François de Malherbe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir Famille de Malherbe.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir François Malherbe (homonymie).

François de Malherbe

Description de l'image  françois_de_malherbe.jpg.
Activités Poète
Naissance 1555
Caen
Décès 16 octobre 1628
Paris
Langue d'écriture Français
Mouvement Classicisme

Œuvres principales

Mes yeux, Au feu roi, Cette Anne

Statue de François de Malherbe sur une des façades du Musée du Louvre.

François de Malherbe est un poète français, né à Caen vers 1555[1] et mort à Paris le 16 octobre 1628. Il est le fils de François, écuyer, seigneur de Digny, conseiller au bailliage et présidial de Caen, et de Louise Le Vallois.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d’une famille noble, François de Malherbe s’attacha à l’âge de 19 ans à Henri d’Angoulême, fils naturel d’Henri II, et grand prieur de France. Il combattit dans les rangs de la Ligue, avant de se marier en 1581 avec Madeleine de Coriolis[2], la fille d'un président à mortier au Parlement de Provence et de se fixer à Aix. Appelé à Paris pour ses affaires en 1585, il reçut des pensions de Henri IV et de Marie de Médicis. Après la mort de son protecteur un an plus tard, il regagna d'abord la Normandie et puis la Provence. Afin de plaire de nouveau à la cour, Malherbe dédia au roi en vain les 2 poèmes Les Larmes de saint Pierre et Ode de bienvenue à Marie de Médicis.

Portrait de Malherbe sur une médaille, par Gatteaux, pour la ville de Caen, 1815, cuivre 41mm
Revers de la médaille avec la citation de Boileau : "Enfin Malherbe vint"

Épurer et discipliner la langue française a été l’œuvre de sa vie. Malherbe considérait la poésie tout à fait comme son métier. Il manifestait pour cela une grande sévérité à l’égard du maniérisme et du baroque des poètes du siècle précédent et notamment de Philippe Desportes. On peut le considérer comme le premier théoricien de l’art classique fait de mesure et bienséance et l’un des réformateurs de la langue française. Il fut pour cela l’un des auteurs les plus constamment réédités pendant l’Ancien Régime.

L’hommage que lui adressa Boileau (« Enfin Malherbe vint…, ») exprime cette dette des écrivains classiques. Aujourd’hui cet hémistiche est passé dans la langue pour saluer l’avènement d’un progrès, d’une réforme.

Ayant, même avec le roi, son franc-parler, il répondit un jour à ce dernier :

« Quelque absolu que vous soyez, vous ne sauriez, Sire, ni abolir ni établir un mot, si l’usage ne l’autorise. »

Malherbe, ce pessimiste, ne se faisait guère d’illusion sur son état et disait que

« c’était une sottise de faire le métier de rimeur [et] qu’un poète n’était pas plus utile à l’État qu’un bon joueur de quilles. »

Tallemant des Réaux, qui l’a décrit comme « rustre et incivil », a bien dépeint le caractère « maniaque » de son obsession pour la pureté de la langue. Il disait de ses ennemis « que, s’il s’y mettait, il ferait de leurs fautes des livres plus gros que leurs livres mêmes ». Certains refusèrent toujours, pour cette raison, de soumettre leurs écrits à son approbation parce que « ce n’était qu’un tyran, et qu’il abattait l’esprit aux gens ». Parmi ceux qui s’y risquèrent néanmoins, « Il dit à un homme qui lui montra un méchant poème où il y avait pour titre : POUR LE ROI, qu’il n’y avait qu’à ajouter : POUR SE TORCHER LE CUL. » Même, « une heure avant que de mourir, il se réveilla comme en sursaut d’un grand assoupissement, pour reprendre son hôtesse, qui lui servait de garde, d’un mot qui n’était pas bien français, à son gré ; et comme son confesseur lui en voulut faire réprimande, il lui dit qu’il n’avait pu s’en empêcher, et qu’il avait voulu jusqu’à la mort maintenir la pureté de la langue française[3]. »

