Archipel François-Joseph

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Archipel François-Joseph
Земля Франца-Иосифа (ru)
Carte de l'archipel François-Joseph
Carte de l'archipel François-Joseph
Géographie
Pays Drapeau de la Russie Russie
Localisation Océan Arctique
Coordonnées 80° 34′ N 54° 47′ E / 80.57, 54.78 ()80° 34′ N 54° 47′ E / 80.57, 54.78 ()  
Superficie 16 134 km2
Nombre d'îles 191
Île(s) principale(s) Prince George, Alexandra, Graham Bell
Point culminant 620 m sur Wiener Neustadt
Administration
District Nord-Ouest
Sujet Oblast d'Arkhangelsk
Démographie
Population Aucun habitant (2011)
Autres informations
Découverte 1873, par Julius von Payer et Karl Weyprecht
Fuseau horaire UTC+4

Géolocalisation sur la carte : océan Arctique

(Voir situation sur carte : océan Arctique)
Archipel François-Joseph
Archipel François-Joseph

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Archipel François-Joseph
Archipel François-Joseph

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Archipel François-Joseph
Archipel François-Joseph

L'archipel François-Joseph ou terre François-Joseph (en russe : Земля Франца Иосифа, Zemlia Frantsa Iossifa) est un ensemble d'îles de l'extrême nord de la Russie. Il se situe dans l'océan Arctique au nord de la Nouvelle-Zemble et à l'est du Svalbard. Consistant en 191 îles recouvertes de glaces totalisant 16 134 km2, il est inhabité.

Compris entre les latitude 80° et 82° nord, l'archipel est le groupe d'île le plus septentrional qui soit associé avec l'Eurasie. Le point le plus au nord est le cap Fligely sur l'île Rudolf. L'archipel n'est distant du pôle Nord que de 900 km ; les seules terres plus au nord au monde sont le Groenland et l'île d'Ellesmere.

L'archipel François-Joseph est peut-être découvert par les navigateurs norvégiens Nils Fredrik Rønnbeck et Johan Petter Aidijärvi en 1865, qui, selon de rares comptes-rendus, naviguent vers l'est à partir du Svalbard jusqu'à atteindre une nouvelle terre. On ignore s'ils ont débarqué et l'archipel est alors oublié. En 1873, l'expédition austro-hongroise au pôle Nord conduite par les explorateurs Julius von Payer et Karl Weyprecht redécouvre l'archipel. Ils le nomment en l'honneur de François-Joseph Ier, empereur d'Autriche-Hongrie. L'expédition étant privée et non officielle, les îles ne sont pas revendiquées par l'Autriche.

En 1926, l'archipel est annexé par l'Union soviétique et quelques personnes s'y installent à des fins de recherche et militaires. L'accès n'y est possible que quelques semaines par an en été, et un permis spécial est exigé pour visiter les îles.

Géographie[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Vue satellite de l'archipel François-Joseph en août 2011.

L'archipel François-Joseph se situe dans l'océan Arctique, entre la mer de Barents et la mer de Kara, à 300 km à l'est du Svalbard, 400 km au nord de la Nouvelle-Zemble et 500 km à l'ouest de la Terre du Nord. Le pôle Nord est distant de 900 km de l'extrémité septentrionale de l'archipel. Administrativement, l'archipel fait partie de l'oblast d'Arkhangelsk, bien qu'aucune population permanente n'y réside.

L'archipel est volcanique, constitué de basaltes du Tertiaire et du Jurassique, et bien qu'il soit essentiellement recouvert de glace, certains affleurement sont couverts de mousses. Le nord-est est bloqué par la banquise la plupart de l'année ; toutefois, la glace se retire parfois au nord en septembre. Le point le plus septentrional de l'archipel – et de l'intégralité de l'Eurasie, est le cap Fligely sur l'île Rudolf, qui atteint 81° 52' N. La plus grande île est l'île Prince George, mesurant 2 821 km² et 110 km de long. Le point culminant de l'archipel est situé sur l'île Wiener Neustadt et atteint 620 m au-dessus du niveau de la mer.

Îles[modifier | modifier le code]

L'archipel compte 191 îles, la plus grande étant l'île Prince George (2 821 km²).

