Jean Harlow

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Jean Harlow

alt=Description de l'image Jean Harlow, Black and White, Photograph.jpg.
Nom de naissance Harlean Harlow Carpenter
Surnom The Platinum Blonde
Naissance 3 mars 1911
Kansas City, Missouri
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Décès 7 juin 1937 (à 26 ans)
Los Angeles, Californie
Films notables L'Ennemi public
La Belle de Saïgon
Les Invités de huit heures
La Malle de Singapour

Jean Harlow (parfois orthographié Harlowe), de son vrai nom Harlean Harlow Carpenter[1], née le 3 mars 1911 à Kansas City, Missouri, et morte le 7 juin 1937 à Los Angeles, Californie, est une célèbre actrice américaine des années 1930. Surnommée par la presse « Baby », ou « The Platinum Blonde », en référence au film homonyme sorti en 1931, elle est morte en pleine gloire d'un empoisonnement urémique causé par une néphrite aiguë.

Howard Hughes lui donne son premier rôle important dans le film Les Anges de l'enfer en 1930. Enfant unique, elle avait une mère et un beau-père envahissants qui s'attachèrent à ses pas et dépensèrent systématiquement ses cachets de star au point que Jean Harlow, presque ruinée, dut vendre sa grande demeure pour payer ses créanciers.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Jean Harlow en 1935

Jean Harlow, de son vrai nom Harlean Carpenter, naît le 3 mars 1911 à Kansas City, dans le Missouri. Son père, Montclair Carpenter, est un grand dentiste. Sa mère s'appelle Jean, et on la nommera « Mama Jean ». À huit ans, l'enfant est inscrite à l'école de jeunes filles de Miss Barsto[2]. Elle y restera jusqu'au divorce de ses parents, à l'âge de neuf ans et reverra très peu son père (à la suite de cet abandon, elle recherchera toujours un père, par l'intermédiaire de ses maris et amants)[3].

Sa mère partie chercher du travail à Chicago, Harlean demeure auprès de ses grands-parents, qui prennent son éducation en main. La jeune fille, qui a désormais un beau-père, Marino Bello[4], un charmeur sicilien volage, continue son apprentissage à Kansas City, sous la férule de son grand-père. En 1926, sa mère est de retour et s'installe avec son nouveau mari. C'est maintenant Marino qui s'occupe de l'éducation d'Harlean, lui apprenant notamment à danser le tango et la valse. Mais elle quitte cette drôle de famille recomposée en septembre 1926 pour devenir pensionnaire à Lake Forest, dans l'Illinois. D'après Jean Harlow, le livre d'Irving Shulman, Harlean écrit à sa famille disant ne pas y être heureuse, voulant rentrer à la maison et se plaignant que son père ne lui a écrit qu'une seule fois sur une feuille arrachée à son carnet de rendez-vous.

Sa famille l'« étouffe », sa mère est en effet extrêmement religieuse, a une telle emprise sur elle qu'elle décide de se marier, à seize ans seulement, pour se libérer, avec Charles F. Mac Grew, « un jeune fils de banquier âgé de 21 ans, qu'elle rencontra dans un bal » sans prévenir sa famille (personne même)[2]. Seulement, la mère de Harlean sépare les deux amoureux et elle revient à la maison.

Carrière cinématographique[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Ayant interrompu ses études, rêvassant sans cesse en se promenant en ville, elle fréquente des restaurants et des cinémas. Elle n'a jamais pris de cours de comédie, mais elle sent qu'elle possède un certain sex-appeal lorsqu'elle marche notamment dans la rue, toutes les têtes se retournent. Elle songe à faire de la figuration. Harlean change son nom en Jean et utilise le nom de famille de sa mère, Harlow. Elle passe quelques auditions, et son physique hors du commun lui permet de trouver très rapidement des rôles. Elle joue pour des comédies de Christiy, de Hal Roach, puis dans Monan of the Marines, avec Richard Dix. Elle décroche aussi un petit rôle dans The Saturday Night Kid.

