Mohammed ben Nazar

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Mohammed ben Nasr, Mohammed ben Nazar, Mohammed Ier de Grenade ou Abû `Abd Allâh “al-'Ahmar” Mohammed ben Yûsuf ben Nasr[1] surnommé Al-'Ahmar[2] (Le rouge, El Rojo) à cause de sa barbe rousse (Qal'at Aryuna, auj. Arjona (Espagne), 1194[3] - Grenade (Espagne), 1273) est le fondateur de la dynastie des Nasrides[4] du nom de son grand-père An-Nasr. Il s'est autoproclamé émir à Arjona en 1232. Il conquiert Grenade en 1238 et y fonde l'émirat de Grenade, dernier État musulman d'Al-Andalus.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa famille est originaire de Saragosse mais elle s'est réfugiée en Andalousie lors de la conquête de la cité aragonaise par Alphonse Ier d'Aragon en 1118 et ils s'établirent à Arjona. Il a hérité de son père de terres que, dit on « il cultivait de ses mains ».

Le lundi 16 juillet 1212[5] la bataille de Las Navas de Tolosa entre une coalition de circonstance de plusieurs états chrétiens de la péninsule ibérique contre des troupes sous commandement de l'almohade Mohammed an-Nâsir marque le début de la fin de la présence musulmane en Espagne. Mohammed ben Nasr est alors l'un des chefs locaux qui se soulèvent contre les Almohades affaiblis par cette défaite.

À partir de 1228, Ibn Hud un descendant de la dynastie houdide de Sarragosse, se rend indépendant, convertissant à nouveau Murcie en capitale de Al-Andalus en reconquérant la majeure partie d'Al-Andalus sauf la région de Valence. Mohammed ben Nasr se déclare être son vassal. En avril 1232, avec l'appui de son oncle Yahya ibn Nasr, il se rebelle contre Ibn Hud et se proclame sultan de la taïfa d'Arjona. Ensuite il conquiert Jaen. Il affronte Ibn Hud pour la possession Cordoue et de Séville. En 1234, il se déclare vassal de Cordoue qu'Ibn Hud contrôle alors, pour assurer ses territoires récemment conquis.

Ferdinand III de Castille prend Cordoue en 1236. Mohammed ben Nasr comprend la menace. Il se rapproche de Ferdinand pour lui proposer son soutien dans la conquête de Séville contre la garantie de garder son indépendance en tant que vassal. Ferdinand accepte et prend Séville.

Mohammed al-Ghâlib bi-llâh[modifier | modifier le code]

La porte d'Elvire à Grenade

Le mécontentement de la population contre Ibn Hud va croissant à cause des impôts qui servent à payer le tribut dû à Ferdinand III de Castille. Ce mécontentement aboutit au meurtre d'Ibn Hud à Almería. Cela profite à Mohammed ibn Nasr qui conquiert Almeria et Malaga en 1238. Il s'empare des Alpujarras et assiège les villes de Guadix et de Baza jusqu'à ce que, vers le milieu du mois de juin 1238, on lui livre Grenade. Il entre dans Grenade par la porte d'Elvire (Puerta de Elvira) et occupe l'ancien palais royal (Palacio del Gallo del Viento). Il se proclame roi Mohammed Ier de Grenade et fonde la dynastie nasride.

C'est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé :

« Wa lâ Ghâlib illâ Allâh[6] ! »

Cette phrase va devenir la devise de la dynastie. Cette devise va être répétée à l'envi dans la décoration de tous les palais nasrides construits au cours des deux siècles suivants. Ce cri de victoire a valu son second surnom à Mohammed ben Nasr : Al-Ghâlib bi-llâh[7] (Vainqueur grâce à Dieu).

Vassal de Castille[modifier | modifier le code]

En 1243, l'émir de Murcie signe la capitulation de Alcaraz, en acceptant un protectorat des royaumes de Castille et de León. Ainsi, Murcie gagne une forte alliance pour faire face aux Aragonais (de Jacques Ier) et à Mohammed ben Nasr. La Castille, en contrepartie, obtenait un accès à la Mer Méditerranée. Mohammed ben Nasr finit par signer le Pacte de Jaén, un accord avec Ferdinand III par lequel il se déclare vassal de la Castille et Leon et accepte de payer un tribu en échange d'une paix de vingt ans. Il s'engage aussi à prêter main forte au roi Ferdinand III. En 1248, il met à la disposition de Ferdinand III un important contingent de troupes qui sont intervenues de manière décisive dans la reconquête chrétienne de Séville.

En 1252, Ferdinand III décède et Alphonse X le Sage lui succède. L'accord de paix avec la Castille est renouvelé. Mais cet accord est cassé en 1264 par Mohammed ben Nasr lui-même, à la suite de la reprise par les castillan de Cadix (en 1260), Jerez et Niebla.

En 1271, Les Mérinides du Maroc opèrent un débarquement à Tarifa. Malgré un appel à l'aide, le sultan mérinide Abû Yûsuf Ya`qûb est trop occupé par ses campagnes sur le territoire marocain pour venir en aide aux derniers musulmans d'Espagne. Après la mort de Mohammed ben Nasr cette percée des Mérinides va entraîner de nouvelles guerres entre la Castille, les Nasrides et les Mérinides.

Avant de mourir, Mohammed ben Nasr a laissé comme héritier son fils aîné Abû `Abd Allah Mohammed al-Fâqih qui monte sur le trône en 1273.

Un État de la Renaissance[modifier | modifier le code]

Les Nasrides auront plus le temps pour asseoir leur structure d'État, et développeront des palais externes au centre de la cité principale, comme au temps du califat occidental. Dès 1238, Mohammed ben Nasr entreprend la construction de l'Alhambra de Grenade, son fils terminera les travaux.

Le royaume de Grenade sera le seul État d'Europe occidentale dirigé par une dynastie de confession islamique, contemporain de la Renaissance.

Du point de vue religieux, les Nasrides vont délaisser le soufisme et l'ascétisme des Almoravides et des Almohades pour adopter le rite Malékite qui est maintenant le rite adopté par la majorité des musulmans du Maghreb.

Notes et r/f/rences[modifier | modifier le code]

  1. arabe : abū ʿabd allāh “al-ʾAḥmar” muḥammad ben yūsuf ben naṣr,
    أبو عبد الله "الأحمر" محم بن يوسف بن نصر (ar)
  2. arabe : al-ʾAḥmar, الأحمر, Le rouge
  3. Cette date varie entre 1191 (Wikipedia (en)) et 1195 ((ar) www.hukam.net) selon les sources.
  4. espagnol : nazarí, nasrides
  5. 15 safar 609 A.H.
  6. arabe : wa lā ḡālib illā allāh, ولا غالب إلا الله, Il n'y a pas d'autre vainqueur que Dieu
  7. arabe : al-ḡālib bi-llāh, الغالب بالله, Vainqueur grâce à Dieu

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Janine et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, éd. P.U.F., (ISBN 978-2-130-54536-1) Nasrides, p. 615.