The Kinks

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
The Kinks
Description de cette image, également commentée ci-après

Les Kinks en 1965, dans leur formation originale : Pete Quaife, Dave Davies, Ray Davies et Mick Avory

Informations générales
Pays d'origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre musical Rock 'n' roll, protopunk, garage rock, rhythm and blues, pop
Années actives 19641996
Labels Pye, Reprise, RCA, Arista, London, MCA, Sony, Konk/Guardian
Composition du groupe
Anciens membres Dave Davies
Ray Davies
Pete Quaife
Mick Avory
John Dalton
John Gosling
Andy Pyle
Gordon Edwards
Mark Haley
Jim Rodford
Ian Gibbons
Bob Henrit

The Kinks est un groupe de rock anglais formé en 1963 à Muswell Hill, dans le nord de Londres, par les frères Ray et Dave Davies. Il est considéré comme l'un des groupes les plus importants et influents de son époque[1],[2].

La musique des Kinks puise ses influences dans divers genres, parmi lesquels le rhythm and blues, le music hall britannique, la musique folk et la country. Ray Davies (chant et guitare rythmique) et son frère Dave (guitare lead, chant) sont les seuls membres constants du groupe au cours de ses trois décennies d'existence. Les deux autres fondateurs du groupe, Pete Quaife (basse, chant) et Mick Avory (batterie, percussions) ont été respectivement remplacés par John Dalton en 1969 et Bob Henrit en 1984 ; Dalton a été à son tour remplacé par Jim Rodford en 1978. Le pianiste Nicky Hopkins a participé aux sessions d'enregistrement du groupe dans les années 1960 ; par la suite, des claviéristes comme John Gosling et Ian Gibbons sont devenus membres à part entière du groupe[1].

Les Kinks connaissent leur premier succès d'envergure en 1964 avec leur troisième single, You Really Got Me, chanson écrite par Ray Davies[2],[3] qui devient un tube international, no 1 au Royaume-Uni et dans le Top 10 aux États-Unis[3],[4]. Entre 1965 et 1971, le groupe publie de nombreux singles et albums à succès, dont les chansons, alimentées par le style d'écriture contemplatif de Ray Davies, reflètent la culture et le style de vie anglais[2]. Les albums Face to Face, Something Else, Arthur, Lola Versus Powerman and the Moneygoround et Muswell Hillbillies sont parmi les plus influents de l'époque[1],[3],[5]. La qualité de l'album The Village Green Preservation Society, que Ray Davies a dans plusieurs interviews indiqué comme son préféré, ne sera reconnue que bien plus tard : il fut en effet un échec au moment de sa sortie.

Les albums suivants des Kinks, plus théâtraux, rencontrent un succès moindre, mais le groupe trouve un second souffle à l'époque de la new wave, lorsque des artistes comme The Jam, The Knack et The Pretenders enregistrent des reprises des Kinks, donnant ainsi un coup de fouet à leurs ventes. Dans les années 1990, des groupes Britpop comme Blur et Oasis mentionnent les Kinks comme une influence majeure sur eux[1]. Le groupe se sépare en 1996 à la suite de l'insuccès commercial de ses derniers albums et aux tensions créatives séparant les frères Davies[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Formation (1962-1963)[modifier | modifier le code]

Les frères Davies ont grandi au 6, Denmark Terrace

Raymond Douglas Davies (né le 21 juin 1944) et David Russell Gordon Davies (né le 3 février 1947) ont vu le jour dans la banlieue du nord de Londres, sur Huntingdon Road (East Finchley). Ils sont les derniers des huit enfants de Frederick et Annie Davies, et les seuls garçons[7]. La famille Davies déménage bientôt au 6 Denmark Terrace, sur Fortis Green, dans la banlieue voisine de Muswell Hill[8]. À la maison, Ray et Dave sont plongés dans un univers musical varié, qui mêle le music hall de la génération de leurs parents et le jazz et le rock 'n' roll qu'écoutent leurs sœurs aînées[8]. Leur découverte de la musique se fait notamment lors de fêtes qui se déroulent toute la nuit dans le salon. Selon Thomas Kitts, « l'influence de ces fêtes sur les Kinks […] est remarquable. Consciemment ou pas, c'est comme si Ray tentait de recréer [sur scène] les fêtes du samedi soir de son enfance, avec le désordre, la bière et les chansons à reprendre en chœur[9] ». Les deux frères apprennent la guitare pour jouer du skiffle et du rock 'n' roll ensemble[7].

Les frères Davies sont scolarisés à la William Grimshaw Secondary Modern School (plus tard fusionnée dans Fortismere School) et y forment un groupe nommé The Ray Davies Quartet, avec un camarade de classe de Ray, Pete Quaife, et un ami de ce dernier, John Start. Leur première représentation, lors d'un bal de l'école, est bien accueillie, ce qui les encourage à se produire dans les bars et les pubs du quartier. Plusieurs chanteurs se succèdent dans les rangs du Ray Davies Quartet, parmi lesquels Rod Stewart, élève dans la même école, qui se produit avec eux au moins à une reprise au début de l'année 1962. Il ne tarde pas à former son propre groupe, Rod Stewart and the Moonrakers, qui deviennent les principaux rivaux du Ray Davies Quartet[10]. Fin 1962, Ray Davies quitte la maison familiale pour étudier au Hornsey College of Art. Il s'intéresse au cinéma, au dessin, au théâtre et à la musique, en particulier le jazz et le blues. Il parfait son éducation de guitariste au sein du Dave Hunt Band, un groupe professionnel de Soho qui joue du jazz et du R&B[11],[12]. Il quitte vite l'école pour revenir à Muswell Hill, où il reforme son ancien groupe avec Dave et Pete Quaife[11]. Ils jouent sous divers noms, parmi lesquels The Pete Quaife Band, The Bo-Weevils et The Ramrods, avant d'opter pour The Ravens[3],[13].

Le jeune groupe engage deux managers, Grenville Collins et Robert Wace, qui sont rejoints fin 1963 par l'ancien chanteur pop Larry Page. Le producteur américain Shel Talmy commence à travailler avec eux, tandis qu'Arthur Howes, le promoteur des Beatles, est embauché pour organiser les concerts des Ravens[14]. Le groupe passe plusieurs auditions infructueuses jusqu'à ce que Talmy obtienne un contrat avec Pye Records début 1964. Ils ont entre-temps trouvé un nouveau batteur, Mickey Willet, qui les quitte peu avant qu'ils signent chez Pye[13]. Pour le remplacer, les Ravens engagent Mick Avory après avoir lu une annonce passée par ce dernier dans Melody Maker. Avory a une expérience de batteur de jazz, mais il a également joué à une reprise avec les futurs Rolling Stones[15]. Vers cette période, les Ravens adoptent un nouveau nom, définitif cette fois : The Kinks. Plusieurs versions de l'origine de ce nom existent. Selon Jon Savage, « il leur fallait un truc, un moyen d'attirer l'attention. Et c'était ça, la Kinkiness [« kinkicité »], quelque chose de neuf, polisson mais à la limite de l'acceptable. En adoptant ce nom à ce moment-là, ils suivaient un rituel pop éprouvé par le temps : devenir célèbre par l'outrage[16] ». Le manager Robert Wace rapporte sa version de l'histoire : « J'avais un ami […] qui trouvait le groupe assez drôle. Si je me souviens bien, il a suggéré ce nom comme ça, comme un bon moyen de se faire de la publicité. […] Quand nous avons proposé le nom [aux membres du groupe], ils furent […] absolument horrifiés. Ils s'écriaient : "On ne va pas se faire appeler les pervers !" ». Selon Ray Davies, le nom est en réalité une idée de Larry Page, en référence à leur habillement « farfelu ». Davies le cite disant : « Vu ce à quoi vous ressemblez, et les habits que vous portez, vous devriez vous appeler les Kinks ! » « Je n'ai jamais vraiment aimé ce nom », a déclaré Ray Davies[16].

