Bombardement de Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale

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Les ruines de l'église du souvenir de l'empereur Guillaume à Berlin, détruite par les bombardements alliés et préservée depuis comme mémorial.

Berlin, capitale du Troisième Reich subira 363 raids aériens alliés durant la Seconde Guerre mondiale[1]. Elle fut bombardée par la Royal Air Force britannique entre 1940 et 1945 et par l'United States Army Air Forces (USAAF) entre 1943 et 1945, part de la campagne alliée de bombardement stratégique de l'Allemagne durant la guerre. La ville subira aussi des bombardements aériens par l'Armée rouge, principalement en 1945 avec l'approche des troupes soviétiques de Berlin.

Prélude[modifier | modifier le code]

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, le président des États-Unis (alors puissance neutre), Franklin D. Roosevelt, demande aux principaux belligérants de limiter leurs raids aériens à des cibles militaires[2]. Les Français et les Britanniques acceptent cette demande à la condition que « ces mêmes règles de la guerre soient scrupuleusement observées par l'ensemble de leurs adversaires[3]  ».

Le Royaume-Uni avait alors une politique d'utilisation du bombardement aérien que contre des cibles militaires et des infrastructures comme les ports ou les voies ferrées ayant une importance militaire en cas de conflit. Comme il était connu qu'un bombardement aérien de l'Allemagne causerait des pertes civiles, le gouvernement britannique renonça délibérément au bombardement de cibles civiles en dehors des zones de combat où la tactique militaire primait[4]. Cette politique fut abandonnée le 15 mai 1940, deux jours après le bombardement allemand sur Rotterdam, quand la RAF reçut la permission d'attaquer des cibles dans la Ruhr, dont des raffineries et d'autres sites industriels civils pouvant servir l'effort de guerre allemand, les hauts fourneaux, visibles la nuit devenant alors des cibles. Le premier raid de la RAF au-dessus de l'Allemagne se déroula dans la nuit du 15 au 16 mai[5].

Entre 1939 et 1942, la politique de bombardement de cibles d'importance militaire directe fut progressivement abandonnée en faveur de l'en:Area bombardment, des bombardements couvrant de grande superficies urbaines pour détruire habitats et infrastructures civiles. Même si tuer des civils ne fut jamais une politique explicite, il était évident que ce type de bombardement à grande échelle conduirait à d'importantes pertes civiles[6].

À la suite de l'armistice signé par la France le 22 juin 1940, les Britanniques n'avaient pas d'autre moyen de porter la guerre contre l'Allemagne et après l'entrée de l'Union soviétique dans le conflit à l'été 1941, les bombardements en Allemagne étaient la seule contribution que la Grande-Bretagne pouvait faire pour répondre à la demande de Staline d'ouvrir un second front pour soulager les Soviétiques sur le front de l'Est. Avec la technologie alors disponible, un bombardement de précision sur des cibles militaires était seulement possible de jour, et encore avec difficultés. Les raids de bombardement de jour conduits par le Bomber Command conduisirent à un taux de pertes d'avions inacceptable alors que pour un bombardement de nuit les pertes étaient nettement moindres mais rendaient le bombardement plus imprécis à cause de la difficulté de navigation et de précision du largage [7].

1940-1942[modifier | modifier le code]

Bombardiers B-17 de l'US Air Force au-dessus de Berlin, 19 mai 1944.
Victimes civiles des bombardements, 23 septembre 1944.

Durant la bataille de France, à la suite, entre autres d'un bombardement allemand sur des objectifs parisiens le 3 juin 1940[8], la France décide de frapper Berlin. Le 7 juin 1940, le Farman F.223.4 Jules Verne de l'aéronautique navale française, sous le commandement d'Henri Dailliére, décolle de Bordeaux-Mérignac, met le cap vers le Nord, survole ensuite les côtes néerlandaises et danoises à la nuit tombée et, aux environs de minuit, largue huit bombes de 250 kg et 80 autres de 10 kg sur les faubourgs de Berlin[9]. Ce premier bombardement que subit la capitale allemande est avant tout psychologique et sera recommencé trois jours plus tard[10].

La Royal Air Force britannique mène son premier raid contre Berlin dans la nuit du 25 août 1940, lorsque 95 avions du Bomber Command sont envoyés bombarder l'aéroport de Tempelhof près du centre de la capitale et le quartier Siemensstadt, dont 81 lâchent leurs bombes dans et autour de Berlin[11],[12]. Les raids sur ​​Berlin ont incité Hitler à ordonner à la Luftwaffe de bombarder les aérodromes et défenses aériennes des villes britanniques, à un moment où les défenses aériennes britanniques étaient sur le point de s'effondrer. Il semble que cette action pourrait effectivement avoir sauvé la Grande-Bretagne de la défaite[13]. Les deux semaines suivantes, cinq autres raids de taille similaire sont menés, tous portant sur des cibles spécifiques, mais avec les difficultés de la navigation de nuit les bombes qui ont été larguées ont été largement dispersées. Au cours de l'année 1940, la quasi-totalité des raids ont tous infligé des dégâts minimes. Les raids ont augmenté en fréquence en 1941, mais ont été inefficaces à frapper des cibles importantes.

