Robert Dudley (explorateur)

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Robert Dudley
Image illustrative de l'article Robert Dudley (explorateur)

Titre comte de Warwick
Arme marine
Grade militaire général
Années de service 1594 - 1596
Conflits Guerre anglo-espagnole (1585-1604)
Faits d'armes Raid sur Cadix (1596)
Autres fonctions expert naval du grand-duc de Toscane
Biographie
Naissance 7 août 1574
Palais de Richmond, Surrey
Décès 6 septembre 1649
Florence, Italie
Père Robert Dudley, 1er comte de Leicester
Mère Lady Douglas Sheffield
Conjoint Margaret Cavendish
Alice Leigh
Elizabeth Southwell
Enfants Alice
Catherine
Frances
Anne
Henry
Anna
Mary
Carlo
Ambrose
Fernando
Teresa
Cosmo
Anthony Enrico

Robert Dudley, dit aussi fréquemment Dudleo en référence à son nom de plume (7 août 15746 septembre 1649), est le fils illégitime de Robert Dudley, 1er comte de Leicester. En 1594, il mena une expédition aux Antilles dont il donna le récit. En 1605, ayant échoué à faire reconnaître la légitimité de sa naissance à la cour d’Angleterre, il quitta définitivement son pays natal et se mit au service des Grand-ducs de Toscane. Tout à la fois capitaine, mathématicien et ingénieur, il s’imposa comme un expert naval de premier plan, et rédigea Dell'Arcano del Mare, le premier atlas maritime couvrant toute l'étendue du globe. En Italie, il se faisait appeler comte de Warwick et Leicester et parfois même duc de Northumberland.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années de jeunesse[modifier | modifier le code]

Robert Dudley était un bâtard du comte de Leicester et de son amante Lady Douglas Sheffield, fille du baron William Howard of Effingham. Lorsque Lady Douglas épousa sir Edward Stafford en novembre 1579, et suivit son époux sur le continent, Leicester garda son fils près de lui.

Robert fut immatriculé au collège de Christ Church (Oxford) en 1587 avec la mention filius comitis, fils de comte. Son mentor à l'université était Thomas Chaloner, qui devint aussi l'un de ses plus proches amis[1].

En 1588, alors que l’Invincible Armada menaçait l’Angleterre, le jeune homme, âgé de quatorze ans, rejoignit son père à la tête de l’armée, en préparation d’un débarquement espagnol. Mais le 4 septembre le comte de Leicester mourut[2], léguant à son fils naturel Robert un gros héritage, dont son château et ses terres de Kenilworth et ses droits seigneuriaux de Denbigh et Chirk, dont il pourrait disposer à la mort de son oncle, Ambrose Dudley[3].

Au début de 1591, Dudley signa un pré-contrat de mariage avec Frances Vavasour, avec l'approbation de la reine Elisabeth, qui voulait que Dudley soit suffisamment âgé au mariage. Mais Frances Vavasour épousa secrètement un autre homme la même année, et pour cela fut bannie de la cour. Dudley épousa à son tour secrètement Margaret Cavendish, sœur de Thomas Cavendish[4] âgée de dix-sept ans, mais ce mariage secret n’éloigna Dudley que temporairement de la cour. Son beau-père, Robert, lui accorda en dot deux navires, le Leicester et le Roebuck. Margaret mourut bientôt sans enfant.

Expédition aux Antilles[modifier | modifier le code]

En 1594, Dudley regroupa une flottille avec pour vaisseau amiral le galion Beare, et comprenant le galion Beare's Whelpe ainsi que deux pinasses, l’Earwig et le Frisking. Il comptait harceler les navires espagnols dans l'océan Atlantique. La reine désapprouvait son entreprise en raison de son inexpérience et du prix des navires qu'il engageait dans cette aventure. Elle lui donna un brevet de général mais lui ordonna d'explorer les côtes du Venezuela (encore appelé à l'époque « Guiana ») au lieu de se battre.

Dudley recruta 275 marins expérimentés, dont le pilote Abraham Kendal, et les capitaines Thomas Jobson et Benjamin Woods. Sa flottille prit la mer le 6 novembre 1594, mais une tempête dispersa les navires et les força à mettre au mouillage dans différents ports. Il envoya un message au capitaine du Beare's Whelp lui enjoignant de le rejoindre aux Îles Canaries ou au Cap Blanc puis reprit la mer.