Premiers succès (1964-1966)[modifier | modifier le code]

Le premier 45 tours des Kinks, une reprise de la chanson de Little Richard Long Tall Sally, sort en février 1964. Malgré les efforts des managers du groupe, il passe totalement inaperçu, de même que le suivant, You Still Want Me, qui sort au mois d'avril et propose une chanson écrite par Ray Davies en face A. Après ces deux échecs, Pye Records menace d'annuler le contrat du groupe[17].

Cette mauvaise série est interrompue de manière éclatante au mois d'août avec You Really Got Me[18]. La chanson, également écrite par Ray, se caractérisée par un riff de guitare au son incisif, obtenu par Dave Davies en entaillant la membrane du haut-parleur d'un de ses amplificateurs à coups de rasoir[19]. Le passage des Kinks dans l'émission Ready Steady Go! et sa diffusion abondante sur les ondes des radios pirates permettent au single de se classer rapidement en tête des ventes au Royaume-Uni[20]. Importé en hâte par le label américain Reprise Records, il entre également dans le Top 10 aux États-Unis[4]. Le groupe devient ainsi l'une des influences majeures de la scène garage américaine contemporaine, et annonce au-delà les genres hard rock et heavy metal[19].

Dans la foulée, les Kinks enregistrent leur premier album, simplement intitulé Kinks. Constitué en majeure partie de reprises, il paraît le 2 octobre et se classe 4e au Royaume-Uni[21]. Le quatrième single du groupe, All Day and All of the Night, un autre titre basé sur un riff, sort trois semaines plus tard. C'est encore un succès : no 2 des ventes au Royaume-Uni[20] et no 7 aux États-Unis[4],[19]. Le même succès attend les 45 tours Set Me Free et Tired of Waiting for You, ce dernier devenant le deuxième no 1 des Kinks dans leur pays d'origine[22],[20].

Les Kinks en tournée en Suède en 1965

En janvier 1965, les Kinks font leur première tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande aux côtés de groupes comme Manfred Mann et The Honeycombs[23]. Durant l'année, un programme soutenu les voit jouer les têtes d'affiches sur d'autres tournées avec les Yardbirds ou Mickey Finn[24]. Des tensions naissent au sein du groupe, donnant lieu à des incidents comme celui du concert de Cardiff, le 19 mai, durant lequel Mick Avory passe près de tuer Dave Davies en lui lançant son charleston à la figure[24],[25]. À la suite d'une tournée aux États-Unis au milieu de l'année, l'American Federation of Musicians interdit au groupe de se produire sur le sol américain jusqu'à nouvel ordre, ce qui les coupe du principal marché de la musique rock, à l'apogée de la British Invasion. Ni les Kinks, ni le syndicat ne donnent d'explication à cette interdiction, vraisemblablement liée au comportement tapageur des musiciens sur scène et à leur côté subversif[26]. Ce n'est qu'en 1969 que les Kinks sont autorisés à revenir jouer aux États-Unis[1],[27].

Une escale à Bombay durant la tournée australienne et asiatique du groupe inspire à Ray Davies la chanson See My Friends, qui sort en 45 tours en juillet 1965. Il s'agit d'un des premiers exemples de crossover, et d'une des premières chansons pop directement influencées par la musique traditionnelle indienne[28]. Dans son autobiographie X-Ray, Davies explique avoir été inspiré par les chansons des pêcheurs locaux au petit jour. Selon l'historien de la musique Jonathan Bellman, cette chanson est à son tour devenue source d'inspiration pour les pairs de Ray Davies[28], qu'il s'agisse de Pete Townshend, le guitariste des Who[29], ou même des Beatles d'après une citation souvent rapportée de Barry Fantoni[29],[30]. Néanmoins, la manière dont See My Friends rompt avec les conventions de la pop ne suscite pas l'adhésion du public américain, où elle ne dépasse pas la 111e place du hit-parade[31].

Dès le lendemain de leur retour d'Asie, les Kinks entament l'enregistrement de leur second album, Kinda Kinks. Composé de 12 titres, dont 10 inédits, il sort moins de deux semaines après le début des sessions[32],[33],[34]. Selon Ray Davies, le groupe n'est pas totalement satisfait des prises finales[33],[34], mais doit céder à l'insistance de la maison de disques, pressée de voir un nouvel album sur le marché. Il s'est par la suite montré critique vis-à-vis de la production du disque[34].

Fin 1965, une évolution stylistique majeure devient apparente dans les singles A Well Respected Man et Dedicated Follower of Fashion, ainsi que sur le troisième album du groupe, The Kink Kontroversy[2], sur lequel le groupe s'adjoint les services du musicien de session Nicky Hopkins aux claviers[35]. Ces disques témoignent du développement du style d'écriture de Ray Davies, qui abandonne le rock brutal de ses débuts pour des chansons très anglaises, entre observations sociologiques et études de personnages[2],[5]. La satirique Sunny Afternoon est le tube de l'été 1966 au Royaume-Uni, où elle détrône Paperback Writer des Beatles[36]. Avant la parution de l'album, Ray Davies est victime d'une dépression nerveuse, épuisé par les concerts, l'écriture et les querelles juridiques. Pendant sa convalescence, il écrit plusieurs nouvelles chansons et réfléchit à l'avenir du groupe[37]. Pete Quaife est quant à lui victime d'un accident de voiture et choisit de prendre une pause. Le bassiste John Dalton le remplace pendant quelques mois jusqu'à son retour, à la fin de l'année[1].

Sunny Afternoon est un galop d'essai pour l'album Face to Face, qui montre la capacité croissante de Davies à produire des vignettes aussi tendres qu'acerbes sur la vie quotidienne de monsieur Tout-le-monde[1]. Hopkins joue à nouveau des claviers sur cet album, notamment du piano et du clavecin[37]. Le single Dead End Street, analyse sociale mordante parue en même temps que Face to Face, entre dans le Top 10 au Royaume-Uni[38], mais se classe seulement 73e aux États-Unis[4]. L'un des premiers clips du groupe est produit pour cette chanson ; il est tourné dans Little Green Street, une petite allée du XVIIIe siècle dans le nord de Londres[39].

