Jean-Claude Romand

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Jean-Claude Romand
Meurtrier
Information
Nom de naissance Jean-Claude Romand
Naissance 11 février 1954 (60 ans)
à Lons-le-Saunier dans le Jura
Condamnation 2 juillet 1996
Sentence Réclusion criminelle à perpétuité
Meurtres
Victime(s) 5
Période 9 janvier 1993 - 10 janvier 1993
Pays Drapeau de la France France
Région(s) Rhône-Alpes, Franche-Comté
Ville(s) Prévessin-Moëns, Clairvaux-les-Lacs
Arrestation janvier 1993

Jean-Claude Romand, né le 11 février 1954 à Lons-le-Saunier, est connu pour avoir menti à ses proches pendant 18 ans sur sa vie réelle en s'inventant une profession de médecin et de chercheur et pour avoir assassiné sa femme, ses enfants et ses parents en janvier 1993, car ils étaient sur le point de découvrir la vérité[1].

Il a été condamné le 2 juillet 1996[2] à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans. Il purge sa peine à la maison centrale de Saint-Maur dans la banlieue de Châteauroux dans l'Indre et est libérable à partir de 2015[1].

Son histoire a notamment inspiré le roman L'Adversaire d'Emmanuel Carrère (2000)[3], puis un film du même nom sorti en 2002 et réalisé par Nicole Garcia avec Daniel Auteuil[4]. Le film l’Emploi du temps de Laurent Cantet, avec Aurélien Recoing, s’inspire librement du personnage[5].

Le crime[modifier | modifier le code]

Le 9 janvier 1993, à son domicile de Prévessin-Moëns, route Bellevue, il tue sa femme Florence (née Crolet) à l'aide d'un rouleau à pâtisserie, sa fille Caroline, âgée de 7 ans, et son fils Antoine, 5 ans, à l'aide d'une carabine 22 Long Rifle. Après cette tuerie, il range la maison, sort en ville, puis passe la soirée à regarder la télévision. Parti déjeuner chez ses parents (Aimé et Anne-Marie Romand) dans leur maison de Clairvaux-les-Lacs, il les tue selon le même mode opératoire[6]. Il passe la soirée avec son ancienne maîtresse, Chantal Delalande, tente de la tuer à son tour en forêt de Fontainebleau mais n'y parvient pas. Enfin, il rentre chez lui, et met le feu à sa maison à 4 heures du matin dans la nuit du dimanche au lundi, après avoir avalé des barbituriques périmés depuis 10 ans. Mais le feu éclate à l'heure où passent les éboueurs, ce qui permet aux pompiers de le sauver. Les pompiers retrouveront les corps des enfants et de la mère à l'étage dans leurs chambres respectives, imbibés d'essence[7],[8].

Biographie[modifier | modifier le code]

L'enquête montrera rapidement que Jean-Claude Romand n'est pas l'homme que décrivent ses proches. Élève particulièrement studieux, Jean-Claude Romand a passé avec succès le baccalauréat en 1971 avec un an d'avance. Il a obtenu la note de 16/20 à l'épreuve de philosophie dont le sujet, pour le moins ironique en rapport avec son histoire était la Vérité existe-t-elle ?[9]. Il entama des études de médecine en 1972 mais ne dépassa pas le stade de la deuxième année, s'étant réinscrit 12 ans de suite dans son école de médecine, avant d'affirmer qu'il avait obtenu l'internat de Paris[10]. En 1980, il épousa Florence Crolet avec qui il eut deux enfants. Sans travail, il berna sa famille et ses amis durant des années en se disant médecin et chercheur à l'OMS (Organisation mondiale de la santé) à Genève[11]. Exemple paroxystique de schizophrénie et de mythomanie, il parvint à donner la change en lisant des ouvrages spécialisés pendant ses heures de désœuvrement : convié avec son épouse à un dîner chez un ami médecin, Jean-Claude Romand se retrouva à discuter avec un autre convive, cardiologue de profession, sur des sujets médicaux assez pointus. À la fin de la soirée, après le départ du couple, le praticien aurait parlé de Jean-Claude Romand à son hôte en ces termes : « À côté de gens comme lui, on se sent tout petit »[12].

