Narcisse Pelletier

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Narcisse Pelletier, né en 1844 à Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée) et mort en 1894 à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, département alors nommé Loire-Inférieure), est un marin français. Dans la deuxième partie du XIXe siècle, ce jeune giras accomplit un extraordinaire périple rapporté dans la presse de l'époque puis par les historiens locaux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Narcisse Pelletier embarque en 1856 aux Sables-d'Olonne avant de rejoindre Bordeaux puis Marseille où il devient mousse sur un trois mâts en juillet 1857. Après le naufrage du Saint-Paul un an plus tard près de l'île Rossel (Yela) en Nouvelle Guinée, l’équipage européen qui a subi l’attaque prolongée des insulaires (le capitaine Pinard prend la décision de laisser sur un îlot plus de 300 Chinois destinés aux mines d’or australiennes et ceux-ci sont ensuite tués par les habitants de l’île Rossel)[1] s’est enfui en chaloupe. Endurant maintes épreuves, les marins traversent la Mer de Corail pour aborder le littoral dans la région nord-est de la péninsule de cap York dans le Queensland en Australie, plus précisément dans le voisinage du cap Direction. Au cours d’une expédition pour chercher de l’eau, Narcisse Pelletier se trouve séparé de ses compagnons. La chaloupe part sans lui, et le marin s’y trouve abandonné. C’est en août 1858, pendant la saison de sécheresse.

Retrouvé prêt à mourir par une famille aborigène du peuple Uutaalnganu, un des groupes linguistiques des Pama Malngkana ou Sandbeach People (gens des plages sablonneuses), il est recueilli dans leur clan, où, rebaptisé « Amglo » (ou « Anco » selon un rapport australien), et menant la vie d’un jeune homme des Uutaalnganu, il vit pendant dix-sept ans ! Narcisse Pelletier dit avoir été fiancé à une jeune fille beaucoup plus jeune que lui, mais nie, dans son récit publié sous la plume de Constant Merland, avoir eu des enfants. En 2009, Stephanie Anderson affirme qu'il a eu deux, voire peut-être trois enfants[2].

En 1875, âgé de 31 ans, il est récupéré, contre son gré, sur le littoral, en face de Night Island, par un navire anglais qui y est mouillé, le John Bell. Le capitaine, Joseph Frazer, l’emmène à Somerset, établissement de la colonie de Queensland d’alors, à la pointe extrême du Cap York. Le magistrat responsable de l’établissement, Christopher d’Oyly Aplin, ancien géologue, arrange le passage de Narcisse Pelletier à Sydney sur un autre navire, le SS Brisbane, où le naufragé fait la connaissance du lieutenant John Ottley (plus tard Sir John Ottley) des Royal Engineers qui devient le protecteur et le guide de Narcisse Pelletier lors du voyage à bord le Brisbane. Ottley parlait français, ayant suivi une partie de sa scolarité en France, et donc en parlant avec Narcisse Pelletier l’a aidé à retrouver sa langue natale, ce qu’il avait fait d’une rapidité étonnante. John Ottley a transcrit ses conversations avec Narcisse Pelletier dans une lettre de 1923. Arrivant à Sydney, Narcisse Pelletier est remis au consul de France, Georges-Eugène Simon, diplomate et érudit[3],[4]. Rapatrié en France via la Nouvelle-Calédonie, Narcisse Pelletier envoie trois lettres à ses parents qui, jusque-là, le considéraient comme mort. Celui que la presse australienne surnomme « le sauvage blanc » revient en janvier 1876 à Saint-Gilles-sur-Vie, ovationné par la population[5],[6]. Cette même année, Constant Merland, docteur et savant nantais, recueille et publie son témoignage dans Narcisse Pelletier : dix-sept ans chez les sauvages.

Narcisse Pelletier se marie en 1880 avec Louise Mabileau. Ils n’ont pas eu d’enfants. Devenu gardien du phare de l’Aiguillon, dans l’estuaire de la Loire, Narcisse Pelletier meurt en 1894 à Saint-Nazaire. Selon la tradition locale, Narcisse Pelletier a des problèmes en se réadaptant à la vie dans sa terre natale[7],[8],[9]. Selon son scribe Constant Merland, « Ce n’était plus un Français, c’était un Australien »[10].

Postérité[modifier | modifier le code]

Le récit que Narcisse Pelletier a laissé de ses aventures est un document précieux, non seulement en tant que témoignage des expériences extraordinaires qu’il a vécues, mais en tant que description ethnographique issue de cette région de la péninsule du cap York juste au moment où l’invasion européenne y commençait, et qui a « une grande corrélation », selon l’anthropologue Athol Chase, à ce que les recherches ultérieures nous ont appris sur la mode de vie des Sandbeach People[11]. L’ouvrage comporte plusieurs termes de la langue que Narcisse Pelletier apprit ; des linguistes ont trouvé des correspondances dans les langues des Sandbeach People (Kuuku Ya’u et Umpila) pour la grande majorité de ces mots et ces phrases[12],[13].