L'âge d'or (1967-1972)[modifier | modifier le code]

Les Kinks en 1967.

Le single suivant des Kinks, Waterloo Sunset, paraît en mai 1967. Les paroles décrivent un couple d'amoureux franchissant un pont, tandis qu'un observateur mélancolique les contemple, eux, la Tamise et la gare de Waterloo[40],[41]. Malgré la complexité des arrangements, les sessions de Waterloo Sunset ne durent qu'une dizaine d'heures[42]. Le groupe utilise notamment une chambre d'écho pour donner une tonalité particulière à la guitare[43]. Waterloo Sunset est l'un des plus gros succès britanniques des Kinks, atteignant la deuxième position du classement de Melody Maker[44], et devient une de leurs chansons les plus connues. Le journaliste Robert Christgau voit en elle « la plus belle chanson de la langue anglaise[45] », et le chroniqueur d'Allmusic Stephen Thomas Erlewine la considère comme « peut-être la plus belle chanson de l'ère du rock 'n' roll[46] ».

L'album Something Else by the Kinks (1967) poursuit l'évolution musicale abordée sur Face to Face et marque l'arrivée du music hall anglais comme source d'inspiration de Ray Davies[47]. Dave Davies rencontre un grand succès avec sa chanson Death of a Clown, parue sous la forme d'un 45 tours solo bien qu'ayant été coécrite par Ray et enregistrée avec les Kinks[4],[47]. Cependant, les ventes de l'album sont décevantes, ce qui pousse le groupe à sortir un nouveau single, Autumn Almanac, début octobre. Bien qu'il se classe dans le Top 5, il marque un tournant dans la carrière des Kinks : c'est leur dernière apparition dans le Top 10 britannique jusqu'en 1970. La critique le juge trop similaire aux précédentes compositions de Ray et commence à se lasser de ce qui ressemble à une « formule »[48]. Le 24 novembre paraît le second single « solo » de Dave Davies, Susannah's Still Alive. Il se vent à 59 000 exemplaires et ne rentre pas dans le Top 10. « À la fin de l'année, les Kinks sont de moins en moins à la mode[48] ».

Début 1968, les Kinks se détournent de la scène pour se concentrer sur le travail en studio, ce qui rend la promotion de leurs disques encore plus difficile[49]. Ainsi, le single Wonderboy, sorti au printemps, stagne à la 36e position et devient le premier 45 tours du groupe à ne pas entrer dans le Top 20 britannique depuis leurs tout débuts[50], même si elle tape dans l'œil de John Lennon[51]. L'opinion du groupe sur ce titre est moins enthousiaste : Pete Quaife affirme par la suite qu'il la détestait[51]. Indifférent au déclin de la popularité des Kinks, Ray Davies persiste dans la même veine avec le projet Village Green et se révolte contre l'obligation qui pèse sur lui d'écrire des chansons à succès[1]. Les managers des Kinks tentent de raviver la flamme en organisant une tournée dans des cabarets et boîtes de nuit au mois d'avril, avec le groupe de Peter Frampton, The Herd, en première partie. Cette tournée s'avère épuisante et stressante[52]. Fin juin, le single Days marque un retour en forme mineur et temporaire : il se classe 12e au Royaume-Uni et entre dans le Top 20 dans de nombreux pays, mais passe inaperçu aux États-Unis[50].

Le projet Village Green se concrétise fin 1968 avec la sortie de l'album The Kinks Are the Village Green Preservation Society[53]. C'est un recueil de vignettes pastorales écrites et enregistrées au cours des deux années précédentes, ayant pour thématique commune l'Angleterre rurale[53]. Il reçoit des critiques presque unanimement positives des deux côtés de l'Atlantique, mais les ventes ne suivent pas : seulement 100 000 exemplaires environ dans le monde entier. Cet échec commercial peut s'expliquer par la simplicité de l'album, sorti à une époque où l'extravagance est de mode, ainsi que par l'absence d'un single à succès : Starstruck sort aux États-Unis et en Europe continentale, mais ne se classe qu'aux Pays-Bas[53],[54], et Days n'est pas incluse dans l'album. Malgré tout, Village Green est salué par la jeune presse rock underground à sa sortie, notamment aux États-Unis où les Kinks commencent à acquérir une réputation de groupe culte[55]. La popularité de l'album ne s'est pas démentie : il est devenu au fil du temps le plus vendu des albums studio des Kinks[53],[56] et il a connu une réédition de luxe 3 CD en 2004.

Les Kinks en 1969 : Dave Davies, Ray Davies, John Dalton et Mick Avory

Début 1969, Pete Quaife annonce son départ des Kinks. Les autres membres du groupe ne le prennent pas au sérieux jusqu'à la lecture d'un article du New Musical Express du 4 avril sur le nouveau groupe de Quaife, Maple Oak, qu'il a formé sans mettre au courant ses anciens camarades[57]. Ray Davies lui demande de rester pour les sessions du prochain album, mais il refuse et les Kinks font alors appel à John Dalton, qui avait brièvement remplacé Quaife en 1966[58].

Ray Davies se rend à Los Angeles en avril 1969 pour participer aux négociations avec l'American Federation of Musicians sur la levée de l'interdiction faite au groupe de jouer sur le sol américain. Une fois cet obstacle disparu, les managers préparent rapidement une tournée en Amérique du Nord[59]. Entre-temps, les Kinks enregistrent un nouvel album, Arthur (Or the Decline and Fall of the British Empire), qui doit servir de bande originale à un téléfilm qui ne voit finalement pas le jour[60]. Comme ses deux prédécesseurs, le concept-album Arthur est profondément ancré dans un contexte anglais et reprend des thèmes de l'enfance des frères Davies : il doit son nom à leur beau-frère, parti vivre en Australie au début des années 1960 avec leur sœur Rosie[60],[61]. Il rencontre un succès commercial modeste, mais les critiques américains lui réservent un bon accueil, avec des comparaisons élogieuses au Tommy des Who sorti la même année[4],[60],[62]. Les Kinks entament leur tournée nord-américaine en octobre, mais elle se passe plus mal que prévu : le groupe peine à trouver des promoteurs coopératifs et un public intéressé, si bien que de nombreuses dates sont annulées. Ils jouent tout de même dans plusieurs grandes salles réputées comme le Fillmore East ou le Whisky a Go Go[63].

