Guignol

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Guignol
Image illustrative de l'article Guignol

Créateur(s) Laurent Mourguet
Date de création 1808
Type d'élément Marionnette
Type de marionnette Gaine
Matériaux Bois
Type de spectacle Comique
Lieux d'utilisation Drapeau de la France France
Manipulateurs célèbres Laurent Mourguet
Louis Josserand

Guignol est une marionnette à gaine française créée à Lyon vers 1808 par Laurent Mourguet. Le terme désigne également par métonymie le théâtre de marionnettes comique dont Guignol est le personnage principal, formant avec Gnafron et Madelon le trio récurrent des pièces du répertoire classique.

À l'origine, ce théâtre déroule un canevas improvisé non-écrit servant de gazette locale à caractère comique. Le répertoire écrit original comporte moins d'une cinquantaine de pièces. Les premières, relevées par Victor-Napoléon Vuillerme-Dunand pour cause de soumission obligatoire à la censure de la Deuxième République, datent de 1852. Suivent le recueil du magistrat Jean-Baptiste Onofrio dont la première version anonyme date de 1865 et les manuscrits Durafour.

Le spectacle se pratique dans un castelet, selon la technique du burattino ou « marionnette à gaine » dont les particularités impliquent une gestuelle spécifique et des accessoires disproportionnés donnant lieu à un comique de situation caractéristique de la commedia dell'arte.

Emblème de la ville de Lyon, Guignol est tout à la fois l'héritier des traditions du XIXe siècle, chantre du parler lyonnais et support vivant des traditions théâtrales du spectacle français de la marionnette. Guignol est à l'origine de salles de spectacle, de compagnies, d'une littérature et d'une historiographie abondantes, d'une imagerie populaire comique et sert de support à divers types de médias et spectacles dont la publicité et une émission de télévision les Guignols de l'info.

Guignol de Lyon

Historique[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs hypothèses sur l'origine du nom de Guignol. Les historiens évoquent ces hypothèses sans qu'aucun n'attribue à Laurent Mourguet la paternité d'une création pure[PF 1].

Jeton à l'effigie du café concert Guignol appartenant au Caveau des Célestins, établissement ouvert des années 1826 à 1857.

Dans son recueil de pièces intitulé Théâtre lyonnais de Guignol datant de 1865, Jean-Baptiste Onofrio évoque un voisin de Mourguet, venu tester ses plaisanteries, qui disait, « c'est guignolant ». Mourguet aurait repris cette expression durant ses spectacles, et le public aurait nommé la marionnette en transformant guignolant en guignol. L'historien Paul Fournel conteste cette version et s'étonne que le nom de la marionnette ait pu être donné par le public[PF 1] et insiste sur le fait que guignolant n'a pas toujours voulu dire drôle[NdP 1], ce qui rend peu probable cette étymologie[PF 2]. Desvernay estime que le mot vient de Guign'œil[NdP 2], mais les yeux de la marionnette ne montrent aucune malformation particulière et on apprend dans la pièce Le pot de confiture que Guignol ne louche pas[O 1],[PF 3]. En 1927, Jean Toneli évoque Nitouche et Guignolet, une pièce de Dorvigny que Mourguet connaissait ou encore l'installation du théâtre de Guignolet sur l'avenue des Champs-Élysées à Paris en 1818, qui aurait pu inspirer le nom du théâtre et celui de la marionnette. Toutefois, cette hypothèse est peu probable en raison de l'année 1808, retenue par l'historien Tancrède de Visan pour dater la création de la marionnette[TdV 1].

Une dernière hypothèse semble l'emporter chez les historiens qui reprennent Onofrio[O 2],[TdV 2],[PF 1]. Elle évoque un personnage réel nommé Guignol qui aurait servi de modèle à la marionnette. Le patronyme est attesté dans la région lyonnaise mais demeure rare[TdV 3],[PF 3]. Il pourrait provenir du nom d'un village lombard Chignolo[note 1]. Le glissement onosmatique sur la base d'un toponyme[TdV 4] étant un phénomène courant à cette époque, Guignol viendrait de Chignol, une graphie attestée dans le recueil d'Onofrio.