Elle fait quelques apparitions dans plusieurs films des Laurel et Hardy[5], dont Son Altesse Royale, où elle sort d'un taxi et Laurel coince sa robe dans la portière en la fermant (elle s'en va vêtue juste d'une chemise noire). Ce sont Laurel et Hardy qui font découvrir Jean à un certain Arthur Landau, lequel cherchait une actrice pour Howard Hughes (qui en a besoin d'urgence pour son film à venir, car la voix de l'actrice principale ne convient pas). Landau discute avec le duo sur les voix des acteurs, et Laurel lui explique qu'il préfère les voix rauques comme « celle de la petite, là-bas par exemple. » Landau regarde dans la direction que Laurel lui indique et aperçoit Jean. Landau est fasciné par cette jeune fille de dix-neuf ans et lui fait passer un bout d'essai[6].

Elle est alors remarquée, avec ses cheveux blond platine, par Howard Hughes, qui cherche une actrice pour remplacer Greta Nissen, une actrice de muet à l'accent suédois trop prononcé, pour le film Les Anges de l'enfer. En effet, le cinéma parlant prend la place du cinéma muet et beaucoup d'actrices et d'acteurs tombent dans l'oubli du jour au lendemain, à cause de leur voix - soit qu'elle ne plaise pas aux réalisateurs, soit qu'elle ne convienne pas pour le rôle. Du coup, beaucoup d'actrices inexpérimentées, comme Jean, tentent leur chance. Les critiques sur son jeu ne sont pas bonnes dans ce film d'aviation qui se déroule pendant la première guerre mondiale, mais on ne tarit pas d'éloges sur sa plastique. Un chroniqueur du magazine Variety écrit :

« Le degré de talent manifesté par Jean Harlow n'a guère d'importance, les garçons ne manqueront pas de mener grand tapage à propos de cette fille qui est la créature la plus sensuelle apparue à l'écran depuis un certain temps. Elle jouera toujours le même rôle, mais il n'est personne qui, possédant ce qu'elle possède, soit jamais mort de faim ! »

Le film est un triomphe et Jean Harlow devient une star. Elle possède un contrat avec la maison de production Caddo, celle d'Howard Hughes et reçoit 250 dollars par semaine de tournage[7]. La première a lieu en juin 1930, au Grauman's Chinese Theatre. Jean, souriante est cramponnée aux bras de Hughes. Elle répond aux questions des journalistes avec humour[8].

Q : « Certaines critiques disent que vous n'êtes pas une véritable actrice. »
JH : « Quand on plaît au public, on n'a pas besoin d'être une actrice. »
Q : « Selon vous, pourquoi le public vous aime-t-il ? »
JH : « Les hommes m'aiment parce que je ne porte pas de soutien-gorge. Les femmes m'aiment parce que je n'ai pas l'air d'une fille qui leur volera leurs maris. Enfin, pas pour longtemps. »
Q : « En voleriez-vous un ? »
JH : « Ne croyez-vous pas que ce serait voler quelque chose dans un magasin d'occasion ? »
Q : « Miss Harlow, portez-vous un soutien-gorge aujourd'hui ? »
JH : « Voila une question de myope ! »

La bombe platine[modifier | modifier le code]

Jean Harlow en 1934

Elle obtient son premier rôle à la MGM dans Tribunal secret, avec Wallace Beery et Clark Gable. Elle tourne ensuite L'Ennemi public, puis enchaîne avec L'Homme de fer (Iron Man, 1931) auprès de Lew Ayres. Les critiques sont une fois de plus mauvaises. Variety écrit : « On ne peut pas qualifier Jean Harlow de bonne comédienne. Elle se montre tristement suffisante, mais contribuera probablement au succès du film auprès du public masculin, grâce à la profondeur de ses décolletés et à la minceur de ses parures. » Le journal renchérit lors de la sortie de Tribunal secret : « Miss Harlow devrait faire quelque chose en ce qui concerne sa voix[7]… »

Cependant, Jean Harlow est très aimée du public, les hommes sont amoureux d'elle quand ils la voient à l'écran et les femmes copient son look, la Fox l'engage pour jouer dans Goldie, la Columbia pour Three Wise Girls et La Blonde Platine. Elle devient une des actrices les mieux payées ; entre 1 500 et 1 750 dollars par semaine puis elle atteindra les 7 000 dollars par semaine, une fortune à l'époque[7].

Mais le désastre de sa vie privée contraste avec le triomphe de sa carrière. Elle cherche à s'éloigner de sa famille qui la harcèle. En réalité, Jean n'a jamais voulu être célèbre, c'est sa mère qui souhaitait entrer dans le show business et obtiendra cela par l'intermédiaire de sa fille. De plus, les médecins annoncent à Jean qu'elle est stérile[9].

