Écrevisse

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Écrevisse
Nom commun ou
nom vernaculaire ambigu :
L'expression « Écrevisse » s'applique en français à plusieurs taxons distincts. Page d'aide sur l'homonymie
Écrevisse à pattes grêles (Astacus leptodactylus)
Écrevisse à pattes grêles (Astacus leptodactylus)
Taxons concernés

Le terme écrevisse est un nom vernaculaire donné à certaines espèces de crustacés décapodes appartenant en général à la super-famille des Astacoidea mais dispersés dans plusieurs genres. Ces différentes espèces ont en commun d'être des animaux vivant en eau douce et ressemblant à de petits homards, dont ils sont proches.

Etymologies[modifier | modifier le code]

Le terme français moderne dérive de l'ancien français escreveice. D'une sonorité proche de crevette et de crabe, l'origine du vieux français est probablement germanique. Les termes pour désigner ces animaux sont en ancien bas francique * krebitja ou ancien haut allemand krebiz[1]. On retrouve d'ailleurs cette même origine dans l'allemand moderne Krebs pour désigner les crustacés et le néerlandais Kreeft pour désigner les Astacidea c'est-à-dire la famille qui regroupe les homards, écrevisses, langoustines…

Description anatomie[modifier | modifier le code]

Comme tous les crustacés, leur corps est protégé par un exosquelette (cuticule tégumentaire chitineuse sécrétée par l'épiderme sous-jacent et composé de trois parties :

  1. la tête ou céphalon, formée de 6 segments soudés, elle porte sur les trois premiers segments deux yeux mobiles et pédonculés, une paire d’antennules et une paire d’antennes. Les 3 segments suivants portent respectivement les mandibules, maxillules et maxilles ;
  2. le thorax (ou péréion) est fait de 8 segments soudés entre eux et avec la tête), les trois premiers segments portent 3 paires de pattes dites pattes-mâchoires alors que les pattes des 5 segments suivants servent à la marche (pattes marcheuses, qui expliquent le classement des écrevisses dans l'ordre des décapodes, mot latin qui signifie « à dix pattes »). Les 3 premières paires de pattes se terminent par une pince, alors que les deux autres se terminent par un simple crochet (ou griffe).
  3. l’abdomen ou pléon formé de 6 segments porteurs d'appendices "bi ramés" dits pléopodes dont le dernier (segment VI) forme une palette natatoire constituant avec l’extrémité du segment VI (ou telson)[pas clair], la queue de l'animal. L'anus est situé sous le telson, sur la face ventrale de l'écrevisse.

Dimorphisme sexuel : il est plus marqué avec l'âge (les pinces du mâle deviennent plus grandes que celles des femelles, alors que l'abdomen des femelles tend à devenir plus gros avec l'âge. De plus, les pléopodes de la femelle sur les segments II à V portent les œufs (période d’incubation) alors que les pléopodes des segments I et II chez le mâle sont des « baguettes copulatoires » guidant le sperme au moment de l’accouplement[2],[3].

Taxonomie et répartition dans le monde[modifier | modifier le code]

Les écrevisses appartiennent à la classe des crustacés, elle-même classée dans l'ordre des décapodes. Selon Sinclair& &l. (2004) [4] en 2004, 593 espèces d’écrevisses étaient regroupées en 30 genres eux-mêmes répartis en trois familles :

  1. Astacidae (14 espèces, toutes dans l'hémisphère nord, surtout en Amérique du Nord) ;
  2. Cambaridae (409 espèces, toutes dans l'hémisphère nord et surtout en Amérique du Nord) ;
  3. Parastacidae (170 espèces, toutes dans l’hémisphère sud et essentiellement en Australie)

Là où elles sont naturellement présentes, on trouve des écrevisses dans presque tous les habitats d'eaux douces sauf en Antarctique et en Afrique (où la niche écologique occupée ailleurs par les écrevisses est ici entièrement prise par des crabes d'eau douce et des crevettes d'eau douce[5]. L'écrevisse est également absente d'Asie centrale[5]. Partout où elle est connue, elle a été pêchée et mangée par l'Homme[6].

