Joseph Bilger

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Joseph Théodore Bilger (né le Seppois-le-Haut 27 septembre 1905 - mort à Clichy-la-Garenne 2 octobre 1975) est un homme politique alsacien, militant agrarien, autonomiste et clérical de la fin de la Troisième République.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est d'abord journaliste dans la presse alsacienne autonomiste et cléricale du groupe Alsatia et membre de l'Union populaire républicaine.

À 22 ans, il fonde un syndicat paysan dans le Sundgau, qu'il rallie à l'Union paysanne d'Alsace (Bauernbund). Il devient le secrétaire général de cette association agraire en 1928, et le leader de l'agitation paysanne que connaît l'Alsace-Moselle dans les années 1930. Elle se greffe sur des questions plus anciennes, celles de la spécificité linguistique et culturelle de l'Alsace-Moselle et de l'autonomisme. Son mouvement est anticommuniste, antilibéral, anticapitaliste — hostilité à l'égard des « barons d'usines et des grands trusts », antiparlementaire, antisémite et xénophobe. Avec l'arrivée au pouvoir du Front populaire, le Bauernbund se durcit encore. Bilger est arrêté le 18 décembre 1936 à Strasbourg, à l'issue d'une réunion interdite par les pouvoirs publics.

Durant la Seconde Guerre mondiale, alors que l'Alsace est annexée par les nazis, il prolonge ses engagements dans la Collaboration, et est condamné à ce titre à dix ans de travaux forcés après la Libération. Revenu dans la vie militante et la presse à la fin des années cinquante, après une libération anticipée, il rejoint la Défense paysanne de Henri Dorgères puis le rassemblement paysan d'Antier et de Robert Poujade (pas de lien avec Pierre Poujade et le poujadisme), dont il est secrétaire général. Il souhaite toujours un État « chrétien, corporatif et décentralisé ». Il dirige en 1959 l'Union des paysans de France, dont il est le secrétaire général, et le rédacteur en chef de Promotion paysanne. Il appuie la FNSEA « dans la mesure où son action se libère de la tutelle officielle et de l'emprise marxiste ». Il se déclare en faveur de « la restauration d'une véritable corporation paysanne »[1]. Son association agraire est liée au paysan contre-révolutionnaire établi en Algérie Robert Martel et à son organisation, le Mouvement populaire du 13 mai. Il s'engage d'ailleurs en faveur de l'Algérie Française au sein de ce mouvement, comme secrétaire général et trésorier.

Il est le père de l'économiste François Bilger, de l'homme d'affaires Pierre Bilger et du magistrat Philippe Bilger.

L'Union paysanne (ou Bauernbund) et le Front national du travail[modifier | modifier le code]

L'Union paysanne d'Alsace (Elsässischer Bauernbund) est fondée à Colmar en février 1924 par des paysans du Haut-Rhin, en réaction à la fédération agricole d'Alsace-Lorraine, jugée trop pro-gouvernementale et trop pro-française. C'est un regroupement de syndicats agricoles qui n'est qu'une organisation professionnelle jusqu'en 1934. Elle souhaite une organisation corporatiste, rejette le marxisme et le capitalisme et se fonde sur le christianisme social. C'est donc un mouvement autonomisant catholique, né d'ailleurs avec le soutien des autonomistes catholiques haut-rhinois, Joseph Rossé et l'UPR notamment.

Bilger étend le champ des activités du Bauernbund à la politique en 1934, dans le contexte de crise qui frappe alors la petite paysannerie d'Alsace et de Moselle, crise intensifiée par la perte du marché allemand, suivie de la perte du marché sarrois en 1935. Il crée en 1935 le Front national du travail (Volksständische Arbeitsfront), auquel s'intègre l'Union paysanne. Il se dote d'un programme qui apparaît dans le périodique Volk. Il est alors en contact avec Henri Dorgères et adhère au Front paysan.

Le Front comprend trois sections : l'Union paysanne, l'Union corporative du travail à destination des ouvriers et employés et une section de combat, composée des Jeunesses frontistes (Jung-Front) et d'un groupe chargé du service d'ordre. L'uniforme est de rigueur : la chemise verte avec le brassard où se montre « la croix d'Arc », en fait une croix de Lorraine. Henri Dorgères s'en inspire pour ses militants : les « chemises vertes ».