Mais surtout, Jean va devoir faire face à un événement terrible. En 1931, elle fait la rencontre de Paul Bern (de vingt ans son aîné), le numéro trois de la MGM. Il avait la réputation d'être un gentleman.

En juin 1932, elle l'épouse. Lors du soir de leur nuit de noces, Jean, couverte de bleus, de morsures, en pleurs, hystérique, se réfugie chez son impresario, Arthur Landau et sa femme Beatrice[10]. Quelques jours plus tard, un matin, on découvre Bern mort, qui s'est suicidé d'une balle dans la tête, avec une courte lettre d'adieu dédiée à Jean : « Dearest Dear, unfortunately this is the only way to make good the frightful wrong I have done you and to wipe out my abject humiliation. I love you. Paul You understand that last night was only a comedy[11]. »

On comprit longtemps après la signification de ses mots. En réalité, Paul Bern était affublé d'un sexe d'enfant et impuissant et pensait que seule Jean Harlow, la nouvelle icône du sexe, pouvait faire de lui un homme. Mais Jean n'avait connu qu'un seul homme avant lui et, innocemment, elle se mit à rire. Cette réaction enfantine mit Bern dans une rage folle et se mit à frapper Jean Harlow, dans les reins notamment, et ce geste sera responsable de la maladie qui va l'emporter quelques années plus tard[12].

Dans le livre de Shulman, Jean Harlow, on découvre que les Landau avaient tout fait pour sauver le couple, Arthur discutant avec Paul pour découvrir son terrible secret, que seuls Jean, Arthur et sa femme connaissaient désormais. Bern confesse à Landau qu'il était vraiment désolé de ce qu'il avait fait à Jean qui souhaite le divorce. Arthur la pousse à reparler à Bern. Le 4 septembre, le couple rentre à leur maison. Ils se disputent, mais au moment du coucher, Jean et Paul se réconcilient, se montrant tous deux amicaux. Après que Jean eut tapoté un oreiller pour Paul, celui-ci mit un faux phallus énorme autour de sa taille et commença à faire le pitre, « dansant, faisant la roue » et Jean se mit à rire. Ils s'endorment finalement, « enlacés ». Le couple semble avoir décidé de surmonter ce problème. Mais quelques heures plus tard, à l'aube, Paul se suicide, nu dans la salle de bain. On peut penser que le mot « comédie » renvoie à la petite danse de Bern, avec le phallus artificiel…

Ce suicide défraya la chronique et Louis B. Mayer, fit porter la responsabilité de cette tragédie à Jean. D'ailleurs, en 1935, quand elle jouera dans Imprudente Jeunesse (Reckless), Mayer fera réécrire le scénario de cette comédie musicale pour l'humilier : Jean interprète en effet une actrice dont le mari venait de se suicider. C'était une façon de faire croire que si Paul Bern s'était suicidé, c'était en réalité moralement un meurtre[13]. Cependant, Mayer pouvait aussi se montrer doux, dans Jean Harlow de Irving Shulman on peut lire à la page 143 : « Ayant l'âge d'être le père de Jean, il s'efforcerait de la consoler et prendrait les dispositions voulues pour les funérailles de son mari. » (lorsque Mayer apprit la tragédie). De plus, lorsqu'elle sortit avec Bugsy Siegel, une des figures de la mafia new-yorkaise, Mayer estima qu'elle était véritablement une prostituée, « LA » bête noire des ligues de vertu.

La police quant à elle, posa quelques questions à Jean. Une des déclarations qui lui avaient été ainsi attribuées fut si maladroite que l'actrice fut soumise à un interrogatoire qui dura des heures, les enquêteurs se refusant à croire que quelqu'un pût faire montre d'une telle candeur dans la vie réelle. Selon l'auteur de l'article, elle aurait dit : « Paul parlait souvent du suicide de manière générale, mais il ne m'a jamais laissé entendre qu'il envisageait lui-même un acte pareil. Je ne vois rien dans notre vie qui ait pu lui faire commettre cet acte. » Jean ne devait en aucun cas parler du réel motif du suicide de Bern, Mayer ne voulait pas que l'on sache « qu'un pédéraste avait été employé au studio. » Il demande aux autres dirigeants de la MGM de se taire : « Quand vous parlerez aux journalistes ou à qui que ce soit, ne dites rien. Contentez vous de pleurer. Vos familles aussi. De cette façon, vous ne direz pas d'imbécillités[14]. »