Le centre de l'archipel regroupe une dizaine d'îles de taille conséquente, nommées collectivement Terre de Zichy. Ces îles sont séparées les unes des autres par des chenaux étroits recouvert de glace la plupart du temps. La Terre Blanche (initialement nommé « Hvidtenland » en norvégien) est un groupe de trois îles dans le nord-est de l'archipel.

Très peu des îles de l'archipel François-Josepth portent un nom russe. La plupart portent des noms allemands, britanniques, américains, italiens et, dans un cas, norvégien :

  • La plupart des îles sont nommées en 1874 par l'expédition Weyprecht et Payer, qui utilisent les noms de dynasties aristocratiques austro-hongroises, ainsi que ceux des nobles ayant financé leur voyage. Curieusement, à la différence du reste de la Russie, les noms aristocratiques de l'archipel sont préservés à l'époque soviétique.
  • Le nom norvégien « Hvidtenland » (« Terre Blanche ») est créé en 1893 par l'expédition de Fridtjof Nansen. Il apparait par la suite qu'il s'agit d'un groupe de trois îles.
  • En 1895, l'expédition de Frederick G. Jackson nomment certaines îles d'après des explorateurs arctiques britanniques et des personnalités de la Royal Geographical Society, soutiens de l'expédition.
  • En 1901, l'expédition polaire Baldwin-Ziegler donnent à certains îles les noms d'explorateurs et scientifiques américains, renommant parfois des îles déjà nommées comme l'île La Ronciere, renommée « île Whitney ».
  • Finalement, quelques îles sont nommées en 1905 par l'expédition polaire italienne conduite par Louis-Amédée de Savoie.

La liste suivante recense certaines des îles[1],[2],[3] :

Climat[modifier | modifier le code]

Côte de l'île Northbrook.

En janvier, la température moyenne oscille entre -26,2°C et -19,2°C. En juillet, elle varie de -0,3°C à 2,1°C. La température moyenne annuelle est de -12,4°C. La température maximale jamais mesurée atteint 10,3°C, la température minimale -44,4°C.

Les précipitations sont courantes tout au long de l'année, principalement pendant les saisons de transition à la fin du printemps et de l'automne. Le brouillard est très courant à la fin de l'été.

Relevé météorologique de l'île Heiss
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) −26 −26,4 −26,7 −21,8 −10,9 −2,8 −0,3 −0,9 −4,1 −12,6 −20 −25,2 −14,8
Température moyenne (°C) −22,7 −23,1 −23 −18,8 −8,8 −1,7 0,7 0,1 −2,7 −10,3 −17 −22,1 −12,4
Température maximale moyenne (°C) −19,4 −19,8 −19,7 −15,9 −6,7 0 1,9 1,3 −1,3 −8,3 −14 −19 −10,1
Record de froid (°C) −42,1 −44,4 −43,5 −39,6 −27,7 −12,3 −4,3 −8,5 −23,2 −32,3 −39,5 −41,5
Record de chaleur (°C) 1,9 0 1,6 0,7 2,6 8 10,3 8,4 5,6 3,8 1,3 1,7
Ensoleillement (h) 0 0 70,6 250,9 230,3 189,5 162,9 96,6 34,4 5,8 0 0 1 040,9
Précipitations (mm) 30 28 19 16 12 10 17 21 25 21 21 18 238
Nombre de jours avec précipitations 0 0 0 0,1 1 3 12 11 7 1 0,1 0 35
dont nombre de jours avec précipitations ≥ 5 mm 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Humidité relative (%) 83 82 80 81 85 88 88 91 92 86 84 83 85
Nombre de jours avec neige 20 20 19 16 23 17 11 13 22 24 21 19 225
Source : Climat de l'île Heiss
Diagramme climatique
J F M A M J J A S O N D
 
 
 
−19,4
−26
30
 
 
 
−19,8
−26,4
28
 
 
 
−19,7
−26,7
19
 
 
 
−15,9
−21,8
16
 
 
 
−6,7
−10,9
12
 
 
 
0
−2,8
10
 
 
 
1,9
−0,3
17
 
 
 
1,3
−0,9
21
 
 
 