Le théâtre des marionnettes en France au XVIIe et XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Dès la Renaissance, les marionnettes accompagnent les vendeurs ambulant pour attirer le chaland[EM 1] et deviennent au XVIIe siècle le principal conservatoire des personnages comiques, popularisés par la commedia dell'arte[EM 2]. Le théâtre de marionnettes se voit refuser l'entrée des théâtres royaux en France, ce qui a pour conséquence la création de spectacles sur les boulevards parisiens[EM 3]. Jean Brioché importe Polichinelle et créé de nouveaux textes pour animer ses spectacles du pont Neuf[EM 4]. Les interdits royaux sur la parole provoquent l'émergence d'une littérature consacrée au théâtre de marionnettes, portée par des auteurs comme Fuzelier, Lesage ou d'Orneval, séduits par une liberté d'expression retrouvée. Au XVIIIe siècle, le théâtre d'ombre de Séraphin (1745-1800) et la passion de la Duchesse du Maine pour cet art permettent la survivance de cette tradition avant l'explosion créatrice du XIXe siècle. La Révolution française marque une ère nouvelle qui voit la naissance de nombreuses marionnettes dont les personnages spécifiques sont « issus des conjonctures provinciales »[EM 4]. Laurent Mourguet, créateur de Guignol est l'un des précurseurs de ce foisonnement créatif qui voit naître Kasperle en Allemagne, Kašpárek en Europe centrale, Tchantchès en Belgique ou Lafleur en France.

Laurent Mourguet, les débuts du créateur[modifier | modifier le code]

Laurent Mourguet, l'inventeur de Guignol, la marionnette de rue. Buste avenue Doyenné, Lyon, 69005 (France).
Article détaillé : Laurent Mourguet.

Laurent Mourguet naît en 1769 à Lyon dans une famille de canuts. Il reçoit pour seule formation celle du métier de ses parents : le tissage de la soie[PF 4]. Marié en 1788 avec Jeanne Esterle dont il aura dix enfants, il baigne dans un milieu où la culture est importante, bercé par le théâtre et le goût des livres[PF 5] bien qu'il ne sache pas lire et n'apprendra jamais. À la Révolution, la pénurie de travail guette les ouvriers de la Fabrique et nombre d'entre-eux doivent se reconvertir. Mourguet quitte la ville pour la campagne et se fait marchand ambulant de bricoles, picarlats[NdP 3], remèdes et aiguilles. Il découvre l'univers des vogues de campagne, des cabarets et du patois local. Il ne quitte pas Lyon pour autant et déménage à deux reprises. En 1795, il se fixe dans le quartier de Saint-Paul, au 2, place de la Boucherie, logement qu'il ne quittera qu'en 1840 pour Vienne où il termine sa vie.

Ce qu'il a fait à la campagne, il va le faire à Lyon et s'installe en 1797 comme arracheur de dents sur les places de la ville. Afin d'attirer sa clientèle, il monte un spectacle de marionnettes, poursuivant une tradition bien ancrée depuis le XVIIe siècle[PF 6],[TdV 5]. Sur une base textuelle improvisée et selon l'humeur du marionnettiste et l'actualité du jour, le spectacle remplit une fonction de gazette et se dresse en souriant contre les injustices que subissent les petites gens. Il utilise les marionnettes à gaine du burattino italien sur la base du théâtre classique de Polichinelle et les trames de la commedia dell'arte. Il devient marionnettiste professionnel dès 1804[PF 7] et monte un premier théâtre rudimentaire dans la grande allée des Brotteaux au milieu du jardin du Petit Tivoli. Ses improvisations sur la base du répertoire italien attire les promeneurs[PF 8].

Il s'adjoint les services de Lambert Grégoire Ladré[note 2] dit père Thomas. Selon une des hypothèses avancées par les historiens de Guignol, la marionnette de Gnafron, maillon essentiel de la naissance du théâtre de Guignol, aurait été créé par Mourguet au départ de Thomas pour garder le souvenir de son inestimable compagnon, gouailleur quoique trop porté sur le vin du Beaujolais. Les deux amis se réunissent de nouveau lorsque Mourguet s'installe au rez-de-chaussée de son logis pour monter un spectacle au déroulé classique : monologue de Polichinelle, scène d'improvisation théâtrale accompagnée de musique et théâtre d'ombres.

Naissance de Guignol[modifier | modifier le code]

Peu après, Mourguet entre à la crèche[note 3] de la rue Noire, une des innombrables qu'abrite Lyon. De simple appariteur de décors, Mourguet commence à manipuler les marionnettes et apprend le répertoire du théâtre[PF 9] : lors de la première apparition de Guignol que l'on date traditionnellement du [TdV 1], la marionnette porte le costume du Père Coquard, un des personnages qu'il a appris à jouer, un homme du peuple apportant un peu de simplicité et de bonne humeur, dans la veine du théâtre traditionnel des mystères[PF 9]. La tête est une copie de celle de Mourguet lui-même : visage rond et fossettes qui encadrent un large sourire[PF 10].