La Belle de Saigon, une comédie, sort peu de temps après et le jeu de Harlow est pour la première fois complimenté. L'année suivante, elle tourne avec Clark Gable Dans tes bras. Là encore, on salue la performance de Harlow. Elle est au sommet de sa carrière. George Cukor la dirige dans Les Invités De Huit Heures. Elle se montre heureuse de tourner dans ce film, d'autant plus qu'elle tombe amoureuse d'un caméraman, Harold Rosson. Quelques semaines après leur rencontre, ils se marient dans le plus grand secret. Seulement le bonheur est de courte durée, elle est opérée d'une appendicite aiguë et divorce une nouvelle fois[14]. Elle tourne La Belle du Missouri. En 1935 elle joue dans Imprudente Jeunesse (Reckless), avec William Powell. Ils tombent amoureux, Powell aime son côté naturel et candide, Jean se sent rassurée avec cet homme grand et fort. Powell sentira tout de suite qu'elle recherchait un père, et ayant compris ce besoin avait attribué un surnom à leur couple : « Baby et Popy »[15]. Le film est un échec commercial.

Elle tourne ensuite dans Une fine mouche avec William Powell et ses deux amis Myrna Loy et Spencer Tracy qui a beaucoup de succès. Dans ce film on fit teindre Jean en un blond moins clair. Ses rôles, toujours à mi-chemin entre le comique et le tragique lui permettent d'exprimer les facettes de son talent. Jean devient en effet une comédienne reconnue, même si son physique est son plus grand atout. Tout semble sourire pour Jean, qui a réussi à écarter de sa vie sa mère et son beau-père, et surtout elle file le parfait amour avec William Powell. Seulement, la fin est proche pour Jean, qui meurt en 1937.

Jean Harlow a surtout marqué l'histoire pour avoir été la première à arborer une coiffure blond platine au cinéma. En effet, ses cheveux d'un blond presque blanc (un caractère qui semblait lié à la blancheur exceptionnelle de sa peau, très sensible aux brûlures du soleil) étaient absolument naturels et devaient la faire remarquer d'Arthur Landau, le célèbre impresario qui la lança véritablement avec le film Hell's Angels (Les Anges de l'enfer, 1930) d'Howard Hughes et l'accompagna durant sa courte carrière de star. Elle n'avait donc pas besoin de se teindre les cheveux comme certains l'ont affirmé. Elle doit également son look légendaire à Max Factor qui lui imagine un maquillage sombre et graphique, idéal pour le cinéma en noir et blanc. Mais elle doit également son succès à son jeu très sensuel qui lui vaut son surnom de « bombe platine ».

À l’époque, l’emploi d’une actrice blonde pour jouer des rôles à connotation sensuelle constitue une rupture radicale avec les habitudes des studios qui confiaient généralement aux brunes le soin de jouer les « bombes sexuelles » à l’écran. Jean Harlow fut la première actrice blonde à jouer les « femmes fatales ». C’est à partir des personnages qu'elle incarna durant sa courte carrière qu’est né le mythe érotique moderne — le culte — de la femme blonde dont Marilyn Monroe deviendra l'archétype ; mais Marilyn ne deviendra blond clair qu'en 1946 et c'est d'ailleurs ce nouveau look qui l'aidera à percer. Elle devint blond platine en 1960 lors du film Le Milliardaire. La brune Lana Turner adoptera le blond en 1938 pour un rôle dans un film avec Clark Gable, film qu'elle ne tournera finalement pas.

Jean Harlow suscita une mode des cheveux blond platine chez les jeunes américaines, qui décolorèrent leurs cheveux avec du peroxyde vendu dans les pharmacies. C'est surtout la première fois que le cinéma est à l'origine d'une mode chez les jeunes spectatrices. Sa notoriété rapide et spectaculaire lui vaut d'être la première actrice de cinéma à faire la couverture du magazine Life en mai 1937, un mois avant sa disparition.

L’American Film Institute a classé Jean Harlow à la 22e place des « légendes hollywoodiennes du XXe siècle ».