Début 1970, les Kinks accueillent un cinquième membre en la personne de John Gosling, chargé des claviers. Le groupe s'était jusqu'alors passé de claviériste attitré, ayant recours aux services de Nicky Hopkins lorsque Ray Davies ne s'en chargeait pas lui-même. Gosling fait ses débuts sur Lola, une chanson relatant une rencontre confuse avec un travesti qui entre dans le Top 10 des deux côtés de l'Atlantique et ramène les Kinks sur le devant de la scène[64],[65]. L'album qui s'ensuit, Lola versus Powerman and the Moneygoround, Part One, paraît en novembre 1970. C'est un succès critique et commercial tel que les Kinks n'en ont plus connu depuis le milieu des années 1960[66],[67]. Il est suivi l'année suivante par Percy, bande originale d'un film relatant les aventures d'un homme qui subit une transplantation de pénis[68]. Composée en majeure partie d'instrumentaux, cette bande originale s'attire des critiques médiocres et marque l'expiration du contrat des Kinks avec Pye et Reprise[1],[68].

Les Kinks vers 1971 : Gosling, Dave Davies, Avory, Dalton et Ray Davies. Cette formation dure jusqu'en 1976.

En 1971, les Kinks signent un contrat pour cinq albums avec RCA Records. Ils reçoivent une avance d'un million de dollars qui contribue au financement de leur propre studio d'enregistrement, baptisé Konk[1],[69]. Leur premier disque chez RCA, Muswell Hillbillies, plein d'influences country, bluegrass et music hall, est considéré par certains comme leur dernier grand album studio[69]. Ses chansons évoquent la vie des classes populaires et l'enfance des frères Davies : son titre fait référence au quartier de Muswell Hill où ils ont grandi[69]. Malgré de bonnes critiques et des attentes élevées, les ventes sont médiocres : 48e dans le classement de Record World, 100e dans celui de Billboard[4],[69]. Un double album, Everybody's in Show-Biz, suit en août 1972. Le premier disque comprend de nouvelles chansons, tandis que le second est enregistré lors de deux concerts donnés au Carnegie Hall au mois de mars[70]. Parmi les nouvelles chansons, deux sont éditées en 45 tours : la ballade douce-amère Celluloid Heroes, hommage aux grands noms disparus d'Hollywood, et Supersonic Rocket Ship, pétrie d'influences antillaises, qui constitue leur dernière apparition dans le Top 20 pour les dix ans à venir[70]. L'album rencontre un succès comparable à son prédécesseur aux États-Unis, se classant 47e pour Record World et 70e pour Billboard[4],[70]. C'est une œuvre de transition avant la musique plus théâtrale que produisent les Kinks durant les quatre années qui suivent[70].

Incarnation théâtrale (1973-1976)[modifier | modifier le code]

Ray Davies dans le rôle de Mr. Flash, l'antihéros de Preservation. Son rival, Mr. Black, est joué par Dave sur scène[71].

À partir de 1973, Ray Davies donne une orientation résolument théâtrale à sa musique, en commençant par l'opéra-rock Preservation, vaste et ambitieuse chronique d'une révolution sociale basée sur l'ethos de Village Green Preservation Society[72]. Les Kinks se produisent désormais avec une section de cuivres et des choristes féminines et ressemblent davantage à une compagnie théâtrale qu'à un groupe de rock[1],[72].

Les problèmes de couple de Ray Davies commencent à avoir des effets néfastes sur les Kinks. En juin 1973, sa femme Rasa le quitte en emmenant leurs enfants, plongeant Davies dans une profonde dépression qui éclate sur scène lors d'un concert au White City Stadium en juillet[73]. Victime d'une overdose, il est transporté en urgence à l'hôpital[74]. Son état est si grave que les managers des Kinks envisagent de laisser le groupe continuer sans lui, Dave occupant le rôle de leader[75]. Ray finit par se remettre, mais sa dépression n'est pas sans conséquences sur les albums suivants des Kinks, ainsi que sur la popularité du groupe. John Dalton affirme par la suite qu'il n'a plus jamais été le même[75].

L'opéra-rock Preservation est édité en deux volets qui reçoivent un accueil glacial de la critique : Preservation Act 1 sort fin 1973[72],[76] et Preservation Act 2 en mai 1974[77]. Preservation Act 1 est le premier album enregistré au studio Konk, où sont par la suite enregistrés et produits la quasi-totalité des albums des Kinks[78]. Fin 1974, les Kinks se lancent dans une ambitieuse tournée américaine en adaptant sur scène l'histoire de Preservation, de manière plus efficace que sur disque selon le musicologue Eric Weisbard[79].

Ray Davies se lance bientôt dans un nouveau projet pour Granada Television : une comédie musicale appelée Starmaker[80]. L'intrigue voit une vedette du rock échanger sa vie avec celle d'un « Norman normal » et faire les trois huit[80],[81]. Après une diffusion télévisée avec Ray dans le rôle principal et les Kinks comme groupe d'accompagnement et seconds rôles, le projet donne finalement naissance à l'album The Kinks Present a Soap Opera, sorti en mai 1975. En août de la même année, les Kinks enregistrent leur dernier album « théâtral », Schoolboys in Disgrace, qui revient sur l'enfance de Mr. Flash, le magnat capitaliste de Preservation[82]. Ce disque rencontre un succès modéré et se classe 45e au Billboard[4],[82].

Le contrat des Kinks avec RCA expire avec la sortie de Schoolboys in Disgrace. Le groupe signe chez Arista Records en 1976. Leur nouveau label les encourage à redevenir un simple groupe de rock, voire d'arena rock, sans cuivres ni choristes[1]. Au même moment, le groupe de heavy metal Van Halen entre dans le Top 40 avec une reprise de You Really Got Me, ce qui contribue à ramener le groupe sur le devant de la scène[83].

Renouveau commercial (1977-1985)[modifier | modifier le code]

Ray Davies et ses choristes en concert aux Maple Leaf Gardens de Toronto (29 avril 1977)

John Dalton quitte les Kinks avant la fin des sessions du premier album pour Arista. Andy Pyle, ancien bassiste de Blodwyn Pig et Savoy Brown, le remplace pour terminer le disque et assurer la tournée qui s'ensuit[1]. Sorti en 1977, Sleepwalker marque la fin des albums-concepts et un retour en forme du groupe : il se classe 21e aux États-Unis[4],[84]. Peu après sa sortie et l'enregistrement de son successeur, Misfits, Andy Pyle et John Gosling quittent le groupe pour travailler sur un projet commun. Dalton revient pour boucler la tournée, tandis que le claviériste Gordon John Edwards (ex-Pretty Things) rejoint le groupe[83]. Misfits sort en mai 1978 et devient un nouveau succès pour les Kinks, notamment grâce au titre A Rock 'n' Roll Fantasy qui se classe dans le Top 40 américain. Dalton quitte pour de bon les Kinks à la fin de la tournée britannique, suivi peu après par Edwards. Jim Rodford (ex-Argent) prend la basse pour l'enregistrement de l'album Low Budget, sur lequel Davies assure lui-même les claviers. Ian Gibbons (ex-Life) est engagé à ce poste pour la tournée qui suit et ne tarde pas à devenir membre à part entière des Kinks. Malgré cette instabilité, le groupe ne cesse de gagner en popularité, en partie grâce aux groupes new wave qui reprennent ses anciennes chansons : David Watts par The Jam, Stop Your Sobbing par The Pretenders ou The Hard Way par The Knack[1],[2].