Né de cette tradition de simplicité, Guignol apparaît comme le porte parole des petites gens, prenant la place d'un Polichinelle qui lasse le public dans le courant individualiste et libertaire du Premier Empire. La marionnette est attestée de façon certaine vers 1818, période à laquelle la collaboration déjà rare du père Thomas s'arrête définitivement. Mourguet déménage à plusieurs reprises mais reste propriétaire des endroits où il monte ses représentations. Les années fastes du café-théâtre viendront bien plus tard[PF 11].

Petit à petit le répertoire s'épuise et Mourguet doit jouer plusieurs personnages à la fois, ce qui le pousse à faire appel à d'autre manipulateurs : en 1820, des dix enfants nés de son mariage, Étienne (né en 1797) et Rose-Pierrette (née en 1804) forment avec leur père le noyau de la troupe, vite rejoints par l'époux de Rose-Pierrette, Claude Louis François Josserand, connu sous le nom de Louis Josserand I.

Les héritiers au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Des dix enfants de Laurent Mourguet, deux perpétuent la tradition familiale au XIXe siècle: Étienne (né en 1797) et Rose-Pierrette (ou "Rosalie", née en 1804). Celle-ci épouse Louis Josserand, qui hérite de la la direction de son théâtre.

Pour le personnage de Gnafron, Josserand fait appel à Victor-Napoléon Vuillerme-Dunand.

Plus tard encore, ce sont les deux enfants de Rosalie et Louis Josserand, Louis et Laurent qui reprennent, l'affaire familiale. Laurent épouse la fille de Vuillerme-Durand[1].

Guignol au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Après la célébration du premier centenaire en 1908, le Guignol lyonnais des frères Pierre et Ernest Neichthauser connut un très grand succès national et même international. Cette gloire du Théâtre du Gymnase du quai Saint Antoine allait s'estomper après la guerre de 39/45, pour s'achever avec la rénovation du quartier Mercière.

À partir des années 1960, c'est la troupe du Petit Bouif qui allait tenir le haut du pavé dans son théâtre de la rue Saint Georges, et sous l'impulsion de Jean-Guy Mourguet (1929-2012)[2], descendant à la cinquième génération du créateur de Guignol, dont il reprenait le nom.

Après un ultime spectacle de la troupe fin des années 1990, germera chez Jean-Guy Mourguet qui souffrait d’arthrose et ne pouvait plus lever les bras, l’idée de léguer sa collection de marionnettes, accessoires, documents… au village de Brindas où il habite, et où les Neichthauser ont vécu, avec la perspective d’y ouvrir un musée. Ce sera chose faite en janvier 2008 avec l’aide de la CCVL, communauté de communes des Vallons du Lyonnais avec l'ouverture à Brindas du Musée-théâtre Guignol.

Guignol aujourd'hui[modifier | modifier le code]

En 1998, la Compagnie des Zonzons se voit confier le Guignol du très officiel Théâtre Municipal de la ville de Lyon, successeur du Théâtre des Neichthauser. En plus des spectacles pour enfants, ils essaient de renouer avec une tradition plus adulte en commentant l'actualité dans les bistrots.

En 2008, la ville de Lyon célèbre le bicentenaire de la naissance de Guignol. Des nombreuses manifestations sont prévues au cours de l'année. Le premier week-end de juin 2008, la majeure partie des « Guignolistes » français se sont retrouvés au jardin d'acclimatation à Paris pour célébrer les 200 ans de ce symbole hexagonal.

Un musée-théâtre abritant une importante collection de marionnettes données par Jean-Guy Mourguet (descendant de Laurent Mourguet), a ouvert ses portes à Brindas[Int 1] cette même année.

Il complète ainsi la collection Guignol de l'ensemble Gadagne, qui abrite le musée des marionnettes du monde et le musée d’histoire de Lyon. C’est dans la salle consacrée à Guignol du musée des marionnettes du monde que se trouve la plus ancienne marionnette de Guignol connue. Cette marionnette à gaine en bois et en toile appartenait à Laurent Mourguet lui-même. Transmise de génération en génération, elle est donnée aux musées Gadagne en 1949 par Pierre Neichthauser, descendant par alliance des Mourguet.

