André Baudry

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André Baudry, né le à Rethondes, est le créateur de la revue homophile Arcadie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien séminariste, puis professeur de philosophie dans l'enseignement privé, il s'intéresse au débat sur la sexualité après la publication du rapport Kinsey en 1948, du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, en 1952 et la même année, de la thèse de théologie intitulée Vie Chrétienne et problèmes de la sexualité de l’abbé Oraison. Cette thèse qui prend clairement position pour une attitude plus compréhensive de l'Église vis-à-vis de l'homosexualité est mise à l'index l'année suivante.

La revue Arcadie a été créée en 1954 par André Baudry, Jacques de Ricaumont, Roger Peyrefitte et le séminariste André du Dognon[1]. Jean Cocteau offre un dessin à sa signature pour le premier numéro. Elle fut aussitôt interdite à l'affichage et à la vente aux mineurs. André Baudry fut poursuivi en 1955 pour outrage aux bonnes mœurs et condamné à 400 000 francs d'amende[2]. L'interdiction ne sera levée qu'en 1975[1].

Dès mars 1957, le mouvement Arcadie prend de l'ampleur : il se double d'un lieu d'accueil pudiquement baptisé "Club littéraire et scientifique des pays latins" (Clespala)[1]. Des banquets, des débats et des après-midi dansantes se développent, accueillant chaque mois jusqu'à 10.000 personnes[1]. En juillet 1960, lors de l'adoption de l’amendement Paul Mirguet comptant l'homosexualité parmi les « fléaux sociaux », il supprima les petites annonces et les photographies de la revue, de crainte qu'elle ne soit frappée à nouveau d'interdiction.

Le philosophe Michel Foucault qui a fréquenté Arcadie quelque temps et a participé à l'une de ses conférences en 1979 a écrit : "Arcadie a été le seul [mouvement] à employer le mot peuple. C'était là la folie prophétique de Baudry (...). On peut être frappé par la perpétuelle imprécation du leader des arcadiens contre leurs mauvaises moeurs. En fait, il faut bien que le "peuple" soit pécheur, pour avoir besoin d'un prophète"[1].

En 1975, André Baudry est invité à témoigner à la télévision dans les Dossiers de l'écran. Il renomme l'association Arcadie « Mouvement homophile de France ». En 1979, il invite à un grand congrès de nombreux intellectuels sympathisants comme Michel Foucault (qui a fréquenté lui-même Arcadie un moment)[1], Robert Merle, ou Paul Veyne.

A la fin des années 1970, Arcadie connaît encore le succès et la revue a au moins 30.000 abonnés. Des délégations en province se sont multipliées. Pourtant, face aux critiques et à la naissance d'associations gays plus radicales (le FHAR dès 1971, les GLH puis, au début des années 1980, le CUARH), André Baudry décide la dissolution de sa société le 13 mai 1982[1]. Il s'exile à Naples où il a vécu, par la suite, de longues années avec Giuseppe, le garçon de sa vie[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Martel, Le Rose et le Noir, Les homosexuels en France depuis 1968, Le Seuil, 1996 (voir le chapitre III entièrement consacré à Arcadie ; Martel a longuement interviewé André Baudry à deux reprises en 1995).
  • Julian Jackson, "Arcadie, La vie homosexuelle en France, de l'après-guerre à la dépénalisation", Autrement, collection Sexes en tous genres n°256, Éditions Autrement, Paris, 2009.
  • Christopher Miles, « Arcadie, ou l'impossible éden », La Revue h, nos 1, 1996.
  • Georges Sidéris, « Des folles de Saint-Germain-des-prés au fléau social », in E. Benbassa et J.-C. Attias, La Haine de soi, Bruxelles, Complexe, 2000.
  • Olivier Jablonski, « Arcadie », Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003.
  • Julian Jackson, « Arcadie : sens et enjeux de « l'homophilie » en France, 1954-1982 », Revue d'histoire moderne et contemporaine, no 53-4, 2006.
  • Julian T. Jackson, « Sur l’homosexualité en France au XXe siècle (entretien avec André Baudry) », La Ligne d'ombre, nº 2, 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Frédéric Martel, Le Rose et le Noir, Paris, Le Seuil, , 793 p., p. Chapitre III, pp. 100-117
  2. cf. Julian Jackson, « Arcadie », éditions Autrement, page 101. Afin de ne pas effrayer les membres d'Arcadie, il affirmera longtemps ne pas avoir été condamné.