−1,3
−4,1
25
 
 
 
−8,3
−12,6
21
 
 
 
−14
−20
21
 
 
 
−19
−25,2
18
Moyennes : • Temp. maxi et mini °CPrécipitation mm

Faune et flore[modifier | modifier le code]

L'écologie de l'archipel François-Joseph est influencée par son climat froid, mais la région possède néanmoins une diversité de biotes. La faune est principalement constituée de morses, renards polaires, ours blancs et phoques. Les témoignages de la fin du XIXe siècle font état de la présence d'ours polaires et de phoques[4]. La population d'ours blancs de la région, comme c'est le cas dans d'autres sous-régions arctiques, est génétiquement distinctes des autres sous-populations d'ours blancs[5]. Parmi les oiseaux, des mouettes, des fulmars et des goelands[4]. Des bélugas sont souvent signalés dans les eaux de l'archipel. Des bois de rennes ont été trouvés sur l'île Hooker, suggérant que des hardes ont atteint l'île il y a 1 300 ans lorsque le climat était plus doux.

La végétation est limitée à 5 % de la superficie totale et consiste principalement en plusieurs espèces de mousses et de lichens. Pendant l'été, des fleurs arctiques éclosent, comme le pavot arctique, la saxifrage, et la renoncule[6]. Bien que limitée, la végétation comprend 60 espèces de plantes à fleurs (dont 16 espèces d'herbes) et 50 espèces de mousses (dont des algues terrestres).

Histoire[modifier | modifier le code]

Exploration[modifier | modifier le code]

L'archipel François-Joseph est peut-être découvert par les navigateurs norvégiens Nils Fredrik Rønnbeck et Johan Petter Aidijärvi en 1865, qui, selon de rares comptes-rendus, naviguent vers l'est à partir du Svalbard jusqu'à atteindre une nouvelle terre. On ignore s'ils ont débarqué et l'archipel est alors oublié.

La première exploration reconnue de l'archipel est effectuée par l'expédition austro-hongroise au pôle Nord, conduite par les explorateurs Karl Weyprecht et Julius von Payer, tandis que leur navire est bloqué dans les glaces à la recherche du passage du Nord-Est. Après l'exploration des îles du sud, l'archipel est baptisé en l'honneur de l'empereur François-Joseph Ier. Les norvégiens Fridtjof Nansen et Hjalmar Johansen traversent les îles en 1895–96 après une tentative avortée d'atteindre le pôle. Par pur hasard, ils rencontrent l'explorateur britannique Frederick George Jackson sur l'île Northbrook en 1896.

En 1914, le navigateur russe Valerian Albanov et un homme d'équipage, Alexander Konrad, uniques survivants de l'expédition Brusilov, atteignent le cap Flora sur l'île Northbrook, où ils savent que Frederick George Jackson a laissé des provisions et bâti une hutte lors d'une expédition antérieure. Albanov et Konrad sont secourus par le navire de Gueorgui Sedov, le Saint Foka, alors qu'ils se préparent à passer l'hiver.

Revendications[modifier | modifier le code]

Avec l'introduction de navire à vapeur, un certain nombre d'expéditions phoquières sont entreprises dans l'archipel à partir de dernière décennie du XIXe siècle, 80 % provenant de Norvège.

À la fin des années 1920, l'Union des républiques socialistes soviétiques et la Norvège revendiquent les îles. Les Norvégiens les appellent « Fridtjof Nansen Land ». L'Union soviétique revendique un secteur de la région arctique qui inclut l'archipel François-Joseph et l'île Victoria proche par un décret du 15 avril 1926. La Norvège est notifiée le 6 mai et proteste officiellement le 19 décembre, contestant les revendications soviétiques.

