Blague

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Couverture du journal Les Petits bonshommes (1er avril 1913).

Une blague, aussi nommée histoire drôle ou gag, est une mise en scène sous forme d'histoire ou de devinette, généralement assez courte, qui déclenche le rire.

La blague se décline par sa forme simple en jeux de mots et calembours, devinettes, contrepèteries, etc.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Définitions du Dictionnaire du bas-langage de Charles-Louis D'Hautel (1808).

La blague a été largement précédée par la notion de farce, elle est apparue dans les dictionnaires en 1809 et dans celui de l'Académie française en 1842. Elle tire son nom de la blague à tabac[1]. Ce sont les mots « blagueur » et « blaguer » qui viennent en premier, en 1808, au sens péjoratif de « hâbleur » ou de « plaisantin » ; ce sens figuré est dérivé de la racine étymologique germanique balgi-z signifiant « sac » ou « chose gonflée », entrée dans le français sous la forme blaque (étui à tabac), avant de devenir la source de plusieurs locutions courantes au cours du XIXe siècle, telles que « blague à part » ou « sans blague ! », par évolution sémantique de la blague à tabac glonflée qui fait illusion[2].

La blague envahit alors les journaux, les caricatures et la littérature[1]. Le roman Les Employés ou la Femme supérieure d'Honoré de Balzac (1838) témoigne de sa diffusion dans le langage des employés parisiens[2]. Honoré est même surnommé « Blaguezac » par George Dairnvaell[3],[4]. Les frères Goncourt surnomment aussi un de leurs personnages La Blague dans Manette Salomon (1867)[1].

Le mot « blague » qui dérive même en « blagomane », prend de nombreux sens en partant de mensonge ou hâblerie, il passe à plaisanterie, causerie ordinaire, habileté oratoire ou encore œuvre littéraire sans valeur[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

Caricature de Léopold Ier disant à Louis-Philippe Ier : « Mon beau-père, vous êtes un vieux blagueur !... » (Traviès, 1834).

Issue de la farce théâtrale et de la farce au sens de canular, qui sont des histoires jouées pour faire rire souvent aux dépens de quelqu'un, la blague est simplement racontée : c'est une histoire drôle.

Selon Paul McDonald (en) qui a recherché avec son équipe les plus vieilles blagues du monde et publié dix d'entres elles pour l'université de Wolverhampton, la plus ancienne date de 1 900 ans avant notre ère et a été trouvée dans des textes sumériens : « ça n'était pas arrivé depuis la nuit des temps : une jeune femme s'est retenue de péter sur les genoux de son mari »[6],[7].

L'utilisation du mot « blague » dans ce sens serait née sous Napoléon Ier dans le cercle militaire[8]. C'est le personnage imaginaire Robert Macaire qui représente le blagueur type au XIXe siècle[9] ; le drame burlesque qui porte son nom popularise la réplique de Macaire au baron de Wormspire : « Mon beau-père, vous n'êtes qu'un vieux blagueur »[10].

Une blague qui a traversé le XIXe siècle est celle du portier chauve rendu fou parce qu'on lui demandait sans arrêt une mèche de cheveux. Apparue en 1821 dans Le véritable Catéchisme poissard ou l'Art de s'engueuler dévoilé par M. Blague-en-main et Mme Gotot, elle est reprise maintes fois dans la presse et la littérature : Balzac en 1837 (Les Martyrs ignorés), James Rousseau en 1841 (Physiologie de la portière), Eugène Sue en 1843 (Les Mystères de Paris), ou encore Alexandre Dumas en 1861 (Les morts vont vite)[11]. Une pièce sur ce thème a même été créée au théâtre des Variétés en 1837 : Portier, je veux de tes cheveux !, par MM. Cogniard, Deslandes et Didier.

James Rousseau la décrit ainsi : « Le jeune homme se présente fort poliment et en ôtant son chapeau ; le portier rentre dans sa niche pour recevoir cet honnête visiteur, et celui-ci, avec le plus grand sérieux du monde, lui dit : Portier, donne-moi de tes cheveux ou dix sous ! [...] Le jeune homme se sauva alors en riant comme un fou, et, au lieu de rentrer chez lui, alla chez un de ses amis, peintre célèbre, auquel il raconta sa scène avec le portier »[12].

Définition[modifier | modifier le code]

Blagues de Jules Jouy.

Une blague est une petite histoire dont le seul but est de faire rire par une chute inattendue[13].

Un des premiers théoriciens de la blague, Arthur Schopenhauer, explique son mécanisme par la collision d'un concept abstrait avec sa représentation intuitive, en désaccord[14]. Henri Bergson définit trois procédés de fabrication : l'inversion, la répétition et l'interférence des séries[15]. Marcel Pagnol ajoute plus simplement : « Voici maintenant une autre vérité qui est la grande découverte de Bergson, et la marque de son génie : l'homme ne rit que de l'homme, ou d'un animal qui voudrait ressembler à un homme, ou d'un objet qui a une forme humaine »[16].