Les Kinks (Ray Davies et Jim Rodford) sur scène en 1979.

Sorti en 1979, Low Budget, aux sonorités très hard rock, devient le deuxième Disque d'Or du groupe aux États-Unis, où il se classe no 11 des ventes[1],[2],[4]. L'année suivante paraît le troisième album live du groupe, One For The Road, qui sort simultanément en vinyle et en cassette, une première[1],[2]. Le disque se classe à la 14e place des ventes d'albums aux États-Unis[85], et Dave Davies profite du regain offert par ce succès pour lancer sa carrière solo avec les albums Dave Davies en 1980 et Glamour l'année suivante[86],[87].

L'album suivant des Kinks, Give the People What They Want, sort fin 1981 et se classe 15e aux États-Unis, devenant aussi disque d'or[88]. Il inclut les hits Better Things (46e au Royaume-Uni) et Destroyer (3e du Hot Mainstream Rock Tracks)[4],[88]. Pour promouvoir l'album, les Kinks passent la fin de l'année 1981 et l'essentiel de 1982 à tourner sans relâche[2], donnant de nombreux concerts à guichet fermé en Australie, au Japon, en Angleterre et en Amérique[89] avec en apogée l'US Festival de San Bernardino, où ils se produisent devant 205 000 spectateurs[90]. Au printemps 1983, le single nostalgique Come Dancing se classe 6e aux États-Unis, la meilleure performance des Kinks dans ce pays depuis Tired of Waiting for You[4] ; il marque également le retour du groupe dans le Top 20 britannique (12e) pour la première fois depuis 1972[91]. L'album qui s'ensuit, State of Confusion, est un nouveau succès commercial, qui se classe 12e aux États-Unis mais pas au Royaume-Uni, comme tous les albums du groupe depuis 1967[92]. Un autre single tiré de l'album, Don't Forget to Dance, entre dans le Top 30 aux États-Unis et dans le bas du classement britannique[4].

La deuxième vague de popularité des Kinks se maintient avec State of Confusion, mais tout comme celle de leurs contemporains Rolling Stones et Who, elle ne tarde pas à décliner[91]. Dans la seconde moitié de l'année 1983, Ray Davies commence à travailler sur un ambitieux projet de film, Return to Waterloo, sur un banlieusard londonien qui rêve qu'il est un tueur en série[93],[94]. Tim Roth y interprète l'un de ses premiers grands rôles[94]. Davies s'engage beaucoup dans ce projet : il écrit le scénario, réalise le film et interprète sa bande originale, ce qui cause des tensions avec son frère[95]. La fin de sa relation avec Chrissie Hynde n'arrange pas les choses[96]. L'ancienne querelle entre Dave Davies et Mick Avory refait surface et s'envenime au point que le guitariste refuse catégoriquement de continuer à travailler avec le batteur, exigeant son remplacement par Bob Henrit (un autre ex-Argent[96]). Dave obtient gain de cause lorsque Avory quitte les Kinks de son propre chef. Il reste en bon termes avec Ray, qui l'invite à devenir manager des studios Konk. Avory accepte et continue à participer aux albums suivants des Kinks comme producteur et contributeur ponctuel[96].

Ray Davies à Bruxelles en 1985.

Entre l'achèvement de Return to Waterloo et le départ d'Avory, le groupe avait commencé à travailler sur Word of Mouth, leur dernier album chez Arista, qui sort en novembre 1984. L'ancien batteur du groupe apparaît sur trois titres, les autres étant bouclés avec l'utilisation d'une boîte à rythmes[96],[97]. Plusieurs chansons de Word of Mouth sont reprises de la bande originale de Return to Waterloo[93]. Do It Again, premier single tiré de l'album, sort en avril 1985 et se classe 41e aux États-Unis, la dernière entrée du groupe dans le Billboard Hot 100[97]. Parallèlement à la sortie de l'album paraissent les trois premiers livres consacrés aux Kinks[98]. The Kinks: The Official Biography de Jon Savage s'appuie sur de longues interviews des membres du groupe. Après avoir aidé Savage à obtenir un contrat pour le livre, Ray Davies tente à plusieurs reprises de repousser sa parution, sans succès[98]. Peu après paraissent The Kinks Kronicles, du critique rock John Mendelsohn, déjà auteur du livret d'une compilation du même nom parue en 1972, et The Kinks — The Sound and the Fury de Johnny Rogan[99].

Déclin et séparation (1986-1996)[modifier | modifier le code]

Début 1986, les Kinks signent chez MCA Records aux États-Unis et London Records au Royaume-Uni[22],[97]. Leur premier album pour leur nouveau label, Think Visual, sort plus tard la même année ; il rencontre un succès modéré, se classant 81e aux États-Unis[4],[22],[100]. Working at the Factory est une nouvelle dénonciation de l'industrie musicale, tandis que la chanson-titre s'en prend à la culture MTV dont le groupe avait pourtant profité au début de la décennie[101]. Suit un nouvel album live en 1987, Live: The Road, aussi pauvrement accueilli par la critique que par le public[4]. En 1989, UK Jive est un échec commercial, qui ne passe que brièvement dans le bas des charts américains[4]. MCA met un terme au contrat des Kinks, qui peinent à trouver un label susceptible de les accepter pour la première fois depuis leurs débuts. Le claviériste Ian Gibbons quitte le groupe pour être remplacé par Mark Haley[102].

Les Kinks sont élus membres du Rock and Roll Hall of Fame dès leur première année d'éligibilité, en 1990[2]. Mick Avory et Pete Quaife sont présents à la cérémonie[2],[102], mais cela ne relance en rien la carrière du groupe. Lost & Found (1986-1989), une compilation des années MCA, sort en 1991, essentiellement pour des raisons contractuelles, et met un terme définitif aux relations du groupe avec ce label[22]. Les Kinks signent alors chez Columbia Records et sortent la même année l'EP Did Ya. Malgré la présence d'une nouvelle version de Days, il passe inaperçu[4],[22].

Pour l'enregistrement de leur premier album chez Columbia, Phobia, les Kinks retrouvent une formation en quatuor, car Mark Haley les a quittés après un concert à guichet fermé au Royal Albert Hall. Gibbons rejoint le groupe après la sortie de l'album pour une tournée américaine[103]. Phobia ne reste qu'une semaine dans le bas des charts américains (166e) et, comme ses prédécesseurs, échoue à produire une quelconque impression au Royaume-Uni[4], bien que le single Only a Dream manque de peu d'entrer dans le hit-parade britannique. La sortie du single Scattered est annoncée à la télévision et à la radio, mais le disque est introuvable en magasin ; des exemplaires apparaissent sur le marché des collectionneurs plusieurs mois après[103]. L'année suivante, Columbia lâche le groupe et les Kinks font paraître l'album To the Bone sur leur propre label (Konk) au Royaume-Uni. Cet album live acoustique est en partie enregistré lors des tournées britanniques de 1993-1994 (qui rencontrent un franc succès) et en partie aux studios Konk, devant un petit groupe d'invités. Deux ans plus tard, une version améliorée de l'album sort aux États-Unis avec deux titres studio inédits, Animal et To the Bone[104]. Malgré de bonnes critiques, l'album ne se classe ni au Royaume-Uni, ni aux États-Unis[4].

