Francisco Espoz y Mina

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Francisco Espoz y Mina
Image illustrative de l'article Francisco Espoz y Mina

Naissance
Idocin
Décès (à 55 ans)
Barcelone
Origine Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Royaume d'Espagne
Grade Général
Conflits Guerres napoléoniennes
Faits d'armes bataille de Salamanque

Francisco Espoz y Mina () est un général espagnol.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naquit en Navarre, dans le petit village d'Idocin, le .

Juan Esteban Espoz y Mina, et Maria Teresa Hundain y Ardaiz, ses père et mère, étaient de simples laboureurs. Quand il sut lire et écrire (c'est à cela que se borna toute son éducation), il s'adonna aux travaux des champs. Son père mort, il le remplaça et se mit à la tête de son petit patrimoine : il vécut ainsi jusqu'à 26 ans.

Espoz y Mina-galeria.jpg

L'invasion française de 1808 le tira de la vie champêtre et le jeta de sa chaumière dans les camps. Il entra en qualité de volontaire dans le bataillon de Doyle le . Peu de temps après, il passa dans la Guérilla de son neveu Francisco Javier Mina. Cette bande ayant été dissoute en 1810 et Francisco Javier fait prisonnier par les Français, sept hommes reconnurent l'oncle pour leur chef.

À peine à la tête de sa petite troupe, il fut nommé par la junte aragonaise, commandant en chef des guérillas de Navarre. La régence, qui gouvernait le royaume en l'absence de Ferdinand, le confirma dans ce poste honorable et l'éleva successivement aux grades de colonel, de brigadier, de maréchal de camp, de commandant général du haut Aragon. Sa première mesure comme dictateur des guérillas navarrais, fut de désarmer tous les chefs de bande qui répandaient le ravage et l'effroi dans la contrée, et de réunir leurs troupes à la sienne. À partir de cette époque, Mina prend une attitude plus régulière. A force d'activité, il organise un corps de partisans qui fit essuyer à l'armée française des pertes incalculables. Plusieurs fois trahi et battu partiellement, il se rallia toujours et devint formidable au point de mériter, de la part de l'ennemi lui-même, le titre de Roi de Navarre. Il soutint, durant cette campagne, cent quarante-trois combats, sans compter les escarmouches et les petites rencontres. Les actions les plus importantes furent : celle de Rocafort y Sanguesa, où, avec 3 000 hommes il en défit 5 000 et s'empara de toute l'artillerie ennemie ; celle d'Arlaban, où il prit tout un convoi qui retournait en France, et délivra 700 prisonniers espagnols. Masséna, auquel ce convoi servait d'escorte, n'échappa que par un heureux hasard, qui l'avait retenu quelques heures en arrière. On cite encore le combat de Maneria, où il détruisit de fond en comble la division du général Abbé, forte de 7 000 hommes, et les engagements d'Egea, d'Ayube, de Placencia ; la seconde affaire d'Arlaban où périt un secrétaire de Joseph Bonaparte, la prise du château d'Aljaferia et l'entrée à Saragosse en 1813; enfin la prise de Jaca, au mois de janvier 1814.

Indépendamment de ces affaires locales, Mina avait contribué puissamment à la bataille de Salamanque remportée sur les Français par les troupes anglo-portugaises, en arrêtant en Navarre, pendant 53 jours, la marche de 26 000 hommes et 80 pièces de canon, destinés à joindre l'armée du maréchal Marmont; et plus tard, il assura le gain de la bataille de Vitoria, en empêchant les divisions de Clausel et de Foy, fortes de 28 000 hommes, de rejoindre l'armée principale. Il avait intercepté leur correspondance, de manière que l'ordre qui appelait ces deux généraux, ne leur parvint pas.

Exaspérés par les désastres essuyés en Navarre, les Français sortirent de leur caractère et commencèrent une guerre de barbares, pendant et fusillant autant d'officiers et de soldats qu'ils en pouvaient prendre, et emmenant en France un grand nombre de familles espagnoles; la tête de Mina lui-même avait été mise à prix. Dans ces circonstances, Mina usa de représailles, et le , il publia une proclamation dont le premier article est ainsi conçu : « En Navarre, on déclare la guerre à mort et sans quartier, sans distinction de soldats ni d'officiers, y compris même l'Empereur des Français. » Cette guerre atroce se soutint quelque temps. Pour un officier espagnol exécuté par l'ennemi, Mina en faisait fusiller quatre, et vingt soldats pour un. Il tenait toujours en réserve, dans une vallée de Roncal, un nombre considérable de prisonniers dévoués à ces exécutions. Aux premières ouvertures des généraux français, Mina s'empressa d'adhérer à leur demande de cesser cet affreux carnage.

