Sandre

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Le sandre doré européen (Sander lucioperca), communément appelé sandre, est une espèce de poisson carnassier appartenant au genre Sander, qui vit en eau douce mais peut s'adapter aux eaux saumâtres, et dont la taille peut dépasser les 100 cm.

Étymologie et genre du mot[modifier | modifier le code]

Le nom vient de l'allemand Zahn, qui signifie dent, en référence à ses deux paires de canines proéminentes[1].

Pour les dictionnaires Littré, Robert et Quillet, le mot 'sandre' est masculin ; seul le Larousse indique un emploi indifférencié au masculin ou au féminin[2],[3].

Description[modifier | modifier le code]

  • Taille : 30 à 125 cm, seuls quelques rares specimens dépassent le mètre.
  • Poids : exceptionnellement jusqu'à 15 kg.

Appartenant à la famille des Percidae, il en possède les attributs caractéristiques : deux nageoires dorsales distinctes, la première épineuse, la deuxième avec un ou deux rayons épineux et une vingtaine de rayons flexibles ; les deux premiers rayons de la nageoire anale sont également épineux ; les opercules ont deux rayons épine acérées, très coupantes sur leurs bords inférieurs.
Ses traits particuliers sont une tête assez fine et longue, gueule bien fendue, avec les deux paires de canines très développées sur les mâchoires ; un corps allongé, cylindrique et fusiforme, beaucoup moins bossu que celui de la perche ; une ligne latérale bien marquée, légèrement incurvée ; un pédoncule caudal assez fin, et les lobes de la nageoire caudale nettement arrondis à leurs extrémités[2]. Les écailles sont petites[1] et râpeuses[2]. La couleur varie d'un milieu à l'autre ; généralement le dos est gris verdâtre, strié de rayures ou de marbrures verticales plus foncées. Les flancs sont plus clairs, gris argenté. Le ventre est blanc[2] sauf pour celui du mâle en période de reproduction, qui a alors une teinte plus sombre ; c'est le seul trait dimorphique sexuel fiable[1].

L'œil, particulier à ce genre, est globuleux et vitreux. Il possède les plus grandes cellules visuelles connues chez les vertébrés. Par ailleurs la rétine est très voisine de celle des rapaces nocturnes comme le hibou, de par le grand nombre de cellules visuelles en bâtonnets (celles qui ne distinguent que le noir et le blanc, mais qui sont efficaces même en très faible luminosité)[2]. De plus, cette rétine possède un tapis réflecteur (le tapetum lucidum) riche en pigments rétiniens[1] (en l'occurrence la guanine[2]) réfléchissant la lumière et augmentant les sensations lumineuses et donc l'acuité visuelle dans les environnements de faible intensité lumineuse[1]. Cet œil extrêmement performant fait du sandre le plus efficace des prédateurs chassant à vue en eau trouble et / ou profonde - les autres poissons prédateurs nocturnes (par exemple l'anguille ou le silure) se servent surtout de leur odorat, ou de leur toucher via leurs moustaches[2].

Les alevins mesurent de 3 à 3,5 mm à la naissance. Ils se nourrissent d'abord de phytoplancton, passant très rapidement au zooplancton puis ajoutant les daphnies à leur menu. Vers l'âge de 2 mois ils atteignent quelques centimètres de long et les alevins de nombreuses espèces de cyprinidés arrivent à point nommé. Ils complémentent leur régime avec des vers, larves aquatiques et gammares[2].

Les adultes mangent surtout d'autres poissons, mais contrairement au brochet ils doivent se limiter à ceux de petite taille : leur gueule est large, mais leur gosier étroit. Leur proies favorites sont des ablettes, goujons, petits gardons de deux ou trois ans, ainsi que des écrevisses[2].

Le sandre sert d'hôte pour l'adulte du trématode Bucephalus polymorphus, qui vit dans son intestin. Il n'est pas affecté par ce parasite, dont les larves attaquent les cyprinidés comme le goujon, l'ablette, le barbeau et d'autres espèces ; la maladie s'appelle la Bucéphalose larvaire. Bucephalus polymorphus a été introduit dans les cours d'eau de l'Europe occidentale en même temps que l'on y introduisait le sandre[1].