Technique et décors[modifier | modifier le code]

Le burattino[modifier | modifier le code]

Les personnage évoluent selon la technique du burattino. Ce terme italien aurait deux origines possibles : de buratto, l'étoffe grossière servant à tamiser la farine dont on confectionne le costume de la marionnette ou du personnage Burattino de la commedia dell'arte[EM 5]. Le burattino est synonyme de marionnette à gaine.

La tête est en bois, généralement en tilleul, plus rarement en peuplier[PF 12] en hêtre ou en pin[EM 6]. Elle doit être robuste pour supporter les chocs. Elle mesure 15 et 18 centimètres[note 4], les yeux et les cheveux sont sculptés dans la matière[PF 12]. Les membres sont généralement disproportionnés[EM 6]. Les bras sont rendus rigides par des tubes prolongeant les mains en bois afin de permettre à la marionnette de porter des accessoires lourds[PF 13]. La gaine mesure une cinquantaine de centimètres au total.

La tête est manipulée par l'index tandis que chaque bras l'est par le pouce pour l'un, et par les autres doigts pour l'autre. Le poignet maintient la gaine au niveau de ses hanches tandis que le coude figure les pieds. L'absence de jambe a pour conséquence que certaines actions emblématiques du théâtre comique ne sont pas permises, notamment coups de pied et pirouettes. La rigidité des bras rend peu naturel le transport d'accessoires au point que ceux-ci doivent être sur-dimensionnés. Ainsi, selon Paul Fournel, « c'est pour cette raison que le bâton de Guignol ressemble à un tronc d'arbre et que la bouteille de Gnafron a des allures de jéroboam »[PF 14]. Cependant, ce même auteur souligne la « souplesse et une vivacité exceptionnelle » de la marionnette et du jeu que permet le mouvement direct de la main à l'intérieur de la gaine et l'utilisation de la pleine voix du manipulateur en raison de sa proximité avec la marionnette[PF 14].

Les mouvements de la marionnette ne peuvent ainsi reproduire les mouvements humains et le burattino est davantage symbolique que les marionnettes à fils : le manipulateur doit trouver des mouvements particuliers pour traduire certaines émotions. Les mouvements de la tête permettent de rythmer la phrase et pallient le manque d'expression d'une bouche fixe. De même, les glissements de la marionnettes peuvent traduire des émotions, vers l'arrière la peur et l'étonnement, vers l'avant l'avidité ou la cupidité[PF 15].

Le jeu[modifier | modifier le code]

Le marionnettiste joue debout, les bras levés.

La tradition veut que Guignol joue à droite du public et soit tenu par la main gauche du marionnettiste et inversement pour Gnafron[PF 13]. Comme dans un théâtre classique, le côté cour (à droite du spectateur lorsqu'il regarde la scène) s'appelle donc le côté Gui, pour Guignol. Et le côté jardin (à gauche) prend le nom de côté Gna, pour Gnafron. Les entrées de la rue se font du côté Gui et celles des appartements du côté Gna[Int 2].

Les décors[modifier | modifier le code]

Castelet[modifier | modifier le code]

Un castelet de bois dans une rue du Vieux Lyon présentant de gauche à droite Gnafron et Guignol

Le traditionnel décor du castelet servant aux représentations de Guignol se situe à Lyon, le plus souvent Place de la Trinité, devant le Café du Soleil.

À mesure que le répertoire s'élargit et se diversifie, le nombre de décors augmente ; notamment avec l'apparition des féeries puis des parodies, spectacles plus ambitieux, nécessitant parfois près de cinq décors différents.

Ces décors sont réalisés à la manière du théâtre italiens ; le fond étant peint sur toile, et les coulisses sur des panneaux de contreplaqué. On place généralement deux, parfois trois panneaux l'un devant l'autre afin de créer plus de profondeur à la scène.

Le théâtre conserve encore aujourd'hui plus de 1000costumes et 300 toiles, dont celles du peintre lyonnais Alexandre François Bonnardel, artiste renommé qui travailla notamment avec les frères Neichthauser au Théâtre Saint-Antoine.

Accessoires[modifier | modifier le code]

Personnages[modifier | modifier le code]

Les personnages principaux du théâtre de Guignol sont le canut Guignol, son compagnon Gnafron et Madelon, l'épouse de Guignol, parfois fille de Gnafron. On trouve également Toinon, l'épouse de Gnafron, le gendarme, appelé par certains[Qui ?] Flageolet, mais ce nom n'apparaît pas dans les textes traditionnels[réf. nécessaire], le propriétaire Canezou, le bailli ou encore Madame Quiquenet, la concierge.

