Vélorution

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La 8e vélorution orléanaise fait halte devant la médiathèque d'Orléans le samedi .

La vélorution, anagramme de révolution commençant par vélo, est le nom d'un mouvement international qui cherche à encourager la population à se libérer de l'emprise des transports polluants dans les déplacements quotidiens.

Le terme désigne également des rassemblements cyclistes, plus connus sous le nom de « masse critique ». Ces évènements ont pour but de promouvoir la bicyclette et la mobilité active dans les déplacements quotidiens, ainsi que faire pression sur les pouvoirs publics pour obtenir de meilleures infrastructures cyclables et réduire la place de la voiture individuelle en ville.

L'invention et l'origine de l'expression est controversée. Elle est souvent attribuée à Aguigui Mouna, André Dupont de son vrai nom, qui fait sa campagne électorale en tant que non-candidat à l'élection présidentielle française de 1974, à bicyclette, « Je suis un cyclodidacte, la vélorution est en marche »[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

La première vélorution sous forme de masse critique a été organisée en France le par Les Amis de la Terre à Paris contre un projet d'autoroute qui devait longer la Seine et traverser la capitale d'est en ouest. Jean-Jacques Pauvert publie en Le Manifeste vélorutionnaire des Amis de la Terre de , à la suite de Assez roulé comme ça, on réfléchit de la Fédération des usagers des transports[2]. La manifestation réunit environ 5 000 cyclistes. Tout au long des années 1970, ce terme va être repris pour des actions cyclistes. La revue écologiste S!lence en fait son titre de une en .

En 1992, à San Francisco aux États-Unis, cinquante-deux personnes participent à une manifestation cycliste qu'ils nomment Commute Clot[3] lors du premier évènement, puis Critical Mass (masse critique) les fois suivantes.

Ces actions militantes vont être adoptées partout dans le monde. Dans de nombreuses villes, les cyclistes se regroupent, en général le dernier vendredi du mois, pour ensemble se réapproprier la rue, le temps d'une manifestation.

Développement du mouvement en France[modifier | modifier le code]

À Paris, les manifestations réapparaissent sous l'appellation de « manifs à vélo » de 1994 à 2002 par Écolo-J (Jeunes écologistes proches des Verts), devenu ensuite Chiche ! (jeunes écolos et alternatifs) puis les Jeunes Verts. La première manifestation à vélo se termine par une charge de CRS. Les autres manifestations ne donneront lieu ensuite qu'à quelques contrôles d'identité. Un collectif Vélorution créé au printemps 2003 à l'initiative de Stéphane Lavignotte (alors journaliste, devenu depuis pasteur) sous le titre de Vélorution à partir d'un forum Internet[4] relance en des manifestations le premier samedi de chaque mois[5].

En référence à l'ouvrage d'Éric Le Braz (auteur de L'homme qui tuait des voitures), le porte-parole fictif de la vélorution parisienne se nommera Nicolas Carnoz, héros du roman d'Éric Le Braz. « Nicolas Carnoz est un justicier : il veut venger la mort de son fils Jonas, écrasé par une voiture lors d’une promenade à vélo. Nicolas Carnoz tue à l’arme blanche : il se sert de rayons de vélo aiguisés qu’il enfonce dans la gorge de ses victimes »[6]. L'association Vélorution Paris Île-de-France utilisait une variante de ce nom et communiquait jusqu'en 2017 avec le pseudonyme « Camille Carnoz » en lui attribuant le rôle fictif de présidente ou président d'honneur[7][source insuffisante]. À partir de 2018, Vélorution Paris est principalement représenté dans les médias par un militant sous sa véritable identité[8].

Des associations nommées Vélorution sont déclarées en 2004 à Toulouse, en 2005 à Paris, en 2006 à Cherbourg, en 2015 à Paris (Bastille), en 2016 à Poisy, en 2017 à Périgueux, en 2019 à Epinal[9].

Le mouvement Vélorution existe dans plusieurs villes de France dont Montbrison par exemple[10]. Chaque groupe est autonome et s'organise généralement de manière informelle[réf. souhaitée].

Les relations des associations Vélorution locales et des municipalités sont diverses. Vélorution Paris, fondée par le mari d'une adjointe de Bertrand Delanoë, est hébergée gracieusement dans un local fourni par la mairie de Paris[réf. nécessaire]. À l'inverse, Vélorution Toulouse fut expulsée de son local par la mairie de Toulouse[11].

Objectifs et actions militantes[modifier | modifier le code]

Les objectifs de la vélorution sont nombreux et non définis strictement, de par sa constitution. Chaque collectif décide des valeurs et des objectifs à faire passer par ces manifestations. La plupart des groupes de vélorution reprennent des revendications communes avec le cyclisme urbain : code de la rue, réaménagement de l'espace, prise en compte du vélo à tous les niveaux, local, régional et national, en tant que solution de transport.

