Violette Morris

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Violette Morris
Image illustrative de l’article Violette Morris
Violette Morris en tenue sportive légère en 1913.
Informations
Disciplines Lancer du poids ; lancer du disque
Période d'activité 19171926
Nationalité Française
Naissance
Lieu Paris
Décès (à 51 ans)
Taille 1,66 m
Poids 68 kg
Surnom « La Morris »
Club Fémina Sport ; Olympique de Paris

Violette Morris, dite « la Morris », née le à Paris 6e (au 61 rue des Saints-Pères) et abattue par un maquis le sur une route de campagne aux environs de Lieurey (Eure)[1], est une championne sportive française polyvalente, détentrice de plusieurs records du monde, ayant gagné, en 1927, le Bol d'or automobile. Elle serait devenue espionne et collaboratrice, et pourrait avoir travaillé pour la Gestapo française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née Émilie Paule Marie Violette, fille du baron Pierre Jacques Morris (capitaine de cavalerie en retraite) et d’Élisabeth Marie Antoinette Sakakini [2], dite « Betsy Sakakini », d'origine levantine, elle passe son adolescence au couvent de l’Assomption de Huy et devient ambulancière sur le front de la Somme, puis estafette sur le front de Verdun « pour porter des ordres, tous les jours, sur les points précis d'un circuit qui passait par Noyon, Compiègne, Ham, Soissons, Maux, Villers-Cotterêts »[3]. Mariée le 22 août 1914 à Cyprien Edouard Joseph Gouraud à la mairie du 8e arrondissement de Paris, elle divorce en mai 1923[4].

Carrière sportive[modifier | modifier le code]

Mesurant 1,66 m pour 68 kg au meilleur de sa forme, Violette Morris est une sportive complète : athlète spécialiste du lancer du poids, également sélectionnée au disque, et licenciée du Fémina Sports de Paris de 1917 à 1919, puis de l'Olympique de Paris de 1920 à 1926.

Elle est également joueuse de football, avant-centre ou demi-centre, sélectionnée en équipe de France féminine de water polo, sélectionnée en équipe de France mixte en 1925 et 1926, membre de l’équipe des Libellules de Paris, boxeuse ne craignant pas d’affronter les hommes, coureur cycliste, motocycliste, pilote automobile, aviatrice. Elle remporte notamment la course du Bol d'Or en 1927.

Sa grande rivale au poids est Lucienne Velu. Tous sports confondus, sa carrière s’étale de 1912 à 1935, ses plus brillantes années sportives étant celles entre 1921 et 1924. Elle s’adonne également hors compétition à l’équitation, au tennis, dont elle vit en donnant des cours en 1940, au tir à l’arc, au plongeon de haut vol, au water-polo, à l’haltérophilie et à la lutte gréco-romaine.

Consommant deux ou trois paquets de cigarettes américaines par jour, le plus souvent engoncée dans un complet gilet-veston d’homme et pourvue d’un vocabulaire de charretier, elle a pour slogan : « Ce qu’un homme fait, Violette peut le faire ![5] ».

À partir de 1928, elle tient avec quelques employés un magasin d’accessoires automobile à Paris, porte de Champerret, racheté par le constructeur parisien Bollack, Netter et Cie (BNC) en 1932.

En 1930, elle subit une mastectomie bilatérale afin de pouvoir mieux tenir le volant dans un cockpit d’automobile.

Elle est l'amie de Jean Marais, Joséphine Baker et Jean Cocteau. Homosexuelle, elle sera l'amante pendant plusieurs années de l'actrice Yvonne de Bray qui vécut avec elle sur une péniche. Cocteau écrira la pièce Les Monstres sacrés à propos du couple Morris-de Bray[6].

Procès contre la Fédération française sportive féminine[modifier | modifier le code]

Lors des débuts de sa préparation physique en vue des Jeux olympiques d'été de 1928, les premiers où sont programmées des épreuves ouvertes aux femmes, son renouvellement de licence est refusé par la Fédération française sportive féminine en 1928. Elle est exclue sur la base de deux motifs : son homosexualité et le fait qu'elle porte des pantalons.

Dans le même temps, elle porte plainte contre la Fédération française sportive féminine. Le procès, qui a lieu en , fait les titres des journaux. Invoquant[pas clair] l’ordonnance du préfet de police de Paris du 16 brumaire an IX () qui règlemente le port du pantalon pour les femmes. Selon l'historienne Christine Bard, "l’ordonnance de 1800, pourtant peu utilisée, refait surface dans les plaidoiries des avocates (d’ailleurs féministes) de la fédération. Et le jugement confirme la radiation de la championne à cause du « déplorable » exemple qu’elle donne à la jeunesse."[7] La Fédération est alors représentée par Yvonne Netter et Simone Weiler.