Il vivait des sommes d'argent qu'il avait escroquées au fil des ans dans son cercle de relations (parents, beaux-parents, maîtresse) sous prétexte de placements en Suisse — il était allé jusqu'à vendre à prix d'or de faux médicaments contre le cancer. Il semble qu'au moment des faits, ses proches étaient sur le point de découvrir la vérité à son sujet : sa femme ne comprenant pas qu'elle ne pouvait pas l'appeler directement dans son bureau de l'OMS, un ami ayant découvert que son nom ne figurait pas sur la liste des fonctionnaires de l'OMS ; de plus, ses ressources s'étaient progressivement épuisées et son ancienne maîtresse, Chantal, dentiste divorcée qui avait vendu son cabinet et lui avait confié ses 900 000 francs, réclamait son argent. Acculé, pris à son propre piège, il n'avait trouvé pour seule échappatoire que l'assassinat[13].

Jean-Claude Romand fut par ailleurs le seul témoin de la mort de son beau-père, Pierre Crolet, qui fit le 23 octobre 1988 une chute mortelle dans l'escalier de sa maison, quelques jours après avoir demandé le remboursement d'une partie de son placement. Mais Romand ne sera jamais poursuivi, la justice s'en tenant à la thèse de l'accident[14].

La reconstitution du crime a eu lieu en novembre 1994. Quand Jean-Claude Romand, escorté par les gendarmes est entré dans la maison, il a été pris, selon son avocat de l'époque Maitre André Buffard, de tremblements et de vomissements.

Culture[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Ce fait divers singulier a inspiré le roman L'Adversaire d'Emmanuel Carrère. Au terme d'une enquête rigoureuse, l'auteur, qui a correspondu avec Jean-Claude Romand et assisté à son procès, tente de percer le mystère de cet homme, offrant quelques pistes d'explication à ses énormes mensonges, mais laissant ouvertes la plupart des questions que pose ce cas unique dans les annales judiciaires.
  • Le roman Rouge, paire, impasse d'Ysa Dedeau semble lui aussi s'inspirer librement de l'affaire Romand. L'histoire est celle d'un homme qui fait croire à des femmes qu’il est un grand reporter/documentariste pour la télé, s’inventant une vie rêvée pour séduire et escroquer mais qui, pris dans de nombreuses contradictions, se retrouve dans une impasse meurtrière.
  • L'Affaire Romand : le narcissisme criminel, par Daniel Settelen et Denis Toutenu, psychiatres, analyse l'affaire au travers du comportement de pervers narcissique atteint de mélancolie.
  • Dans Libres de savoir, Ouvrir les yeux sur notre propre histoire, chez Flammarion (2001), Alice Miller évoque cette histoire en s'appuyant sur le livre L'Adversaire d'Emmanuel Carrère. Elle montre comment un enfant, pris au piège de son éducation, sans témoin secourable pour l'aider à ouvrir les yeux sur les pressions qu'il a subies dans son passé, peut aboutir à des crimes terribles comme celui de M. Romand. Les détails donnés dans le livre d'Emmanuel Carrère sur l'enfance de Jean-Claude Romand, selon elle, donnent des pistes sérieuses pour comprendre comment cet enfant, dans un climat familial de transparence obligée, est cependant contraint de mentir pour se conformer à ce que l'on attend de lui : être un enfant sage, obéissant, qui réussit de la façon dont on le lui demande. Acculé à la vérité, à la transparence, il ne pourra se concevoir ayant menti, d'une part, et non conforme au modèle attendu, d'autre part.
  • 40 ans d'affaires Criminelles 1969-2009 (chapitre : L'affaire Jean-Claude Romand) pages 96 à 100, par Pascal Michel, 17 avril 2009, 208 pages, (ISBN 978-1-4092-7263-2)

Films[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Le roman d'un menteur, documentaire de Gilles Cayatte et Catherine Erhel, fait parler des personnes ayant connu le meurtrier.