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

En 1936, elle tourne trois films. Sa femme et sa secrétaire de Clarence Brown, avec Clark Gable, et Suzy avec Cary Grant. Ces deux films sont des échecs au box office. Le public trouvait que Jean était employée dans des rôles qui ne lui convenaient pas. En revanche, Une fine mouche, avec William Powell et Myrna Loy, est un succès[15].

Décès[modifier | modifier le code]

Jean Harlow est morte de ne pas s'être soignée[16]. Le 4 janvier 1937, Jean est sur le point de terminer Valet de cœur. Elle tombe malade, contracte la grippe et doit rester au lit jusqu'à la fin du mois de mars[17]. Peu après, les premiers symptômes de la maladie qui va l'emporter apparaissent. Elle refuse de se soigner malgré les conseils des médecins. Elle souffre horriblement, les médecins doivent lui arracher les dents infectées qui la font souffrir[17]. Elle doit également se reposer pendant une longue période, mais doit commencer le tournage de ce qui sera son dernier film, Saratoga, avec Clark Gable.

L'infection rénale dont elle souffre provoque des ravages de plus en plus importants sur sa santé. La douleur est telle qu'elle doit s'absenter du plateau toutes les dix minutes[17]. Un soir, elle s'évanouit dans les bras de Clark Gable[17]. Cette fois, elle accepte de se faire soigner par les médecins. Mais sa mère, qui depuis longtemps exerce une tutelle tyrannique, empreinte de fanatisme religieux, refuse de lui prodiguer les soins nécessaires. Selon elle, le recours aux médicaments est un véritable péché, seules de longues prières peuvent sauver Jean. Clark Gable, tente de la voir, mais Mama Jean l'empêche d'entrer et lui explique qu'elle s'occupe d'elle grâce à la Science Scientists, qu'elle guérira (et que Gable devrait se convertir à cette science). Ce dernier, inquiet, rapporte les dires à Landau, qui se rend compte de la gravité de la situation, et convainc Mama Jean de faire venir au moins un médecin, compromis qu'elle accepte, tant qu'elle reste aux côtés de sa fille. Elle autorise même une piqûre par une des infirmières, destinée à soulager les souffrances de sa fille[18]. Elle ne laisse entrer quiconque dans la chambre de sa fille pendant que les seules personnes s'occupant de Jean (Landau et le personnel médical) tentent de la convaincre de l'emmener à l'hôpital tout de suite, ces soins là n'étant pas suffisants. Ses médecins ont même l'idée de montrer à la mère des pages de Science and Health (le mouvement religieux dont elle est adepte) car il permettrait d'espérer que l'on pourrait sur ce point lui faire entendre raison : « Il est préférable que les Christian Scientists abandonnent la chirurgie, la réparation des os brisés et les dislocations aux mains d'un chirurgien, le guérisseur spirituel se confinant à la restauration de l'esprit[19]. »

Finalement, Arthur Landau et les médecins l'enlèvent de force, pour la faire hospitaliser[8]. Malheureusement, il est trop tard et le 7 juin 1937, à 11 h 37, Jean Harlow décède, malgré des soins de qualité, d'une crise d'urémie[20]: « Jean subit deux transfusions mais vers neuf heures du matin, médecins et soignantes constatèrent que sa respiration était oppressée et faible, le souffle ténu qui sont les signes avant-coureurs de la fin. Des spasmes convulsifs indiquaient un œdème cérébral galopant. On fit à Jean injection d'adrénaline par voie intraveineuse pour l'aider à respirer mais elle ne sortait du coma que quelques instants chaque fois. Tentative désespérée pour sauver l'actrice, on fit venir une équipe de réanimation de la caserne des pompiers de Los Angeles. Sous la direction du capitaine Warren Blake, deux pompiers la placèrent sous une tente à oxygène et lui appliquèrent un masque sur le visage. » Page 324, le capitaine déclara : « Immédiatement, il nous est apparu qu'il n'existait pas d'espoir de la ressusciter. [...] Nous avons installé quatre bouteilles d'oxygène, reliées à un masque fixé sur son visage et nous avons commencé de lui insuffler de l'oxygène dans les poumons. Sa mère lui parlait et la secouait doucement pour essayer de la réveiller. Elle disait des paroles incohérentes. William Powell s'est avancé pour lui dire quelque chose mais il n'a pas pu. Il a craqué et a reculé. [...] Miss Harlow a été déclarée morte à 11 h 37. Nous avons continué les insufflations d'oxygène jusqu'à 11 h 40. ». Pour parvenir à boucler le tournage, on fait appel à une doublure, filmée de dos[19],[21]. « Ce fut Alice Faye - également blonde et nantie de formes opulentes - qui remplaça Jean Harlow. ».