Le seul fils qui lui restait, Marc-Antoine de Malherbe, fut tué en duel au château de Cadenet en 1627 par Paul de Fortia de Piles[4], assisté de son beau-frère Gaspard de Covet de Marignane[5]. Inconsolable, Malherbe mourut quinze mois plus tard le 16 octobre 1628 à Paris. Il avait institué pour héritier Vincent de Boyer d’Éguilles, son neveu, depuis conseiller au Parlement de Provence. Vincent de Boyer qui se maria en 1644, avec Madelaine de Forbin-Maynier d'Oppède, ajouta à son nom celui de Malherbe. Une des conditions que Malherbe lui avait imposée, dans son testament, était que les Boyer prendraient pendant trois générations le nom de Malherbe. Les papiers et les livres du poète furent recueillis dans la famille Boyer d'Éguilles jusqu'à la Révolution.

Citation[modifier | modifier le code]

Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses
L’espace d’un matin.

(Consolation à M. du Périer)

Ce poème constitue une réécriture de la Consolation à Cléophon, écrite en 1592 à l'occasion de la mort de Rosette, la fille de Cléophon, son ami normand. À la mort de la petite Marguerite du Périer en 1598, alors qu'elle avait cinq ans, Malherbe a repris ce poème, supprimant certains archaïsmes et remaniant quelques rimes[6]. Une légende veut que ces deux vers célèbres soient dus à une erreur de lecture de l'imprimeur: initialement, Malherbe aurait écrit Rosette a vécu…, et celui-ci aurait fait une erreur et lut Roselle a vécu…, ce qui aurait donné la forme définitive: Et rose, elle a vécu...[7]. Cependant, une variante de cette Consolation, qui n'existe que sur feuille volante, tend à démentir cette rumeur :

Et ne pouvait, Rosette, être mieux que les roses
Qui ne vivent qu'un jour.

Ainsi, le nom de Rosette semble davantage être le nom de la fille de Cléophon qu'un surnom accordé à Marguerite[8]. Néanmoins, ces vers, publiés pour la première fois dans l'édition Parnasse en 1607, comptent parmi les plus mélodieux de la poésie française et ne sont pas sans rappeler les roses de Pierre de Ronsard. Lorsque Malherbe publia cette Consolation, du Périer avait eu le temps de se remarier et d’avoir deux autres enfants.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « MALHERBE FRANÇOIS DE (1555-1628) », Encyclopædia Universalis
  2. Contrat de mariage en date du 1er octobre 1581, reçu par Me Abel Hugoleni, notaire à Aix-en-Provence. Ce contrat de mariage fut passé dans la maison Margalet (rue Courteissade).
  3. Historiettes, XXIX, Paris, Gallimard, 1960-1961
  4. Il est dit parfois, que c'est Ludovic de Fortia qui tua Malherbe. Ceci est une erreur, car dans sa lettre à Louis XIII, Malherbe dit formellement : Cauvet, conseiller d'Aix, beau-père de de Piles et père de Bormes, qui sont les deux abominables assassins de mon pauvre fils, prêche partout la vertu de ses pistoles, ... Or, il est certain, et l'avertissement en question le reconnaît, que c'est Paul de Fortia, et non Ludovic, son frère, qui épousa Marguerite de Covet de Marignane. (Roux-Alphéran)
  5. Ambroise Roux-Alphéran, Les rues d'Aix sur Google Livres, vol. 1, Aubin, 1846, p. 558
  6. Roger Guichemerre, Quatre poètes du XVIIe siècle, Malherbe–Tristan l'Hermite–Saint-Amant–Boileau, Sedes, Paris, ©1991, p. 28-30
  7. Dictionnaire de l'argot des typographes, section Coquilles célèbres ou curieuses
  8. Malherbe, François de. Les Poésies, édition de Jacques Lavaud, Paris, Société des Textes Français Modernes, ©1999, p. 242-248

