Amaury II de Lusignan

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Amaury II de Lusignan
Titre
Seigneur puis roi de Chypre
1195-1196 – 1205
Prédécesseur Guy de Lusignan
Successeur Hugues Ier de Chypre
Roi de Jérusalem
avec IsabelleIre de Jérusalem
1197 – 1205
Prédécesseur Henri II de Champagne
et Isabelle Ire de Jérusalem
Successeur Marie de Montferrat
Biographie
Date de naissance vers 1145
Lieu de naissance dans le Poitou
Date de décès 1er avril 1205
Lieu de décès Saint-Jean-d'Acre
Père Hugues VIII de Lusignan
Mère Bourgogne de Rançon

Amaury II de Lusignan Amaury II de Lusignan

Amaury II de Lusignan, né vers 1145 dans le Poitou, décédé à Saint-Jean-d'Acre le 1er avril 1205, est le quatrième fils de Hugues VIII le Vieux, seigneur de Lusignan et comte de la Marche, et de Bourgogne de Rançon.

D’abord connétable du royaume de Jérusalem, il succède à son frère Guy de Lusignan comme seigneur de Chypre de 1194 à 1205, est sacré roi de Chypre en 1194, puis épouse Isabelle Ire de Jérusalem et devient roi de Jérusalem de 1197 à 1205.

Connétable du royaume de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Cadet d’une puissante famille poitevine, il apparaît dans un document de 1168, où il semble[1] avoir participé à une révolte contre Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, et entre autres comte de Poitiers. Peu après, il part faire carrière en Terre sainte où est mentionné dès 1174. Vaillant soldat, mais aussi politique calculateur et avisé, il s’insinue dans les bonnes grâces de la reine mère Agnès de Courtenay et en devient le favori. Des rumeurs en font l’amant de cette dernière[2], mais rien n’est certain. Ce qui est sûr, c’est qu’Amaury gagne la confiance du roi de Jérusalem Baudouin IV le Lépreux qui le nomme chambellan de Jérusalem en 1175 et le marie avec Echive d'Ibelin, fille du seigneur de Ramla et d’Ibelin[3].

À partir de 1180, Sibylle de Jérusalem, sœur et héritière du roi Baudouin le Lépreux, est toujours veuve de Guillaume de Montferrat et Amaury se met en tête de la marier à son frère Guy, bien qu'elle soit fiancée au beau-père d'Amaury. Il persuade rapidement la reine mère de soutenir son projet, fait l'éloge de son frère auprès de Sibylle, puis part au Poitou pour le chercher. Guy de Lusignan est bel homme, et ne tarde pas à séduire Sibylle, et le roi finit par consentir au mariage qui est célébré au mois d'avril 1180. En 1181, le roi Baudouin fait d'Amaury de Lusignan le connétable du royaume[4].

Il participe à la bataille d'Al-Fule, son détachement subit une charge des troupes musulmanes, mais il y résiste. Ce sera une des seules actions de la bataille, car les barons repoussent les provocations de Saladin et évitent de charger son armée, ce qui aurait pu provoquer un désastre comme celui de Hattin. Guy de Lusignan, qui commandait l'ost royal, est disgracié, mais Amaury conserve la charge de connétable[5]. Après les morts de Baudouin IV, puis de son neveu Baudouin V, Guy et Sibylle montent sur le trône. Moins d'un an plus tard, Saladin envahit le royaume et écrase l'armée franque à Hattin. La plupart des barons, dont Guy et Amaury sont capturés et Saladin conquiert la plus grande partie du royaume[6], à l'exception de Tyr, défendue par Conrad de Montferrat. La troisième croisade arrive alors en Terre Sainte en 1190 et permet la reprise de différentes villes, dont Saint-Jean-d'Acre, mais les barons refusent que Guy reste roi et choisissent Conrad de Montferrat. Guy de Lusignan reçoit de Richard Cœur de Lion l'île de Chypre[7]. Conrad de Montferrat est assassiné peu après, et Henri II de Champagne lui succède comme roi de Jérusalem. Guy de Lusignan ne renonce pas à son ancien royaume et tente à plusieurs reprises de reprendre des ports de Palestine, à tel point qu'Henri de Champagne oblige Amaury de Lusignan à renoncer à la charge de connétable en 1193[8]. Amaury se rend alors à Chypre, à la cour de son frère, qui meurt en 1194.

Seigneur puis roi de Chypre[modifier | modifier le code]

Amaury succède alors à son frère et se met à organise son nouvel état, chose que son frère n'avait eu ni l'envie, ni le temps. Il commence par redistribuer les terres et domaines que son frère avaient imprudemment donné aux nobles, afin de constituer un domaine royal capable d'assurer les revenus nécessaires à la cour. Un chroniqueur arabe le qualifie de prince sage et ami du repos. Il est considéré comme le véritable fondateur du royaume de Chypre. Il obtint du pape la création d'un archevêché à Nicosie et de trois évêchés à Paphos, Limassol et Famagouste.

Puis il se préoccupe du statut juridique de Chypre. En effet, Guy de Lusignan avait conservé son titre royal, et l'on peut affirmer qu'il est roi à Chypre. Amaury, en lui succédant ne pouvait pas prétendre au titre royal et se contente du titre de seigneur de Chypre. Il se tourne alors vers le pape et l'empereur pour clarifier ce point et l'empereur Henri VI le fait roi de Chypre en octobre 1195. Konrad de Querfurt, évêque d'Hildesheim et vicaire impérial vient alors le couronner en janvier 1197 à Nicosie, sous le nom d'Amaury Ier de Chypre[9]. Parallèlement, Henri de Champagne et Amaury de Lusignan mettent fin à leur antagonisme, qui risque de faire le jeu des Ayyoubides, et fiancent leurs enfants[10].