Si la question de l'homosexualité de Violette Morris n'est pas abordée explicitement, selon l'historienne Marie-Jo Bonnet, celle-ci est visée tout au long du procès.

Le tribunal déboute Violette Morris et la condamne aux dépens, estimant que s’il n’est pas de son ressort de s’occuper de la façon dont les femmes doivent se vêtir, « le fait de porter un pantalon n’étant pas d’un usage admis pour les femmes » donne droit à la fédération de l’interdire[8].

À la suite du procès, Violette Morris aurait confié à un journaliste que « nous vivons dans un pays pourri par le fric et les scandales […], gouverné par des phraseurs, des magouilleurs et des trouillards. Ce pays de petits gens n’est pas digne de ses aînés, pas digne de survivre. Un jour, sa décadence l’amènera au rang d’esclave, mais moi, si je suis toujours là, je ne ferai pas partie des esclaves. Crois-moi, ce n'est pas dans mon tempérament »[8].

Seconde Guerre mondiale et collaboration[modifier | modifier le code]

Elle assiste aux Jeux olympiques de Berlin en 1936.

Selon l'écrivain Raymond Ruffin[9], elle y est approchée par des recruteurs allemands et à partir de 1937, elle se serait livrée à des activités d’espionnage pour le compte de l’Allemagne nazie. En 1940, Helmut Knochen, chef du service de renseignements de la SS à Paris, l'aurait recrutée afin d'engager des espions, de contrer les réseaux anglais du Special Operations Executive (SOE) et d’infiltrer les réseaux de résistance du Grand ouest[10]. Toujours selon Raymond Ruffin, elle serait passée ensuite, par le biais d’Henri Lafont, à la Gestapo française, rue Lauriston, où elle se serait livrée à des activités de tortionnaire, notamment sur des femmes résistantes. Raymond Ruffin considère qu'elle aurait été responsable de secteurs dans les organigrammes de la Gestapo de la rue des Saussaies à Paris de 1942 à 1944[10]. Ayant constaté l'absence de sources écrites sur cette période de la vie de Violette Morris[11] (Pierre Bonny, dans l’espoir d’anéantir toute trace des forfaits commis par lui et par ses adjoints, aurait détruit méticuleusement archives et dossiers compromettants)[12], Raymond Ruffin a enquêté en retrouvant des témoins et des survivants qui avaient connu Violette Morris : d'anciens résistants du Maquis Surcouf ou des victimes de ses activités de tortionnaire.

Ce travail de recherche est contesté par l'historienne Marie-Jo Bonnet[13],[14]. Si la participation de Violette Morris au marché noir, réquisitionnant de l’essence pour l’armée allemande, devenant chauffeur de Christian Sarton du Jonchay, secrétaire général du gouvernement de Pétain (à l'Hôtel Matignon), acceptant de diriger le garage de la Luftwaffe boulevard Pershing à Paris, sont des faits avérés de collaboration, ces décisions auraient été prises pour répondre à sa passion du sport et notamment de l’automobile[15]. Cependant, aucune preuve historique ne corroborerait sa participation à la Gestapo comme tortionnaire ou espionne. Pour Marie-Jo Bonnet, Violette Morris aurait finalement incarné tous les démons refoulés d'une époque et constitué un bouc-émissaire idéal[16].

Mort[modifier | modifier le code]

Le , Violette Morris est abattue par des maquisards du groupe normand Surcouf alors qu’elle se trouve bloquée par un attelage sur une route de campagne[17] au volant de son automobile Citroën Traction Avant. Son corps est criblé de balles, comme ceux des cinq autres occupants de la voiture dont deux jeunes enfants. Elle est inhumée en .

Deux thèses existent à propos des raisons de sa mort :

La première, soutenue par Raymond Ruffin[18], voit en Violette Morris une collaboratrice dont l’assassinat aurait été commandité soit par l’Intelligence Service, soit par le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA)[10].

La seconde, soutenue par Marie-Jo Bonnet, remet d’abord en cause la participation de Violette Morris aux activités de la Gestapo à Paris, et voit sa mort comme une erreur commise par le maquis normand qui pensait trouver au volant de la voiture un milicien reconnu, voire comme un éventuel crime passionnel maquillé en geste de résistance[19].