La découverte et la capture de Narcisse Pelletier par l’équipage du John Bell ont fait grand bruit dans les journaux australiens et anglais, y compris le Times britannique[14], en juillet et août 1875, avant d'être rapportées ensuite dans des journaux français[15],[16],[17],[18]. Cependant,la traduction en anglais de l’ouvrage de Constant Merland ne paraît en anglais qu’en 2009. Entretemps, aucune information concernant la vie de Narcisse Pelletier après son retour en France n’a été relayée en Australie, même si le récit de son naufrage en Nouvelle Guinée et de ses expériences dans le Queensland a resurgi de temps en temps dans la presse australienne.

En 1876, Constant Merland rapporte que le lieu de l’abandon de Narcisse Pelletier sur les côtes du Queensland se situe dans l’Endeavour Land, au Cap Flattery, bien au sud de la région où, en réalité, il résida. Pourtant les rapports dans les journaux anglais notent les coordonnés géographiques du lieu de la capture de Narcisse Pelletier. Comme l'écrit Athol Chase : « The linguistic and ethnographic information given by Pelletier to Sir John Ottley and later to Merland is sufficient for us to be quite confident about the particular section of north-eastern Cape York Peninsula where Pelletier spent his seventeen years of residence, and to recognise Merland’s reportage as the earliest historical account of Aboriginal life in this particular region »[19][précision nécessaire].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Narcisse Pelletier (témoignage recueilli par Constant Merland) (préf. Philippe Pécot), Chez les Sauvages : dix-sept ans de la vie d'un mousse vendéen dans une tribu cannibale (1858-1875), La Roche-sur-Yon, éditions Cosmopole,‎ mai 2002 (ISBN 2-84630-005-4)
    Ce récit est une réédition de l'ouvrage paru sous le titre Dix-sept ans chez les sauvages. Les aventures de Narcisse Pelletier par Constant Merlan en 1876.
  • (en) Stephanie Anderson, Pelletier: The Forgotten Castaway of Cape York, Melbourne Books,‎ 2009 (ISBN 9781877096679)
    Avec un chapitre d'Athol Chase « Pama Malngkana: the Sandbeach People of Cape York » (p.91).

Plusieurs romans français ont été inspirés par la vie de Narcisse Pelletier :

  • Maurice Trogoff, Mémoires sauvages, Liv’Editions,‎ 2002
  • Joseph Rouillé, La prodigieuse et véritable aventure d’un mousse vendéen, Offset Cinq,‎ 2002
  • François Garde, Ce qu'il advint du sauvage blanc, Gallimard,‎ 2012 (ISBN 9782070136629)
    Histoire romancée. François Garde explore les questions que soulève la vie culturellement divisée de Narcisse Pelletier. Quoique son roman soit basé sur la biographie du marin, l’auteur choisit de métamorphoser certains détails de sa personne et de ses expériences, et invente complètement sa vie dans le nord-est de l’Australie avec un groupe aborigène.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Victor de Rochas, « Naufrage et scènes d’anthropophagie à l’île Rossell dans l’archipel de la Louisiade ((Mélanésie) », Le Tour du Monde, vol. 2e semestre,‎ 1861
  2. Anderson 2009, p. 46
  3. Charles Letourneau, « Sur un Français nommé Narcisse Pelletier qui oublia sa langue chez les Australiens », Bulletins de la Soc. d’Anthropologie de Paris, t. 3, no 3e série,‎ 1880, p. 710-716
  4. Marcel Rouillé et Couton, Au fil de la Vie : Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Fontenay-Le-Comte, Imprimerie Lussaud frères,‎ 1966, 114 p., p. 77-85
  5. Constant Merland 2002, p. 124-125
  6. Les Vendéens grands voyageurs, La Roche-sur-Yon, Somogy-éditions d'art,‎ 1998 (ISBN 2-85056-328-5), p. 352
  7. Stéphane Pajot, Personnages pittoresques de Nantes et de Loire-Atlantique, d’Orbestier,‎ 1999, [précision nécessaire]
  8. Stéphane Pajot, Nantes sur-mer. Histoires de l’eau de la Loire à l’Atlantique, d’Orbestier,‎ 2002, [précision nécessaire]
  9. Jean-Paul Bouchon, Un Mousse oublié. Narcisse Pelletier, Vendéen, Poitiers, Paréiausaure,‎ 1997, [précision nécessaire]
  10. Constant Merland 2002, p. 119
  11. Athol Chase 2009, p. 92,123
  12. Athol Chase 2009, p. 123
  13. Constant Merland 2002, Chapitre 4
  14. (en) Arthur Hamilton-Gordon, « Seventeen years among the savages », The Times,‎ 21 juillet 1875, p. 5
  15. Louis Bloch, « Dix-sept ans chez les sauvages », Bulletin français,‎ 23 juillet 1875
  16. Aristide Roger, « La capture de Narcisse Pelletier », Journal illustré,‎ 8 août 1875
  17. « Narcisse Pelletier : le Robinson français », La Presse illustrée,‎ 7 août 1875
  18. X. Dachères, « Pierre Pelletier. Le sauvage d’Australie », Univers illustré,‎ 7 août 1875
  19. Athol Chase 2009, p. 92