L'histoire drôle a une grande dimension sociale : elle doit être partagée, elle se racontre entre amis ou collègues, elle permet d'être apprécié[17]. La manière dont l'histoire est racontée est tout aussi importante que son contenu, son effet humoristique dépend beaucoup des qualités du conteur[18]. Il est même possible que la narration de l'histoire soit plus drôle que l'histoire elle-même : Coluche, avec son premier sketch C'est l'histoire d'un mec..., fait rire son public sans raconter aucune histoire[19].

Forme[modifier | modifier le code]

La blague se définit comme un « humour de l'instant », elle est très souvent courte[20]. Elle peut se décliner en de nombreuses formes : devinette, jeux de mots, contrepèteries, farces, bourdes, etc[21].

Le « jeu des combles » est un cas particulier de devinettes, c'est un jeu d'esprit répandu en France vers la fin du XIXe et au XXe siècle, consistant à poser une question demandant l’indication d'un comble ; par exemple : « Quel est le comble pour le teinturier ? C’est de mourir à la tâche »[réf. nécessaire].

Les comiques insultants (en anglais insult comics), qui insultent les personnes connues et surtout le public lui-même, utilisent aussi l'inconvenance. Aristide Bruant et les chansonniers du Chat noir étaient de tels comiques. Ce type d'humour est encore très utilisé aux USA, où lors de remises de récompenses, un comique insultant peut insulter une vedette, en faisant rire le public, sans qu'elle ne se sente offusquée.[réf. souhaitée]

De nombreuses blagues s'appuient sur un type de personnages brocardés : les blondes, les Belges pour les Français, les Français pour les Belges, les Libyens pour les Tunisiens, les Newfies pour les Canadiens, les Rednecks pour les Américains, les Brésiliens pour les Argentinsetc.. Des blagues visant un groupe ethnique particulier peuvent, à l'occasion, être considérées comme racistes[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Preiss 2002, p. 1.
  2. a et b Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, Les Dictionnaires Le Robert-SEJER, 1993-2011, entrée « Blague ».
  3. Physiologie des étudiants, des grisettes et des bals de Paris, 1849.
  4. Preiss 2002, p. 2.
  5. Lorédan Larchey, Dictionnaire historique, étymologique et anecdotique de l'argot parisien : sixième édition des Excentricités du langage, mise à la hauteur des révolutions du jour, Paris, F. Polo, , 236 p. (lire en ligne), p. 51-53.
  6. gds_db, « première blague », sur guichetdusavoir.org, Bibliothèque municipale de Lyon, (consulté le 13 septembre 2017).
  7. (en) Reuters Staff, « World's oldest joke traced back to 1900 BC », sur Reuters, (consulté le 13 septembre 2017).
  8. Preiss 2002, p. 5.
  9. Preiss 2002, p. 6.
  10. Luchet 1854, p. 85.
  11. Preiss 2002, p. 73.
  12. James Rousseau, Physiologie de la portière, Paris, Aubert, , 121 p. (lire en ligne), p. 33.
  13. de Brabandere 2007, p. 27.
  14. de Brabandere 2007, p. 18.
  15. de Brabandere 2007, p. 19.
  16. Pagnol 1947, chapitre 3.
  17. de Brabandere 2007, p. 40.
  18. de Brabandere 2007, p. 66, 72.
  19. de Brabandere 2007, p. 67.
  20. de Brabandere 2007, p. 81.
  21. Le petit Robert de la langue française 2011, page 262.
  22. À Paris, manifestation massive de la communauté chinoise contre le "racisme envers les Asiatiques", Sylvia Zappi, Le Monde.fr, 4 septembre 2016.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules Barbey d'Aurevilly, La Littérature du Tabac & La Blague en Littérature, La Rochelle, Rumeur des Ages, , 38 p. (ISBN 2-84327-031-6).
  • Luc de Brabandere, Petite Philosophie des histoires drôles, Paris, Eyrolles, , 94 p. (ISBN 978-2-212-53879-3).
  • Sigmund Freud, Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient (traduit de l'allemand Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten (1905) par Denis Messier), Gallimard, Paris, 1992, 442 p. (ISBN 978-2-07-032721-8).
  • Auguste Luchet, Les Mœurs d'aujourd'hui : Le Tabac. — Le Jeu. — Le Canot. — Le Pourboire. — La Blague. — La Pose. — Le Chantage. — Le Loyer. — La Boutique. — L'Exil., Paris, Coulon-Pineau, , 214 p. (lire en ligne).
  • Violette Morin, « L'histoire drôle », Communications, vol. 8, no 1,‎ , p. 102-119 (lire en ligne).
  • Marcel Pagnol, Notes sur le Rire, .
  • Nathalie Preiss, « Le Cheval de Troie est de retour : la blague et le Journal des Goncourt », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, vol. 1, no 10,‎ , p. 211-232 (lire en ligne).
  • Nathalie Preiss, « De « POUFF » à « PSCHITT » ! — De la blague et de la caricature politique sous la Monarchie de Juillet et après... », Romantisme, vol. 32, no 116,‎ 2002, p. 5-17 (lire en ligne).
  • Nathalie Preiss, Pour de rire ! La blague au XIXe siècle : ou la représentation en question, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Perspectives littéraires », , 180 p. (ISBN 2-13-052586-5).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Thèmes de blagues