Georges Rousse

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Georges Rousse

Naissance 28 juillet 1947 (67 ans)
France Paris
Nationalité Française
Activités Photographe, plasticien
Formation Autodidacte
Élèves actuellement en 6ème a marcel saint charle

Biographie et démarche artistique[modifier | modifier le code]

Georges Rousse, né le 28 juillet 1947[1] à Paris, est un artiste, photographe plasticien français.

Alors qu’il est étudiant en médecine à Nice, Georges Rousse décide d’apprendre chez un professionnel les techniques de prise de vue et de tirage, puis de créer son propre studio de photographie d’architecture. Sa passion le pousse à se consacrer entièrement à une pratique artistique de ce médium, sur les traces des grands maîtres américains de la photo de paysages et d’architecture tels Edward Steichen, Alfred Stieglitz ou Ansel Adams.

Il découvre les artistes du Land art – qui allient des interventions plastiques éphémères dans l'espace naturel du paysage et relaté par la prise de vue photographique, témoignage de cette intervention et décide alors d'intervenir plastiquement dans l'espace photographique proprement dit ; non pas sur l'image mais sur la réalité directement ; établissant ainsi une relation de la peinture à « l'Espace ». Pour pouvoir dessiner dans l'espace, la nécessité de la photographie en tant que relevé d'une action artistique dans l'Espace, implique la pratique de l'anamorphose – technique de déformation de l'image inventée par Piero della Francesca lors de ses travaux de recherche sur la perspective spatiale.

Au cœur du questionnement sur la nature de l'œuvre d'art, son travail concerne fondamentalement notre rapport à l'Espace et au Temps, notions véhiculées par son medium de création : la photographie.

Son matériau premier est l'Espace. Le second est la Photographie.

Dès le début de son travail, il investit des lieux abandonnés, qu'il affectionne depuis toujours (enfant du baby-boom, il a grandi dans les ruines, datant de la Seconde Guerre mondiale), pour les transformer en espace pictural (son atelier d'artiste) et y construire une œuvre éphémère, unique, que seule la photographie restitue, dans un travail final. À partir de la vision de l'objectif, il construit dans ces lieux du vide une œuvre utopique, y projetant sa vision du monde, son « univers » mental, croisant des préoccupations plastiques en résonance avec le lieu, son histoire, la culture du pays où il intervient. Travail in situ, créé pour et dans le lieu, les photographies qui en ressortent sont à la fois porteuse de la Mémoire du lieu où il est intervenu, son passé étant représenté par l'état d'abandon et mis en relief par l'intervention plastique de l'artiste, mais aussi de la mémoire du geste de l'artiste.

Georges Rousse met aussi en évidence la relation problématique, dans les sociétés industrialisées, de l'homme à sa trace, architecturale entre autre, à sa mémoire, et donc au Temps. Ces lieux de précarité, rejetés, ignorés, souvent dégradés, dont la disparition est proche, sont comme une métaphore de l'écoulement féroce du Temps vers l'oubli et la mort. En sublimant ces espaces, il veut démontrer qu'il est toujours possible de les restaurer, de les transformer vers un ailleurs, de prolonger leur vie, à travers la trace photographique. Et plus encore, de leur redonner une autre dynamique.

Avec la photographie, Georges Rousse nous oblige à une lecture statique des architectures, à une investigation immobile de l'Image, qui peu à peu transforment notre perception de l'Espace et de la Réalité. Nos certitudes et habitudes perceptives sont troublées par la réunion dans l'image finale de trois espaces : à l'espace réel dans lequel l'artiste intervient et à l'espace fictif, utopique qu'il imagine puis construit patiemment dans le lieu, se superpose un nouvel espace qui n'advient qu'au moment de la prise de vue et n'existe que par la médiation de la photographie.
Au-delà d'un simple jeu visuel, cette fusion énigmatique des espaces dans l'image met en abyme de façon vertigineuse la question de la reproduction du réel par la photographie, de l'écart entre perception et réalité, entre imaginaire et réel.

Parce que la photographie, finalité de l'action picturale, est une surface plane, les formes qu'il peint ou dessine, les volumes et architectures qu'il construit sont éclatés, désagrégés, sur les différents plans spatiaux de bâtiments parfois monumentaux. La photographie rassemble l'Image dans une synthèse magistrale où Peinture, Architecture, Dessin s'inscrivent dans l'Espace pour rendre visible la fiction de l'artiste[2].