Telle était la vigilance de ce partisan que, dans le cours d'une si longue campagne, ayant à combattre un ennemi toujours supérieur en nombre, il ne fut surpris qu'une seule fois, le . Trahi par Malcarado, l'un de ses officiers, qui avait des intelligences avec le général Panetier, il se vit entouré, au village de Robres, par 1 200 hommes. Attaqué par cinq hussards au seuil même de la maison où il était logé, il se défendit avec la barre de la porte, la seule arme qu'il eût sous la main, tandis qu'on lui préparait son cheval ; et ayant réussi à rallier quelques-uns des siens, il soutint le combat pendant trois quarts d'heure, et donna le temps à tout son monde de se mettre en sûreté ; le lendemain, il fit fusiller Malcarado et pendre trois alcades et un curé qui avaient trempé dans le complot.

Au milieu de tant de travaux, de combats toujours renaissants, Mina parvint à org-niser une division de neuf régiments d'infanterie et deux de cavalerie qui, à la fin de la campagne, formaient un' ensemble de 13 500 hommes. Il résulte des rôles officiels, qu'il ne perdit pas, en tout, plus de 5 000 hommes, tandis que la perte des Français, avec les morts et les prisonniers, a été portée au chiffre énorme de 40 000 hommes.

Mina paya toujours de sa personne; il eut quatre chevaux tués sous lui et reçut plusieurs blessures, dont une balle au genou, qu'il garda toute sa vie. Il avait établi pour son armée des fabriques ambulantes d'armes et de munitions qu'il transportait avec lui ou cachait dans le sein des montagnes. Pour couvrir tant de dépenses, il n'avait que le produit d'une douane que lui-même avait établie sur la frontière de France, et une contribution mensuelle de cent onces, que la douane d'Irun avait consenti à lui payer, afin qu'il n'entravât pas ses opérations. Il joignait à ces revenus les prises faites sur l'ennemi, les amendes dont il frappait des Espagnols suspects et quelques dons volontaires.

Dans le but de conserver, dans cette grande tourmente, les institutions civiles, il forma un tribunal de justice qui siégeait dans son camp, et auquel les peuples d'Alava et du Guipuscoa, et même ceux du haut Aragon, venaient soumettre leurs différends. Il y joignit même le tribunal ecclésiastique de Pampelune, alors occupée par les Français. Nommé chef politique de la Navarre en 1813, Espoz y Mina, qui appartenait à la franc-maçonnerie [1], profita de sa double autorité civile et militaire pour favoriser tout ce qui pouvait consolider les libertés publiques.

Ainsi, armé en même temps de l'épée du soldat et du glaive du magistrat, il réunit longtemps dans sa personne toute la force de l'État, et on lui rendit cette justice, qu'il n'avait abusé d'aucune de ces deux dictatures.

En 1814, Mina ayant passé la frontière, était occupé à bloquer Saint-Jean-Pied-de-Port; lorsque la paix termina la campagne d'invasion, le partisan victorieux pouvait alors aspirer à tout, Ferdinand, rétabli sur son trône, désira le connaître ; mais pendant le mois que Mina passa à Madrid, il put se convaincre qu'il y a deux fortunes : celle des combats et celle des cours. Il était trop franc et trop simple pour obtenir jamais les faveurs de la dernière. Il parla à Ferdinand d'institutions et de libertés publiques, les courtisans s'alarmèrent de ce langage, et pour l'éloigner de la capitale, ils firent courir le bruit en Navarre que sa division allait cesser d'être considérée comme troupe de ligne, mais qu'elle serait traitée comme corps franc; de là, force désertions : Mina fut renvoyé dans sa province pour sévir contre les transfuges. Sa présence suffit pour calmer les esprits; une simple proclamation ramena sous les drapeaux 2 500 déserteurs. Sûr de l'attachement de ses compagnons d'armes et indigné du joug que le parjure Ferdinand faisait peser surl'Espagne, Mina conçut le hardi projet de s'emparer de Pampelune, afin d'y rétablir la constitution des Cortès.

