Anekdot

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Le terme anekdot (en russe, анекдот, lui-même dérivé du français anecdote) désigne, dans l'humour russe, une blague à caractère souvent socio-politique, originellement transmise oralement (pour contourner la censure), qui peut être considéré comme une sorte de folklore[1].

Période tsariste[modifier | modifier le code]

Période soviétique[modifier | modifier le code]

Les blagues de la période soviétique offrent une vision de la réalité soviétique plus populaire et haute en couleurs que celle dépeinte par les études académiques des soviétologues, démontrant que tout totalitaire qu'ait pu être le régime, il n'a jamais pu totalement contrôler toute critique interne[2].

  • Les blagues sur Staline étaient assez rares de son vivant, les risques encourus par ceux qui les racontaient étant grands :

Une personne de son entourage rapporte à Staline qu'un obscur moscovite se trouve être son sosie.
- Qu'on le fusille ! – ordonne Staline.
- Peut-être qu'on peut juste lui raser la moustache, camarade Staline ?
- Très juste ! Qu'on lui rase la moustache, puis qu'on le fusille !

Quand Staline arriva en enfer, le diable le jeta aux pieds de Karl Marx :
- Ramassez les dividendes de votre capital !

  • Nikita Khrouchtchev fut notamment moqué pour les échecs de sa politique agricole et son obsession ramenée des États-Unis pour la culture du maïs en URSS (où le climat s'y prête peu) :

- Khrouchtchev croit-il en Dieu ?
- Bien sûr ! Il a même organisé un grand carême !

- Comment Khrouchtchev a-t-il modifié le slogan léniniste ?
- Le communisme, c'est le pouvoir aux soviets plus la maïssisation[3] de tout le pays.

  • Léonid Brejnev fit l'objet de quantité de blagues, raillant le plus souvent sa mégalomanie, son grand âge voire son gâtisme :

- Que se passerait-il si un crocodile avalait Brejnev ?
- Il chierait des médailles pendant deux semaines.

« Brejnev est mort, mais son corps vit toujours ! »

  • Par ailleurs, les blagues raillant l'absurdité du système étaient particulièrement nombreuses sous Brejnev.

Trois personnes se retrouvent au Goulag et s'interrogent sur les raisons de leur détention.
- Le premier : Moi j'arrivais en retard à mon travail à l'usine et j'ai été condamné à 10 ans pour sabotage.
- Le deuxième : Moi j'arrivais en avance à mon travail à l'usine et j'ai été condamné à 10 ans pour espionnage.
- Le troisième : Moi j'arrivais à l'heure à mon travail à l'usine et j'ai été condamné à 10 ans pour conformisme petit bourgeois...

  • Iouri Andropov ne fut guère plus épargné que Brejnev sur son grand âge, même s'il s'en distingua par la brièveté de son passage au pouvoir (16 mois, contre 18 années pour Brejnev) :

- Pourquoi Brejnev a voyagé hors d'URSS mais pas Andropov ?
- Le premier marchait avec des piles alors que le second était branché sur le secteur.

« Nouvelle unité de temps : 1 Andropov égale 10 ans »

  • Konstantin Tchernenko est surtout connu pour être mort, après son accession au pouvoir, en encore moins de temps que son prédécesseur (13 mois) :

Un citoyen arrive aux funérailles de Tchernenko.
- Votre billet ! – lui demande-t-on.
- Pour ces spectacles, j'ai pris un abonnement !

  • Mikhaïl Gorbatchev est généralement moqué pour sa politique de perestroika (littéralement : reconstruction), pour avoir précipité la chute de l'URSS ou pour son suivisme envers l'Occident :

Lénine et Brejnev se rencontrent dans l'autre monde. Brejnev demande :
- Tu as construit quelque chose là-bas toi ?
- Non, et toi ?
- Moi non plus. Qu'est-ce qu'il peut bien reconstruire ?

  • Les dirigeants n'étaient pas les seules cibles de ces moqueries; ainsi, d'autres blagues visaient, de façon plus générale, les organes du parti (comme le KGB), ceux de la presse (Pravda…) ou encore, des figures bien connues du régime, comme, par exemple, le commissaire politique, l'apparatchik, ou encore, l'espion :

Deux Moscovites se croisent et se saluent dans la rue:
- le premier : Bonjour, camarade !
- le second : Bonjour, camarade espion !
Ils font quelques pas, puis le premier se retourne et attrape le second par la manche :
- le premier : Minute, camarade ! Comment sais-tu que je suis espion ?
- le second : camarade, tout le monde sait bien qu'ici, la moitié des gens sont des espions ! Comme ce n'était pas moi, j'ai supposé, tout naturellement, que c'était toi !

Pourquoi les soldats soviétiques sont-ils en patrouille de 3 ?
- Parce qu'il y en a un qui sait lire, un qui sait écrire et il en faut donc un troisième pour surveiller les deux premiers qui sont de dangereux intellectuels.

Depuis la chute de l'URSS[modifier | modifier le code]

La période des années 1990 et la désastreuse politique de la thérapie de choc ont donné lieu en Russie à de nombreuses blagues, souvent cyniques et confinant à l'humour noir. Par exemple, en 1995 courait la blague suivante sur le premier ministre Viktor Tchernomyrdine :

« Viktor Stepanovitch disait qu'il voyait la lumière au bout du tunnel.
Il avait raison, mais c'était celle de la locomotive du train qui venait en sens inverse. »

La très controversée politique de privatisation des biens de l'État russe par coupons, orchestrée par Tchoubaïs, a également fait les frais de l'humour russe :

« Nous tombions dans l'abîme, quand nous nous sommes aperçu que Tchoubaïs en avait privatisé le fond. »

Finalement, c'est tout le modèle de démocratie à l'occidentale, imposé aux forceps à une population fragile, qui est moqué durant cette décennie :

« Quel est le plus grand économiste marxiste de la Russie ?

  • Egor Gaïdar, car il a réussi en deux ans ce que ni Lénine ni Staline n'avaient su faire, discréditer complètement le capitalisme dans ce pays. »

« Dialogue moscovite :

  • Dites, vous êtes un démocrate ?
  • Ah non, citoyen, moi je suis un honnête homme ! »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Victor A. Pogadaev, « The origin and classification of Russian anecdotes as a folklore genre », Folklore and Folkloristics, Université de Malaya, vol. 5, no 2,‎ , p. 9-17 (lire en ligne [PDF])
  2. (en) David Brandenberger, « Political Humor under Stalin. An Anthology of Unofficial Jokes and Anecdotes », sur richmond.edu, (consulté le 20 novembre 2016)
  3. En russe : кукурузизация – formé sur кукуруза, le maïs – qui remplace le terme électrification du véritable slogan

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amandine Regamey, Prolétaires de tous pays, excusez-moi !, Buchet-Chastel, 2007 (ISBN 228302093X)
  • Antoine et Philippe Meyer, Le communisme est-il soluble dans l'alcool, Seuil, 1979 (ISBN 2020053810)