Alternatiba, Village des alternatives

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Alternatiba (homonymie).
Vue de l'édition 2015 d'Alternatiba à Caen.

Alternatiba (« Alternative », en basque[1]) est un mouvement politique affilié au mouvement alternatif face au défi du changement climatique. Dans plus de cent villes de France et d'Europe, des événements festifs Alternatiba ont été réalisés[2]. Des centaines d'initiatives y ont été présentées pour susciter des prises de conscience et des changements de comportements chez les citoyens et décideurs[a].

Historique[modifier | modifier le code]

En septembre 2010, l'organisation écologiste basque Bizi ! a annoncé à la presse le premier projet d'un village écologique à Bayonne pour célébrer une « journée d'appel international contre le réchauffement climatique » qui devait prendre place le 10 octobre 2010 (le 10-10-10) avec le patronage de la militante altermondialiste Susan George. Ce projet visait déjà à réunir « des exemples d'actions quotidiennes pour lutter contre le réchauffement climatique »[3]. Mais le premier « Alternatiba, village des alternatives » a pris plus de temps que prévu pour être solidement monté. Il ne s'est déroulé à Bayonne que les 5 et 6 octobre 2013 et a accueilli plus de 12 000 visiteurs[4].

Considérant le sommet de Copenhague de 2009 comme un échec, le projet a pour intention de dire

« aux citoyens européens qu'il ne faut pas tout attendre d'un accord d'en haut, au sommet. Mais partir d'en bas, du local. Commencer, là où on vit, à s'investir dans des initiatives concrètes : l'éco-habitat, les circuits courts, les énergies renouvelables, le bio, les monnaies locales… Une liste qui ne doit surtout pas être limitative. Pour enclencher une dynamique citoyenne européenne[5]. »

L'objectif était de montrer aux visiteurs, dans une ambiance populaire et festive, que

« les solutions existent, [qu']elles sont déjà mises en œuvre par des milliers d’associations, de collectivités locales, d’individus. Mieux : ces alternatives construisent une société plus agréable à vivre, plus conviviale, plus solidaire, plus juste et plus humaine[6]. »

Stand Alternatiba à Chambéry, Ecofestiv' Alternatiba 2015.

Ce premier village était organisé en 50 conférences[7], des stands, des ateliers[8], des animations[9] répartis en 15 espaces thématiques. L’événement a reçu le soutien de « 90 organisations – citons en vrac la FSU, les Amis de la Terre, Greenpeace, SUD solidaires, Attac, Biocoop ou encore la Fondation Nicolas-Hulot [et a] mobilis[é] un millier de bénévoles »[b],[Note 1]. Il a été parrainé par le militant politique Stéphane Hessel dès décembre 2012, parrainage poursuivi par Christiane Hessel après le décès de son mari[10]. Celle-ci a conclu l'événement par un discours appelant à la construction d'autres Alternatiba ailleurs dans le monde[Note 2].

Le 22 février 2014, à Nantes, au cours de la première réunion fondatrice de la coordination européenne des Alternatiba[11],[Note 3], les initiateurs d'Alternatiba Bayonne ont présenté la démarche et rappelé quelques principes fondateurs.

Dans l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle française de 2017 qui oppose Marine Le Pen et Emmanuel Macron, Alternatiba appelle implicitement dans une tribune avec soixante autres associations à faire barrage à la candidate FN[12].

La construction d'autres Alternatiba en Europe[modifier | modifier le code]

À la suite de l'appel terminant le premier événement[Note 4], d'autres collectifs Alternatiba ont été constitués : dès novembre 2013 à Paris, puis à Genève, Bruxelles, Bilbao[13] notamment. Ils se sont appuyés sur l'expérience de Bizi ! à Bayonne, laquelle avait été formalisée dans un kit méthodologique[Note 5],[Note 6].

En 2016, des groupes étaient encore actifs à Haïti[Note 7] ou au Sénégal[Note 8].

Méthode et moyens[modifier | modifier le code]

L'expérience accumulée par Bizi ! lors de la construction du premier Alternatiba s'est traduite dans les méthodes d'organisation très voisines des différents collectifs Alternatiba. D'un côté, des commissions transversales assuraient un secrétariat, choisissaient les lieux de l'événement, prenaient rendez-vous avec les mairies et organismes officiels, géraient le financement, ainsi que la communication et l'organisation logistique.

D'un autre côté, des commissions thématiques étaient plus centrées sur le contenu de l'événement et l'organisation des espaces lors de l'événement. Elles ont donc eu à définir les conférences et animations. Dans presque tous les Alternatiba ont ainsi été présentés un espace climat ainsi que des espaces directement associés aux principales utilisations des ressources énergétiques, tels le transport, l'agriculture, l'alimentation, mais aussi des espaces liés aux modes de vie alternatifs, ainsi qu'à la culture, l'éducation, la solidarité et le partage, l'économie soutenable, aux mises en place nécessaires d'une justice environnementale internationale, etc.

