Guerres de Grenade

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Les guerres de Grenade constituent une succession de conflits qui opposa de 1482 à la fin de l'année 1491 les royaumes d'Aragon et de Castille à celui de Grenade. Cette guerre mit fin à la présence musulmane (en tant qu'entité politique indépendante) en Espagne, l'année cruciale pour les Rois catholiques.

Les belligérants[modifier | modifier le code]

Les royaumes chrétiens[modifier | modifier le code]

Ces deux royaumes sont gouvernés par les futurs rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Ils s’étaient mariés en 1469. En 1474, le roi Henri IV de Castille, frère d’Isabelle, était mort en laissant une fille soupçonnée d’illégitimité. Un conflit de succession s’en était suivi, dont Isabelle était sortie victorieuse, en 1479, mais la noblesse, aussi bien parmi les anciens partisans de la fille d’Henri IV que les partisans d’Isabelle, mécontente d’être laissée à l’écart du pouvoir, restait agitée. Entre temps, Ferdinand avait succédé à son père, en 1479.

Afin de consolider leur pouvoir et l’unification des royaumes, les rois catholiques décidèrent de lancer leur noblesse et de fédérer leurs peuples dans une entreprise à mettre une terme final à la Reconquista. Les nobles y virent une occasion de se distinguer et de se faire attribuer des nouvelles terres et des honneurs.

Le royaume de Grenade[modifier | modifier le code]

Cet émirat se maintient depuis deux siècles et n’a survécu qu’en raison de l’hostilité existant entre les royaumes chrétiens d’Espagne. Il verse en outre d’importants tributs au royaume de Castille en garantie de la paix, ce qui n’exclut pas de nombreuses escarmouches frontalières. Les États musulmans d’Afrique du Nord n’ont pas les moyens d’aider militairement l’émirat de Grenade, à l’exception de l’Égypte mamelouk, mais la préoccupation principale de cette dernière est l’expansion de l’Empire ottoman, qui vient de conquérir Byzance (1453), et qui finira par faire la conquête de l’Égypte en 1517.

La démographie du royaume ne permettra pas d'importantes levées de troupes, contrairement à l’Aragon et à la Castille, et son artillerie, élément déterminant pendant cette guerre, est nettement moins développée que celle de ses ennemis. Depuis les années 1410, l’émirat est en proie aux luttes intestines.

Le déroulement de la guerre[modifier | modifier le code]

Il n’y eut quasiment pas de grandes batailles durant cette guerre. Il y eut principalement des campagnes annuelles dont le but était de ruiner le royaume de Grenade, et des sièges où l’artillerie sera déterminante.

On peut décomposer les guerres de Grenade en quatre phases :

Première phase (1482-1484)[modifier | modifier le code]

Cette première phase se fait sous le signe de l'improvisation. Mal préparée, sans tactique réellement mise au point et ayant sous-évalué les difficultés, l'armée chrétienne subira plusieurs revers et des échecs. Le point fort de cette phase est le siège de Loja en 1482. Trop bien défendue, la ville résiste aux assauts, et les pertes sont nombreuses, si bien que Ferdinand devra abandonner le siège au bout de quatre jours. La barre ne sera redressée qu'à l'automne 1483, avec la prise de Zahara et le maintien des chrétiens à Alhama.

Seconde phase (1485-1487)[modifier | modifier le code]

Mieux préparée et équipée, l'armée catholique remporte plus de succès. Elle prend Ronda au bout d'un siège de quinze jours, la Vega de Grenade, Loja et Malaga. Les moyens qui permirent les prises des villes furent l'artillerie, mais aussi la trahison d'un certain nombre de Maures. À la fin de cette phase, toute la partie occidentale du royaume est conquise.

Troisième phase (1488-1489)[modifier | modifier le code]

Cette troisième phase va voir la conquête de la majeure partie du royaume. La campagne de 1489 fut la plus dure de la guerre, avec le siège de Baza qui dura six mois. Zagal, l'oncle de Boabdil et son compétiteur, vaincu, quitte l'Espagne et se réfugie près du Roi de Fez.

Quatrième phase (1490-1492)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prise de Grenade.
Le départ de Boabdil.

À l'issue de cette phase, seule la ville de Grenade reste musulmane. Boabdil s'était engagé à la livrer aux rois catholiques après la défaite de Zagal, mais, craignant des réactions défavorables des habitants de la ville, temporise. Après de vaines discussions durant l'année 1490, les chrétiens envoient une armée qui quitte Séville le 11 avril 1491. Le siège commence le 9 juin, ainsi que la construction de la ville de Santa-Fe. Grenade tient bon, mais des conciliabules secrets entre les rois se déroulent, et des accords signés le 25 novembre 1491 scellent le destin de la ville. Boabdil quitte la ville et la livre le 2 janvier 1492.

Les conséquences de la guerre[modifier | modifier le code]

Bannière des Tercios

Avec la prise de Grenade, l'Espagne a fini sa réunification, qui ne sera définitive qu'avec la mort de Ferdinand le Catholique. En effet, après la mort d'Isabelle (1504), il s'était remarié et la naissance d'un fils aurait remis en cause l'union des royaumes. Les difficultés des guerres de Grenade ont obligé la modernisation de l'armée, aussi bien en termes d'artillerie qu'en termes d'organisation (tercios). Par la suite, cette armée espagnole dominera les champs de bataille européens jusqu'à la bataille de Rocroi (1643).

Ces guerres marquent la fin en tant qu'État de la présence musulmane en Espagne. Malgré les traités garantissant les droits des musulmans, ceux-ci seront expulsés des villes dès 1498. Boabdil, qui avait eu le droit de conserver un fief en Espagne, devra le quitter et se réfugier en Afrique. Des opérations de conversions forcées suivront dans les campagnes (1526). Il y eut des révoltes (1568 pour la plus importante), et un édit de 1609 ordonnera à tous les Maures d'Espagne de quitter le pays sous peine de mort.

Les rois catholiques amorcèrent ensuite une expansion sur la rive africaine du détroit de Gibraltar : furent prises les villes de Mellila (1495), Mers-el-Kébir (1505) et Oran (1509). Mais l'expansion s'y arrêtera, car autant la noblesse adhérait au projet de protéger l'Espagne en contrôlant le nord du Maroc, autant elle était réticente à s'engager dans la conquête du Maghreb pour rejoindre le royaume de Sicile.

Enfin, Christophe Colomb participa au siège de Grenade. Son projet d'expédition maritime avait déjà été refusé par la Couronne. Dans l'euphorie de la victoire, l'autorisation et le financement de l'expédition lui furent accordés. La découverte de l'Amérique jettera les bases de l'empire colonial espagnol.

Sources[modifier | modifier le code]