Quand on annonça sa mort, William Powell eut un sanglot et quitta le hall, la mère de Jean fit une crise de nerfs et on lui administra des calmants, les chauffeurs de Jean pleuraient, leur visage pressé contre le mur. Landau et un des médecins descendirent l'escalier et furent conduits dans un petit bureau par une infirmière, qui perdant son calme professionnel, joignit ses larmes aux leurs[20].

Ses obsèques resteront parmi les plus grandioses de l'histoire du cinéma. Sa dépouille est placée dans un grand sarcophage drapé de velours noir[19]. Elle n'avait que 26 ans. Sa mère dit : « Jamais elle n'a dit une méchanceté à propos de quelqu'un. Elle était toujours gaie, elle cherchait toujours à faire plaisir à chacun[22]. » Son père a assisté à l'enterrement[23]. La mère de Jean ne se sentira jamais responsable de la mort de sa fille et inaugurera un musée sur Jean. William Powell regrettera de ne pas l'avoir épousée, de ne pas l'avoir délivrée vraiment de l'éducation ultra religieuse de sa mère[13].

Le Time écrira : « Elle fut la première incarnation américaine du sex appeal[19]. »

Louis B. Mayer dira : « Elle était la fille la plus belle et la plus gentille que j'ai connue[24]. »

Clark Gable fut trop accablé par le chagrin pour faire des commentaires[25].

Dans le New York Herald Tribune, Marguerite Tazeleaar écrira : « Le dernier film de Jean Harlow, dont la diffusion a débuté hier au Capitol, m'a laissé une impression de profonde tristesse. En partie parce que je garde le souvenir de cette actrice jeune et douée qui est morte prématurément, mais aussi parce que dans ce film, on pressent sa fin prochaine. D'un bout à l'autre, elle apparait malade et tente avec courage d'apporter dans son jeu un peu de vigueur et de sentiment. Saratoga constitue en quelque sorte l'adieu d'une jolie jeune femme et d'une actrice douée. Jean Harlow domine ce film, qui est à l'image de son drame intérieur[19]. »

La mort de Jean suscita beaucoup de rumeurs : Jean serait morte à cause d'un régime trop draconien, ou d'un mélange d'alcool et de stupéfiants, ou d'un cancer provoqué par le liquide, la cire et le rembourrage sous-épidermique qu'elle aurait utilisé pour avoir une grosse poitrine, d'autres parlèrent de la syphilis, ou encore que ce sont les soi-disant teintures qui ont empoisonné son cerveau[26]... Elle repose au cimetière de Forest Lawn à Hollywood[26].

