Edmond Jabès

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Edmond Jabès

Description de l'image  Edmond Jabes.jpg.
Activités Poète
Naissance 16 avril 1912
Le Caire, Flag of Egypt (1882-1922).svg Égypte
Décès 2 janvier 1991
Paris, Drapeau de la France France
Langue d'écriture français

Edmond Jabès, né au Caire le 16 avril 1912 et mort à Paris le 2 janvier 1991, est un écrivain et poète français.

Écrivain de langue française né en Égypte, dans une famille juive francophone, Edmond Jabès est d’abord un passeur de culture et de mémoire entre les rives de la Méditerranée. Il est aussi, comme l’écrivait René Char, l’auteur d’une œuvre « dont on ne voit pas d’égal en notre temps ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Marqué dans sa jeunesse par la disparition prématurée de sa sœur, il publie dès 1929 diverses plaquettes de poésie et fonde avec Georges Henein les éditions à orientation surréaliste La Part du sable. Il se lie d'amitié avec Albert Cossery et Andrée Chédid deux compatriotes au destin similaire.

En 1935, il rencontre Max Jacob, avec qui il entretient une correspondance éditée en 1945 par René Etiemble; puis il se rapproche de Paul Éluard qui fait connaître ses premières œuvres. Au fil des années, il se lie avec André Gide, Henri Michaux, Philippe Soupault, Roger Caillois et, après son arrivée en France, avec Michel Leiris, Paul Celan, Jacques Dupin, Louis-René des Forêts, Michel de Certeau, Jean Starobinski, Yves Bonnefoy et Emmanuel Levinas.

Edmond Jabès a noué des complicités avec plusieurs artistes comme le musicien Luigi Nono, le peintre Zoran Mušič ou le sculpteur Goudji. Il a publié des livres en étroite collaboration avec des peintres tels qu'Antoni Tapiès ou Olivier Debré.

Marqué au plus vif par l’horreur de la Seconde Guerre mondiale, il collabore, à partir de 1945, à plusieurs revues dont la La Nouvelle Revue française. Il est amené à quitter son Égypte natale en 1956 lors de la crise du canal de Suez, en raison de ses origines juives. Cette expérience douloureuse du déracinement devient fondamentale pour son œuvre, marquée par une méditation personnelle sur l'exil, le silence de Dieu et l’identité juive, qu’il dit n’avoir découvert qu’à l’occasion de son départ forcé. Il s’installe alors à Paris, où il demeure jusqu’à sa mort.

Naturalisé français en 1967, il a été lauréat de nombreux prix parmi lesquels le prix des Critiques en 1970. En 1982, il a obtenu le prix des Arts, des Lettres et des Sciences de la Fondation du judaïsme français. Sollicité par diverses universités de par le monde, il a souvent été invité à prononcer des conférences ou à prendre part à des colloques à l'étranger, notamment aux États-Unis, en Israël, en Italie et en Espagne.

Il meurt le 2 janvier 1991. Il est incinéré le 8 janvier[1]. Ses cendres ont été déposées dans la case du columbarium du cimetière du Père-Lachaise.

Edmond Jabès a publié, entre autres, Je bâtis ma demeure (1959), préfacé par Gabriel Bounoure, un recueil qui couvre les années 1943-1957, salué à sa sortie par des voix aussi dissemblables et fraternelles que celles de Jules Supervielle, Gaston Bachelard ou Albert Camus.

L'œuvre d'Edmond Jabès a marqué de façon durable l'œuvre et la pensée d'écrivains comme Maurice Blanchot ou Jacques Derrida.

Le cycle du Livre des Questions[modifier | modifier le code]

Il a écrit le cycle du Livre des Questions (1963-1973), comportant sept tomes étalés sur dix ans, et, à sa suite, Le Livre des ressemblances (1976-1980) et le cycle du Livre des marges, achevé par la publication, à titre posthume, du Livre de l'Hospitalité, en 1991.

