Boris Johnson

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Boris Johnson
Illustration.
Boris Johnson en 2019.
Fonctions
Premier ministre du Royaume-Uni
En fonction depuis le
(3 mois et 26 jours)
Monarque Élisabeth II
Gouvernement Johnson
Législature 57e
Coalition Tories
Prédécesseur Theresa May
Chef du Parti conservateur
En fonction depuis le
(3 mois et 27 jours)
Élection 23 juillet 2019
Prédécesseur Theresa May
Député britannique
En fonction depuis le
(4 ans, 6 mois et 12 jours)
Élection 7 mai 2015
Réélection 8 juin 2017
Circonscription Uxbridge et South Ruislip
Législature 56e et 57e
Groupe politique Conservateur
Prédécesseur John Randall

(6 ans, 11 mois et 26 jours)
Élection
Réélection
Circonscription Henley
Législature 53e et 54e
Groupe politique Conservateur
Prédécesseur Michael Heseltine
Successeur John Howell
Secrétaire d'État des Affaires étrangères et du Commonwealth

(1 an, 11 mois et 26 jours)
Premier ministre Theresa May
Gouvernement May I et II
Prédécesseur Philip Hammond
Successeur Jeremy Hunt
Maire de Londres

(8 ans et 5 jours)
Élection
Réélection
Prédécesseur Ken Livingstone
Successeur Sadiq Khan
Biographie
Nom de naissance Alexander Boris de Pfeffel Johnson[Note 1]
Surnom BoJo
Date de naissance (55 ans)
Lieu de naissance New York (États-Unis)
Nationalité Américain (jusqu'en 2016)
Britannique
Parti politique Parti conservateur
Père Stanley Johnson
Mère Charlotte Fawcett
Fratrie Jo Johnson
Diplômé de université d'Oxford
Profession journaliste
Religion anglicanisme
Résidence 10 Downing Street (Londres)

Signature de

Boris Johnson Boris Johnson
Maires de Londres
Secrétaires d'État des Affaires étrangères
et du Commonwealth

Premiers ministres du Royaume-Uni

Alexander Boris de Pfeffel Johnson, dit Boris Johnson /ˈbɒrɪs ˈdʒɒnsən/[Note 2], né le à New York, est un homme d'État britannique. Il est chef du Parti conservateur et Premier ministre du Royaume-Uni depuis le .

Après ses études, il se fait connaître comme journaliste dans les grands quotidiens britanniques. Membre du Parti conservateur, il est élu à la Chambre des communes lors des élections générales de 2001 dans la circonscription de Henley et réélu en 2005.

Il gagne les élections municipales de 2008 à Londres face au maire sortant, le travailliste Ken Livingstone, puis celles de 2012, également face à celui-ci. Son mandat est marqué par l'interdiction de la consommation d'alcool dans les transports publics, la mise en circulation d'une nouvelle génération de bus et des Boris Bikes, ainsi que la défense du secteur financier de Londres et la promotion de la construction d'un nouvel aéroport pour la capitale. Après avoir quitté le Parlement à la suite de son élection comme maire, il redevient parlementaire en 2015 en se faisant élire dans la circonscription d'Uxbridge et South Ruislip, dans le Grand Londres. Toujours populaire, il quitte la mairie de Londres l'année suivante.

En 2016, après avoir été le porte-parole du camp favorable à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (« Brexit »), il est nommé secrétaire d'État des Affaires étrangères et du Commonwealth dans le second gouvernement May. Deux ans plus tard, en désaccord avec la Première ministre sur la conduite d'un Brexit net, il démissionne du gouvernement.

À l’issue de l'élection à la direction du Parti conservateur de 2019, il succède à Theresa May à la fonction de Premier ministre, avec pour promesse la sortie rapide du Royaume-Uni de l’UE. Après plusieurs tentatives contrées par le Parlement britannique, il convoque la tenue d’élections anticipées afin d'obtenir une majorité absolue lui permettant de faire adopter son accord avec l’UE.

Origines et jeunesse[modifier | modifier le code]

Naissance et ancêtres[modifier | modifier le code]

George II, ascendant des Johnson.
Ali Kemal, ministre de l'Intérieur ottoman vers 1919 et arrière grand-père paternel de Boris Johnson.
Stanley Johnson, père de Boris Johnson.

Boris Johnson naît le dans le quartier de l'Upper East Side, à New York. Sa naissance est enregistrée à la fois par les autorités américaines et le consulat britannique de la ville qui lui accordent la citoyenneté américaine et la citoyenneté britannique. Ses parents sont tous deux Britanniques. Il renonce à la nationalité américaine en 2016[1].

Son père, Stanley Johnson (né Stanley Patrick Johnson en 1940 à Penzance, Royaume-Uni), émigre aux États-Unis pour étudier l'écriture créative à l'université de l'Iowa, avant de s'orienter vers des études d'économie à l'université Columbia de New York. Il se marie en 1963 à Charlotte Johnson Wahl (en) (née Charlotte Mary Offlow Fawcett en 1942 à Oxford, Royaume-Uni), mère de Boris Johnson et de trois autres enfants. Il divorce à la fin des années 1980 et se remarie à Jennifer Kiff avec qui il a deux autres enfants.