The Clissold Arms.

La réputation des Kinks s'améliore fortement au milieu des années 1990 grâce à l'explosion de la Britpop[1],[104]. Plusieurs groupes majeurs de la décennie les citent en effet comme une influence majeure. Damon Albarn, leader de Blur, et Noel Gallagher, principal auteur d'Oasis, mentionnent l'influence de Ray Davies sur leur écriture et leur développement artistique. Pour Gallagher, les Kinks sont le cinquième meilleur groupe de tous les temps[105]. Malgré cela, les perspectives commerciales du groupe ne s'arrangent pas[1]. Les Kinks se font de moins en moins actifs, les frères Davies se consacrant chacun à ses propres intérêts. Chacun publie une autobiographie : X-Ray, celle de Ray Davies, paraît début 1995, et celle de Dave, Kink, l'année d'après[106]. Les Kinks jouent pour la dernière fois en public à la mi-1996[107], et le groupe se réunit pour la dernière fois à l'occasion du 50e anniversaire de Dave, en 1997. Selon Doug Hinman, « il était impossible de rater la symbolique de l'événement. La fête avait lieu là où s'étaient tenus les tout premiers concerts des deux frères, le pub de Clissold Arms, juste en face de leur maison d'enfance de Fortis Green, dans le nord de Londres[108] ».

Rumeurs de réunion (depuis 1996)[modifier | modifier le code]

Dave Davies au Dakota Creek Roadhouse (2002)

Depuis 1996, les anciens membres des Kinks se sont concentrés sur leurs propres carrières[106]. Des rumeurs de réunion circulent régulièrement, avec notamment une réunion avortée de la formation originale du groupe en studio en 1999, mais ni Ray, ni Dave Davies ne semblent particulièrement désireux de jouer à nouveau ensemble[107]. De leur côté, John Gosling, John Dalton et Mick Avory forment dès 1994 le groupe The Kast Off Kinks avec le chanteur et guitariste Dave Clarke[109].

Une réunion semble se dessiner à l'approche du 40e anniversaire du groupe, mais Dave Davies est victime en juin 2004 d'un infarctus qui l'empêche temporairement de parler et de jouer de la guitare[110]. En novembre 2005, les Kinks font leur entrée au UK Music Hall of Fame. Les quatre membres d'origine sont présents à la cérémonie et reçoivent leur trophée des mains de Pete Townshend[111]. L'événement accroît les ventes du groupe ; en août 2007, la compilation The Ultimate Collection (The Kinks) (en) se classe 32e du hit-parade britannique et atteint la première place de l'UK Indie Chart[112].

Ray Davies à Ottawa (2008)

Le 29 septembre 2008, lors d'une interview pour la BBC Radio 4, Ray Davies déclare que le groupe pourrait bientôt se réunir. Affirmant ne pas vouloir participer à une réunion qui ne serait qu'une affaire de nostalgie, il explique : « Il y a l'envie de le faire. Ce qui me ferait répondre "oui" ou "non" serait de savoir si oui ou non, nous pourrions faire de nouvelles chansons ». Il précise également que le principal obstacle est la santé de son frère après son infarctus[110]. En novembre 2008, Ray déclare à la BBC que le groupe a commencé à écrire de nouvelles chansons pour une possible réunion, sans préciser quels membres sont concernés[113]. Cependant, son enthousiasme n'est pas unanimement partagé. Dans une interview, Dave Davies déclare qu'une reformation serait « comme un mauvais remake de La Nuit des morts-vivants », ajoutant que « Ray fait des spectacles Karaoké Kinks depuis 1996 »[114]. En juin 2009, Ray Davies déclare à The Independent que le groupe a répété et même écrit de nouvelles chansons, mais qu'une réunion officielle est peu probable. « Je continuerai à jouer avec d'anciens membres comme Mick Avory de temps en temps. Avec Dave, c'est surtout psychologique. Je l'y conduirai, je le forcerai et je l'encouragerai, et quand le moment sera venu j'imagine que je recommencerai même à lui crier dessus[115]. » En décembre 2009, Ray Davies est revenu sur une possible réunion avec son frère. « Je lui ai suggéré de faire quelques petites scènes pour voir comment il peut jouer. Si l'on doit rejouer ensemble, on ne peut pas reprendre la route sur-le-champ avec une annonce grandiose [...] Mais, si Dave le sent bien et si l'on peut écrire de nouvelles bonnes chansons, alors ça aura lieu »[116].

En février 2011, Ray Davies annonce comme imminente la reformation des Kinks même sans Dave Davies. Depuis il a enregistré un disque "solo", et deux albums en collaboration avec diverses personnalités auxquelles il s'est lié, en repuisant parmi les chansons préférées de son répertoire (et même en les réarrangeant avec une chorale pour un opus complet).

Style musical[modifier | modifier le code]

À l'origine, les Kinks restent dans les limites du R&B et du blues, mais ils ne tardent pas à s'essayer à des sonorités plus rock, plus dures ; leur rôle pionnier dans ce domaine leur a souvent valu le surnom de « premiers punks[117],[118] ». Lassé du son de guitare « propre » de l'époque, Dave Davies cherche un son plus fort et plus dur, et pour ce faire, il déchire le haut-parleur de son amplificateur avec une lame de rasoir[119]. Le « petit ampli vert » Elpico, branché sur un plus gros Vox AC30, donne un son caractéristique aux premiers titres des Kinks, notamment You Really Got Me et All Day and All of the Night[1].

Le groupe ne tarde cependant pas à abandonner le côté R&B / hard rock. À partir de 1966, les Kinks deviennent réputés pour leur adoption des traditions musicales et culturelles anglaises, à une époque où de nombreux groupes britanniques s'intéressent davantage au blues, au R&B ou à la pop des États-Unis[1]. Ray Davies se souvient du moment précis, en 1965, où il a décidé de rompre avec la scène américaine pour écrire des titres plus introspectifs et intelligents : « j'ai décidé que j'allais davantage utiliser les mots, et dire des choses. J'ai écrit Well Respected Man. C'est la première chanson vraiment orientée sur les paroles que j'aie écrite. [J'ai aussi] abandonné toute tentative d'américaniser mon accent[120] ». La stylisation anglaise des Kinks est accrue par l'interdiction lancée par l'American Federation of Musicians, qui les coupe du marché américain, le plus important au monde[1], et les force à se concentrer sur le Royaume-Uni et l'Europe continentale. Le son anglais des Kinks continue à se développer au fil des années 1960, mêlant music hall et folk[1].