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
  • « Le quatrième centenaire de la naissance de Malherbe », dans les Annales de Normandie, 1956, 6e année, no 1 [lire en ligne]
  • Gustave Allais, Malherbe et la poésie française à la fin du XVIe siècle (1585-1600), Genève, Slatkine Reprints, 1969
  • Louis Baudoin, De la Normandie à la Provence sur les pas de Malherbe, La Seyne, Impr. centrale, 1969
  • Raymond Baustert, L’univers moral de Malherbe : étude de la pensée dans l’œuvre poétique, Berne ; New York, P. Lang, 1997
  • Emil August Beckmann, Étude sur la langue et la versification de Malherbe, Elberfeld, R.L. Friderichs & comp. 1872
  • V. Bourrienne, Malherbe ; points obscurs et nouveaux de sa vie normande, Paris, A. Picard et fils, 1895
  • Gro Bjørnerud Mo, La poésie est une danse : lire François de Malherbe, Oslo, University of Oslo, 1999
  • Albert de Broglie, Malherbe, Paris, Hachette et cie, 1897
  • Ferdinand Brunot, La Doctrine de Malherbe, Paris, A. Colin, 1969
  • P.G. Catex, P. Surer, G. Becker, Histoire de la littérature française, Librairie Hachette, 1974
  • Jean de Celles, Malherbe ; sa vie, son caractère, sa doctrine, Paris, Librairie académique Perrin, 1937
  • Urbain Chevreau, Remarques sur les poésies de Malherbe, Niort, G. Clouzot, 1909
  • Albert Counson, Malherbe et ses sources, Liège, Imprimerie H. Vaillant-Carmanne, 1904
  • Célestin Hippeau, Les Écrivains normands au XVIIe siècle, Caen, Impr. de Buhour, 1858
  • Gilles Henry, François de Malherbe : gentilhomme et poète, 1555-1628, Mondeville, Diffusion normande du livre, 1984
  • René Fromilhague, La vie de Malherbe, apprentissages et luttes, 1555-1610, Paris, A. Colin 1954
  • Gilles Henry, François de Malherbe : gentilhomme et poète (1555-1628), Le Coudray-Macouard, Cheminements, 2005 ISBN 2-84478-092-X
    En appendice, choix de textes
  • Roger Guichemerre, Quatre poètes du XVIIe siècle, Malherbe-Tristan l'Hermite-Saint-Amant-Boileau, Sedes, Paris, ©1991
  • Marie-Théodore de Jésus, Malherbe : caractère de sa réforme linguistique, Montréal, Université de Montréal, 1950
  • Raymond Lebègue, La poésie française de 1560 à 1630, Paris, Société d’édition d’enseignement supérieur, 1951
  • Roger Lewinter, d'inflexion, pénétrant, Malherbe, Rimbaud, (Baudelaire), Mallarmé, éditions Ivrea, 2010. (ISBN 9782851842824)
  • François de Malherbe, Les Poésies, édition de Jacques Lavaud, Paris, Société des Textes Français Modernes, ©1999
  • Otto Neuendorff, De l’influence opérée par Malherbe sur la poésie et sur la langue française sur Google Livres, Marburg, Druck von J.A. Koch, 1871
  • Francis Ponge, Pour un Malherbe, 1965
  • Racan, Vie de Monsieur de Malherbe, Paris, Le Promeneur, 1991
  • Adolphe Régnier, Lexique de la langue de Malherbe, Hildesheim, G. Olms, 1970
  • David Lee Rubin, Higher, Hidden Order: Design and Meaning in the Odes of Malherbe, Chapel Hill NC (États-Unis), University of North Carolina Press, 1972.
  • David Lee Rubin, A Pact with Silence: A Poetic of the French Lyric in the Early 17th Century, Columbus OH (États-Unis), The Ohio State University Press, 1981.
  • Maurice Anatole Souriau, La versification de Malherbe, Poitiers, Millet et Pain, 1892

Œuvres en ligne[modifier | modifier le code]

  • Œuvres de Malherbe. Éd. revue sur les autographes, les copies les plus authentiques et les plus anciennes impressions et augm. de notices, de variantes, de notes, d’un lexique des mots et locutions remarquables, d’un portrait, d’un fac-similé, recueillies et annotées par Ludovic Lalanne, Tome premier, Tome deuxième, Tome troisième, Tome quatrième, Tome cinquième, Paris, Hachette, 1862

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens internes[modifier | modifier le code]