L'implantation limitée du Bauernbund en Lorraine[modifier | modifier le code]

Dans l'arrondissement de Sarrebourg existe depuis 1932 le pendant mosellan du Bauernbund, l'Union paysanne lorraine (Lothringer Bauernbund), présidée par Georges Fritsch et liée au parti mosellan autonomiste clérical le Parti chrétien-social de Victor Antoni.

À Metz en février 1935, lors d'une assemblée extraordinaire de l'Association mosellane des producteurs de blé, Bilger et un orateur du Front paysan tiennent des discours musclés contre Pierre-Étienne Flandin, en présence d'élus comme Edouard Cordebaine et Guy de Wendel, qui prend la défense de Flandin, malgré les protestations des orateurs et l'hostilité houleuse de la salle, et met en garde l'auditoire contre l'exploitation du mouvement paysan à des fins politiques et anti-gouvernementales. En Lorraine, le FNT s'implante et se développe uniquement dans la Moselle germanophone, dans les cantons de Sarrebourg, Bitche, Saint-Avold, Grostenquin et Volmunster. Ses animateurs mosellans sont Eugène Foulé, maire de Petit-Tenquin, élu (seul candidat) conseiller général du canton rural de Grostenquin en février 1936, délégué « régional » et Eugène Neu, délégué à la propagande[2].

L'Union paysanne se montre assez active en 1936, avant et surtout après la venue au pouvoir du Front populaire, tentant de profiter de l'agitation paysanne pour se développer. À Forbach en mars 1936, une réunion présidée par Bilger — à laquelle assistent Victor Antoni et Paul Harter — provoque des incidents, du fait de la présence d'élus de gauche venus apporter la contradiction. la gendarmerie met fin à la réunion, mais Bilger et ses « chemises vertes » tentent de manifester dans la rue puis pénètrent de force dans la salle pour imposer une nouvelle réunion. En Moselle, les plus grandes réunions du Bauernbund — notamment celle de Metz qui accueille plusieurs milliers de paysans en janvier 1937 — voient la participation de responsables d'associations agricoles, et d'élus, notamment le député agraire de Château-Salins François Beaudouin. L'Union paysanne de Lorraine revendique alors 5 730 membres. Mais l'audience du Bauernbund, et plus encore du FNT, décline rapidement. Le congrès régional de l'Union paysanne de Lorraine, en juin 1939, se déroule ainsi dans une brasserie à Metz. Le préfet peut alors écrire que l'Union paysanne « en dépit d'une intense activité, n'a pu prendre une place prépondérante en Moselle »[3].

Dans les autres départements lorrains, l'influence du Bauernbund est extrêmement limitée, même si Bilger a tenu une conférence à Nancy en avril 1937 et si quelques agriculteurs de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle ont rejoint l'Union paysanne. Toutefois, le périodique de la Ligue de défense paysanne de la Meuse, Le Paysan lorrain, évoque l'action de Bilger à partir de juillet 1936 et publie des articles du dirigeant du FNT à partir de juin 1938. Le dirigeant de la Ligue, Pol Marc, participe à une réunion du Bauernbund à Metz en octobre 1936 et reçoit Bilger à Vaucouleurs pour une réunion paysanne le même mois.

En Moselle, le Front national du travail adhère à l'été 1936 au Front lorrain pour combattre le Front populaire et le communisme. Lors de la première assemblée générale du Front lorrain en décembre 1936, la seule décision rendue publique est une adresse de soutien au FNT et à Joseph Bilger, votée à l'unanimité. Un congrès du FNR venait d'être interdit à Strasbourg et son chef Bilger arrêté au motif que le FNT rassemblerait des « autonomistes à la solde de l'Allemagne ». Eugène Foulé est membre du comité exécutif du Front lorrain, constitué tardivement en juin 1937. De même, le Bauernbund a adhéré en Alsace à un Comité de coordination des mouvements anti-marxistes, avec l'Alliance royaliste d'Alsace, l'UPR, et le Parti républicain national et social, l'avatar des Jeunesses patriotes[4].