Guignol[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Les conditions exactes de la création de Guignol sont peu connues. Les historiens se posent encore la question de savoir d'où vient ce nom si particulier. Mourguet s'est-il inspiré d'un nom existant déjà — il avait plusieurs sujets d'inspiration —, ou le nom de « Guignol » est-il tout simplement sorti de son imagination ? Le mystère reste complet.

La date de création de Guignol est elle-même sujette à controverse. La date du 26 octobre 1808 est retenue comme officielle, mais souvent remise en question, notamment par l'historien Paul Fournel, qui affirme qu'elle est sans doute fausse. Selon lui, Guignol serait plus tardif, il pourrait avoir été créé plutôt vers 1815.

Guignol a été créé après Gnafron. Mourguet le tailla à son image, et l'habilla du costume traditionnel du père Coquard.

L'évolution du personnage, quant à elle, ne subit pas de grande modification — contrairement à Gnafron, dont le visage subira de nombreuses modifications. Partout l'on retrouvera cette même face lisse, presque naïve, sans nez, toujours jeune. À ses débuts, Guignol ne sourit pas. Il faudra attendre l'apparition des frères Neichthauser et du sculpteur Frédéric Josserand, qui taillera à la marionnette son premier sourire, que plus tard Ernest Neichthauser seul augmentera encore en lui faisant apparaître les dents.

Caractère[modifier | modifier le code]

Guignol est un personnage assez complexe. À la fois naïf et malin, honnête et sans scrupules, le personnage change, évolue sans cesse au cours des pièces. Les traits dominants restent le côté bon vivant, l'attrait pour la bonne chère, le bon vin (d'autant plus exacerbé que les occasions sont rares et la misère quotidienne) ; l'amitié (notamment avec son ami Gnafron) ; sans oublier les fameux coups de bâton, ou tavelle -- quand l'ironie ou l'astuce ne suffisent plus.

Dans son répertoire, Onofrio donne une description assez fidèle de ce personnage réunissant les contraires et les paradoxes.

D'un certain point de vue, on pourrait presque comparer Guignol à l'Arlequin de la Commedia dell'arte : tantôt courageux, tantôt poltron, farceur sans scrupules capable d'apporter son aide en cas de besoin, parfois agile et rusé, d'autres fois balourd et franchement bête.

Paul Fournel, dans son ouvrage "Guignol, les Mourguet", retrace en sept points les principales qualités de Guignol.

Gnafron[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gnafron.

Étymologie et origine[modifier | modifier le code]

Le nom de Gnafron a pour origine le terme gnafre, « savetier, cordonnier »[NdP 4].

Premier acolyte de Laurent Mourguet, le père Thomas aurait directement inspiré la marionnette de Gnafron : les deux compères lassés du répertoire italien et de Polichinelle se séparent rapidement car Thomas est trop porté sur le vin du Beaujolais[PF 16]. Mourguet, devenu seul, aurait créé la marionnette de Gnafron à l'effigie de Thomas pour garder avec lui son inestimable compagnon. La ressemblance avec les images que l'on possède de Thomas et la marionnette de Gnafron appartenant à Mourguet est suffisamment frappante pour étayer cette thèse[PF 17] toutefois mise à mal par le marionnettiste Durafour qui s'étonne du peu de place de Gnafron dans les pièces qui sont attribuées à Mourguet et suppose que la marionnette aurait plutôt été créée à l'époque de Jacques Mourguet fils par le père Chapelle, syndic des crocheteurs[PF 17]. La marionnette aurait pu exister sous un autre nom et aurait été nommée par Jacques Mourguet du vocable local gnafre qui signifie cordonnier[PF 18]. La création de la marionnette n'est pas datée avec certitude mais semble contemporaine de celle de Guignol, vers 1808.

Caractère[modifier | modifier le code]

Comme Guignol, c'est un bon vivant. Il apprécie particulièrement le bon vin, cela se voit rien qu'à son visage, profondément rougi par le beaujolais. C'est un personnage drôle, mais aussi généreux et profond.

Madelon[modifier | modifier le code]

C'est la femme de Guignol ; souvent surnommée "Mère la Grogne", du fait de son caractère souvent acariâtre envers son mari et son ami Gnafron. Femme de caractère, bavarde, souvent battue, attentive aux rentrées d'argent (et surtout aux dépenses). Blanchisseuse, elle ne craint pas un coup d'arquebuse pour se réchauffer. Elle est le type même de la forte femme, tranchant nettement avec celui de Guignol et de Gnafron, plus insouciants.

