Hrímfaxi et Skínfaxi

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Hrímfaxi et Skínfaxi

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Dag chevauchant Skínfaxi, vu par Peter Nicolai Arbo.

Créature

Groupe Mythologie
Sous-groupe Cheval
Caractéristiques Créent le cycle du jour et de la nuit
Proches Árvakr et Alsviðr

Origines

Origine Mythologie nordique
Région Scandinavie, Germanie
Première mention Vafþrúðnismál, Xe siècle

Hrímfaxi et Skínfaxi sont, dans la mythologie nordique, deux chevaux cosmiques fabuleux. Le premier porte la déesse de la nuit, Nótt, et bave de l'écume qui devient la rosée du matin. Le second porte le dieu du jour, Dag, et sa crinière illumine le ciel. Leur mythe est cité dans le Vafþrúðnismál de l'Edda poétique, et le Gylfaginning de l’Edda de Snorri.

Ils sont à l'origine du cycle du jour et de la nuit et proviennent certainement de croyances anciennes, dont on retrouve des équivalents dans d'autres mythologies antiques, aussi bien dans le védisme que chez les Romains.

Étymologie et terminologie[modifier | modifier le code]

En vieux norrois, Hrímfaxi et Skínfaxi signifient respectivement « Crinière de givre »[1] (ou « crinière des frimas »[2]) et « Crinière brillante » / « Crinière d'éclat »[1]. Les noms de chevaux se terminant par faxi (« crinière ») sont assez courants dans la mythologie nordique[3]. Selon Régis Boyer, ces deux noms appartiennent vraisemblablement à la poésie scaldique, ce sont des heiti[4].

Origine[modifier | modifier le code]

Nott chevauchant Hrimfaxi, par Peter Nicolai Arbo.

Selon Régis Boyer, le mythe des chevaux lunaires et solaires appartient à la mythologie nordique depuis des temps anciens[4], il est donc logique que Hrímfaxi et Skínfaxi renvoient à des croyances bien antérieures aux premières sources écrites à leur sujet[5]. Le mythe est censé provenir de la religion des pays nordiques à l'âge du bronze, pour lequel il existe des preuves solides de croyances impliquant un cheval qui tire le soleil dans le ciel. Le char solaire de Trundholm, artefact daté de cette époque, y est tiré par un seul cheval. Il est peut-être supposément tiré vers l'arrière à travers le ciel d'ouest en est par un second cheval. Deux autres chevaux mythologiques remplissent la même fonction, Árvakr et Alsviðr, qui forment l'équipage tirant le char unique de la déesse du soleil, Sól[6].

Mentions[modifier | modifier le code]

Ces deux chevaux sont mentionnés dans l’Edda poétique (Vafþrúðnismál) et l’Edda de Snorri (Gylfaginning).

Vafþrúðnismál[modifier | modifier le code]

Dans le Vafþrúðnismál, le dieu Odin rencontre le géant Vafþrúðnir, réputé le plus sage des géants, et tous deux se lancent une série de « devinettes » relevant surtout de la cosmogonie.

Vafþrúðnismál, strophe 12 Traduction française
Skinfaxi heitir,
er inn skíra dregr
dag um dróttmögu;
hesta beztr
þykkir hann með reiðgotom,
ey lýsir mön af mari[7].
Skinfaxi, il s'appelle
Celui qui tire le clair
Jour au-dessus des peuples :
On le tient pour le meilleur des chevaux
Chez les Hreidgots
Toujours luit la crinière du coursier[8].
Vafþrúðnismál, strophe 14 Traduction française
Hrímfaxi heitir,
er hverja dregr
nótt of nýt regin;
méldropa fellir hann
morgin hvern;
þaðan kemr dögg um dala[9]
Hrimfaxi, il s'appelle
Celui qui tire chaque nuit
Sur les utiles dieux ;
Il laisse de son mors
Chaque matin tomber l'écume
De là vient la rosée dans les vallons[10].

Gylfaginning[modifier | modifier le code]

Dans le Gylfaginning, écrit au XIIIe siècle, Snorri Sturluson présente également ce mythe. Il paraphrase simplement le Vafþrúðnismál[11].

Le géant Narfi a une fille, Nótt, très noire de peau. Mariée à Delling, elle donne naissance à Dag, le dieu du jour, qui est brillant et beau comme son père. Odin (sous le surnom d'Alfadr) remet alors à Nótt et à Dag deux chevaux et deux chars, et les charge de parcourir la terre en un jour. Nótt précède Dag. Son cheval, Hrímfaxi, produit la rosée du matin en bavant de l'écume qui tombe sur la terre. Le cheval de Dag, Skinfaxi, illumine le ciel et la terre grâce à sa crinière brillante[2],[1].