« Elle [la photographie] sublime le lieu. Elle écarte les éléments les plus désagréables. Les odeurs nauséabondes, la misère, les rats qui grouillent. On a donc un espace qui est finalement dans sa séduction la plus totale. Une séduction que l'installation tend d'ailleurs à augmenter. Ma photographie essaie donc de donner le mieux de l'architecture à un moment donné. Et tout ce qui est de l'ordre du vécu, du quotidien, de l'humain disparaît »[3]

Pour permettre aux spectateurs de partager son expérience de l'Espace il présente, dès le début des années 1980, ses images en tirages de grand format. Cette œuvre forte et singulière qui déplace les frontières entre les médias traditionnels s'est immédiatement imposée dans le paysage de l'art contemporain.

L’œuvre de Georges Rousse a certes évolué considérablement., mais il s’agit d’une évolution progressive, à l’intérieur d’un protocole de travail qui est demeuré constant : un seul et unique médium : la photographie ; un même type de lieux : des bâtiments abandonnés ou en attente de travaux dans lesquels l’artiste intervient par le dessin ou la peinture; une photographie de cette intervention conçue selon le point de vue particulier de l’appareil photo, qui donne à voir la manière dont elle commente ou transforme l’architecture existante.

Tout le processus de travail de Georges Rousse s’est mis en place peu à peu, s’amplifiant au fil de ses recherches pour occuper l’espace « autrement ». Son travail se nourrit du contexte, des rencontres et des moyens.

En ce sens, ce n'est pas un travail conceptuel.

Son Œuvre[modifier | modifier le code]

L'Anamorphose[modifier | modifier le code]

Le principe de l’anamorphose est défini comme un mode de figuration éclatée dans l’espace. Les éléments peints (figures, sculptures immatérielles, etc.) ne peuvent être visuellement rétablis que si on les regarde d’un certain point de vue, celui-là même où l’artiste place l’œil de son appareil photo. Si on se décale un peu, on ne perçoit plus du tout la même chose.

Tout au long de son œuvre, Georges Rousse a énormément utilisé ce principe, qu’il définit lui-même comme un « outil ».

« L’anamorphose n’est ni plus ni moins qu’un outil, comme le pinceau quand je dessine une forme ou l’architecture quand je construis ou casse un mur. Elle n’est rien d’autre qu’un simple outil visuel. Comme mon appareil photo. Il y a donc, pour moi, conjonction dans le fait d’utiliser l’anamorphose et la photographie. Quand on regarde mes photos, il n’y a aucun effet d'anamorphose. L'image que l'on y voit procède toutefois du procédé de l'anamorphose. »[4]

La photographie que l’artiste donne à voir montre en effet l'image d'une anamorphose mais ce n'est pas une anamorphose en soi. C'est soit une sculpture, un volume pyramidal par exemple, soit un tableau, comme il en est de la série des damiers. La finalité est d'introduire une perspective et une action picturale à l'intérieur d'un espace qui est la photographie. Quand on a compris que ses images ne relèvent pas de la technique du copier/coller, on peut alors chercher à déconstruire ce qu'on a sous les yeux. Il y a tout un cheminement statique possible à faire devant l'image : on suit une ligne, on voit qu'elle part du sol, passe sur le mur, se glisse dans un coin, revient devant, va jusqu'au plafond pour redescendre, etc. Il y a anamorphose mais statique, immobile.

Évolution de son Œuvre[modifier | modifier le code]

Figuration[modifier | modifier le code]

Au début des années 1980 son travail se manifeste à travers tout un lot de photographies qui en appellent à une manière de « figuration libre ». En effet l’artiste intervient dans des lieux abandonnés, destinés à être démolis, dans lesquels il peint des figures humaines.

Puis à partir de 1983, il s’intéresse davantage à l'espace et à la disposition des plans à investir : les personnages sont peints sur différents murs (par petits morceaux) et seule la photographie reconstitue l’unité par le point de vue adopté.

Pour l’artiste c’est une manière de repousser la photo en y introduisant des personnages peints sur toutes sortes de supports (notamment sur les murs dans des lieux abandonnés). La peinture lui apparaît alors comme bien « supérieure » à la photographie quant à ses possibilités d’utilisation. À ce moment, l’artiste prend conscience que dans son travail, la peinture n’est qu'un simple « moyen ». Son support, c'est le mur.

L'expérience du rapport entre la figure peinte et l'espace, puis de cette relation de la photo au sujet peint, constituait seulement une phase dans son travail. Dès lors, l’artiste repense sa relation à l’espace et quitte la figuration et s’intéresse aux volumes géométriques, qu’il appelle « sculptures immatérielles ».

Sculptures immatérielles[modifier | modifier le code]

Ces sculptures immatérielles sont des figures visibles, reconnaissables, dont on appréhende la matière, la texture, mais qui sont insaisissables dans leur réalité physique car elles ne sont que dessin.