Les autres personnages[modifier | modifier le code]

Un gendarme et Guignol
  • Cadet, garçon naïf, parfois même un peu niais, ami de Guignol et Gnafron.
  • Canezou, le propriétaire.
  • Le Juge, ou Bailli.
  • Le Gendarme (appelé de diverses manières : Chibroc, Flageolet, La Ramée...). Il apparaît assez rarement dans le répertoire lyonnais, et le plus souvent en compagnie du Brigadier, comme escorte du Bailli.
  • Le Voleur (qui, comme le Gendarme, apparaît surtout dans les versions parisiennes).
  • Cassandre, le bourgeois, qui joue parfois aussi les pères.
  • Émilie, la jeune première.
  • Octave, le jeune premier.
  • Battandier, bourgeois.
  • Le Sergent, militaire bourru, parfois à la retraite.
  • La Toinon, femme de Gnafron. Presque inexistante dans le répertoire classique, elle devient un personnage omniprésent chez Jean-Guy Mourguet et sa troupe du Petit Bouif, qui fait renaître ce personnage. Type de la bourgeoise acariâtre, elle est manipulée par Jean Clerc.

Les sources du théâtre de Guignol[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste de pièces de Guignol.

Les sources classiques[modifier | modifier le code]

Laurent Mourguet ne sachant lire, il n'a légué aucune pièce écrite.

Curieusement, c'est la censure imposée par Napoléon III[note 5], en contraignant les troupes à soumettre leurs textes, qui permet la conservation de ce patrimoine oral.

En 1852, Victor-Napoléon Vuillerme-Dunand, le lettré de la troupe de Mourguet, dépose douze manuscrits. Cette formalité n'empêche pas les marionnettistes d'improviser et de dire ce qu'ils ont à dire. Ces premières traces écrites de Guignol, sont aujourd'hui précieusement conservées à Lyon, aux musées Gadagne.

Mais c'est surtout grâce à Jean-Baptiste Onofrio que nous est parvenu le répertoire « classique ». Ce magistrat a publié en 1865, puis en 1889, deux volumes de textes. Il revendique cependant, dans la préface, avoir censuré certaines grivoiseries.

Depuis, le répertoire de Guignol a été transcrit dans de nombreux ouvrages. Parmi les pièces classiques du répertoire de Guignol, on trouve Le pot de confiture, Le déménagement, Les frères Coq, Les couverts volés, La racine merveilleuse, Un dentiste, Les souterrains du vieux château.

Les variantes[modifier | modifier le code]

A partir de 1911 plusieurs auteurs se sont amusés à écrire des parodies d'opéras ou de drames pour Guignol. Cette expérience, particulièrement pittoresque, ne semble pas avoir eu de suites.

Le répertoire contemporain[modifier | modifier le code]

Le théâtre, intrique et dénouements[modifier | modifier le code]

De multiples intrigues, un seul dénouement ?[modifier | modifier le code]

Une morale, des morales ?[modifier | modifier le code]

Parler lyonnais et héritage culturel[modifier | modifier le code]

Guignol est le digne représentant du parler lyonnais selon Tancrède de Visan. Afin d'entendre l'essence du parler lyonnais, il conseille d'assister à une pièce du répertoire plutôt que de consulter des ouvrages inutilement[TdV 6]. Les textes du répertoire sont émaillés de mots et d'expressions typiques de l'idiome local.

Le parler lyonnais dans le théâtre de Guignol[modifier | modifier le code]

Héritage sémantique[modifier | modifier le code]

De nombreux mots ou expressions ayant pour origine le mot Guignol sont attestés :

  • guignol : « se dit de quelqu'un de pasquin, qui fait des grimaces »[NdP 5]
  • guignol est parfois utilisé comme traduction de joker.
  • faire le guignol : manquer de sérieux en frisant le mauvais goût[PF 19]
  • grandguinolesque : adjectif désignant une personne ou un comportement, dérivé de l'expression faire le guignol[PF 19]
  • guignoliste : marionnettiste du théâtre de Guignol

Guignol, patrimoine culturel[modifier | modifier le code]

Guignol fait partie du patrimoine lyonnais, devant d'autres personnages comme la Mère Cottivet ou Benoit Lerégent.

Son répertoire classique est fortement lié au monde de la soierie.