L’organisation d’un Alternatiba était pensée par les participants comme un processus fédérant des acteurs très divers, membres d’organisations différentes, personnes ayant des niveaux d’implication variables. C’était un projet ancré dans un territoire, visant à créer une dynamique qui allait au-delà de l’évènement[c].

Les valeurs et principes communs aux différents Alternatiba sont rappelés explicitement dans une charte[Note 9], améliorée lors de débats successifs de la coordination des Alternatiba. Elle précise, pour Alternatiba, « la construction d’un monde plus humain et plus solidaire est bien évidemment totalement incompatible avec les idées et comportements xénophobes, racistes, sexistes, homophobes, discriminatoires, antidémocratiques ou violents. »

Le mouvement Alternatiba s'est doté d'une chanson homonyme, Alternatiba[Note 10]. Enregistrée par des musiciennes et musiciens occasionnels et professionnels, les paroles et la musique sont libres de droits et peuvent être modifiées, traduites et distribuées à volonté, conformément à la logique de partage du copyleft que veut diffuser Alternatiba.

Tour Alternatiba en tandem 4 places[modifier | modifier le code]

Au cours de l'été 2015[d], le Tour Alternatiba était une manifestation en véhicule mû par la seule force mécanique. Il était effectué par des équipages en vélos tandem de 3 et 4 places pour, selon les organisateurs, symboliser la transition écologique, la solidarité et l’effort collectif. Partis de Bayonne, ils étaient accompagnés de cyclistes lors de chaque arrivée d'étape, et ont traversé 6 pays d'Europe, soit un périple de 5 000 km[e]. Cette manifestation s'est accompagnée de mouvements locaux pour populariser les diverses initiatives Alternatiba dans les multiples villes qui participaient au mouvement et continuer la mise en avant d'alternatives concrètes réalisables dès aujourd'hui[Note 11]. Ces manifestations avaient pour but d'impliquer les citoyens sur la question du climat[Note 11]. Il s'est conclu en Île-de-France par une vélorution rassemblant 1 500 cyclistes jusqu'à la place de la République[f], où se s'est tenu l'événement Alternatiba Paris[g].

Pour le journal Le Monde,

« les “alternatibistes” font aussi le tour des luttes contre les projets et chantiers jugés “inutiles”. Le 1er juillet, ils arrivaient à Roybon, dans l’Isère, où ils rencontraient les militants hostiles au projet de Center Parcs, et le 30 août, ils seront à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) contre le projet d’aéroport[h]. »

Difficultés[modifier | modifier le code]

Le Tour Alternatiba s'est heurté à quelques difficultés administratives. La municipalité de Marseille a déclaré que les lieux prévus pour l'arrivée du Tour dans la ville « n'étaient pas adaptés à ce type de manifestations qui pourraient entraîner des risques en matière de sécurité du fait de l'affluence attendue et contrarier la vie quotidienne, la circulation notamment, en plein cœur de la ville »[14]. Malgré ce refus, le Tour est arrivé à Marseille sans encombre et a fait étape dans la ville, en coordination avec le démarrage de l'Alternatiba local, dit « Alternabaioli », pourtant interdit par municipalité[réf. souhaitée][15]. Inversement, l'hebdomadaire Télérama note que :

« À Grenoble, où les triplettes ont fait halte le 2 juillet, c'est au contraire avec le sourire complice du maire écolo Eric Piolle qu'elles ont été reçues. Une étape symbolique dans cette cité de cent quarante mille habitants, la plus importante dirigée par une municipalité verte[i]. »

Le 20 juillet 2015, après avoir parcouru 2 300 km, il a été contrôlé par la gendarmerie française alors qu'il faisait étape devant la centrale nucléaire de Fessenheim. Quelques heures plus tard, alors que les cyclistes arrivaient près de Fribourg en Allemagne, la police allemande a exigé, sous peine d’arrestation, le contrôle d’identité de toutes les personnes présentes sur le lieu[16]. Les autorités françaises auraient demandé au procureur de Fribourg d’identifier les militants, au motif qu’ils auraient bloqué la centrale de Fessenheim lors d’une manifestation non autorisée, selon les déclarations de policiers allemands[17]. En mars 2016, la Justice de Fribourg a jugé illégale l'action policière menée envers les 38 personnes contrôlées.[réf. nécessaire]


Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur le mouvement en général[modifier | modifier le code]