Cette œuvre, sereine et tourmentée, interroge les liens qui unissent son destin d’exilé à la « révélation » d’un judaïsme qu’il soupçonnait à peine. Elle mêle réflexions profondes sur l’écriture et méditation inquiète sur l’avenir de l’homme. Comme l'écrit Paul Auster dans son essai L'art de la faim: " Ni roman, ni poème, ni essai, ni pièce de théâtre, Le Livre des Questions en combine toutes les formes en une mosaïque de fragments, d'aphorismes, de dialogues, de chansons et de commentaires qui gravitent indéfiniment autour de la question centrale du livre : comment parler de ce qui ne peut être dit ? La question, c'est l'holocauste juif, mais c'est aussi la littérature elle-même. Par un saut stupéfiant de l'imagination, Jabès traite les deux comme s'il n'étaient qu'un."

Edmond Jabès fait partie de ces écrivains venus après la Shoah, dont ils ont été les contemporains impuissants, pour qui "le silence de Dieu" est à la source de tous les questionnements. À bien des égards, Edmond Jabès est sans doute le représentant majeur de cette génération prise entre désarroi et révolte, quoi que de manière paradoxale, contre Dieu après Auschwitz, cette génération qui parle de façon voilée et hermétique de l'indicible, afin de dire celui-ci : pas de pathétisme larmoyant, ni de vaine consolation. "Auschwitz est, dans mes livres, non point uniquement en tant que summum de l'horreur, mais comme faillite de notre culture." Un événement au cœur de son œuvre : " un cri qui résonne dans le fond de la mémoire juive comme un spasme"

Perspectives[modifier | modifier le code]

De manière générale, l'œuvre d'Edmond Jabès se situe dans la tradition du discours apophatique qui remonte, d'un côté, au néoplatonisme et l'ineffabilité de l'Un et, de l'autre, à la tradition de réflexion sur le Nom de Dieu comme l'Ineffable par excellence, telle qu'on la retrouve assumée dans la Kabbale. Les façons apophatiques de parler et de penser sont d'une importance prioritaire dans toute l'écriture de Jabès : elles permettent de mesurer les formes nouvelles que ce type de discours assume dans la littérature aujourd'hui. Pour essayer de cerner cette perspective, on peut solliciter l'œuvre de son ami Paul Celan, également écrivain hautement apophatique, c'est-à-dire centré sur ce qu'on ne peut pas dire. Au travers de cette comparaison, il est possible d'établir deux motifs d'indicibilité apophatique en fonction des deux traditions originelles. Tandis que Celan découvre ce qui reste inaccessible hors de la langue, la catastrophe historique, l'indicible de la Shoah, l'indicible de Jabès se situe pour la plupart à l'intérieur de la langue. Jabès pense l'ineffabilité dans la langue et de la langue, en première instance du Livre et du Nom de Dieu, plutôt que celle qui est complètement autre et absolument transcendante par rapport à la langue. Cependant, ces deux voies, une fois distinguées, accusent toutes deux une tendance à se confondre pour des raisons inévitables, en rapport avec ce qui échappe à toute articulation linguistique.

Citations[modifier | modifier le code]

La mémoire[modifier | modifier le code]

  • La durée est-elle forgée par le souvenir ou par la mémoire ? Nous savons que c'est nous seuls qui fabriquons nos souvenirs; mais il y a une mémoire plus ancienne que les souvenirs, et qui est liée au langage, à la musique, au son, au bruit, au silence : une mémoire qu'un geste, une parole, un cri, une douleur ou une joie, une image, un événement peuvent réveiller. Mémoire de tous les temps qui sommeille en nous et qui est au coeur de la création.[2]

Le langage de l'enfant[modifier | modifier le code]