D'abord le voyage de Dudley sembla tourner au fiasco : le Earwig coula et ils ne rencontraient que des vaisseaux alliés. Dudley ne put accomplir qu'un seul raid, dans le golfe de Lagos. En décembre son expédition parvint finalement à s'emparer de deux navires espagnols à Ténériffe. Dudley rebaptisa les deux prises Intent et Regard, y affecta des marins et les confia au capitaine Woods. Il fit voile pour le Cap Blanc, s'attendant à y retrouver le Bearer's Whelpe, mais sans résultat. La flotte de Dudley partit ensuite pour Trinidad, mit au mouillage à Cedros Bay le 31 janvier 1595. Là il découvrit une île dont il prit possession au nom de la couronne d'Angleterre et qu'il nomma Dudleiana. Puis il reprit la mer pour Baracoa afin d'y effectuer des réparations ; il poussa une expédition de reconnaissance jusqu'à San Jose de Oruna mais renonça à attaquer le fort.

Dudley divisa ses forces, envoyant l’Intent et le Regard vers le nord. À Trinidad, il engagea un indien hispanophone qui lui offrait de guider ses hommes jusqu'à une mine d'or en amont de l’Orénoque. L’expédition, menée par le capitaine Jobson, revint bredouille quinze jours plus tard : le guide indigène avait déserté et ils avaient dû retrouver leur chemin seuls. Dudley repartit pour Trinidad.

Le 12 mars, sa flotte fit voile vers le nord, où ils prirent finalement un cargo espagnol. Puis ils prirent la direction de Cabo Rojo (Porto Rico), où ils restèrent en embuscade quelques jours avant de repartir pour les Bermudes. Une tempête fit encore dériver le Beare jusqu'au large des côtes de Nouvelle-Angleterre, mais ils finirent par rallier les Açores.

À court de provisions et de poudre, Dudley faisait voile vers l'Angleterre lorsqu'il tomba sur un man'o'war espagnol. Dudley parvint à le circonvenir et à lui infliger quelques dégâts mais renonça à l'abordage. Le Beare débarqua à St Ives (Cornouailles) dans les derniers jours de mai 1595 et là Dudley apprit que le capitaine Woods s'était emparé de trois navires.

L'année suivante Dudley se mit au service de Robert Devereux comme commandant de bord du Nonpareil, un vaisseau engagé dans la contre-offensive dirigée sur Cadix en 1596. Il fut anobli pour son comportement au feu bien que ses actions n'aient pas été consignées par écrit. Peu après il épousa Alice Leigh, une fille du baron Thomas Leigh. En 1597, il confia le Beare and Beare's Whelp au capitaine Woods pour qu'il aille en Chine mais l'équipage ne revint jamais.

En quête de légitimité[modifier | modifier le code]

En 1601, Dudley se trouva impliqué dans le complot du comte d’Essex, mais échappa à la répression. En mai 1603, un aventurier du nom de Thomas Drury l’ayant apparemment convaincu que ses parents s'étaient bien mariés[5], il entreprit de faire valoir ses droits au titre de comte de Leicester et à la succession de son oncle Ambrose Dudley, notamment la propriété de Warwick Castle, Ambrose étant mort sans descendance. L'affaire, plaidée devant la Chambre étoilée (1605), suscita un grand intérêt dans l'opinion publique : il ne comparut pas moins de 90 témoins en faveur de Dudley et 57 pour la veuve de Leicester, la comtesse Lady Lettice Knollys. Lady Sheffield déclara par écrit (car elle ne comparut pas en personne au tribunal) que Leicester s'était solennellement engagé à l'épouser à Cannon Row (Westminster) en 1571, et qu'ils s'étaient effectivement mariés à Esher, dans le Surrey, « en hiver » en 1573 ; mais que tous les témoins de la cérémonie (« sans compter les autres ») étaient morts depuis longtemps. Elle ne pouvait retrouver ni le nom du prêtre (minister), ni la date exacte[5]. La Chambre étoilée rejeta ce témoignage et mit à l'amende plusieurs témoins pour subornation. Les conclusions furent que Sir Robert Dudley avait été dupé par Thomas Drury, qui dans cette affaire n'avait en vue que son intérêt personnel (« his own private gains »)[6]. Le roi Jacques ratifia le jugement qui fut rendu public le 10 mai 1605[7].