L'URSS effectue son premier raid contre Berlin le 8 août 1941. Il s'agit d'un raid de 15 bombardiers-torpilleurs DB-3T des formations de l'aviation navale de la Flotte de la Baltique opérant depuis l'aéroport de Kuressaare sur l'île de Saaremaa en Estonie[14]. Des bombardiers Petliakov Pe-8 des unités de bombardement de l’aviation soviétique, le seul quadrimoteur soviétique construit durant la guerre, bombardèrent Berlin pendant la nuit du 10 au 11 août 1941.

Le 7 novembre 1941, Sir Richard Peirse, chef de la RAF Bomber Command, lance un grand raid sur Berlin, envoyant de plus de 160 bombardiers frapper la capitale. Plus de 20 d'entre sont abattus ou se sont écrasés, et peu de dégâts ont à nouveau été portés. Cet échec a entraîné le limogeage de Peirse et son remplacement par Sir Arthur Harris, un homme qui croyait à la fois à l'efficacité et à la nécessité des bombardements de zone. Dans le même temps, de nouveaux bombardiers avec des rayons d'action plus long sont mis en service, en particulier l'Avro Lancaster, qui est devenu disponible en grand nombre en 1942. Pendant la majeure partie de l'année 1942 cependant, la priorité du Bomber Command sont les ports des U-boat allemands dans le cadre de l'effort de la Grande-Bretagne pour gagner la bataille de l'Atlantique. Pendant toute la durée de l'année 1942, il y eut seulement neuf alertes aux bombardements à Berlin, aucune d'entre elles sérieuse[15]. Ce n'est qu'à partir de 1943 qu'Harris aura les moyens et l'occasion de mettre en pratique sa conviction dans le bombardement de zone.

1943-1944 - bataille aérienne de Berlin[modifier | modifier le code]

Article détaillé : bataille aérienne de Berlin.

Mars 1944-avril 1945[modifier | modifier le code]

Iliouchine Il-2 soviétiques lors d'une attaque au sol contre des positions allemandes, avril 1945.

En 1945, la 8e force aérienne (plus de 1 000 bombardiers B-17 protégés par 575 P-51 Mustang) lance un certain nombre de raids de très grandes envergure diurnes sur Berlin (le 3 puis le 26 février, laissant 80 000 sans abris), et pendant 36 nuits successives des Mosquito de la RAF ont bombardé la capitale allemande, se terminant dans la nuit du 20 au 21 avril 1945, juste avant l'entrée des Soviétiques dans la ville. Dans les derniers jours de la guerre, l'Armée de l'Air soviétique a également bombardé Berlin et des Iliouchine Il-2 et des appareils similaires sont employés à partir du 28 mars pour mener des attaques au sol. Les défenses et les infrastructures civiles de Berlin étaient alors à ce moment sur ​​le point de s'effondrer. Après la prise de Berlin, le général soviétique Nikolaï Bersarine déclarera, en se référant à l'artillerie aux bombardements de l'Armée rouge, que « les Alliés occidentaux ont largué 65 000 tonnes d'explosifs sur la ville pendant un plus de deux ans, tandis que l'Armée rouge en a 40 000 tonnes en simplement deux semaines. »

Plus tard, les statisticiens ont calculé que pour chaque habitant de Berlin, il y avait près de 30 mètres cubes de gravats[16].

Jusqu'à la fin du mois de mars 1945, un total de 314 raids aériens auront été menés sur Berlin, dont 85 d'entre eux menés au cours des douze derniers mois. La moitié des habitants ont été endommagées et environ un tiers inhabitable, 16 km² de la ville étant tout simplement un amas de ruine. Les estimations du nombre total de morts à Berlin par des raids aériens vont de 20 000 à 50 000 ; des études allemandes actuelles suggèrent que le chiffre le plus bas est plus probable (contre 25 000 pour le seul bombardement de Dresde du 13 au 15 février 945, 40 000 pour celui de Hambourg en juillet-août 1943 et 100 000 pour les bombardements de Tokyo en février-mars 1945).

Les défenses de Berlin[modifier | modifier le code]

Article connexe : Défense du Reich.
Position anti-aérienne de la tour de Flak du zoo de Berlin, avril 1942.