Après la séquence figurative, Georges Rousse s’est donc posé la question de savoir comment introduire des sculptures dans l'espace. Devait-il les construire, mais que deviendraient-elles après? Devait-il simplement les suggérer, mais comment? Après être passé par différentes étapes, il fait une expérience déterminante lors d'un voyage à Calcutta. Du fait de la pauvreté et de la multiplication des familles nombreuses, la ville est constituée de bâtiments qui se développent selon un système d'excroissances externes empiriques répondant à des nécessités d'espace vital. Sur le même mode, l’artiste imagine de mettre en place des volumes dans son travail, mais de manière virtuelle, en les peignant dans l'espace à l'instar des figures précédentes. Puis, au fur et à mesure, l'idée lui vient de construire lui-même des excroissances et cela le conduit un peu plus tard à toute une série de photos présentant l'intérieur de cercles aux formes obliques, molles, etc.

Mots[modifier | modifier le code]

Lors du travail de préparation de ses œuvres, Georges Rousse prend toutes sortes de notes sur la peinture, l'art, la solitude, la mort, qui donnent lieu à des carnets de notes. L'idée lui vient alors d'exprimer son rapport à l'espace non plus en y créant une figure quelconque mais en reportant ces textes quelque part dans le lieu même.

Étant également un grand amateur de poésie et de littérature (André du Bouchet, Philippe Jaccottet), Georges Rousse cherche à savoir comment faire pour traiter l'espace de façon à produire quelque chose de semblable à ce qu’il éprouve à la lecture des textes de ces auteurs. C'est-à-dire comment faire pour restituer cette relation spatiale des mots au blanc de la feuille.

Pour ces œuvres il utilise des mots issus du grec, comme « Gaïa » ou « Eros », de l’anglais, comme « light », et du français comme « eau ». Les mots sont alors pour lui une nouvelle façon d’habiter l’espace, à travers la poésie.

Embrasures[modifier | modifier le code]

De 1985 à 1987, Georges Rousse est pensionnaire en tant que peintre à la Villa Médicis à Rome. À cette occasion, il commence une série intitulée « Embrasures » qui se traduit par un travail sur la lumière et l'architecture, le jeu sur la couleur, un jeu de mot entre l'embrasure des portes de ces lieux abandonnés et l'embrasement représenté par la couleur rouge.

« Ce sont des lieux d'incandescence et de régénération du soleil dont j’ai peint tout l'intérieur en rouge cinabre pour symboliser le feu. »[5]

Cartes/Plans[modifier | modifier le code]

Fils de militaire, Georges Rousse a énormément voyagé durant son enfance ainsi que tout au long de sa vie; que ce soit pour ces différentes installations ou expositions (France, Europe, États-Unis) ou pour ces voyages personnels (trekking au Népal). La création artistique et le voyage sont pour lui deux dimensions de sa vie totalement interdépendantes qui se nourrissent l’une de l’autre.

« Je voyage pour créer, autant que je crée pour voyager »[6]

Il réalise une série en superposant la vue de l'espace avec une reproduction de cartes topographiques du Népal. À travers ce travail l’artiste interroge la notion de mémoire, l’usage de la carte s’est déplacé d’une mémoire de paysages traversés vers une mémoire de l’histoire elle-même. De plus, certaines œuvres issues de cette série sont une forme de protestation et d’engagement de l’artiste. Il a par exemple dessiné le plan de la ville d’Hiroshima en 1940 dans une maison appartenant à la famille impériale. L’œuvre se situe donc entre mémoire de l’histoire et protestation contre le nucléaire.

Collections[modifier | modifier le code]

Depuis sa première exposition à Paris, à la galerie de France en 1981, Georges Rousse n'a cessé d'exposer et d'intervenir dans le monde entier, en Europe, en Asie (Japon, Corée, Chine, Népal.), aux États-Unis, au Québec, en Amérique latine…, poursuivant son chemin artistique au-delà des modes.

Il est représenté par plusieurs galeries européennes, telle la Galerie RX à Paris, et ses œuvres font partie de collections majeures. Il a également participé à de nombreuses biennales - Biennale de Paris, Biennale de Venise, Biennale de Sydney - et a reçu des prix prestigieux :

• 1983 : Villa Médicis « hors les murs » à New York

• 1985 - 1987 : Villa Médicis, Rome

• 1988 : prix ICP (International Center of Photography), New York

• 1989 : prix de Dessin du Salon de Montrouge

• 1992 : Bourse Romain Rolland à Calcutta

• 1993 : Grand Prix National de la Photographie

• 2008 : Georges Rousse succède à Sol Lewitt comme Membre associé de l'Académie royale de Belgique

Techniques[modifier | modifier le code]

Prise de vue[modifier | modifier le code]

Il utilise une chambre (appareil grand format) et travaille en argentique avec des plans-films 4×5 pouces, et un objectif grand angle.