En Europe[modifier | modifier le code]

Dans cette partie du monde, suite à des introductions (légales ou non, volontaires ou non) faites par des pêcheurs, des éleveurs ou des propriétaires d'étangs et d'autres types de zones humides, ou à cause de transferts de larves faits via des ballasts de péniches, etc. il faut maintenant distinguer

  1. des écrevisses natives ou indigènes souvent répertoriées par la littérature sous l’appellation ICS (pour Indigenous Crayfish Species), en forte régression et ayant disparu de la plus grande partie de leurs anciennes aires de répartition  ;
  2. des écrevisses exotiques (allochtones ou non-indigènes) classées NICS (Non Indigenous Crayfish Species), qui sont de plus en plus nombreuses ;

En France[modifier | modifier le code]

En France métropolitaine[7] vivent théoriquement trois espèces autochtones (toutes en voie de disparition), dont c'est l'écrevisse à pattes rouges (Astacus astacus), principalement, mais aussi Austropotamobius torrentium et Austropotamobius pallipes, actuellement « réfugiée » dans quelques secteurs apicaux de sous-bassins versants, mais ces zones sont vulnérables aux effets du dérèglement climatique et écologiquement insularisées par « les espèces exotiques qui progressent de plus en plus vers l’amont »[8][9].

Les enquêtes périodiquement faites par le Conseil Supérieur de la Pêche puis l'ONEMA depuis 1977, ont toutes montré une expansion forte et continue des espèces exotiques et et le recul des espèces natives, qui semblent avoir été décimée par une maladie puis fortement concurrencée par deux espèces exotiques introduites : l’écrevisse du Pacifique (Pacifastacus leniusculus) et l’écrevisse rouge de Louisiane (Procambarus clarkii) qui ont montré la plus forte expansion géographique[8], ainsi que par l'écrevisse américaine (Orconectes limosus) et peut-être plus récemment (depuis les années 2000) par d'autres espèces introduites (Orconectes juvenilis, Astacus leptodactylus et Orconectes limosus, ces trois espèces étant par exemple présente en Bourgogne au début des années 2000[10]). Localement les dernières écrevisses natives de France métropolitaine doivent aussi faire face à deux espèces de crabes d'eau douce introduites (respectivement de la famille des Grapsidae et des Potamonidae)[10].

Les échantillonnages scientifiques ont montré que P. leniusculus a beaucoup progressé de 2000 à 2006 « certainement responsable de la recrudescence des cas de peste (Aphanomyces astaci) » selon l'ONEMA[10].

Un plan d’action national « écrevisse » cherche à protéger et restaurer cette espèce[8],[11].

D'autres espèces sont présentes en outre-mer dont en Guyane.

État des populations, pressions réponses[modifier | modifier le code]

Astacidae (1re des 3 grandes familles d'écrevisse), ex. : Austropotamobius pallipes ou Écrevisse à pieds blancs ou à pattes blanches
Cambaridae (2de des 3 grandes familles d'écrevisse), ex. : Procambarus alleni
Parastacidae (3e des 3 grandes familles d'écrevisse), ex. : Cherax sp.

Dans le monde entier, à cause de la surpêche et/ou de la pollution de l'eau, de l'artificialisation et de la dégradation des berges, et de l'introduction d'écrevisses non-autochtones (devenues invasives hors de leur milieu originel), les écrevisses sont en voie de régression. L'une des causes majeures étant toutefois la propagation d'épizooties (qui peuvent aussi être importées avec des écrevisses exotiques).

En Europe.
Les écrevisses européennes (15 espèces, dont 5 autochtones, pour environ 600 espèces connues dans le monde) sont toutes en voie de raréfaction.

Un réseau scientifique dit Craynet[12] créé en 2002 (avec 500 membres astacologistes ou gestionnaires dans 11 pays en 2006) suit ce phénomène et produit un atlas des populations[13] qui a fait grâce à des analyses génétiques un premier point sur une situation complexe en raison du fait que les espèces ont été déplacées, mélangées et parfois mal identifiées. Elles ont moins souffert sur l'amont de certaines rivières et près d'espaces mieux protégés des pesticides et de la turbidité tels que les forêts.