Paul Fournel estime que Guignol fait partie du patrimoine culturel enfantin, au même titre que Mickey Mouse ou Tintin[PF 20], qui évoquent le goût d'autrefois et le parfum de l'enfance. Le spectateur anonyme fait davantage mention de vagues costumes marron et d'histoire se finissant en coup de bâton que d'un spectacle grivois et contestataire.

Un symbole lyonnais[modifier | modifier le code]

Enseigne d'un théâtre de Guignol du Vieux Lyon

« Notre âme populaire lyonnaise, elle, s'est logée dans une poupée de bois »[3],[TdV 6] dira Justin Godart, homme d'État et spécialiste de l'identité lyonnaise. Guignol est un symbole des traditions lyonnaises et dans les pièces, on retrouve des expressions lyonnaises qui ont tendance à disparaître. Symbole utilisé à des fins touristiques, il s'affiche sur les brochures de l'office du tourisme, sur l'autoroute à l'entrée de l'agglomération, sur certains trolleybus (ligne S6), et sur des timbres en 1994 puis 2003.

Le théâtre de Guignol aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Sociétés amicales et associations[modifier | modifier le code]

Société des amis de Guignol[modifier | modifier le code]

En 1911, un comité est créé afin d'élever un monument à la mémoire de Laurent Mourguet. L’inauguration d'une stèle aura lieu quelques mois plus tard, avenue du Doyenné dans le Vieux-Lyon. Il reste alors un peu d'argent de la souscription. Justin Godart propose alors d'utiliser ces fonds pour créer une association avec pour but "la conservation et l’enseignement des traditions notamment du théâtre Guignol, du caractère et de l’esprit lyonnais". Nommée : société des amis de Guignol, l'association compte plus de 600 adhérents en 2013.

Elle a longtemps attribué un prix annuel de La Meilleure Pièce de Guignol; assurant à l'auteur au moins une représentation.

Parmi ses membres les plus remarquables,

Les lieux[modifier | modifier le code]

La maison de guignol sur la Place de la Trinité (Lyon) à Lyon

Lyon et sa région[modifier | modifier le code]

France et étranger[modifier | modifier le code]

Représentation de théâtre de Guignol, à Paris, dans le jardin d'acclimatation.

MARSEILLE: Dans les années 30-40, il existait deux Guignols à Marseille. Le plus beau, le plus luxueux avec des marionnettes richement ornées, se trouvait dans le jardin du palais de Justice, à la fréquentation bourgeoise. Plus populaire, et très fréquenté, était le Guignol de la place Jean Jaurès (La Plaine) dont les palissades étaient d'un bleu ciel délavé par le soleil. Ladite palissade était d'ailleurs percée de trous pour les petits resquilleurs qui venaient suivre le spectacle, sans payer.

Les compagnies[modifier | modifier le code]

Spectacle de Guignol

Guignol Guerin depuis 1853 à Bordeaux

Guignol dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le terme Guignol a essaimé hors de la région lyonnaise. Il désigne soit une marionnette, soit une personne qui s'amuse et amuse les autres.

Guignol a aussi été le titre d'un hebdomadaire satirique lyonnais, de petit format, célèbre pour la caricature d'actualité formant la première page, publié de Guignol de 1943 à 1972.

Les Guignols de l'info[modifier | modifier le code]

Les Guignols de l'info est une émission satirique de marionnettes de la chaîne de télévision française Canal+.

Présence de Guignol dans la vie quotidienne[modifier | modifier le code]

  • Dans la chanson : la chanson C'est Guignol de Chantal Goya
  • Dans la publicité : Gnafron faisant la réclame pour le Cep Vermeil
  • Dans la marine à voile, un guignol désigne un dispositif pour raidir le mât (ou une partie de celui-ci). Il est composé d'un triangle rigide perpendiculaire au mât, sur lequel viennent s'appuyer deux câbles tendus qui assurent la rigidité.
  • À l'Assemblée nationale, les guignols sont des loges situées au-dessus de l'hémicycle, dans lesquelles se trouvent les équipes de télévision et les commissaires du gouvernement.
  • Dans le film La Grande Vadrouille, Bourvil et Terry Thomas, déguisés en officiers allemands, se mêlent aux enfants spectateurs.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François de Lagie, Guignol & Compagnie, 2008, éditions Edilarge

Études sur Guignol[modifier | modifier le code]

Recueils de pièces[modifier | modifier le code]

  • Théâtre lyonnais de Guignol, recueilli et présenté par Jean-Baptiste Onofrio. Marseille : J. Laffitte, 1998, 512 p.
  • Guignol, pièces du répertoire lyonnais ancien choisies, reconstituées et présentées par Gaston Baty. Editions Coutan-Lambert.
  • Théâtre des marionnettes du Jardin des Tuileries, répertoire pour Polichinelle, Pierrot, Arlequin... textes écrits, réunis et illustrés par Louis-Edmond Duranty. Arles : Actes sud, 1995, 570 p. Coll. "Babel" no 182.