À partir de l'album Everybody's in Show-Biz (1972), Ray Davies explore des concepts théâtraux sur les albums du groupe, élément manifeste sur Preservation Act 1 (1973) et jusqu'à Schoolboys in Disgrace (1976)[1]. Les Kinks ne rencontrent guère de succès avec ces œuvres conceptuelles, et reviennent à un format rock plus traditionnel à partir de la fin des années 1970. Sleepwalker (1977), qui annonce leur retour commercial, présente une production conventionnelle et léchée qui deviendra leur norme[84]. Le groupe revient à un rock carré à partir de Low Budget (1979) et continuera dans ce genre jusqu'à la fin[1].

Certifications et récompenses[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, les Kinks ont placé cinq singles dans le Top 10 du Billboard, et neuf albums dans le Top 40[22]. Dans leur pays d'origine, dix-sept de leurs singles sont entrés dans le Top 20 et cinq de leurs albums dans le Top 10[121]. La RIAA a certifié Disque d'Or quatre de leurs albums : la compilation Greatest Hits!, sorti en 1965, est certifié Disque d'Or (1 million de ventes) le 28 novembre 1968 (six jours après la sortie de Village Green, qui n'entre dans aucun hit-parade)[122]. Le groupe doit attendre 1979 pour recevoir un nouveau Disque d'Or avec Low Budget ; les deux albums suivants, le live One for the Road et le studio Give the People What They Want, reçoivent la même récompense (500 000 exemplaires vendus)[123]. Entre autres récompenses, ils ont reçu l'Ivor Novello Award pour « Services exceptionnels rendus à la musique britannique »[124]. Le groupe dans sa formation originale est entré au Rock and Roll Hall of Fame en 1990[2],[3], puis au UK Music Hall of Fame en 2005.

Documentation et inédits[modifier | modifier le code]

À la différence d'artistes contemporains, comme les Beatles, dont les enregistrements ont été préservés avec soin, il ne subsiste presque rien des passages des Kinks en studio dans les années 1960[125]. Ray Davies a tenu un journal, mais n'a pas encore permis son étude[126]. Pye Records n'a conservé qu'une petite partie des bandes des Kinks ; la plupart fut détruite, effacée ou réutilisée avant les années 1980[127]. À partir de l'époque RCA, documentation et bandes sont mieux conservées, principalement en raison de la liberté accordée au groupe dans son studio (Konk), mais comme le note Doug Hinman, « jusqu'à ce que les archives des studios Konk soient ouvertes, si elles le sont jamais, ce pan de l'héritage des Kinks sera loin d'être définitif[127] ».

Discographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Discographie des Kinks.

Jusqu'en 1967, la discographie des Kinks est différente au Royaume-Uni (Pye), aux États-Unis (Reprise) et en France (Vogue). L'instrumental Revenge, par exemple, a été écarté de la production française au début. La discographie studio qui suit est la britannique.

Membres[modifier | modifier le code]

Période Chant Guitare Basse Batterie Claviers Albums
février 1964 – juin 1966 Ray Davies Dave Davies Pete Quaife Mick Avory (divers musiciens de studio, notamment Nicky Hopkins entre 1966 et 1968, ou Ray Davies lui-même)
juin – novembre 1966 John Dalton
novembre 1966 – mars 1969 Pete Quaife
avril 1969 – 1970 John Dalton
1970-1976 John Gosling
1976-1977
1977 Andy Pyle
1977-1978
1978 John Dalton Gordon Edwards
1978 Jim Rodford Ray Davies
1979-1984 Ian Gibbons
1984-1989 Bob Henrit
1989-1993 Mark Haley
1993 Ray Davies
1993-1996 Ian Gibbons

Reprises et adaptations[modifier | modifier le code]

Plusieurs chansons des Kinks ont été adaptées notamment en français, surtout dans les années 1960 :



Quelques chansons des Kinks ont été utilisées dans des films ou des publicités à l'échelle mondiale :

Ex:

  • I'm Not Like Everybody Else par IBM dans le cadre de sa campagne institutionnelle What Makes You Special ;
  • People Take Pictures of Each Other par Sony-Ericsson pour le lancement du Cybershot C902 en 2008.
  • Picture Book, par HP, déjà cité, pour ses appareils photo numériques