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Jean Harlow fut la maîtresse de Bugsy Siegel, un gangster américain et l'inventeur supposé du jeu à Las Vegas et fut la marraine de la fille de Siegel prénommée Millicent. Elle fut aussi la maîtresse amante d'un autre malfrat, Abner Zwillman, qui lui permit de tourner des films avec la Columbia, en échange du remboursement d'un prêt accordé par Zwillman à Harry Cohn, le patron du studio à l'époque. Elle eut également une liaison avec Clark Gable durant le tournage de la Belle de Saïgon, au château Marmont[27]. Jean Harlow fut aussi la maîtresse du flambeur Titanic Thompson[28].
  • Paul Bern, producteur à la MGM et second mari de Jean Harlow, fut retrouvé mort dans la chambre de sa femme située dans leur maison de Easton Drive, à Benedict Canyon. Il était nu, et couvert du parfum de son épouse. On affirma plus tard que Bern fut assassiné par une maîtresse éconduite qui voulut se venger après leur rupture.
  • Enfant, Marilyn Monroe fit de Jean Harlow l'un de ses modèles. Un studio envisagea en 1962 de tourner une biographie de l'actrice et pressentit Marilyn pour tenir le rôle, mais ce projet ne vit jamais le jour. Il existe d'ailleurs de nombreuses similitudes entre la vie de Marilyn et de celle de Jean :
    • Marilyn n'a jamais connu son père, le père de Jean s'est peu occupé d'elle. Elles souffrirent toutes les deux de cette carence affective et cherchèrent toutes les deux un père.
    • Bien que Marilyn était en réalité châtain, dans la petite enfance elle avait des cheveux platine, comme son idole. Marilyn déclara en 1960, lors d'une interview par George Belmont qu'elle avait les cheveux blonds platine, alors on l'appelait « Tête d'étoupe » et qu'elle avait horreur de ça, qu'elle rêvait d'avoir des cheveux blond doré... jusqu'au jour où elle vit Jean, avec des cheveux blond platine comme les siens[29]. Jean Harlow n'aimait pas la couleur de ses cheveux, elle aurait dit un jour qu'elle aurait donné n'importe quoi pour être brune ou rousse[13].
    • Marilyn arrêta ses études et se maria pour la première fois au même âge que Jean, à seize ans. Elles totalisent toutes les deux trois mariages, dont leur premier, « hors show biz », quand elles n'étaient pas encore célèbres.
    • Toutes deux n'arrivaient pas à être mère, Jean était stérile et Marilyn n'arrivait pas à mener à terme ses grossesses.
    • Toutes les deux choquèrent leurs contemporains par leur tenues provocantes et ne portèrent pas de sous-vêtements sous leur robe.
    • L'acteur Ben Lyon tourna avec Jean dans Les Anges de l'enfer en 1930, le premier film où Jean était la vedette. C'est également lui qui fit passer le premier bout d'essai à Marilyn, en 1946.
    • Toutes les deux furent invitées à l'anniversaire d'un président démocrate (John Fitzgerald Kennedy pour Marilyn, Franklin Delano Roosevelt pour Jean) en abandonnant un tournage et se le virent reprocher.
    • Clark Gable fut leur dernier partenaire (Les Désaxés en 1961 pour Monroe, Saratoga pour Jean).
    • Le 7 juin 1937, Harlow mourrait, le 7 juin 1962, Marilyn était renvoyée par la Fox.
    • Elles moururent toutes les deux très jeunes, dans des circonstances douteuses, ne pouvant terminer le tournage de leur dernier film.
    • À la mort de Marilyn, chaque semaine, son ex-mari, Joe DiMaggio, faisait fleurir sa tombe pendant des années, comme le fit avant lui William Powell pour Jean Harlow.
    • Elles utilisèrent toutes les deux le nom de leur mère comme nom de scène : Jean Harlow étant le prénom et le nom de sa mère, Monroe le nom de jeune fille de sa mère, Gladys.
    • Elles furent toutes les deux élevées dans la Science Chrétienne.
    • Comme Jean Harlow, et bien qu'elle soit célèbre, Marilyn fit la grève pour obtenir une révision financière de ses contrats avec les studios.
    • Elles tournèrent toutes les deux avec Cary Grant et William Powell et furent dirigées par George Cukor.
    • Toutes les deux eurent une santé assez fragile.
    • Howard Hughes aida beaucoup Jean pour sa carrière, selon certains, il aurait vu Marilyn dans un magazine, alors mannequin, dans les années 1940, et aurait voulu l'engager.

Jean décéda à l'âge de 26 ans, Marilyn naquit en 1926. Marilyn posa en décembre 1958 pour Richard Avedon dans la peau de différentes actrices dont Jean... En 1962, Marilyn devait l'interpréter et rencontrer la mère de Jean (ce qui ne se fera jamais à cause du décès de Marilyn). Marilyn avait dit, au sujet de ce film biographique, qu'elle espérait qu'une fois qu'elle serait partie, on ne lui ferait pas la même chose. (sources : Marilyn Monroe derrière le miroir, d'Olivier Stauffer, pages 250 et 252 )

  • Jean Harlow est mentionnée dans la célèbre chanson de Madonna, Vogue (1990).
  • Jean Harlow est mentionnée dans la première phrase du tube discographique de Kim Carnes 'Bette Davis Eyes' (1981)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Clark Gable et Jean Harlow
Jean Harlow et Spencer Tracy

