Latex (matériau)

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Un ballon de baudruche en latex artificiel.

Le latex est un matériau élastique élaboré à partir de la sève de l’hévéa, ou synthétisé par polymérisation.

Récolte du latex d'hévéa[modifier | modifier le code]

Le latex de l’hévéa et de quelques autres plantes moins communes, se récolte en faisant une saignée. On pratique une incision dans l’écorce de l’arbre de façon à couper des vaisseaux spécifiques, les laticifères, dont le contenu est récolté dans une tasse.
Récolte de latex en Malaisie sur un timbre japonais datant de 1943.

Le latex est différent de la sève ; celle-ci assure la distribution de l’eau, des sels minéraux ou des sucres alors que le latex est plutôt impliqué dans les mécanismes naturels de défense de l’arbre. Il circule dans un réseau distinct de celui des vaisseaux : les canaux laticifères. Comme la résine, il suinte lors d’une éventuelle blessure de la plante et forme en séchant une barrière protectrice.

Le latex se récolte par saignées sur l’écorce du tronc de l’hévéa. Au moyen d’un couteau spécifique, les saigneurs pratiquent une légère entaille en descendant sur la moitié ou le tiers de la circonférence du tronc. La saignée débute en général à environ 1,50 m de hauteur, lorsque les arbres ont atteint 50 cm de circonférence à 1 m de hauteur. À chaque saignée, l’encoche est ravivée en découpant une fine lamelle d’environ 2 mm d’épaisseur, sur toute la profondeur de l’écorce. Il ne faut pas toucher le cambium (assise génératrice du bois) car cela provoque des cicatrices. Les saignées ont lieu périodiquement. Il existe des systèmes plus ou moins intensifs, allant de la saignée deux jours sur trois à la saignée hebdomadaire, la fréquence la plus courante étant tous les deux jours. Lorsque toute l’écorce du côté exploité (appelé panneau) a été consommée, on passe sur le panneau suivant. Cela a lieu après 6 ans en général. Lorsque toute l’écorce basse a été utilisée, on peut pratiquer la saignée haute, remontante. Cette dernière, bien que délicate est très productive. Elle se pratique en quarts de spirales et peut durer ainsi au moins 4 ans. Il est alors possible de recommencer la saignée basse sur l’écorce déjà saignée qui se sera entre-temps régénérée. L’arbre peut ainsi produire du latex à partir de l’âge de 5 ans et pendant 30 ans environ. Cependant, dans de nombreuses région et en particulier en Thaïlande, premier pays producteur, la tendance est au raccourcissement des cycles, avec une exploitation sur moins de 20 ans.

À l’issue de sa période d’exploitation, l’hévéa est abattu pour être replanté. Les progrès de la recherche permettent de procéder à ces replantations avec un matériel végétal beaucoup plus performant.

Le latex, en sortant de l’entaille, coule dans la tasse pendant quelques heures. Puis l’encoche se bouche par coagulation du latex et l’écoulement s’arrête. La récolte peut se faire sous forme liquide (on parle de récolte en latex) si on procède juste après la saignée, ou solide si on laisse le latex coaguler dans la tasse (récolte en coagulum). En cas de récolte sous forme liquide, on peut ajouter un peu d’ammoniac pour empêcher la coagulation précoce. À l’inverse, le processus de transformation post-récolte démarre par l’ajout d’un peu d’acide (formique en général) pour faire coaguler le latex.

Dès le XIXe siècle on a cherché à maîtriser la coagulation. En 1929, on a notamment constaté que la polymérisation naturelle pouvait être amorcée par des bactéries[1].

On trouve aussi un latex dans les bananiers et de nombreuses autres plantes, mais seul celui de l’hévéa présente les qualités industrielles voulues.

Zones de production[modifier | modifier le code]