Le sandre est également porteur d'un rhabdovirus originellement identifié sur la perche commune[4].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Sa reproduction a lieu du mois d'avril au mois de juin selon les climats locaux, lorsque la température de l'eau avoisine 12 à 14 °C. Mâles et femelles se réunissent sur les hauts fonds réguliers où le courant est fortement ralenti, avec une profondeur d'eau idéale de 1 à 1,5 m. Le mâle prépare un nid sur fond de sable ou de gravier, d'environ 50 cm de circonférence ; toute trace de boue est éliminée, il ne s'arrête que quand apparaissent les racines des végétaux environnants. La femelle dépose ses œufs en petits paquets, que le mâle féconde immédiatement. Le mâle garde farouchement le nid contre les prédateurs pendant la période d'incubation (10 à 15 jours), et il le garde propre et oxygène les œufs à coups de nageoire énergiques. De cette façon un grand nombre d’œufs éclosent, même dans les eaux turbides et polluées. Le mâle est extrêmement agressif pendant cette période, allant jusqu'à attaquer les nageurs passant à proximité du nid. Il en devient aussi une proie facile pour les pêcheurs peu scrupuleux puisqu'il mord à peu près n'importe quoi passant à sa portée[2]. La fécondité est élevée (environ 200 000 ovules par kilogramme de femelle).

Répartition[modifier | modifier le code]

Certains le croient originaire uniquement du bassin du Danube ou du lac Balaton en Hongrie ; en réalité son aire de répartition d'origine (avant les introductions humaines) s'étendait de la rivière Elbe en Allemagne jusqu'au pied des monts de l'Oural. Il était très fréquent dans la plupart des cours d'eau et lacs d'Europe Centrale et de Russie occidentale, jusqu'à la mer Baltique au nord et la mer Caspienne et la mer Noire au sud. Tous les grands bassins fluviaux en contenaient : Dniepr, Don, Volga, Vistule..., avec pour limite orientale probable les affluents de la mer d'Aral, et au sud le détroit du Bosphore et la rivière Maritza (dans la mer Égée). On le trouvait dans la Neva (qui coule à Saint-Pétersbourg), les lacs Ladoga et Onega, et le cercle polaire en Finlande[2].

Cette espèce a été introduite dans de nombreuses régions d'Europe, parfois au détriment d'espèces autochtones.

Habitat[modifier | modifier le code]

Le sandre aime les grands cours d'eau aux flots lents et aux fonds de sable ou de graviers, ainsi que les eaux calmes des lacs, étangs et réservoirs - à condition que le fond ne soit pas boueux et qu'ils soient d'une profondeur suffisante[2].

Dans les estuaires il va jusqu'à la limite des eaux salées et supporte les eaux saumâtres. Il supporte des écarts de température importants, entre 0° et 26 °C. Poisson de fond, il aime avoir plusieurs mètres d'eau au-dessus de lui. Son excellente vision le rend efficace en faible luminosité. Il n'en est pas pour autant un chasseur nocturne, comme certains le pensaient, même s'il lui arrive de chasser pendant la nuit - surtout en été[2].

Pêche[modifier | modifier le code]

Le sandre est un poisson de choix pour les pêcheurs sportifs. Il se pêche au ver, au vif et aux leurres. Du fait de la raréfaction du brochet, il devient un carnassier de plus en plus recherché. Les techniques de pêche du sandre peuvent être équivalentes à celles employées pour le brochet. Il mord aux poissons morts, aux vifs ou aux leurres souples animés par le pêcheur et aussi au boyau de poulet. Il ne coupe pas le nylon avec sa denture et permet l'usage de lignes sans avançon d'acier. En général, l'utilisation de ligne en tresse est recommandée afin de mieux ressentir les touches qui peuvent parfois être discrètes. Souvent, le sandre tue le vif et le laisse pour le reprendre plus tard. C'est un poisson aussi très sensible aux couleurs vives.

« Les dents du lac »[modifier | modifier le code]

Un sandre a fait l'objet d'un article dans plusieurs quotidiens suisses, dont La Tribune de Genève le [5],[6]. Le journal rapporte en effet la capture d'un sandre de 70 cm et de 8 kg[7], pêché dans le lac Majeur après avoir attaqué 6 baigneurs à Campo Felice di Tenero. Deux des victimes du poisson avaient dû se rendre aux Urgences avec des morsures atteignant 10 cm. La capture du « monstre » a demandé l'intervention de trois plongeurs. Selon Fabio Croci, responsable des gardes-pêche pour le canton du Tessin, l'animal devait souffrir d'un dérèglement hormonal, ce qui expliquerait son agressivité.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Le sandre : biologie, comportement et dynamique des populations en Camargue. Thèse par Nicolas Poulet, 2004.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m La deuxième catégorie, document de l'AAPPMA (association agréée pour la pêche et la protection du milieu aquatique) du Pays de Mixe.
  3. Sandre dans le dictionnaire Larousse.
  4. notes relatives aux espèces allochtones pour au moins une entité biogéographique de France et aux espèces autochtones temporairement disparues de France puis de retour.
  5. TdG, p. 5. Source ATS
  6. Voir aussi l'article dans Le Matin
  7. Une autre source donne 6 kg et 60 cm : (it) RSI.CH Informazione

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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