste de qualité et un témoignage inestimable de la vie et des débats homosexuels dans l'après-guerre.

À la fin des années 1970, Arcadie connaît encore le succès et la revue a au moins 30.000 abonnés. Des délégations en province se sont multipliées. Pourtant, face aux critiques et à la naissance d'associations gays plus radicales (le FHAR dès 1971, les GLH puis, au début des années 1980, le CUARH), André Baudry décide la dissolution de sa société le 13 mai 1982. Il s'exile à Naples où il a vécu, par la suite, de longues années avec Giuseppe, le garçon de sa vie.

Membres du groupe Arcadie et contributeurs de la revue Arcadie (liste non exhaustive)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Frédéric Martel, Le Rose et le Noir, Les Homosexuels en France depuis 1968, Paris, Le Seuil, 1996, et rééd. en poche, points-seuil, 2000, p. Le chapitre III est entièrement consacré à l'histoire d'Arcadie (Martel a interviewé plusieurs fois André Baudry)
  2. Pour la lise des collaborateurs de la revue, voir Jackson, 2009.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Martel, Le Rose et le Noir, Les homosexuels en France depuis 1968, Le Seuil, 1996 (le chapitre III est sur Arcadie).
  • Christopher Miles, « Arcadie, ou l'impossible éden », La Revue h, no 1, 1996.
  • Georges Sidéris, « Des folles de Saint-Germain-des-prés au fléau social », in E. Benbassa et J.-C. Attias, La Haine de soi, Bruxelles, Complexe, 2000.
  • Olivier Jablonski, « Arcadie », Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003.
  • Julian Jackson, « Arcadie :sens et enjeux de « l'homophilie » en France, 1954-1982 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. no 53-4,‎ , p. 150–174 (ISSN 0048-8003, lire en ligne).
  • Julian T. Jackson, « Sur l’homosexualité en France au xxe siècle (entretien avec Hervé Baudry) », La Ligne d'ombre, no 2, 2007.
  • (en) Julian Jackson, Autrement, collection Sexes en tous genres n°256, Arcadie : La vie homosexuelle en France, de l'après-guerre à la dépénalisation,, Editions Autrement, (ISBN 9782746713277).