Le royaume de Jérusalem, de 1196 à 1205

Roi de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Le 10 septembre 1197, Henri de Champagne tombe accidentellement d’une fenêtre de son palais à Saint-Jean-d’Acre et meurt sur le coup. Peu après le sultan Malik al-`Adil[11] reprend Jaffa et il faut trouver de manière urgente un roi. Les barons, après avoir hésité sur Raoul de Tibériade avaient renoncé[12] à cette possibilité pour offrir la couronne à Amaury de Lusignan. Veuf d’Echive d’Ibelin depuis 1196, il épouse Isabelle de Jérusalem. Dès son accession au trône de Jérusalem en janvier 1198 sous le nom d'Amaury II de Jérusalem, ce dernier déclare qu’il n’opèrera pas à une union des deux royaumes et que chacun restera autonome. Il est vrai que la monarchie de Chypre est héréditaire et souveraine, tandis que celle de Jérusalem est élective et limitée[13].

Ne pouvant reprendre Jaffa, Amaury convoque l’ost et s’attaque à Sidon et à Beyrouth, qu’il reprend en octobre 1197, après avoir repoussé l’armée ayyoubide le 23 octobre 1197. Sidon est rendue son seigneur Renaud de Grenier et Beyrouth est donné à Jean d’Ibelin, le demi-frère de la reine. Cette armée de croisés allemands, conduite par Henri Ier de Brabant tente d’assiéger Toron, dans l’arrière pays, mais échoue, Malik al’Adil ayant envoyé une armée de secours. Elle rembarque en mars 1198, quand quatre chevaliers allemands agressent et blessent grièvement Amaury avant d’être maîtrisés, jugés et décapités et Amaury accuse Raoul de Tibériade d’être l’instigateur du meurtre, mais les barons le soutiennent et Raoul finit par être exilé. La croisade d’allemands avait manqué de rallumer le jihad de la part des Musulmans, mais Amaury parvient à conclure une trêve le 1er juillet 1198[14]. Al’Adil en profite pour réunifier l’empire de Saladin en écartant ses neveux, tandis qu’Amaury tente d’imposer une autorité forte dans son royaume en tentant de combler les lacunes des Assises de Jérusalem, mais l’opposition des barons, remontés par l’exil de Raoul de Tibériade fait échouer ce projet[15].

Comme la troisième croisade, n’a pas réussi à reprendre Jérusalem aux Ayyoubides, le pape Innocent III décide en 1199 de prêcher une nouvelle croisade. De nombreux nobles européens se croisent et choisissent comme chef Thibaut III de Champagne, qui meurt le 24 mai 1201, puis Boniface de Montferrat. Mais comme les croisés ne disposent pas assez d’argent pour payer le passage aux Vénitiens, ces derniers leur proposent de prendre pour leur compte la ville hongroise de Zara, qui les concurrence économiquement. Le prince Alexis Ange leur propose ensuite de le rétablir sur le trône byzantin en échange du règlement de la dette aux Vénitiens et détourne ainsi la croisade sur Constantinople. De toute cette croisade, il n’arrive en Syrie que quelques croisés qui avaient décidé de venir sans utiliser les navires vénitiens, ainsi que quelques croisés qui avaient quitté le gros de l’expédition, estimant infamant d’attaquer d’autres chrétiens[16].

Comme il ne dispose pas de forces suffisantes, Amaury reconduit la trêve avec Al-`Adil, Amaury espérant que les croisés, après avoir conquis Constantinople, finissent par arriver en Palestine, Al-`Adil voulant éviter que des succès de sa part ne décident les croisés à venir jusqu’en Syrie. Après une révolte des grecs qui n’acceptent pas le protectorat latin, les croisés reprennent Constantinople et y établissent un empire latin, réduisant à néant les espoirs d’Amaury de voir venir l’armée croisée. La paix qu’il conclut en septembre avec Al-`Adil lui permet de récupérer les villes de Ramla, Jaffa et Lydda[17].

Il meurt peu après, dans la force de l’âge, le 1er avril 1205 et sa femme peu après. Son fils Hugues Ier lui succède à Chypre, sous la régence de Gautier de Montbéliard, tandis que sa belle-fille Marie de Montferrat, fille de Conrad de Montferrat et d’Isabelle lui succède à Jérusalem, sous la régence de Jean d’Ibelin.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariages et enfants[modifier | modifier le code]

Il épousa en premières noces vers 1175 Echive d'Ibelin († 1196), fille de Baudouin, seigneur d'Ibelin et de Rama, et de Richilde de Bethsan, qui donne naissance à :

Veuf, il se remarie en janvier 1198 avec Isabelle, reine de Jérusalem, fille du roi Amaury Ier et de Marie Comnène d'où :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. la référence à cette rébellion est confuse.
  2. Steven Runciman, A History of the Crusades, vol. 2,‎ 1978, p. 424.
  3. Grousset 1935, p. 652.
  4. Grousset 1935, p. 652-4.
  5. Grousset 1935, p. 683-691
  6. Grousset 1935, p. 733-753.
  7. Grousset 1936, p. 125-9 et 134
  8. Grousset 1936, p. 161-3
  9. Grousset 1949, p. 333-4.
  10. Grousset 1949, p. 170-1.
  11. frère de Saladin.
  12. Malgré ses qualités, Raoul de Tibériade ne disposait pas de fief suffisant pour financer la cour et l’armée.
  13. Grousset 1936, p. 184-8
  14. Grousset 1936, p. 188-197
  15. Grousset 1936, p. 198-202.
  16. Grousset 1936, p. 202-9.
  17. Grousset 1936, p. 209-215.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]