Quelques associations vélorutionnaires s'attaquent également à des symboles forts : le Rallye Dakar (ex-Paris Dakar), le Mondial de l'automobile de Paris, le Mondial du deux roues de Paris, la pollution de l'air, la surconsommation. D'autres participent à des luttes communes pour les écoquartiers et le réseau Vert, pour la lutte contre le changement climatique auprès des sans-papier, des luttes écologiques (Testet, Notre Dame Des Landes, Cyclocamp, etc.).

Vélorution Paris participe le à un rassemblement organisé par des cyclistes de Saint-Denis pour demander l'installation de caméras de surveillance et la présence de policiers municipaux sur le lieu d'agressions de cyclistes sur le canal Saint-Denis[12].

Vélorutions en France et dans le monde[modifier | modifier le code]

En écho aux grandes masses critiques européennes (la « Ciemmona » en Italie ou la « Criticona » en Espagne), la Vélorution universelle voit le jour en 2010. Les premières éditions de cet événement annuel ont lieu à Paris, puis Concarneau, Marseille, Grenoble, Bruxelles, Toulouse et Nancy.

En Pologne, en 2011, un cycle de conférences nommé « Rowerolucja » (traduction : Vélorution) est animé par Olivier Schneider, président de la Fédération française des usagers de la bicyclette depuis 2015.

En Belgique, en 2007, un parti politique « Vélorution ! », appartenant à l'alliance du Front des Gauches depuis les législatives de 2007 s'était présenté aux élections. Son slogan : « Vélorution, objecteur de croissance ». Le parti était dirigé par Réginald de Potesta[13]. En 2014, le groupe de musique bruxellois Pang sort la chanson « Vélorution »[14].

En Tunisie, une association Vélorution, créée une première fois en Tunisie en 2012, a été réactivée en 2017 ; elle organise des masses critiques dans différents quartiers de Tunis et de sa périphérie[15].

En Suisse, à Genève, la vélorution s'organise autour d'un site web et d'un groupe Facebook.

À Londres, au Canada, aux États-Unis, Velorution est le nom de boutiques de vélo[16],[17],[18][source insuffisante].

Ateliers vélo[modifier | modifier le code]

Certaines associations appelées Vélorution ont créé des ateliers vélo participatifs et solidaires. Depuis 2017, certaines organisent également des ateliers vélorutionnaires non-mixtes pour lutter contre le sexisme qui reste présent dans les associations. En récupérant des vélos inutilisés et en mettant des outils à disposition, ils permettent aux cyclistes d'apprendre à entretenir et réparer leurs bicyclettes. Certains de ces ateliers sont membres du réseau L'Heureux Cyclage.

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Éric Le Braz, L'Homme qui tuait des voitures, J'ai lu, 2003 : roman racontant l'histoire de la psychose qui s'empare de Paris lorsqu'un tueur en série s'attaque aux automobilistes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Danois, Aguigui : essai, Les Dossiers d'Aquitaine, , 69 p. (ISBN 978-2-84622-146-7, présentation en ligne).
  2. [PDF] Paris cyclable - préhistoire et histoire sur le site de Vélo 15 et 7.
  3. Joe Garofoli, « Critical Mass turns 10 / A decade of defiance / Cyclists celebrate 10 years of clogging streets en Mass », San Francisco Chronicle, .
  4. Anne-Sophie Damecour, « Prendre conscience des dangers de la voiture en ville », Le Parisien, .
  5. « Un nouveau collectif antipollution », Le Parisien, .
  6. Christina Horvath, Le roman urbain contemporain en France, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, , 260 p. (ISBN 978-2-87854-377-3, lire en ligne).
  7. « Vélorution ! - Statuts de Vélorution Paris IdF », sur velorution.org (consulté le ).
  8. Loup Barre, « Les trottinettes électriques : invasion ou révolution ? », sur Reporterre, .
  9. « Consulter les annonces et les comptes annuels », sur journal-officiel.gouv.fr (consulté le ).
  10. « Montbrison. Organisation d’une vélorution », Le Progrès, .
  11. « Toulouse : l'association Vélorution « expulsée » de son local de stockage », sur France 3 Occitanie, .
  12. « Les cyclistes se regroupent samedi contre les agressions du canal Saint-Denis », Le Parisien, .
  13. « Vélorution : un peu d'humour dans la campagne », L'Avenir (consulté le ).
  14. [vidéo] Pang, Pang - Vélorution sur YouTube, .
  15. « Portrait Méditerranée : Hamza Abderrahim, Vélorution Tunisie », sur Coopération pour le développement et l'amélioration des transports urbains et périurbains (CODATU) (consulté le ).
  16. (en-US) « Main », sur Velorutioncycles (consulté le ).
  17. (en-US) « Home - Velorution Bike & Ski », sur Velorution Bike & Ski (consulté le ).
  18. (en) « Velorution - Velorution », sur www.velorution.com (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]