La tentative eut lieu dans la nuit du 25 au 26 septembre; elle échoua, et le 4 octobre, Mina réduit au rôle de fugitif et de proscrit, se réfugia en France, où il fut reçu avec une distinction marquée par tous les officiers qui l'avaient combattu. Il était à peine arrivé à Paris qu'il fut arrêté sur la demande du comte de Casa Florès, ambassadeur d'Espagne ; mais il fut élargi presque aussitôt, et cinq jours plus tard, il eut la satisfaction de voir renvoyer par Louis XVIII l'ambassadeur qui l'avait dénoncé. Le noble exilé vécut à Bar-sur-Aube d'une modique pension que lui faisait le gouvernement français.

Pendant les Cent-Jours, Napoléon Ier voulut l'attacher à son service, et lui refusa le passeport qu'il avait demandé pour quitter la France ; mais inflexible dans son inimitié, Mina s'échappa clandestinement de Bar-sur-Aube, et quoique serré de près par les gendarmes, il réussit à gagner la frontière et se retira à Bâle. Il passa delà à Gand, et sans avoir toutefois combattu à Waterloo, il revint à Paris avec l'émigration de la seconde Restauration. Arrêté en 1816 par M. de Cazes avec le comte de Toreno et quelques autres proscrits espagnols qu'on accusait de conspiration contre les Bourbons, il ne fut relâché qu'après deux longs mois de captivité ; mais depuis cette épreuve, il vécut paisiblement à Paris jusqu'en 1820.

La pierre de la constitution ayant été relevée à l'île de Léon, Mina vint la proclamer une seconde fois en Navarre, à travers mille périls, mille obstacles. Quelques hommes se joignirent à lui, et redevenu comme autrefois chef de partisans, il marcha sur Pampelune qui lui ouvrit ses portes. Quand la constitution eut triomphé à Madrid, il fut nommé par Ferdinand capitaine général de la Navarre ; mais il demanda sa translation en Galice, et l'obtint. Il prévint dans ce gouvernement la formation des bandes insurgées qui désolaient les provinces voisines. De Galice il passa à Léon, où il fit le service comme simple soldat parmi les volontaires nationaux. Il y eut le même succès qu'en Galice, pas un factieux ne s'y rencontra.

En 1822 Mina reçut du ministre San Miguel le commandement de l'armée de Catalogne, destinée à agir contre l'insurrection absolutiste et apostolique. Il entra en Catalogne le 9 septembre, avec 800 fantassins et 275 chevaux. Le 10, il prit à Lérida le commandement de l'armée, ou plutôt il en forma une. La Catalogne était alors occupée par 30 000 insurgés qui étaient maîtres de plusieurs places fortes, et qui même avaient à Urgel un gouvernement organisé sous le nom de Régence d'Espagne. En moins de six semaines il avait organisé une armée sortie, pour ainsi dire, de terre au bruit de son nom ; il avait fait lever le siège de Cervesa et pris Castel-Fullit qu'il fit raser de fond en comble. Sur ses ruines il fit placer l'inscription suivante :

Aqui existio Castel-Fullit.
Pueblos,
Tomad ejemplo :
No abrigueis a los enemigos de la patria.

Après ces débuts, Mina marcha de succès en succès; il prit Balaguer, mit en fuite la régence d'Urgel, s'empara de tous ses papiers, passa au fil de l'épée la bande féroce de Romogosa, rejeta sur le territoire français les débris de la rébellion, et put, après six mois de victoires continues, écrire au gouvernement que là guerre civile était terminée. De si grands services avaient été récompensés par le grade, de lieutenant-général et par la grand'croix de l'ordre de Saint-Ferdinand d'Espagne. Il avait reçu en même temps le commandement général et presque absolu de toute la Catalogne où il n'avait jusqu'alors commandé que l'armée (capitaine général).