L'appareil photo se substitue l'œil de l'artiste à cause de l'utilisation d'un objectif déformant l'espace. Lors de la réalisation d'une œuvre, Rousse place sur le verre dépoli de l'objectif un calque avec le tracé des contours de ce qu'il veut réaliser, ce qui lui permet de vérifier que le motif souhaité coïncide avec le tracé fait dans l'espace réel. Il reporte le motif dans cet espace avec l'aide de ses assistants.

Il utilise aussi des films Polaroid pour garder en mémoire l'espace de travail et des systèmes argentiques de plus petits format (Leica R argentique 24x36 et objectif 28 mm à décentrement / reflex numérique) pour les ”prises de notes”.

Tirage[modifier | modifier le code]

Les œuvres de Rousse sont tirées en grand format, leur plus petite dimension étant habituellement 125 cm. La plupart des tirages sont de 160 cm × 125 cm, certaines œuvres sont de géométrie plus étroite, ou carrées.

Jusqu'en l'année 2000 les tirages étaient fait en Cibachrome.

Depuis quelques années, les tirages sont des tirages numériques Lambda. Les tirages sont laminés sur un aluminium Dibond. Une œuvre ainsi montée peut être protégée par Diasec (en) ou encadrée (par exemple avec une caisse américaine).

Une œuvre est tirée à cinq exemplaires avant d'être considérée épuisée et donc ne pouvant plus être vendue.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Georges Rousse, Éditions Actes Sud. Collection Photo Poche. no 123. Texte de Alain Sayag, 76 photographies reproduites en couleur. 2009. (ISBN 978-2-7427-8415-8)[7]
  • Tour d’un monde, 1981-2008, Éditions Actes Sud. 2010[8].
  • Bending Space : Georges Rousse and The Durham Project, Kenny Dalsheimer. Productions Penelope Maunsell - The groove. (56 min. DVCPro HD, HDCam, DigiBeta, HDV, HD DVD). 2007.
  • Contacts, de Jean-Pierre Krief, Arte France, (France, 29 min). 2002.
  • Georges Rousse 1981-2000, Éditions Bärtschi/Salomon. 320 pages. Textes de Régis Durand, Jocelyne Lupien et Patrick Roegiers (deux éditions français-allemand et anglais-espagnol), biographie et bibliographie, portraits photographiques, illustrations en couleur. 2000. (ISBN 2940292019)
  • Dictionnaire multimédia de l'art moderne et contemporain, CD-ROM, éd. Hazan, Videomuseum, RMN, Akal, 1996.
  • Georges Rousse, Galerie Guy Bärtschi, Genève. Texte de Philippe Piguet, illustrations en couleur. 1995.
  • Georges Rousse : De la ruine à la lumière, Hanshin Art Poject. Texte d’Aomi Okabe (japonais), illustrations en couleur, portrait photographique. 1995.
  • Une œuvre de Georges Rousse, Éditions Muntaner, Marseille, collection Iconotexte. Textes de Jean Arrouye, Pascale Cassagnau, Démosthène Davvetas, Anne-Marie Garat, Pierre Guin et Bernard Muntaner, illustration en couleur. 1993.
  • Georges Rousse : Chemin 1981-1987 Éditions Paris Audiovisuel. Entretien avec Démosthène Davvetas, illustrations en couleur. 1987.
  • Eighty : Les peintres en France dans les années 1980 (Georges Rousse- Louis Cane) - Éditions Eighty Magazine, Paris. Biographie de Catherine Flohic, texte de Catherine Strasser, illustrations en couleur. 1984.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité de la BnF
  2. cf biographie du site officiel de l'Artiste
  3. cf interview de Geroges Rousse, Photographie de l'invisible, propos recueillis par Mathieu Menossi pour Evene.fr, 25 mai 2008
  4. cf entretien entre Philippe Piguet et Georges Rousse, Catalogue de l'exposition Georges Rousse au musée de Châteauroux, décembre 2003-février 2004
  5. id. Exposition musée Châteauroux
  6. op cit, Photographie de l'invisible
  7. Préface Alain Sayag, « Georges Rousse », sur Actes Sud,‎ 2009 (consulté en nov. 2009)
  8. Jocelyne Lupien, Philippe Ortel, Philippe Piguet, « Georges Rousse, Tour d'un monde 1981 - 2008 », sur Actes Sud,‎ 2010 (consulté en 2010)

Liens externes[modifier | modifier le code]