  1. Txetx Etcheverry, cité par Alternatiba Noyau durable, Libération du 1er février 2015 : « Il s’agit autant d’interpeller les dirigeants sur les conséquences dramatiques de l’inaction face à l’urgence climatique que d’appeler les populations à mettre en place leurs propres solutions sans attendre qu’elles viennent d’en haut. »
  2. Cf. L'Humanité du 4 octobre 2013.
  3. « Dans les régions et sur l'ensemble des territoires des élus, des citoyens, des collectifs, à l'instar d'Alternatiba ou des Amap, inventent les chemins de la transition écologique… » Michèle Rivasi, La Tribune, août 2015.
  4. Cf. Politis du 6 mars 2014.
  5. Source : Le Tour Alternatiba, bilan et perspectives, Entretien avec Txetx Etcheverry, La revue du projet
  6. Cf. Le Tour Alternatiba est arrivé ! , blog de Alternatiba sur Mediapart le 27 septembre 2015
  7. Selon l'article « 5 000 kilomètres en vélo… et 1 000 manières de soutenir le Tour Alternatiba ! » paru dans Basta ! du 5 décembre 2014, « Quelques mois avant le sommet international sur le climat à Paris, fin 2015, un drôle de vélo va traverser six pays européens et parcourir 5 000 kilomètres pour porter le message d’Alternatiba. »
  8. Voir http://www.lemonde.fr/climat/article/2015/08/04/les-militants-d-alternatiba-pedalent-pour-le-climat_4711101_1652612.html#bkQ3Py4rmZi0Dpq2.99 article sur lemonde.fr du 4 août 2015.
  9. Cf. l'article « Climat : vive la vélorution ! » dans le numéro du 26 juillet 2015 de Télérama.

Sur les initiatives locales[modifier | modifier le code]

  1. Définition d'alternatiba dans le dictionnaire Elhuyar
  2. 93 en France et 8 en Europe, cf. carte des villages Alternatiba consultée le 19 février 2017.
  3. Voir le récit de cette première présentation dans l'article « Bienvenue au village de l'écologie puissance 10 » paru dans Sud Ouest du 29 septembre 2010.
  4. « Entre 12 000 et 15 000 personnes dans les rues du Petit-Bayonne et des alentours – le centre historique de la ville –, des centaines d’ateliers et d’animations, des dizaines d’associations nationales représentées, etc. Les 5 et 6 octobre, la réussite d’Alternatiba, le « village des alternatives contre le changement climatique a dépassé les prévisions les plus optimistes des organisateurs ». » Cf. Politis du 19 décembre 2013.[réf. souhaitée]
  5. Cf. les déclarations d'un des organisateurs, le 6 octobre 2013 à La Vie du 8 octobre 2013.
  6. appel du 6 octobre 2013, Alternatiba
  7. Selon La Vie du 7 octobre 2013, « [Le plateau rassemblé par Alternatiba avait] de quoi impressionner : il y a eu aussi bien les compagnons d'Emmaüs de Lescar, pionniers de l'éco-habitat que le réseau des magasins Biocoop, les altermondialistes d'Attac que France Nature Environnement, le CCFD du pays basque que les décroissants de S!lence. Même éclectisme avec la liste des personnalités qui soutiennent ce rassemblement qui vont d'Edmond Maire, l'ancien secrétaire général de la CFDT, à Pierre Larrouturou, le promoteur de la semaine de quatre jours, en passant par Nicolas Hulot, Pierre Rabhi, Susan George, Edgar Morin, Michel Rocard. »
  8. Selon Sud Ouest du 11 septembre 2013 « à travers quinze espaces “thématiques” Alternatiba proposera des animations de rues comme un marché paysan, des mutxikos, des chants, une visite de la ville par l'historien Claude Labat, une information sur la fabrication d'une bière locale, des “conférences gesticulées”, des jeux pour enfants, une bourse aux vélos et atelier de réparation… »
  9. Voir le programme détaillé des espaces et des événements tenus à Bayonne le dimanche 6 octobre 2013.
  10. Pour Sud Ouest du 7 octobre 2013 « Christiane Hessel, la femme de Stéphane Hessel, était hier l'invitée du forum Alternatiba. Son mari, ancien résistant, diplomate et intellectuel, avait accepté de parrainer la manifestation. Après son décès, l'année dernière, sa veuve a confirmé ce parrainage. Devant le public d'Alternatiba, elle a lu un appel à la mobilisation contre le réchauffement climatique. Lors de cette soirée, hommage a été rendu à son défunt mari. »
  11. Voir reportage de l'événement dans Reporterre
  12. « "Le pire est malheureusement possible!" : l’appel de 61 associations et ONG avant le second tour », lejdd.fr, 29 avril 2017.
  13. « Con el fin de reflejar dicha adhesión, han convocado la movilización del próximo 14 de marzo. «El actual modelo no nos sirve y con la movilización nacional reivindicaremos un modelo social alternativo». Del mismo modo, han dado a conocer que realizarán una segunda iniciativa denominada ‘Alternatiba’ el 24 de octubre de 2015 en Bilbo, para «dar pie a una gran movilización ante el COP-21», cumbre sobre el clima organizada por la ONU. » Cf. Naiz le 19 novembre 2014.
  14. Cf. article «Le concept Alternatiba n'est pas bienvenu à Marseille du journal Sud Ouest du 19 juin 2015.
  15. Cf. article « Alternatiba interdit à Marseille » paru dans l'hebdomadaire Politis du 19 juin 2015.
  16. Cf. reportage « Alternatiba arrêté par la police allemande » de France-TV info du 21 juillet 2015.
  17. Source : Tour Alternatiba pour le climat : Incident surréaliste à Fessenheim

Notes[modifier | modifier le code]

Toutes les notes suivantes sont des références externes sur le site alternatiba.eu

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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