Cependant les troupes françaises, concentrées sur la frontière sous le nom de cordon sanitaire, menaçaient d'une invasion la province pacifiée par Mina, et le 13 et le elles passèrent en effet brusquement la frontière. Mina pris au dépourvu tint en échec, avec 6 000 hommes seulement, pendant plus de deux mois, le maréchal Moncey, dont l'armée forte de 20 000 fantassins et de 2 500 chevaux était appuyée par plus de 7 000 insurgés. Il ne succomba que le dernier dans cette lutte, et lorsque le gouvernement constitutionnel était déjà tombé à Madrid. Le 1er novembre 1823 il entra en pourparlers avec le maréchal Moncey, obtint une capitulation honorable, remit Barcelone et les autres places aux Français, et s'embarqua pour l'Angleterre sur un bâtiment français. Il se rendit à Londres, où il passa dans une retraite honorée et studieuse les sept années de sa seconde émigration.

La Révolution de juillet 1830 vint le rejeter dans la vie aventureuse de sa jeunesse. Il arriva en France et courut se jeter dans une entreprise désespérée et d'une réussite impossible. Mis en fuite à Vera et poursuivi par le général Llander, il regagna, à travers mille dangers, la frontière de France.

Son exil dura quatre ans encore. Ferdinand VII était mort et le ministère Zea avait été renversé pour faire place à Martínez de la Rosa et au statut royal. Plusieurs amnisties avaient été publiées ; mais le nom de Mina avait été exclu de toutes les listes, il ne fut rappelé que le dernier. L'importance naissante de l'insurrection navarraise, les victoires de Tomás de Zumalacárregui, les défaites successives de tous les généraux envoyés contre lui, firent songer au vainqueur d'Arlaban et de Castel-Fullit. Un décret spécial le mit à la tête de l'armée navarraise.

L'ordre de rappel le trouva aux eaux, atteint d'un cancer à l'estomac, c'était en septembre 1834. Sans alléguer aucune des excuses que son état de maladie aurait assez justifiées, il monta à cheval presque aussitôt, et de proscrit devenu général, il vint prendre le commandement qu'on lui confiait. Malheureusement il fut entravé dans toutes ses mesures. Suspect au gouvernement de Madrid à cause de ses opinions libérales, il n'obtint ni confiance, ni secours. On avait partagé le commandement; Llauder, son ennemi personnel, fut nommé ministre de la guerre; il y eut un vice-roi de Navarre ; enfin il fut réduit au simple commandement du corps d'armée de Navarre, toutefois il commença les opérations; mais victime d'une position, fausse et vaincu par la maladie qui faisait des progrès, il dut quitter le commandement de l'armée pour aller se faire soigner à Montpellier par son ami le docteur Lallemand.

Il était encore dans cette ville, lors qu'en août 1835 éclata le soulèvement des Juntes. Les Catalans rappelèrent Mina au milieu d'eux et le nommèrent de leur autorité capitaine général de Catalogne. Il accepta et se rendit à Barcelone. Dès son arrivée, les bandes carlistes furent rejetées sur les montagnes, et Mina recommençant contre eux sa tactique de 1823, en débarrassa pour longtemps le sol catalan. L'assaut du fort de Notre-Dame-del-Horte, l'événement capital de cette campagne rappelle la prise de Castel-Fullit. Le premier entre tous les capitaines généraux, il créa dans sa province une junte de défense et d'armement, aliénant ainsi, dans l'intérêt général, une partie de son autorité et repoussant le maniement des deniers publics avec autant d'empressement que d'autres les recherchent.

Il est mort à Barcelone, au mois de décembre 1836, du mal qui le minait depuis si longtemps. Il était âgé de 55 ans environ. Sa femme Juana Vega, qu'il avait épousée en Galice, lui ferma les yeux.

Il était d'une constitution robuste et avait des formes carrées et athlétiques.

Source[modifier | modifier le code]

« Francisco Espoz y Mina », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Condesa de Espoz y Mina. Memorias de la condesa de Espoz y Mina Aguilar, S.A. de Ediciones-Grupo Santillana. Madrid.
  • Francisco Espoz y Mina. Memorias del General Francisco Espoz y Mina Ediciones Atlas. Madrid, 1962.
  • José María Iribarren. Espoz y Mina el guerrillero. Aguilar, S.A. de Ediciones-Grupo Santillana. Madrid, 1966.
  • José María Iribarren. Espoz y Mina el liberal. Aguilar, S.A. de Ediciones-Grupo Santillana. Madrid, 1966.
  • Hermilio de Olóriz. Navarra en la Guerra de la Independencia. Biografía del Guerrillero D. Francisco (Espoz y Mina)(sic). Pamplona 1910

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