Pièces à l'unité[modifier | modifier le code]

  • La Promenade mouvementée, José-Luis Gonzalez.
  • Le Voleur volé, José-Luis Gonzalez.
  • Le Marchand de coups de bâton, José-Luis Gonzalez. Paris : Seuil jeunesse, 2003, 54 p.
  • Guignol fait des blagues, Marie-Thérèse Sprocani. Paris : Art et Comédie, 2005, 51 p. Coll. "Côté cour".
  • 34 pièces d'Albert Chanay, chez Max Orgeret, Lyon. fonds Max Orgeret, BM Lyon

Notes et références[modifier | modifier le code]

Int[modifier | modifier le code]

  1. « Guignol et Brindas », sur Guignolsland.com (consulté le 11 mars 2010)
  2. « Amis de Lyon et de Guignol », sur La Société des Amis de Lyon et Guignol (consulté le 11 mars 2010)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Chignolo d'Isola ou Chignolo Po
  2. Marionnettiste de talent selon ses contemporains, et notamment dans Léon Boitel, Lyon vu de Fourvières de 1833, Ladré naît à Givet (Ardennes) en 1770, installé dans la région lyonnaise, il est amuseur public, violoniste et marionnettiste. Boitel va jusqu'à le désigner comme le « Molière des ouvriers et des cuisinières »
  3. La première des crèches lyonnaises ouvre ses portes au bas de la montée de la Grande Côte en 1770
  4. selon le type de spectacle, notamment théâtre public ou castelet d'appartement
  5. Arrêté du 5 novembre 1852, signé du préfet du Rhône Charles-Wangel Bret, s'appuyant sur la Loi du 19 juin 1851 relative à l'organisation de la Police dans les villes et communes de l'agglomération lyonnaise, cité par Paul Fournel dans Guignol, les Mourguet, Paris, Éditions du Seuil, 1995

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le pot de confiture, scène 3
  2. Introduction, p. X
  1. guignolant : adj. - Ennuyeux, pénible. (...) Guignol n'a pas de responsabilité dans l'expression. Guignolant n'est qu'une forme de guignonnant
  2. guigner : (...) cligner de l’œil, regarder sans faire semblant (...)
  3. picarlat : faisceau de trois petite morceaux de bois refendus dans une branche et liés aux deux bouts par un lien de paille
  4. gnafre : s. m. - Regrolleur, savetier. Nous disons de préférences un peju. A Paris, ils disent un gniaf
  5. guignol : Le théâtre et le personnage et ses principaux interprètes sont trop connus pour qu'il ait lieu de répéter ce qui a été dit tant de fois. Mentionnons seulement la locution : C'est un guignol ! qui se dit de quelqu'un de pasquin, qui fait des grimaces
  1. a et b p. 24
  2. p. 19
  3. p. 23
  4. p. 20
  5. p. 17 : existence d'un théâtre de Polichinelle issu de la tradition napolitaine
  6. a et b p. 14
  1. a, b et c p. 26
  2. p. 27
  3. a et b p. 28
  4. p. 15
  5. p. 16
  6. Brioché, 150 ans auparavant, en faisait autant à Paris, à proximité du pont Neuf
  7. p. 18
  8. p. 19
  9. a et b p. 23
  10. p. 25
  11. p. 31
  12. a et b p. 73
  13. a et b p. 74
  14. a et b p. 75
  15. p. 77
  16. p. 20
  17. a et b p. 21
  18. p. 22
  19. a et b p. 11
  20. p. 12
  1. p. 261
  2. p. 262
  3. p. 263
  4. a et b p. 286
  5. p. 131
  6. a et b p. 457
  • Autres références :
  1. http://fr.wikisource.org/wiki/Th%C3%A9atre_lyonnais_de_Guignol/Introduction
  2. D.PO., « Guignol : fin d’une dynastie », sur liberation.fr,‎ 11 octobre 2012 (consulté le 11 octobre 2012)
  3. Justin Godart, Guignol et l'esprit lyonnais, Lyon, s.e, 1909, p.5.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]