Polabe

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Le polabe est une langue parlée par les polabes disparue appartenant à la branche nord-occidentale des langues slaves, du sous-groupe poméranien.

Historique[modifier | modifier le code]

On range sous le nom de polabe les langues des tribus slaves occidentales qui ont peuplé depuis le VIIe siècle des régions situées dans le Nord-Est de l'Allemagne actuelle et dans le Nord-Ouest de la Pologne actuelle.

Avec le cachoube, le slovince (également disparu) et le polonais, il fait partie de la branche léchitique du slave occidental.

Jusqu'au Xe siècle, la zone de diffusion s'étendait à l'ouest jusqu'à l'Elbe et touchait au sud (à peu près à la hauteur de Wittenberg) des régions parlant aussi une langue slave, le sorabe.

Les tribus connues étaient les Obodrites dans le Mecklembourg occidental et le Holstein, les Lutices (de) dans l'espace autour de Berlin et au nord de Berlin, dont les Hevelli dans le Brandebourg occidental, les Poméranes dans le Mecklembourg oriental et la Poméranie ainsi que les Ranes (de) (ou Rujanes) sur l'île de Rügen. Dans certains tableaux, la langue des deux dernières tribus n'est pas comptée avec le polabe, mais est indiquée avec le cachoube comme une langue pomorane.

Le mot Polabe ne désignait primitivement qu'une seule tribu au sud de Hambourg et désignait la situation géographique des Polabes « le long de l'Elbe » (po : le long de + Laba : Elbe).

Avec l'expansion allemande vers l'est aux Xe et XIIe siècles, les langues polabes furent peu à peu évincées. L'arrivée dans le pays de nombreux colons originaires d'Allemagne du Nord et de Hollande, ainsi que l'emploi exclusif des dialectes allemands comme langues utilisées dans les villes et comme langues administratives (avec dans certains cas des interdictions officielles) réduisirent bientôt le polabe à quelques îlots linguistiques. Dans les villes situées dans l'espace Berlin-Brandebourg, les « Wendes » appelés Slaves ne pouvaient exercer que le métier de pêcheur et n'avaient le droit de s'installer que dans des zones d'habitation bien précises, ce qui explique que jusqu'au XVIIe siècle le polabe se soit conservé à l'endroit appelé Kietzen (ou Fischerkietzen). Sur l'île de Rügen, le polabe était encore en usage jusqu'au début du XVe siècle. En Basse-Saxe à l'est de Lunebourg, le polabe du Drawehn (de) s'est conservé jusqu'au milieu du XVIIIe siècle et cette région a reçu pour cette raison le nom de Wendland qui faisait référence à ses habitants slaves.

Aujourd'hui encore, comme dans la région sorabe, d'innombrables noms de lieux et de fleuves rappellent les langues slaves qu'on y parlait autrefois (par exemple, Rostock, Potsdam, Usedom).

Le polabe ne s'est jamais développé comme langue écrite propre. Ce n'est que peu de temps avant sa disparition que des chercheurs ont commencé à s'intéresser à la langue, par exemple, Gottfried Wilhelm Leibniz qui a demandé à un témoin fiable des exemples de vocabulaire et la version polabe du Notre-Père. Les notes les plus détaillées nous viennent du pasteur protestant en exercice à Wustrow, Christian Henning von Jessen, une autre source importante sont les notes d'un paysan polabe Johann Parum Schultze (de) de Sühten. Selon le registre paroissial la dernière locutrice est morte en 1756, à l'âge de 88 ans.