Le régime nazi avait une conscience aiguë de la nécessité politique de la protection de la capitale des raids aériens. Même avant la guerre, le travail avait commencé sur un vaste système d'abris publics anti-aériens, mais en 1939, seulement 15 % des 2 000 abris prévus avaient été construits. En 1941, cependant, les cinq énormes abris publics (Zoo, Station Anhalt, Humboldthain, Friedrichshain et Kleistpark) étaient complets, offrant un abri à 65 000 personnes. D'autres abris ont été construits sous les bâtiments du gouvernement, le plus connu étant le Führerbunker sous le bâtiment de la Chancellerie du Reich. En outre, de nombreuses stations de U-Bahn (métro de Berlin) ont été converties en abris. Le reste de la population avait à faire avec ses propres abris[17].

En 1943, les Allemands ont décidé d'évacuer les « gens non-essentiels » de Berlin. En 1944, 1,2 million de personnes (dont 790 000 femmes et enfants), environ un quart de la population de la ville, sont évacués dans les zones rurales (à l'image de Londres pendant la bataille d'Angleterre). Néanmoins la pénurie croissante de main-d'œuvre et le prolongement de la guerre feront que le travail des femmes sera essentiel pour garder les industries de guerre de Berlin, de ce fait l'évacuation de toutes les femmes avec des enfants ne sera pas rendu possible. À la fin 1944, la population de la ville a commencé à croître en raison des réfugiés fuyant l'avance de l'Armée rouge à l'est. Les Ostvertriebene (réfugiés de l'Est) se voient officiellement refusés la permission de rester à Berlin pour plus de deux jours et sont logés dans des camps près de la ville avant d'être déplacés à l'ouest ; il est estimé que moins de 50 000 d'entre eux aient réussi à rester à Berlin. En janvier 1945, la population est d'environ 2,9 millions d'habitants, bien que les exigences de l'armée allemande sont telles que seuls 100 000 d'entre eux sont des hommes âgés de 18 à 30 ans. 100 000 autres sont des travailleurs forcés français (Fremdarbeiter) ou russes (Ostarbeiter).

La ville était protégée par trois énormes tours de Flak (Flakturm), servant de plates-formes pour les projecteurs et canons anti-aériens de 12,8-cm-Flak 40, ainsi que d'abris (Hochbunker) pour les civils. Ces tours se situaient au zoo de Berlin, mais aussi dans les quartiers de Tiergarten, Humboldthain et Friedrichshain. Les canons antiaériens étaient de plus en plus tenus par des membres des Jeunesses hitlériennes tandis que les hommes plus âgés (Volksturm) étaient envoyés à l'avant du front. En 1945, les membres de la Ligue des filles allemandes opéraient également les canons antiaériens. Après 1944, la couverture aérienne de Berlin par la Luftwaffe s’affaiblit et les défenses de Flak se montraient de plus en plus dépassées par l'ampleur des attaques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Taylor, Chapter "Thunderclap and Yalta" Page 216
  2. President Franklin D. Roosevelt Appeal against aerial bombardment of civilian populations, 1er septembre 1939
  3. Taylor, Chapter "Call Me Meier", Page 105
  4. A.C. Grayling, Among the Dead Cities (Bloomsbury 2006), page 24.
  5. Taylor, Chapter "Call Me Meier", Page 111
  6. Hastings 1981, p. 114.
  7. Hastings 1981, pp. 111–115.
  8. Jean-Dominique Merchet, « Paris bombardé ! 254 morts, mais c'était en 40... », sur Secret Défense,‎ 30 janvier 2009 (consulté le 17 octobre 2014).
  9. Gérard Hartmann, « Les derniers avions Farman » [PDF], sur Dossiers historiques et techniques aéronautique française,‎ 9 décembre 2003 (consulté le 19 septembre 2014).
  10. J. Maugard, « Quand les marins bombardaient Berlin », sur Amac du fumelois,‎ Août-Septembre 1983 (consulté le 21 août 2014)
  11. Moss, p. 295
  12. Quester p. 115
  13. http://www.bbc.co.uk/history/worldwars/wwtwo/area_bombing_01.shtml
  14. (en) Nikolaï Guerassimovitch Kouznetsov, « Air Raid on Berlin », sur Admiral Kuznetsov MEMOIRS OF WARTIME MINISTER OF THE NAVY (consulté le 17 octobre 2014).
  15. Reinhard Rürup, Berlin 1945: A Documentation (Verlag Willmuth Arenhövel 1995), 11
  16. (en) Joachim Fest, Inside Hitler’s Bunker, Picador, New York,‎ 2002, English translation 2004 (ISBN 0-312-42392-6), p. 88
  17. Cette section est basée sur l'ouvrage de Rürup, chapitre 1

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]