Symbolique[modifier | modifier le code]

Comme nombre d'autres chevaux mythologiques, Hrímfaxi et Skínfaxi sont des symboles de vie cosmique, à l'origine du cycle éternel du jour et de la nuit[12] : ils maintiennent l'ordre du monde[13]. Ainsi, Hrímfaxi est « le sombre et sauvage cheval de la nuit », Skínfaxi la personnification du jour, sa crinière représentant le soleil[14]. Cette théorie est renforcée par l'art germanique vitaliste de la première moitié du Ier millénaire av. J.‑C., des croyances similaires dans le Védisme et les courses romaines, ainsi que le sacrifice du cheval, qui vise à maintenir ce cycle[5]. Les chevaux des Valkyries, tels que présentés dans Helgakvida Hjörvardssonar[15], font tomber la rosée avec leur crinière, ce qui renvoie également à ce mythe[16]. La déesse romaine Aurore peut être considérée comme l'équivalent de Hrimfaxi dans la mythologie scandinave, une source de la rosée : elle est représentée versant la rosée sur la terre pour faire pousser les fleurs[17].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Hrimfaxi est cité dans Hrolf le vagabond, roman de Pierre Efratas[18]. Dans le jeu vidéo de Namco, Ace Combat: Squadron Leader, le premier sous-marin nucléaire qu'il faut détruire porte le nom de « Scinfaxi », et le second celui de « Hrimfaxi »[19]. Comme pour de nombreux autres chevaux de la mythologie nordique, un parallèle a été dressé entre Hrímfaxi et Skínfaxi, et les chevaux de la Terre du Milieu imaginés par Tolkien, vraisemblablement en s'inspirant de l'étymologie du vieux norrois, en particulier pour Shadowfax (Gripoil, en français)[20]. Il est aisé de faire un rapprochement avec le dessin animé My little Pony, dans lequel la princesse Celestia incarne le Soleil et donc le jour, et la princesse Luna symbolise la nuit et la Lune.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Dillmann 1991, p. 40
  2. a et b Guelpa 2009, p. 45
  3. Jules Toutain et Société des sciences historiques et naturelles de Semur (Côte-d'Or), Pro Alésia : revue des fouilles D'Alise et des questions relatives à Alésia, A. Colin,‎ 1917 (lire en ligne), p. 22
  4. a et b Régis Boyer, « Naissances astrales. Mythes cosmogoniques de la Scandinavie ancienne » dans Mediaevistik, I, 1988, p. 15
  5. a et b Wagner 2005, p. 327
  6. Jennbert 2011, p. 48
  7. (en) Edgar C. Polomé et University of Texas at Austin. Dept. of Germanic Languages, Old Norse literature and mythology: a symposium, Dept. of Germanic Languages of the University of Texas at Austin by the University of Texas Press, 1969, p. 245
  8. Boyer 1992, p. 519
  9. « Vafþrúðnismál - Les dits de Vafthrudnir. Texte reprenant l’édition de Neckel et Kuhn (1962), normalisé par Nicolas Meylan », sur ethnograhiques.org (consulté le 24 mars 2013)
  10. Boyer 1992, p. 520
  11. Lindow 2001, p. 182
  12. Wagner 2005, p. 326
  13. Jennbert 2011, p. 51
  14. (en) Janet Vorwald Dohner, The Encyclopedia of Historic and Endangered Livestock and Poultry Breeds, coll. The Yale Agrarian Studies Series, Yale University Press, 2001, (ISBN 030013813X et 9780300138139), p. 307
  15. Traduction de Boyer 1992, p. 281-282
  16. Wagner 2005, p. 48
  17. Benjamin Charles Jones, One Hundred Lectures on the Ancient and Modern Dramatic Poets, 1862, p. 29
  18. Pierre Efratas, Hrolf le vagabond : le mystérieux Viking fondateur de la Normandie, tome1 : De la Norvège au Dal Ria, coll. Histoire pour l'histoire, Éditions Cheminements, 2005 (ISBN 2844783740 et 9782844783745), p. 364
  19. (en) [vidéo] Vidéo tirée du jeu : Destruction du « Hrimfaxi » sur YouTube
  20. (en) Ruth S. Noel, The mythology of Middle-earth, Houghton Mifflin, 1977, (ISBN 0395250064 et 9780395250068), p. 111

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

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