En raison de son développement longtemps séparé le dravénopolabe surtout s'était éloigné de manière notable des autres langues slaves : là l'influence allemande se fait clairement sentir avec l'appartenance au système vocalique de formes de ö et de ü ainsi que de diphtongues. (Exactement comme lors du passage du moyen haut-allemand au haut-allemand moderne et du moyen anglais à l'anglais moderne u et i sont devenus au et ai.) Ailleurs, les changements linguistiques qui ont affecté toutes les autres langues slaves ne sont pas intervenus en raison de la situation périphérique des Polabes. La loi typique pour le protoslave (en) de la sonorité montante des syllabes, selon laquelle toute syllabe doit se terminer par une voyelle pleine, ne s'est pas imposée complètement en polabe si bien que la métathèse des liquides, donc le remplacement du protoslave -or et -ol par -ro et -lo ou -ra et -la ne s'y est pas effectuée totalement (voir les noms de lieux Stargard, Sagard, Gartow et Garditz dont l'élément gard (château) correspond au mot Gradec qui a subi la modification).

Le vocabulaire contenait un grand nombre de mots empruntés à l'allemand et surtout au bas-allemand.

Français Polabe Polonais Bas-sorabe Haut-sorabe Tchèque Russe
Homme (être humain) clawak, clôwak człowiek cłowjek čłowjek člověk человек (čelovek)
Soir vicer wieczór wjacor wječor večer вечер (večer)
Frère brot brat bratš bratr bratr брат (brat)
Jour dôn dzień źeń dźeń den день (den´)
Main ręka ręka ruka ruka ruka рука (ruka)
Automne prenja zaima, jisin jesień nazymje nazyma podzim осень (osen´)
Neige sneg śnieg sněg sněh sníh снег (sneg)
Été lato lato lěśe lěćo léto лето (leto)
Sœur sestra siostra sotša sotra sestra сестра (sestra)
Poisson ryba ryba ryba ryba ryba рыба (ryba)
Feu widin ogień wogeń woheń oheň огонь (ogon´)
Eau wôda woda woda woda voda вода (voda)
Vent wjôter wiatr wětš wětřik, wětr vítr ветер (veter)
Hiver zaima zima zymje zyma zima зима (zima)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Słownik etymologiczny języka Drzewian połabskich, vol. 1: ed. Tadeusz Lehr-Spławiński & Kazimierz Polański, Wrocław, 1962, vol. 2-: ed. K. Polański, Wrocław, 1971-
  • Kazimierz Polański & Janusz Sehnert, Polabian-English Dictionary, The Hague, Mouton, 1967
  • Reinhold Olesch: Thesaurus linguae Dravaenopolabicae. (= Slavistische Forschungen; Band 42). Böhlau, Cologne et Vienne 1983-1987 (Dictionnaire en 3 volumes et une bande enregistrée)
  • August Schleicher: Laut- und Formenlehre der polabischen Sprache, Académie impériale des Sciences, Saint-Pétersbourg, 1871 (Réédition : Saendig-Reprint-Verlag, Wiesbaden 1967; Reprint-Verlag, Vaduz/Liechtenstein 1999)
  • Johann Parum Schultze; Reinhold Olesch (Hrsg.), Fontes linguae Dravaenopolabicae minores et Chronica Venedica J. P. Schultzii. (= Slavistische Forschungen; Band 7), Böhlau, Cologne et Graz, 1967
  • Christian Hennig von Jessen, Vocabularium Venedicum (oder Wendisches Wörter-Buch) (1705). Réédition par les soins de Reinhold Olesch. - Cologne [u.a.], Böhlau, 1959 (L'informateur du pasteur C. Hennig de Jessen était un paysan parlant le polabe, Johann Janieschge de Klennow)

Notes et références[modifier | modifier le code]


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • On consultera (ru) La langue polabe de A.E. Suprun, qui nous donne des renseignements sur Johann Parum Schultze dont le père et le grand-père connaissaient encore le polabe.
  • (de) La Langue des habitants slaves dans la région de la Baltique donne toute une liste de mots polabes avec leur équivalent en tchèque et en allemand.
  • (de) Le Passé d'un coin de terre mal famé est une étude intéressante où nous lisons l'aveu de Schulze : « J'ai quarante-sept ans, et quand moi et peut-être trois autres personnes nous aurons disparu, plus personne dans notre village ne saura comment on dit un chien en wende. »