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w et x Stephen Erlewine, « The Kinks Biography on All Music.com » (consulté le 14 mars 2010)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l « The Kinks », Rock and Roll Hall of Fame,‎ (consulté le 14 mars 2010)
  3. a, b, c, d et e « The Kinks » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-03-29
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t « Charts And Awards », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  5. a et b « The Kinks Biography », RollingStone.com (consulté le 14 mars 2010)
  6. Hinman, p. 340-342
  7. a et b Hinman 2004, p. 6.
  8. a et b Kitts 2007, p. 1-5.
  9. Kitts 2007, p. 5.
  10. Hinman 2004, p. 8-9.
  11. a et b Kitts 2007, p. 23-30.
  12. Hinman 2004, p. 12.
  13. a et b Hinman 2004, p. 9-20.
  14. Savage 1984, p. 15-19.
  15. Hinman 2004, p. 17-20.
  16. a et b Savage 1984, p. 17.
  17. Hinman 2004, p. 18-22.
  18. Hinman 2004, p. 31.
  19. a, b et c Denise Sullivan, « You Really Got Me », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  20. a, b et c Rogan 1998, p. 10.
  21. Hinman 2004, p. 30-40.
  22. a, b, c, d, e et f « Discography », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  23. Hinman 2004, p. 47.
  24. a et b Kitts 2007, p. 58.
  25. Hinman 2004, p. 55.
  26. Americana - Ray Davies, Le Castor Astral - ISBN 979-1027800131)
  27. (en) Loraine Alterman, « Who Let the Kinks In? », Rolling Stone, 18 décembre 1969
  28. a et b Bellman 1998, p. 294.
  29. a et b Savage 1984, p. 58.
  30. Bellman 1998, p. 363.
  31. Hinman 2004, p. 62.
  32. Hinman 2004, p. 48.
  33. a et b « Kinda Kinks », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  34. a, b et c Peter Doggett, livret du CD Kinda Kinks, Sanctuary Records (2004)
  35. Hinman 2004, p. 68.
  36. Rogan 1998, p. 16.
  37. a et b Hinman 2004, p. 77.
  38. Rogan 1998, p. 17.
  39. « Dave Davies Returns to Little Green Street and talks about Dead End Street », DetuneTv (consulté le 14 mars 2010)
  40. Tom Maginnis, « Waterloo Sunset », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  41. Steve Baltin, « The Kinks' Ray Davies Serves Up Songs at the 'Working Man's Cafe' », Spinner,‎ (consulté le 14 mars 2010)
  42. Kitts 2007, p. 86-87.
  43. Savage 1984, p. 87.
  44. Rogan 1998, p. 18.
  45. Robert Christgau, « Consumer Guide: The Kinks », Village Voice, Robertchristgau.com (consulté le 14 mars 2010)
  46. Stephen Erlewine, « To the Bone », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  47. a et b Stephen Erlewine, « Something Else By The Kinks », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  48. a et b Miller 2003, p. 16.
  49. Miller 2003, p. 4-10.
  50. a et b Rogan 1998, p. 20.
  51. a et b Kitts 2007, p. 107.
  52. Miller 2003, p. 27.
  53. a, b, c et d Stephen Erlewine, « The Village Green Preservation Society », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  54. Rogan 1998, p. 65.
  55. Hinman 2004, p. 125.
  56. Miller 2003, p. 138.
  57. Hinman 2004, p. 123-124, 127.
  58. Hinman 2004, p. 126.
  59. Hinman 2004, p. 128-129, 137.
  60. a, b et c Stephen Erlewine, « Arthur (Or the Decline and Fall of the British Empire) », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  61. Kitts 2007, p. 131.
  62. Hinman 2004, p. 132-133.
  63. Hinman 2004, p. 133-137.
  64. Hinman 2004, p. 141.
  65. Rogan 1998, p. 22-23.
  66. Rogan 1998, p. 75-80.
  67. Stephen Erlewine, « Lola Versus Powerman and the Moneygoround, Part One », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  68. a et b Stephen Erlewine, « Percy », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  69. a, b, c et d Stephen Erlewine, « Muswell Hillbillies », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  70. a, b, c et d Stephen Erlewine, « Everybody's in Show-Biz », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  71. Weisbard 2004, p. 135-140.
  72. a, b et c Stephen Erlewine, « Preservation Act 1 », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  73. Hinman 2004, p. 173-174.
  74. Chris George, « The Kitchen Sink Kink », The Independent, 27 août 1994
  75. a et b Marten et Hudson 2007, p. 128-129.
  76. Hinman 2004, p. 177-179.
  77. (en) Stephen Erlewine, « Preservation: Act 2 », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  78. Hinman 2004, p. 169, 178.
  79. Weisbard 2004, p. 139.
  80. a et b Stephen Erlewine, « The Kinks Present a Soap Opera », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  81. Dave Hickey, « Soap Opera: Rock Theater That Works », Village Voice, 19 mai 1975
  82. a et b Stephen Erlewine, « The Kinks Present Schoolboys In Disgrace », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  83. a et b Hinman 2004, p. 218-219.
  84. a et b Stephen Erlewine, « Sleepwalker », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  85. (en)« The kinks Chart History », Billboard.
  86. Richie Unterberger, « Dave Davies », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  87. James Chrispell, « AFL1-3603 », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  88. a et b Stephen Erlewine, « Give the People What They Want », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  89. Hinman 2004, p. 250-270.
  90. Hinman 2004, p. 260.
  91. a et b Rogan 1998, p. 138.
  92. Hinman 2004, p. 266.
  93. a et b William Ruhlmann, « Return To Waterloo », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  94. a et b Mark Deming, « Return To Waterloo », Allmovie (consulté le 14 mars 2010)
  95. Hinman 2004, p. 270.
  96. a, b, c et d Hinman 2004, p. 275-300.
  97. a, b et c Rogan 1998, p. 142.
  98. a et b Hinman 2004, p. 272.
  99. Hinman 2004, p. 352.
  100. Rogan 1998, p. 142-154.
  101. Stephen Erlewine, « Think Visual », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  102. a et b Hinman 2004, p. 300-320.
  103. a et b Hinman 2004, p. 320-325.
  104. a et b Hinman 2004, p. 340.
  105. « Oasis' Noel Gallagher Reveals His Top 10 Bands », NME,‎ (consulté le 14 mars 2010)
  106. a et b Hinman 2004, p. 333.
  107. a et b Hinman 2004, p. 325-350.
  108. Hinman 2004, p. 337.
  109. Bruce Eder, « Mick Avory », Allmusic (consulté le 14 mars 2010)
  110. a et b James McNair, « Ray Davies' well-respected legacy », The Independent,‎ (consulté le 14 mars 2010)
  111. Donna McConnell, « Bands reunited », Daily Mail,‎ (consulté le 14 mars 2010)
  112. Strong, p. 608
  113. Ian Youngs, « The Kinks start work on comeback », BBC News,‎ (consulté le 14 mars 2010)
  114. Nadine Cheung, « Dave Davies Shoots Down Kinks Reunion », Spinner,‎ (consulté le 14 mars 2010)
  115. Daniel Kreps, « Ray Davies Keen for Kinks Reunion », Rolling Stone,‎ (consulté le 14 mars 2010)
  116. John Earls, « Kinky Movie », News of The World,‎ (consulté le 14 mars 2010)
  117. Hinman, p. 1
  118. Caryn Ganz, « Hall of Fame Anniversary Rocks on With Second All-Star Night », Rolling Stone,‎ (consulté le 8 février 2010).
  119. Dave Hunter, Voxes, Vees And Razorblades, .
  120. Hinman, p. 61.
  121. Rogan, passim (« Chart Positions »)
  122. Hinman, p. 121
  123. Hinman, p. 256
  124. Hinman, p. 303
  125. Hinman, p. 4–5
  126. Hinman, p. 4
  127. a et b Hinman, p. 5

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jon Savage, The Kinks: The Official Biography, Londres, Faber and Faber, (ISBN 0-571-13379-7).
  • Ray Davies, X-Ray, New York, Overlook Press, (ISBN 0-87951-611-9)
  • Dave Davies, Kink, New York, Hyperion, (ISBN 0-7868-8269-7)
  • Jonathan Bellman, The Exotic in Western Music, Lebanon, UPNE, (ISBN 1-55553-319-1)
  • Johnny Rogan, The Complete Guide to the Music of The Kinks, Londres, Omnibus Press, (ISBN 0-7119-6314-2)
  • Andy Miller, The Kinks are the Village Green Preservation Society, Londres, Continuum International Publishing Group, (ISBN 0-8264-1498-2)
  • Doug Hinman, The Kinks: All Day and All of the Night, Milwaukee, Hal Leonard Corporation, (ISBN 0-87930-765-X)
  • Eric Weisbard, This is Pop: In Search of the Elusive at Experience Music Project, Milwaukee, Harvard University Press, (ISBN 0-674-01321-2)
  • Martin Strong, The Essential Rock Discography, New York, Open City Books, (ISBN 1-84195-860-3)
  • Thomas Kitts, Ray Davies: Not Like Everybody Else, Londres, Routledge, (ISBN 0-415-97769-X)
  • Neville Marten et Jeff Hudson, The Kinks, Londres, Sanctuary Publishing, (ISBN 1-86074-387-0)
  • Ray Davies, Americana, Bordeaux, Le Castor Astral, (ISBN 979-1027800131)

Lien externe[modifier | modifier le code]