La France n'est pas épargnée par la régression des écrevisses, avec par exemple la quasi-disparition des écrevisses autochtones dans le nord du pays, et un effondrement de 68 % (de 1978 à 2006) en région Poitou-Charentes[14].

Invasions biologiques[modifier | modifier le code]

En Europe et France, une espèce invasive, l'écrevisse américaine introduite au XIXe siècle, tend à remplacer les espèces autochtones plus petites, moins agressives, moins fertiles, vivant moins longtemps et vulnérables à des maladies importées par l'écrevisse américaine[réf. nécessaire], affectant négativement et fortement la biodiversité des cours d'eau européens. Toutefois, dès 1876, il était fait état en France d'épidémies provoquant une mortalité qualifiée d'effrayante, et d'épidémies analogues en Russie en 1850 et 1863. Les parasites, dont la peste de l'écrevisse, sont alors désignés comme les principaux responsables de la fonte des effectifs, derrière la pollution, la destruction des habitats et la surpêche. Les épizooties, qui anéantissent en apparence la totalité de la population, sont suivies de périodes de régression de la maladie, avec la reconstitution partielle de stocks à partir des spécimens les plus jeunes, qui semblent échapper à la peste (grâce à leur habitude d'enfouissement ? parce qu'elles ne consomment pas les cadavres de leur congénères ?). Les tentatives de repeuplement par l'écrevisse américaine, que l'on pensait en 1890, en Allemagne, immunisées contre la peste, ont montré leurs limites[15].

On trouve aujourd'hui en France des écrevisses de Louisiane, de Californie, américaines. Les spécialistes de Craynet, dont Catherine Souty-Grosset, invitent à cesser toute introduction et tout déplacement d'espèces invasives ; des réintroductions d'espèces pourraient être envisagées, mais en tenant compte de la diversité génétique, des habitats et des espèces invasives dans une gestion restauratoire des populations autochtones, ce qui demande d'améliorer la connaissance des problèmes.

En France, plusieurs organismes commencent à coordonner leurs efforts pour mesurer l'étendue des invasions et les moyens d'y remédier[16].

Quelques espèces appelées « écrevisses »[modifier | modifier le code]

Note : Certains noms usuels peuvent parfois désigner une même espèce

On rencontre aussi parfois des appellations dont l'usage est plus douteux comme « écrevisse de Turquie » pour désigner l'Écrevisse turque (Astacus leptodactylus).

Astaciculture[modifier | modifier le code]

L'astaciculture est l'élevage des écrevisses à but commercial ou semi-commercial.

Toxicologie, écotoxicologie[modifier | modifier le code]

Les écrevisses se nourrissent volontiers de matière organique prélevée dans le sédiment. Elles peuvent aussi fouir les berges ; deux milieux susceptibles d'être pollués. Dans l’écosystème, elles déplacent des éléments nutritifs et sels minéraux de la zone benthique à la colonne d'eau. Elles contribuent à transformer des matières organiques grossière en matière organique fine, qui devient alors disponible pour d'autres organismes détritivores. Ce travail de transformation de la matière organique est important dans la régulation des cycles biogéochimiques et des nutriments. Des études nord américaines ont montré que les écrevisses peuvent notamment bioaccumuler le mercure dans leurs tissus musculaires[18].

Aspects culturels[modifier | modifier le code]

Le mot « écrevisse » est employé pour quelques expressions populaires :

  • « rouge comme une écrevisse » fait référence à leur couleur après cuisson.
  • « aller comme les écrevisses », se dit d'affaires qui n'avancent pas mais reculent comme les écrevisses.
  • « Quand il fait doux à la Saint-Patrice, de leur trou sortent les écrevisses.», dicton du 17 mars. Les écrevisses passent l’hiver dans un trou de leur rivière ; se nourrissant de cadavres, elles symbolisent la vie naissant dans le monde aquatique. En Ardennes, on prévoit la pluie si les écrevisses abandonnent les ruisseaux et se promènent à reculons (en réalité elles nagent dans l’eau près du sol, à reculons)[19].