  • Ce que j’ai voulu dire c’est que, pour l’enfant, le langage – qui n’est pas encore langage -, les premiers sons qu’il émet sont une conquête. Je ne crois pas qu’on apprenne à l’enfant à parler. C’est finalement lui qui nous permet de parler et par conséquent, de lui parler. L’enfant invente un mot et ce mot est inventé, il l’investit totalement. Il en fait un mot unique, lequel désigne le tout. Tandis que nous, lorsque nous parlons, nous désignons une chose à la fois, nous parlons de la table et c’est seulement la table qui est désignée, tout tourne autour de la table. L’enfant, par contre, avec quelques sons, cherche à dire le tout. Il dit le tout et sa déception après sera grande lorsqu’on le reprendra, lorsqu’on lui dira « ce n’est pas comme cela que l’on prononce. On ne dit pas, par exemple, mouler pour mouiller » Le gosse qui, disant mouler pour mouiller, disait tout, apprenant à bien prononcer, il se rend compte qu’il dit peu de choses. On voit, alors ce gosse qui semblait épanoui, affronter, sans défense, sa première déception. Il en est de même pour l’enfant qui ajoute ou retranche une voyelle ou une consonne dans un mot quelconque. Sa première réaction, lorsqu’on lui en fait la remarque, est de répondre : pourquoi ?C’est que tout cela n’est pas tout à fait logique pour lui. Il en éprouve un subit désenchantement, un véritable désenchantement, et en même temps une forme d’angoisse parce qu’il se trouve soudain sans appui. « Je croyais me faire comprendre et voilà que l’on me comprend à peine ». Il n’était pas préparé à entrer, déjà, dans un moule. Apprendre à parler n’est, peut-être, qu’apprendre à entrer dans un moule. Il le réalisera plus tard. Je ne sais si c’est vrai ou faux ; d’ailleurs ça n’a pas d’importance[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Exposition[modifier | modifier le code]

  • Edmond Jabès : L’exil en partage, BNF, Site François Mitterrand, 2/5 - 17/6/2012
  • Catalogue d'exposition Edmond Jabès .(), dirigé par Aurèle Crasson et Anne Mary. Hermann 2012 (ISBN 9782705683665)

Ouvrages critiques[modifier | modifier le code]

  • Jacques Derrida, L'écriture et la différence, Le Seuil, 1967
  • Maurice Blanchot, L'Amitié, Gallimard, 1971
  • Emmanuel Levinas, "Edmond Jabès aujourd'hui" dans Noms propres, Fata Morgana, 1976
  • Joseph Guglielmi, La Ressemblance impossible, Edmond Jabès, E.F.R/Messidor, 1977
  • Gabriel Bounoure, Edmond Jabès, La demeure et le livre, Fata Morgana, 1985
  • Richard Stamelman, Mary Ann Caws, ed., Ecrire le livre autour d'Edmond Jabès, Champ-Vallon, 1989
  • Didier Cahen, Edmond Jabès, coll. « Dossiers », Belfond, 1991
  • Daniel Lançon, Jabès l'Egyptien, Jean-Michel Place, 1998
  • Steven Jaron, ed., Portrait(s) d'Edmond Jabès, Bibliothèque nationale de France, 1999
  • Eric Benoit, Ecrire le cri : Le Livre des Questions d'Edmond Jabès, Presses Universitaires de Bordeaux, 2000
  • Eric Benoit, De la crise du sens à la quête du sens, Mallarmé, Bernanos, Jabès, coll. Littérature, Cerf, 2001
  • Geoffrey Obin L'autre Jabès, Une Lecture de l'altérité dans le cycle Le Livre des questions, Presses universitaires de Franche-Comté,2002
  • Llewellyn Brown, "Edmond Jabès : Les semblants et la lettre dans Le Livre des questions" in Figures du mensonge littéraire, L'Harmattan, 2005
  • Aurèle Crasson, Irène Fenoglio, Récit : les cinq états du manuscrit. I et II / présentation, transcriptions et lectures de Marcel Cohen, Aurèle Crasson, Irène Fenoglio, Paris, Textuel, 2005
  • Farid Laroussi, Écritures du sujet : Michaux, Jabès, Gracq, Tournier, Éditions Sils Maria, 2006
  • Nathalie Debrauwere-Miller, Envisager Dieu avec Edmond Jabès, Cerf 2007
  • Didier Cahen, Edmond Jabès, coll. « Poètes d'aujourd'hui », Éditions Seghers/Laffont, 2007
  • Catherine Mayaux, Daniel Lançon, ed., Edmond Jabès : l'éclosion des énigmes, Presses Universitaires de Vincennes, 2008
  • Enrico Lucca, La scrittura in esilio. Ermeneutica e poetica in Edmond Jabès, LED Edizioni Universitarie, Milano 2011, ISBN 978-88-7916-506-8

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Jabès : obsèques demain », L'Humanité,‎ 7 janvier 1991 (lire en ligne)
  2. Edmond Jabès : Colloque : le langage dans la psychanalyse, Aix en Provence 1983, Edition, Belle Lettres, coll: Confluents psychanalytiques, 1984 ISBN 2251334262
  3. ibido

Références externes[modifier | modifier le code]

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