Les années suivantes, les autorités norvégiennes poursuivent leurs efforts pour récupérer l'île Victoria et l'archipel François-Joseph. Le ministère des Affaires étrangères ne souhaite pas prendre des mesures pour émettre une revendication officielle, mais n'objectent pas aux initiatives privées. En 1929, le consul Lars Christensen de Sandefjord, un magnat baleinier dont les expéditions ont annexé les îles Bouvet et Pierre Ier en Antarctique, finance une expédition de deux navires, le S/S Torsnes et le M/C Hvalrossen. À son départ de Tromsø, l'équipage reçoit des instructions détaillées en vue d'ériger une station radio et de laisser une équipe d'hiver sur la Terre de François-Joseph et de revendiquer l'île Victoria pour le compte de Christensen. L'objectif est d'obtenir une base légale sur une partie de l'archipel avant les Soviétiques. L'expédition n'atteint pas l'archipel à cause des glaces ; tandis qu'elle attend des conditions meilleures, elle est dépassée par le brise-glace soviétique Georgij Sedov.

Le 29 juillet 1929, Otto Schmidt de l'expédition Sedov lève le drapeau soviétique sur la baie Tikaya, sur l'île Hooker, et déclare que l'archipel François-Joseph fait partie de l'Union soviétique. La Norvège ne conteste pas cette annexion, mais continue ses efforts envers l'île Victoria. Le différend se termine en septembre 1932, quand les Soviétiques annexent l'île.

Époque soviétique[modifier | modifier le code]

En juillet 1932, le Graf Zeppelin voyage de Berlin à l'île Hooker, en passant par Leningrad. Il livre 300 kg de courrier commémoratif et rencontre le brise-glace Malygin. Après avoir longé le 81e parallèle vers l'est jusqu'à la Terre du Nord, il retourne à l'île Hooker et entreprend une reconnaissance aérienne de l'archipel, volant au nord jusqu'à l'île Rudolf.

Pendant la Guerre froide, les zones polaires deviennent une zone tampon entre les États-Unis et l'Union soviétique, et de nombreux lieux de l'Arctique deviennent des endroits stratégiques. Les îles sont déclarées zone de sécurité nationale depuis la fin des années 1930 jusqu'à la dislocation de l'URSS en 1991, et sont donc interdites aux étrangers. Un aérodrome est construit sur l'île Graham Bell afin de servir de base de transit pour les bombardiers russes, et les missions d'entrainement sont courantes entre l'archipel, le continent et la Nouvelle-Zemble.

Environnement[modifier | modifier le code]

En 1994, l'archipel est déclaré sanctuaire naturel[7]. Il est intégré dans le parc national de l'Arctique russe à la création de ce dernier en 2009[8].

En 2013, on signale que l'archipel François-Joseph est pollué par plus de 100 000 t de polluants. Afin de nettoyer l'environnement, la Russie approuve un budget de 1,377 milliards de roubles pour 2013 et 2014[9].

Indicatifs radio[modifier | modifier le code]

Le préfixe UIT que la Russie utilise pour la zone possède des indicatifs débutant par « RI1F ».

Du fait de son isolement, l'archipel est considéré comme une entité DXCC distincte par les Radioamateurs. Quelques DX-peditions ont visité l'endroit.

Cartographie[modifier | modifier le code]

L'archipel François-Joseph est représenté sur deux cartes topographiques soviétiques à l'échelle de 1/1 000 000 :

  • no U-37,38,39,40 : Terre François-Joseph, pour la partie occidentale [1]
  • no U-41,42,43,44 : Terre François-Joseph (Est), pour la partie orientale [2]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Franz Josef Land », Islands Base Online
  2. (de) « RRA - Directory », DL6ZFG
  3. (en) « Franz-Josef Islands », Ocean Dots
  4. a et b (en) Ken Catford, « One summer at Khabarova », Polar Publishing,‎ 2007
  5. (en) Michael Hogan, « Polar Bear », Global Twitcher
  6. (en) Jacqueline Barney, « Franz Josef Land: National Geographic Explorer Makes History », National Geographic Expeditions,‎ 10 août 2011
  7. (en) Michael Lück, The Encyclopedia of Tourism and Recreation in Marine Environments, CABI,‎ 2008 (ISBN 978-1-84593-350-0)
  8. (en) Erich Hoyt, Marine Protected Areas for Whales, Dolphins and Porpoises: A World Handbook for Cetacean Habitat Conservation and Planning, Routledge (ISBN 978-1-136-53830-8)
  9. (en) « Russia to allocate 640 million rubles for Franz Josef Land clean-up operations », The Arctic,‎ 15 avril 2013