Ouvrage :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « écrevisse » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  2. Rhodes CP & Holdich Dm (1979) On size and sexual dimorphism in Austropotamobius pallipes (Lereboullet). A step in assessing the commercial exploitation potential of the native British freshwater crayfish. Aquaculture , 17 , 345 - 358
  3. Grandjean F., Romain D., Avila - Zarza C., Bramard M., Souty - Grosset C., Mocquard J.P., (1997) Morphometry, sexula dimorphism and size at maturity of the white - clawed crayfish Austropotamobius pallipes (Lereboullet) from a wild French population at Deux - Sèvres (Decapoda, Astacidea). Crustaceana, 70 (1), 31-44
  4. Sinclair A.E., Fetzner J.W., Buhay J., Crandall K.A.(2004) Proposal to complete a phylogenetic taxonomy and systematic revision for freshwater crayfish (Astacidea). Freshwater Crayfish, 14, 21-29
  5. a et b Trouilhé, M. C. (2006) Étude biotique et abiotique de l'habitat préférentiel de l'écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes) dans l'ouest de la France. Implications pour sa gestion et sa conservation (Thèse de Doctorat en Écologie des Systèmes Aquatiques Continentaux, soutenue 16 juin 2006 à l'Université de Poitiers), PDF, 260 pages.
  6. Holdich DM (2002), Biology of Freshwater Crayfish. Holdich D.M. (Eds.); Blackwell Science, Oxford, 702 pp
  7. André M (1960) Les écrevisses françaises. Paris, Lechevalier, 293 p.
  8. a, b et c Colas M, Julien C & Monier D (2007) La situation des écrevisses en France ; Résultats des enquêtes nationales réalisées entre 1977 et 2006 par le Conseil supérieur de la pêche. Bulletin Français de la Pêche et de la Pisciculture, (386), 1-38.
  9. Évolution de la répartition des écrevisses en France métropolitaine selon les enquêtes nationales menées par le Conseil supérieur de la pêche de 1977 À 2001 Bull. Fr. Pêche Piscic. (2003) 370-371 : 15-41 (résumé)
  10. a, b et c Lerat D, Paris L et Baran P (2006) Statut de l'écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes Lereboullet, 1858) en Bourgogne : Bilan de 5 années de prospection ; Bull. Fr. Pêche Piscic. 380-381 : 867-882, 12 janvier 2006, (résumé)
  11. Vigneux E (1997)Les introductions de crustacés décapodes d'eau douce en France. Peut-on parler de gestion ? (Introductions of freshwater decapod crustaceans into France. Can we speak of management ?) Bull. Fr. Pêche Piscic. (1997) 344-345 : 357-370 , DOI:http://dx.doi.org/10.1051/kmae:1997035 (résumé)
  12. Craynet, Muséum/CNRS Université de Poitiers
  13. C. Souty-Grosset, D. Holdich, P. Noël, J. Reynolds et P. Haffner, Atlas of crayfish in Europe, Muséum national d'histoire naturelle, 2006, 187 p.
  14. Source : Catherine Souty-Grosset, du laboratoire « Génétique et biologie des populations de crustacés » (GBPC)2. Coordinatrice de Craynet
  15. Marc André, Les écrevisses françaises, vol. XXV, P. Lechevallier,‎ 1960, 294 p., p. 73-93
  16. ex. : l'INRA de Rennes, le Parc naturel régional de Brière et le Forum des Marais Atlantiques et l’ONEMA se sont associés pour organiser les 1ères Rencontres Françaises sur les écrevisses exotiques invasives (19 et 20 juin 2013 en Brière à Saint Lyphard, 44)
  17. a, b, c, d, e, f, g et h Meyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad.
  18. Great lakes center, Previous Projects, consulté 2012-07-04 - voir chap. intitulé Mercury in crayfish.
  19. Gabrielle Cosson, Almanach des dictons météorologiques, Éditions Larousse, Paris, 2003

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Guide d'identification[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]