Bilger Chef de la Propagande de la Communauté du Peuple Allemand en Moselle Annexée[modifier | modifier le code]

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En Aout 1940, le Gauleiter Bürckel qui a été nommé Chef de l'Administration Civile en Moselle (ce statut d'occupation était destiné à masquer une annexion de fait vis à vis du Gouvernement de Vichy)crée la Communauté du Peuple Allemand (Deutsche Volksgemeinschaft DVG) une organisation politique dépendant du NSDAP destinée à regrouper les mosellans qui étaient considérés comme lorrains allemands de souche (Lothringer - Volksdeutsche) et non comme Allemands du Reich (Reichsdeutsche). L'adhésion des Mosellans quasi automatique permit à Bürckel en août 1942 d'annoncer que 98 % des Mosellans en étaient membres. Joseph devenu Josef Bilger devint un des 4 Mosellans aux côtés de 12 Allemands désigné comme membre de la Direction de la DVG (Landesleitung DVG)en 1941. Il est nommé au poste important de chef du Service de la Culture et de la Propagande. Orateur de la DVG il préconise l'attribution de la citoyenneté allemande aux mosellans. Il publie de nombreux articles dans le bulletin de la DVG et surtout il est le rédacteur des rapports périodiques que la DVG adresse à Bürckel. Tombé en disgrâce, il quitte la direction de la DVG en mai 1942. Il prend ses distances avec les nazis en raison de ses convictions autonomistes. Il marque son opposition à l'incorporation de force des mosellans dans la Wehrmacht (les "Malgré-nous") et aux transplantations de Mosellans politiquement peu sûrs en Haute Silésie (les "Patriotes Résistants à l'Occupant"). En 1944, au nom d'un "Comité de l'Alsace-Lorraine Libre" il prône même le départ des nazis d'Alsace et de Moselle. il s'enfuit en Alsace en septembre 1944. Homme de conviction avec une certaine envergure, il fut un des dirigeants les plus influents au sein de la DVG. Ce qui lui valut une condamnation très lourde. Le 8 juillet 1947, Joseph Bilger fut condamné par le Tribunal de Metz à 10 ans de travaux forcés et 20 ans d'indignité nationale.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Colas, Les Droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002, 3 vol.
  • Bernard Reimeringer, « Un mouvement paysan extrémiste des années trente : les Chemises vertes », Revue d'Alsace, 1980, n° 106, p. 113-133.
  • Robert Paxton, Le Temps des chemises vertes. Révoltes paysannes et fascisme rural 1929-1939, Paris, Éd. du Seuil, 1996.
  • Léon Strauss, Les Organisations paysannes alsaciennes de 1890 à 1939 : notables et contestataires, in Histoire de l'Alsace rurale, Strasbourg, Librairie istra, 1983.
  • Id., Joseph-Thédore Bilger, in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Fédération des sociétés savantes d'histoire et d'archéologie d'Alsace, 1983, vol. III, p. 224.
  • Pierre Bilger[5], Quatre millions d'euros, le prix de ma liberté, Bourin Éditeur, 2004, p. 68-78.
  • Henry Coston ( dir. ), Partis, journaux et hommes politiques d'hier et d'aujourd'hui, Lectures françaises, décembre 1960
  • Dieter Wolfanger Nazification de la Lorraine Mosellane 1940 1945 Editions Pierron 1982
  • Bernard et Gérard Le Marec les années noires - la Moselle annexée par Hitler Editions Serpenoise 1990

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Déclaration de Bilger à Lectures françaises, 10 mai 1960, citée in Henry Coston, Partis, journaux et hommes politiques d'hier et aujourd'hui, op. cit., p. 267 (source à la fois factuelle et partiale)
  2. Agriculteur, jeune président de la Jeunesse agricole catholique de Moselle, candidat aux cantonales en 1937 dans le canton de Saint-Avold
  3. Jean-François Colas, p. 199
  4. Coston Henry, op. cit., p. 522
  5. Fils de Joseph Bilger.