Takfîr

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Le takfîr (arabe : takfīr, تكفير) est une fatwa de déchéance du statut de musulman, celui-ci devenant kafir, c'est-à-dire « mécréant » (même racine arabe : kāfir, كافر, « incroyant »).

Précautions préalables au takfîr[modifier | modifier le code]

Tout en mentionnant différents motifs de takfîr, les oulémas sunnites[Qui ?] ont insisté sur plusieurs précautions à prendre. Plusieurs excuses empêchent d'appliquer le décret de takfîr, notamment :

  • l'ignorance : par exemple renier une obligation religieuse en ignorant qu'elle est un sujet de consensus ;
  • la contrainte : aucune personne n'est coupable de ce qu'elle dit ou de ce qu'elle fait si elle y est obligée ;
  • la distraction : par exemple piétiner un coran sans s'en apercevoir.

Motifs possibles du takfîr[modifier | modifier le code]

Selon le sunnisme, le takfîr peut s'appliquer à une personne en raison d'une croyance, d'une parole ou d'un acte :

  • exemples de croyance : renier l'unicité de Dieu, le statut des prophètes de l'islam ou un précepte religieux consensuel de sa communauté. Ce n'est pas la non-pratique du précepte qui mène au takfîr, mais le fait de renier qu'il fasse partie de la religion. Cependant, la prière (salat) voire l'aumône obligatoire (zakat) sont des cas particuliers, car certains oulémas (notamment parmi les hanbalites) émettent le takfîr pour leur simple abandon (voir l'article salat pour plus d'informations sur l'abandon de la prière en islam). Aussi, le fait de douter ou de ne pas excommunier ceux qui ont pris un autre chemin que celui de l'islam (ex. : Chrétiens - Juifs - athées) ;
  • exemples de parole : insulter Dieu, ses anges, ses livres, ses prophètes, le jour dernier ou le destin bon ou mauvais. Pour certains Sunnites, le fait d'insulter les épouses ou les compagnons de Mahomet est aussi une cause de takfîr ;
  • exemples d'acte : se prosterner devant une statue, piétiner un coran, etc.

Les dix grands motifs au takfîr[modifier | modifier le code]

Selon certains oulémas, les annulations de l'islam (c'est-à-dire rendant mécréante la personne qui n'en commet ne serait-ce qu'une) sont au nombre de dix :

  • agréer ou pratiquer l'associationnisme ;
  • mettre des intermédiaires (qu'on invoque, en qui on place la confiance…) entre Dieu et une personne ;
  • ne pas considérer les non-musulmans comme mécréants ou douter de leur incroyance [réf. nécessaire] ;
  • avoir la conviction qu'une voie ou qu'un jugement sont meilleurs que ceux de d'Allah ou Mahomet (cf. Sourate 5:44) ;
  • détester une chose venue du messager de Dieu même si on la met en application ;
  • se moquer d'une chose faisant partie de la religion, d'un châtiment ou d'une récompense de Dieu (cf. Sourate 9:65-66) ;
  • agréer ou pratiquer la sorcellerie ;
  • s'allier militairement avec les « Juifs et les Chrétiens alliés les uns les autres » contre des musulmans (cf. sourate 5:51-55) ;
  • croire que certaines personnes peuvent sortir de la voie de Mahomet ;
  • ne pas du tout apprendre ni ne pratiquer l'islam.

De plus, il n’y a aucune différence concernant ces annulations de l’islam, entre celui qui les commet par humour, sérieusement, ou par peur (seul celui qui y est contraint est excusé). Chacune de ces annulations fait partie des actes associationnistes majeurs.

Gravité du takfîr[modifier | modifier le code]

Plusieurs hadiths de Mahomet insistent sur la gravité du takfîr :

« Si une personne dit à son frère : Ô kâfir (mécréant), alors l'un des deux le mérite. Soit l'accusateur a raison, soit c'est lui-même à qui ce nom s'applique[1]. »

« Celui qui lance à son frère une accusation de kufr (mécréance), c'est comme s'il le tuait[1]. »

Les anciens savants sunnites ont expliqué ces hadiths, Ibn Taymiyya, le cheikh d’Ibn Kathîr a dit :

« Quand le musulman se permet de combattre [un autre musulman] ou le juge de mécréant à cause d’une interprétation fausse du fait ou du texte sur lequel il s’est basé, il ne devient pas mécréant à cause de cela. Ainsi quand ‘Omar Ibn Al Khattab a dit à Mahomet à propos de Hâtib Ibn Abî Balta’a : “Envoyé de Dieu, permets-moi de trancher le cou de cet hypocrite”, Mahomet a dit : “Il a participé à la bataille de Badr. Pense que Dieu a regardé les gens de Badr et a dit : « Faites ce que vous voulez, Je vous ai pardonné »[1][2] »

Point de divergence entre sunnites et autres musulmans[modifier | modifier le code]

Le sunnisme considère que quel que soit le péché commis (à moins que ce ne soit un des motifs précédemment cités) et même si elle ne s'en repent pas, la personne demeure musulmane (même si sa foi est, de ce fait, diminuée). Elle entrera au paradis par le pardon de Dieu, ou ira en enfer pour un temps afin d'expier ses fautes.

À titre de comparaison, le kharidjisme considère que le musulman qui commet un grand péché (meurtre, vol, fornication, consommation d'alcool…) devient immédiatement kafir (mécréant) et demeurera éternellement en enfer. Le motazilisme, aujourd'hui disparu, est d'accord sur ce dernier point (éternité en enfer) mais n'appelle le pécheur ni croyant ou soumis (mu`min ou muslim) ni « kafir ».

Enfin, le murjisme considère que les péchés n'ont aucune influence sur la foi (elle n'augmente ni ne diminue jamais) et que les actions de mécréance et de polythéisme ne font pas sortir leurs auteurs de l'islam.

Aspect politique[modifier | modifier le code]

Ce terme a acquis une certaine célébrité depuis qu'une telle sentence d'apostasie a été appliquée, entre autres, à deux écrivains : Taslima Nasreen et Salman Rushdie.

L'article 6 du projet de la constitution tunisienne, adopté le 4 janvier 2014 en séance plénière par l'assemblée constituante, interdit clairement le Takfir et ce suite à un amendement déposé par les parties laïques, une première dans le monde arabo-musulman. Il stipule que l'état est le garant de la religion. Il garantit la liberté de conscience et de croyance et le libre exercice du culte, il est le protecteur du sacré, garant de la neutralité des lieux de culte par rapport à toute instrumentalisation partisane.

Le Takfir et l'incitation à la violence sont interdits.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Rapporté dans le Sahîh d'Al-Bukhari et celui de Muslim.
  2. Source : Madjmou’al Fatawa tome 3 à partir de la page 280.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]