L’hévéa est cultivé dans la zone inter-tropicale humide. On considère qu’il faut au moins 1 200 mm de précipitations par an pour être en zone favorable. L’hévéa est peu exigeant concernant la fertilité du sol, à l’inverse les sols inondés ou physiquement trop contraignants ne lui conviennent pas. La principale zone de production est l’Asie du Sud-Est qui assure plus de 80 % de la production mondiale. La Thaïlande est le premier pays producteur (2,9 millions de tonnes en 2006), devant l’Indonésie, l'Inde et la Malaisie. En dehors de l’Asie, les principaux producteurs sont la Côte d’Ivoire pour l’Afrique et le Brésil pour l’Amérique du Sud. Environ 80 % de la production mondiale est le fait de petits planteurs indépendants. Les grandes plantations industrielles, pouvant couvrir chacune plusieurs milliers d’hectares, assurent le reste de la production. De ce fait, l’hévéaculture joue un rôle socio-économique majeur dans les pays producteurs. Ainsi, en Thaïlande où les exploitations sont très petites (moins de 2 ha en moyenne), on estime que 10 % de la population vit du caoutchouc naturel. Les plantations sont peu nombreuses dans la zone d’origine (Amazonie) car il y sévit un champignon, le Microcyclus, qui s’attaque aux jeunes feuilles de moins de dix jours et les détruit. Lorsque les vieilles feuilles tombent, l’arbre est dépourvu de jeunes feuilles ; privé de synthèse chlorophyllienne, il meurt. Ce champignon, qui doit s’adapter à la particularité de chaque arbre, sévit essentiellement dans les plantations et peu dans la nature dans laquelle les arbres sont trop disséminés.

Caractéristiques du produit brut[modifier | modifier le code]

Le latex est un produit irremplaçable pour de nombreux usages, en raison de ses particularités, car il est :

  • collant (tant qu’il n’est pas vulcanisé) ;
  • rebondissant ;
  • flexible ;
  • très résistant ;
  • et s’étire presque à volonté.

Du latex au caoutchouc[modifier | modifier le code]

Balles de « caoutchouc nitrile ».

Les coagulum sont lavés, déchiquetés et rééduqués en granulés chauffés à environ 120 °C. Au refroidissement, les granulés se collent entre eux et sont compactés pour donner des balles que l’on vend et exporte. Celles-ci seront passées dans une sorte de laminoir appelé « cylindres » ou « mélangeur ouvert » pour donner des crêpes. Voir Calandrage.

Le caoutchouc sans soufre (non vulcanisé) est cassant au froid (hiver) et poisseux au chaud (été). Ce sont les atomes de soufre qui, après vulcanisation, lient les longues chaînes du latex et assurent ainsi l’effet élastique du caoutchouc dans une plage de température plus large.

Usages du produit fini[modifier | modifier le code]

Dans les transports[modifier | modifier le code]

90 % de la production de latex naturel servent à la production de pneus, chargés en noir de carbone. Les pneus qui sont faits en latex naturel sont plus résistants à la déchirure que ceux faits avec du caoutchouc synthétique, et servent pour les pneus d’avions.

Domaines médical et vestimentaire[modifier | modifier le code]

Son élasticité en fait un matériau très apprécié dans le domaine médical et la vie courante (gants, tétines pour bébé, lunettes de ski, costumes moulants, préservatifs, etc.). Certaines personnes présentent une allergie au latex. Dans certains cas, cela peut aller jusqu’au choc anaphylactique (réaction allergique sévère).

Les combinaisons servent pour se protéger du froid, notamment pour les plongeurs. Les fétichistes qui font une fixation sexuelle sur le latex se surnomment les rubberists. En compressant le corps, un vêtement en latex ajusté coupe la respiration par la peau et les sens, plongeant son porteur dans une sorte de cocon.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Le latex est également utilisé comme peau dans les effets spéciaux en animatronique.

En staff[modifier | modifier le code]

Le latex est utilisé en staff pour réaliser des moules de petite dimension.

En literie[modifier | modifier le code]

Le latex est utilisé en literie pour réaliser des matelas et des oreillers. La transformation de la matière est essentiellement réalisée en Asie[réf. nécessaire]. Des instituts contrôlent l’origine de la matière et son caractère 100 % latex naturel.

En France, l'appellation « 100 % latex d'origine naturelle » nécessite un minimum de 85 % de latex naturel (lait d'hévéa) dans le produit, au moins 3 % de produits vulcanisants pour la bonne tenue du matériau dans le temps, donc jusqu'à 12 % de produits de charge divers ; ces derniers ne sont en aucun cas nécessaires pour la bonne tenue du matériau. Ils n'ont d'autres vocations que de limiter la quantité de latex utilisée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A. S. Corbet, An Organism Found in the Latex of Hevea brasiliensis, Rubber Research Institute of Malaya, FMS, Received for publication December 1, J. Bacteriol., 1929. (en) Lire en ligne [PDF].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • P. Compagnon, Le caoutchouc naturel - Biologie, culture, production, 1986, Maisonneuve et Larose éditeurs, 595 p. (ISBN 2-7068-0910-8)