De « Dudley » à « Dudleo »[modifier | modifier le code]

Dudley quitta l'Angleterre dès juillet 1605 par Calais. Son amante et cousine Élisabeth Southwell l’accompagnait déguisée en page. Élisabeth n'était rien moins que la fille de Sir Robert Southwell et de Lady Elizabeth Howard, la petite-fille de Charles Howard de Nottingham et de Katherine Carey. Le couple se convertit au catholicisme. Dudley épousa Élisabeth à Lyon en 1606, après qu'il eut reçu une dispense du pape pour cause de consanguinité, et ils s'installèrent à Florence. Dudley reprit d'emblée les titres de son père (comte de Leicester) et de son oncle (comte de Warwick).

Dudley concevait et réalisait des navires de guerre à l'arsenal de Toscane. Il devint l'expert naval du Grand duc de Toscane Ferdinand Ier de Médicis, avec une pension annuelle de 2 000 ducats. En 1608, il parvint à convaincre le duc d'envoyer son galion personnel, le Santa Lucia Buonaventura, en exploration au Venezuela et au nord du Brésil.

Entretemps, le prince Henri-Frédéric de Galles s'était entiché du Château de Kenilworth, qu'il considérait comme « la chose la plus noble et la plus resplendissante des pays intérieurs de ce royaume »[8]. Désireux de le posséder, il voulait la racheter à Dudley et convint avec lui en 1611 d'un prix de 14 500£, avec en outre l'assurance que Dudley détiendrait la charge de connétable à vie du château. Mais à la mort du prince Henri en 1612, seules 3 000 £ avaient été versées, et encore cette somme n'était-elle-même pas entre les mains de Dudley, car on l'avait confiée à un intermédiaire. C’est alors que le nouveau prince de Galles, Charles, prit possession du château sans se sentir tenu de rembourser le solde. D’ailleurs en 1621, il obtint du Parlement d'Angleterre qu'il vote une loi autorisant la femme de Dudley à vendre les terres pour 4 000 £.

Tentatives de réconciliation[modifier | modifier le code]

La grande-duchesse Marie–Madeleine de Médicis, protectrice de Robert Dudley.

Jacques Ier fit annuler le passeport de Dudley en 1607, lui faisant ainsi un devoir de rentrer en Angleterre pour subvenir aux besoins de la femme qu'il avait délaissée avec ses enfants ; Dudley refusa de déférer à cette injonction : il fut mis au ban et vit ses biens confisqués. Par Sir Thomas Chaloner, devenu chambellan du Prince de Galles Henri, il maintenait cependant des contacts avec la Cour. Il correspondait notamment avec le jeune prince au sujet de la navigation et de la construction navale, et en 1611 tenta d'arranger son mariage avec Catherine, fille du duc de Toscane Ferdinand de Médicis.

Dudley essaya encore de se concilier le roi en concédant divers points lors des négociations pour la vente de ses terres de Kenilworth au Prince ; mais les arrangements tournèrent court à la mort du prince de Galles et de Chaloner en 1612.

Finalement Jacques Ier attribua en 1618 les comtés de Leicester et de Warwick à d'autres personnalités de la Cour. Alors en 1620 Dudley convainquit la grande–duchesse Marie–Madeleine, nouvelle épouse du duc Cosme II, de demander à son frère, l’empereur Ferdinand II, de reconnaître ses prétentions au titre de duc de Northumberland laissé vacant par son grand-père, mais Jacques Ier coupa court à toute nouvelle tentative de conciliation.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Outre la construction navale, Dudley élabora plusieurs projets à Livourne, dont les brise-lames et les fortifications du port, l'assèchement des lagunes, et un projet de palais au centre de Florence. Il dessina un nouveau modèle de galère pour la marine de guerre toscane.

Il affronta à plusieurs reprises les Barbaresques en Méditerranée.

Sa femme Élisabeth fut emportée par la peste en 1631.

Finalement en 1644 Charles Ier créa sa première femme Alice Leigh « duchesse Dudley » à vie (mais sans autres prérogatives) et reconnut Dudley comme fils légitime du comte de Leicester, mais sans pour autant le rétablir dans ses titres ni ses terres.

Robert Dudley mourut à la Villa Rinieri aux portes de Florence le 6 septembre 1649. On l'inhuma dans l'église San Pancrazio de Florence.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Carte du Portugal tirée du Secret de la Mer.