Séries télévisées[modifier | modifier le code]

  • Dans la série New York, section criminelle (Law and Order: Criminal Intent), l'épisode 1x16 (« Phantom » ou en français « L'homme qui n'existait plus ») s'inspire de ce fait divers en racontant l'histoire d'un homme mentant à tout son entourage en se disant expert en économie à l'ONU[15].
  • Dans la série New York, unité spéciale (Law and Order: Special Victims Unit), l'épisode 8x20 (« Annihilated ») s'inspire du crime de Romand en racontant l'histoire d'un homme menant une double vie jusqu'au jour où son amante meurt. Sa double vie est alors découverte et l'homme tue sa femme et ses enfants, tout comme Romand[réf. nécessaire].
  • Dans la série Profilage, l'épisode 2x11 : un homme profite d'avoir un homonyme, médecin dans sa ville pour se faire passer lui aussi pour un médecin. Il se construit une carrière, une réputation. Tout bascule le jour où une femme (atteinte d'erotomanie) tombe amoureuse de lui et menace de le dénoncer s'il ne consent pas à l'aimer[réf. nécessaire].

Télévision[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Le signal du promeneur, une pièce montée en mai 2012 par le Raoul collectif[16], évoque, entre autres, l'histoire de Jean-Claude Romand[17].
  • Elle brûle, une pièce montée en 2013 par Caroline Guiela Nguyen et Mariette Navarro, inspirée de la vie de Jean-Claude Romand.

Chanson[modifier | modifier le code]

  • La chanson Comme au cinéma, interprétée à la première personne par Erik Arnaud est inspirée de l'affaire Romand (sur son album de 2002 intitulé Comment je vis).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Jean Claude Romand », L'Express,‎ 2014 (lire en ligne)
  2. « Jean-Claude Romand, une histoire vraie de mensonges » sur le site internet de David Dufresne
  3. « Romand vrai. Le récit de l'affaire Romand par Emmanuel Carrère » Article de Claire Devarrieux publié le 6 janvier 2000 dans Libération
  4. « Le romand de Daniel Auteuil » Article d'Alain Grasset publié le 28 août 2002 dans Le Parisien
  5. L'emploi du temps.
  6. « En 1993, Jean-Claude Romand décime sa famille à cause d'"un mensonge" », Le Monde,‎ 25 avril 2011 (lire en ligne)
  7. « Cinq vies rayées pour effacer une double vie » Article de David Dufresne publié le 26 juin 1996 dans Libération
  8. L'affaire Jean-Claude Romand.
  9. L'Adversaire, roman d'Emmanuel Carrère.
  10. François Koch, « Un monstre dans le box », sur L'Express,‎ 4 juillet 1996
  11. « Jean Claude Romand: le quintuple meurtre du "Docteur" », Planet,‎ 21 juillet 2011 (lire en ligne)
  12. Faites entrer l'accusé (2007)
  13. Jean-Michel Rabaté, Tout dire ou ne rien dire. Logiques du mensonge, Stock,‎ 2005, p. 121
  14. Prévessin-Moëns, « La double vie consumée de Jean-Claude Romand », sur Libération,‎ 22 avril 2009
  15. Phantom (L'Homme qui n'existait pas) sur lawandorder-fr.com
  16. Fabienne Darge, « Le Raoul joue collectif », sur Le Monde,‎ 30 novembre 2012 (consulté le 27 décembre 2012)
  17. Gwénola David, « Le signal du Promeneur », sur La Terrasse,‎ 16 novembre 2012 (consulté le 27 décembre 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]