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nom abandonné officiellement en 1935 au profit de son nom de scène
  2. a et b Jacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2006 (ISBN 978-2-8418-7723-2), page 46
  3. Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 46 : « Quand elle eut neuf ans, ses parents se séparèrent sans larmes, ni grincements de dents, mettant fin à une union qui s'étaient révélée une lourde erreur... »
  4. DVD Couples et Duos - Volume 3 : « Bello qui se disait descendant d'aristocrate, était un petit escroc qui utilisait l'argent de sa belle fille pour entretenir sa maîtresse. »
  5. (en) Laurel & Hardy Filmography : Silent shorts 2 - PovOnline.com
  6. Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966 page 75
  7. a, b et c Jacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2006, page 48 (les citations de Variety et l'information du contrat)
  8. a et b Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966
  9. Jacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2006, page 52, et également dans Jean Harlow de Shulman. Jean voulait pourtant avoir un enfant : « Elle était possédée par une idée fixe : devenir enceinte. » (page 199), et fut anéantie par le verdict des médecins. « Cette nouvelle la démoralisa. » (page 200)
  10. Jacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2006, page 52
  11. Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966 page 138. Cette lettre fut l'objet de toutes les rumeurs et Mayer aurait voulu s'en débarrasser page 143 : « Après avoir proféré quelques blasphèmes bien sentis, Mayer céda aux objurgations de Strickling et donna la lettre aux enquêteurs. Plus tard, quand elle fut traduite et publiée par les principaux journaux du monde entier et après que l'examen du corps eut permis que l'on fasse une opinion sur le sens qu'avait la « comédie » à laquelle elle faisait allusion, Mayer furieux de voir étaler au grand jour les secrets du studio, fit des pieds et des mains pour que la presse mît une sourdine. » (voir aussi la lettre de Paul Bern (en)
  12. DVD Couples et Duos - Volume 3, et également dans Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 318 : « Le 2 juillet 1932, Paul Bern avait frappé Jean à coups de canne sur les reins. Les examens avaient révélé des contusions et confirmé la possibilité de lésions internes. Le Dr Sugarman avait prescrit un traitement mais Jean n'avait pas tenu compte de son avis et, depuis 5 ans, elle se plaignait par intermittence d'ennuis rénaux et, parfois de douleur. Pendant tout ce temps, elle avait refusé de se soigner et avait laissé ses reins se détériorer. Les coups de Bern les avaient abîmés, affaiblis, les prédisposant à devenir le point de fixation d'infections ultérieurs qui progressivement aggravaient encore des choses. »
  13. a, b et c DVD Couples et Duos - Volume 3
  14. a et b Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966 pages 144, 145 et 146
  15. a et b Jacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, page 54
  16. Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 318 : « Jean souffrait d'une infection aiguë de la vésicule qui lui empoisonnait le sang car ses reins abîmés n'étaient plus capables d'assurer leur fonction de filtre éliminant les déchets charriés par la circulation ; ceux-ci en s'accumulant avaient provoqué une urémie qui eût été déjà critique pour une personne en bonne santé. Or la santé de Jean avait empiré depuis une année entière. Ses reins lésés ne faisaient plus leur travail et l'infection vésiculaire les attaquait encore plus avant. Elles les mettait littéralement en pièces. [...] Jean devait se faire opérer d'urgence de la vésicule biliaire. Il fallait lui ouvrir la vésicule et éliminer les causes de l'infection ce qui donnerait au moins à la patiente une chance sérieuse à la guérison. »
  17. a, b, c et d Jacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2006, pages 55 et 56
  18. Source : Harlow, Irving Shulman, pages 313, 315 et 316
  19. a, b, c, d et e Jacques Mazeau, Destins tragiques de Hollywood, édition l'Archipel, 2005, page 56
  20. a et b Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 324
  21. Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 329
  22. Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 330
  23. Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 334
  24. Marilyn Monroe derrière le miroir d'Olivier Stauffer, édition Favre, 2006
  25. Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, page 328
  26. a et b Jean Harlow, d'Irving Shulman, édition stock, 1966, pages 327 et 328
  27. Rise, Rise, Dark Horses of American Noir: A Postmodern Mystery. 2013Ventana. p.200
  28. Titanic Thompson : The Man Who Bet on Everything, Kevin Cook - 2010 - p.135
  29. Marilyn Monroe face à l'objectif, Édition du Collectionneur édition française de 2001, page 15
  30. Créditée comme Harlean Carpenter
  31. Créditée comme Jean Harlowe

Annexes[modifier | modifier le code]

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