Dudleo rédigea ses mémoires sur la navigation et la manœuvre entre 1610 et 1620. Plus tard il les publia dans un traité monumental en six volumes, Dell’Arcano del Mare (litt. « Le Secret de la Mer »), publié à compte d'auteur en 1646-1647. Cet ouvrage, le plus important des écrits de Dudley, forme non seulement un traité complet de navigation (y compris l'astronomie nautique ou repérage en mer) et de construction navale, mais il comporte aussi le premier atlas maritime moderne avec 130 cartes originales, toutes de sa main, ce qui était rarissime à l'époque pour un auteur. Publié d'abord en toscan à Florence en 1645, l'ouvrage est une somme des connaissances de l'époque sur l'art de la navigation. L'auteur y développe en outre sa proposition de standardiser la construction des navires en se limitant à cinq rangs (tailles) de vaisseaux, qui ont été effectivement construits et que Dudley a conçus lui-même. Dell’Arcano del Mare fut réimprimé en 1661 à Florence, mais sans les cartes de la première édition.

Les cartes de Dudley ont été gravées par le graveur baroque Antonio Francesco Lucini. Les cartographes ultérieurs s'écarteront du style de Dudley, faisant ainsi de son atlas un album curieux et unique, et en somme un jalon dans l’histoire de la cartographie imprimée. Lucini indiqua qu’il avait passé douze années et utilisé au total 5 000 livres de plaques de cuivre pour produire les planches cartographiques du Dell’Arcano.

Dudleo composa également un manuel d’instruction militaire, resté inédit, le Bréviaire maritime, pour les cadets de la marine de guerre toscane.

Descendance[modifier | modifier le code]

De son mariage avec Alice Leigh, Dudley eut quatre enfants qui lui survécurent :

  • Alice Dudley (née à Kenilworth Castle en 1597 † 21 mai 1621). Elle épousa Sir Ferdinando Sutton, le fils d’Edward Sutton (5e baron Dudley).
  • Catherine Dudley (1598 † février 1673). Elle épousa vers 1609 Richard Levenson.
  • Frances Dudley († 1644) qui épousa Sir Gilbert Knifeton of Bradley, Derbyshire et mourut sans enfants.
  • Anne Dudley, qui épousa le juriste Robert Holborne of Bradley, Derbyshire.

De sa liaison puis son mariage avec Élisabeth Southwell, il eut neuf enfants :

  • Henry Dudley
  • Anna Dudley († 1629)
  • Mary Dudley
  • Carlo Dudley, dit « duc de Northumberland » (1614 † 26 octobre 1686)
  • Ambrose Dudley
  • Fernando Dudley
  • Teresa Dudley
  • Cosmo Dudley
  • Anthony Enrico Dudley (né le 12 septembre 1631)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wilson p.246
  2. Warner p.viii
  3. Wilson pp.336-337
  4. Dudley était probablement l'un des investisseurs de la dernière expédition de Cavendish.
  5. a et b Warner p.xli
  6. Warner p.xlvi
  7. Au XIXe siècle, la question de la légitimité de Sir Robert Dudley devait à nouveau être soulevée devant la Chambre des Lords, mais sans remettre en cause le jugement de 1605. Les historiens sont partagés à ce sujet : Wilson (p. 326) croit au mariage, mais Read (p.23) et Adams (pp.144-145) en rejettent la possibilité, et Warner (p.v-ix, xxxviii-xlvii) est pour sa part très sceptique.
  8. litt. the most noble and magnificent thing in the midland parts of this realm.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Adams, Simon: Leicester and the Court: Essays in Elizabethan Politics Manchester UP 2002
  • Haynes, Alan: Sex in Elizabethan England Alan Sutton 1997 (ISBN 0-905-778-359)
  • Read, Conyers: A Letter from Robert, Earl of Leicester, to a Lady The Huntington Library Bulletin No.9 April 1936
  • Role, Raymond E.: « Sir Robert Dudley Duke of Northumberland » in History Today March 2003
  • Warner, G.F: The Voyage of Robert Dudley to the West Indies, 1594-1595 Hakluyt Society 1899
  • Wilson, Derek: Sweet Robin: A Biography of Robert Dudley Earl of Leicester 1533-1588 Hamish Hamilton 1981