Palmarès[modifier | modifier le code]

  • Plus de 20 titres nationaux, tous sports confondus
  • Une cinquantaine de médailles dans des épreuves nationales et internationales, tous sports confondus
  • Plus de 150 rencontres d’athlétisme disputées
  • Plus de 200 matchs de football officiels disputés

Athlétisme

  • 7 sélections en équipe de France A d’athlétisme, de 1921 à 1926
  • Détentrice du record du monde du lancer du poids en 1923 lors du France-Angleterre (10,10 m), 1924 (10,15 m) et 1925 (10,68 m) (poids de 3 kg 628)
  • Détentrice du record du monde du lancer du disque en 1924, avec 30,10 m (à Londres)
  • Détentrice du record d’Europe au poids à 7 reprises : 1919, 1921 - 3 fois, 1922, 1924 et 1925 (durée 10 ans)
  • Détentrice du record d’Europe du lancer du javelot en 1921, avec 41,58 m
  • Meilleure athlète mondiale annuelle de la discipline du poids en 1918, 1919, 1921, 1922, 1924 et 1925
  • Vainqueur du premier meeting international féminin en 1921, au poids (« Olympiades » de Monte-Carlo, en avril : 16,29 m, RE)
  • Vainqueur du premier meeting international féminin en 1921, au javelot également (41,58 m, RE)
  • Vainqueur des seconds Jeux féminins en 1922, au poids (17,77 m) et au disque (Monte-Carlo également)
  • Médaille d’argent des 1ers Jeux mondiaux féminins en 1922 (officieux Jeux olympiques féminins lors de leur 1re édition), au poids (19,85 m, 2 bras additionnés) (Paris, en août)
  • Championne de France au poids à 8 reprises, en 1917 (les Six journées sportives, 1ers championnats de France, lancer à 2 mains de 4 kg : 2 bras additionnés, à 13,92 m), 1919 (RF – 15,14 m), 1920 (RF), 1921 (RF – 16,58 m), 1922 (RF), 1924 (RF, 18,19 m, et 10,15 m à 1 bras), 1925 et 1926
  • Championne de France au javelot en 1919 (2 mains additionnées), 1921 (RF – 46,04 m), 1922 (RF) et 1925
  • Championne de France au disque en 1920 (RF), 1921, et 1922 (RF)
  • Championne de Paris au poids en 1924
  • Championne de Paris au disque en 1924

Football

  1. Championne de France de football féminin, en 1920 avec l’Olympique de Paris, 1925 avec l’Olympique Red Star, et 1926 avec les Cadettes de Gascogne
  2. Vice-championne de France en 1921, avec l’Olympique
  3. Championne de Paris en 1925 avec l’Olympique
  4. Coupe La Française en 1922 et 1925, avec l’Olympique
  5. Coupe de Bruges en 1927, avec les Cadettes

Automobile

  • Vainqueur du Bol d'or automobile en 1927 (voiturettes de tourisme 1 100 cm3, sur Benjamin) (3e en 1926 (1 100 cm3, sur Benjamin), 4e en 1922 et 1923 (cycle-cars 750 cm3, sur Benjamin)
  • Vainqueur du Rallye des Dolomites en 1934 (tourisme, sur BNC)

En catégories:

  • Vainqueur du Circuit des routes pavées du Nord en 1922 (cycle-cars sur Benjamin)
  • Vainqueur de la course Paris-Les Pyrénées-Paris en 1922 et 1923 (cycle-cars 750 cm3, sur Benjamin)
  • Vainqueur du Paris-Nice automobile (Criterium International de Tourisme Paris-Nice) en 1923 (cycle-cars 750 cm3, sur Benjamin)
  • Vainqueur du Grand Prix automobile de Saint-Sébastien 1926 (voiturettes de tourisme 1 100 cm3, sur Benjamin)
  • Vainqueur du Paris-Nice automobile en 1927 (voiturettes de tourisme 1 100 cm3, sur Benjamin)
    • 2e du Grand Prix des cycle-cars en 1922 (cycle-cars 750 cm3, sur Benjamin)
    • 2e du Trophée Armangué en 1923, à Tarragone (cycle-cars 750 cm3, sur Benjamin)

Cyclisme

  • Meilleure performance mondiale féminine cycliste aux 5 km (derrière stayer : demi-fond derrière motocyclette) en 1924, à deux reprises (à Buffalo, puis au Vélodrome d'hiver en 62,285 km/h)
  • Prix d’Andrésy en 1922
  • 1re féminine du Grand Prix de Pontoise en 1924

Motocyclisme

  • 2e du Paris-Nice motocycliste en 1925

Natation

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de naissance, p. 12.
  2. « Acte de naissance », sur archives.paris.fr (consulté le 15 avril 2017)
  3. Auvray, E. (2013). « Violette Morris (1893-1944) : de l’héroïsme guerrier et sportif à la collaboration. », in L. Robène (dir.), Le sport et la guerre aux XIXe et XXe siècles », Rennes, PUR, 425-434.
  4. Emmanuèle Peyret, « Violette Morris, du javelot à la Gestapo », sur liberation.fr, .
  5. Stéphane Barbé, « Parfum de Violette », L'Equipe,‎ , p. 40-41
  6. Coline Cardi (dir.), Geneviève Pruvost (dir.) et Marie-Jo Bonnet, Penser la violence des femmes, La Découverte, (lire en ligne), « Violence symbolique, violence fantasmée, l'exemple de la « scandaleuse » Violette Morris (1893-1944) », p. 201-272
  7. Christine Bard, « Le « DB58 » aux Archives de la Préfecture de Police », Clio,‎ , [en ligne] (DOI 10.4000/clio.258, lire en ligne)
  8. a et b La championne Violette Morris perd son procès en 1930, par Christine Bard, université d’Angers.
  9. Raymond Ruffin, La diablesse. La véritable histoire de Violette Morris, Paris, Pygmalion,
  10. a b et c Raymond Ruffinblog
  11. Raymond Ruffin a notamment signalé cette absence de sources dans une interview donnée à FR3. Voir https://www.youtube.com/watch?v=PVjdkCPDBVM.
  12. Les fichiers ont été brûlés et la division Leclerc, qui investit les lieux à la Libération, ne trouva rien. Consulter http://raymond-ruffin.over-blog.com/pages/Violette_Morris-2253930.html.
  13. Marie-Jo Bonnet, Violette Morris, histoire d’une scandaleuse, Paris, Perrin, (ISBN 978-2-262-03557-0)
  14. Mickaël Bertrand, « Bonnet Marie-Josèphe, Violette Morris, histoire d’une scandaleuse », Genre, sexualité & société,‎ , [En ligne] (lire en ligne)
  15. « Violette Morris sans filtre », sur www.historia.fr (consulté le 16 janvier 2019)
  16. « Violette Morris, amazone chez les nazis », sur Télérama.fr (consulté le 16 janvier 2019)
  17. la D27 entre Épaignes et Lieurey
  18. Raymond Ruffin, La Hyène de la Gestapo, Paris, Le Cherche Midi,
  19. « Violette Miorris, une championne contestée », sur L'ÉQUIPE (consulté le 16 janvier 2019)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Miroir des sports, 14 avril 1921
  • L'extraordinaire carrière d'une sportive, Violette Morris, Le Miroir des sports, no 260, 3 juin 1925
  • Raymond Ruffin, La diablesse. La véritable histoire de Violette Morris, éd. Pygmalion, 1989
  • Jean-Émile Neaumet, Violette Morris, la Gestapiste, éd. Fleuve Noir, coll. « Crime Story », 1994
  • Jacques Delarue, Histoire de la Gestapo, éd. Fayard, 1996
  • Christian Gury, L'Honneur ratatiné d’une athlète lesbienne en 1930, éd. Kimé, 1999 (ISBN 978-2-84174-169-4)
  • Raymond Ruffin, Violette Morris, la hyène de la Gestapo, éd. Le Cherche Midi, 2004 (ISBN 978-2-7491-0224-5)
  • Anne Velez, Les filles de l'eau. Une histoire des femmes et de la natation en France (1905-1939), (lire en ligne), p. 618
  • Marie-Jo Bonnet, Violette Morris, histoire d’une scandaleuse, éd. Perrin, 2011 (ISBN 978-2-262-03557-0)
  • Emmanuel Auvray, « Violette Morris (1893-1944) : de l’héroïsme guerrier et sportif à la collaboration. », in L. Robène (dir.), Le sport et la guerre aux XIXe et XXe siècles », Rennes, PUR, p. 425-434, 2013 ; [1]
  • Gérard de Cortanze, Femme qui court, éd. Albin Michel, 2019 (ISBN 978-2-226-40021-5)
  • Violette Morris (Tome 1 - Première comparution - bande dessinée): À abattre par tous moyens – 11 octobre 2018 de Javi Rey (Auteur), Bertrand Galic (Auteur), Kris (Auteur) (ISBN 978-2754821650)
  • Violette Morris (Tome 2 - Deuxième comparution - bande dessinée): À abattre par tous moyens – 9 octobre 2019 de Javi Rey (Auteur), Bertrand Galic (Auteur), Kris (Auteur) (ISBN 978-2754827577)

Liens externes[modifier | modifier le code]