Le père de Stanley Johnson, Wilfred "Johnny" Johnson (1909-1992), est née d'une mère anglaise et suisse, née Winifred Emma Mary Brun (1883-1910) et d'Ali Kemal Bey (1867-1922), journaliste et ministre ottoman du sultan, tué pour ses sympathies anti-nationalistes pendant la guerre d’indépendance turque. Après le décès de sa mère en 1910, peu de temps après l'accouchement, Osman, avait été confié à sa grand-mère maternelle anglaise, Margaret Brun, née Johnson, chez laquelle il est rebaptisé Wilfred « Johnny » Johnson. Il est décédé à Taunton Deane (Somerset).

La mère de Stanley Johnson est née Irène de Pfeffel Williams (1907-1987). Elle est moitié anglaise et moitié française. Elle est fille de Stanley Fred Williams (1880 à Londres-1955), d'ascendance britannique, et de Marie Louise de Pfeffel (1882 à Paris-1944), d'ascendance maternelle française, et, du côté paternel, alsacienne, par les de Pfeffel, et allemande. Du côté allemand, elle est petite-fille de Karoline von Rothenburg, dite fille illégitime du prince Paul-Charles de Wurtemberg. Irène de Pfeffel Williams serait ainsi une arrière-arrière-petite-fille de ce dernier, et par lui, une descendante du roi George II de Grande-Bretagne. Par cette ascendance, Boris Johnson aurait des liens de parenté avec la majeure partie des familles royales d'Europe et serait le lointain cousin de l'ex-Premier ministre David Cameron.

La mère de Boris Johnson, Charlotte Johnson Wahl (en) (née Charlotte Mary Offlow Fawcett en 1942 à Oxford), est issue d'une famille d'intellectuels libérale de gauche. Elle épouse Stanley Johnson, qu'elle a rencontré à Oxford, alors qu'elle étudiait l'anglais, en 1963 avant de l'accompagner aux États-Unis. Elle devient peintre professionnelle. Elle se remarie en 1988 avec Nicholas Wahl (en), un politologue américain spécialiste de la France, dont elle devient veuve en 1996.

Le père de Charlotte Johnson Wahl, née Offlow Fawcett, est James Fawcett (en) (1913-1991), avocat et membre de 1962 à 1985 de la Commission européenne des droits de l'homme qu'il préside de 1972 à 1981, annobli en 1984. Il devient ensuite expert en prévention de la pollution à la Banque mondiale. Dans le même temps, il fait partie de l'International Planned Parenthood Federation (en) (IPPF). Il travaille par la suite pour la Commission européenne (1973-1979), avant d'être député européen britannique de 1979 à 1984. Cette année, il reçoit un prix de la part de Greenpeace pour « services exceptionnels rendus à l'environnement ». Il travaille à la direction générale de l'environnement à Bruxelles de 1984 à 1994[2]. Il a publié plusieurs livres et essais sur les questions d'environnement et de surpopulation[3]. Il s'est remarié à Jennifer Kidd, avec laquelle il eut deux autres enfants.

La mère de Charlotte Johnson Wahl, née Offlow Fawcett, est Frances Beatrice Lowe (1913-2001), une Américaine dont les parents étaient les universitaires Elias Avery Lowe, d'origine juive ashkénaze, et Helen Tracy Porter (en).

Boris Johnson est l'aîné des quatre enfants d'une fratrie qui compte Rachel Johnson (en), journaliste un temps rédactrice en chef du magazine The Lady, née en 1965, Leo Johnson, réalisateur de cinéma et entrepreneur, né en 1967, et Jo Johnson, éditiorialiste au Financial Times, né en 1971, député et plusieurs fois ministre conservateur.

Enfance[modifier | modifier le code]

À sa naissance, ses parents vivent dans un appartement en face de l'hôtel Chelsea[4], et sont bientôt embarqués pour un périple au Canada, dans le New Hampshire et le Vermont avec leur nouveau-né.

En septembre 1964, la famille retourne en Grande-Bretagne, permettant à Charlotte d'entreprendre des études d'anglais à l'université d'Oxford. Là-bas, elle et son fils vivent dans un appartement dans le quartier de Summertown à Oxford ; c'est là qu'elle donne naissance en 1965 à une fille, Rachel. En juillet 1965, la famille déménage pour Crouch End, à North London, et en février 1966, pour Washington, où Stanley a obtenu un travail avec la Banque mondiale[4]. Les parents y ont un troisième enfant, Leo, né en septembre 1967. Charlotte apprend la peinture en autodidacte et devient connue. Stanley, renvoyé, obtient un nouveau travail, ce qui le contraint à se rendre, avec sa famille, à Harbor Island, à Norwalk, dans le Connecticut.

Enfant, Boris est calme et studieux. Il souffre de sérieux problèmes de surdité et doit subir, à l'âge de huit ans, plusieurs opérations, dont notamment l'implantation de drains transtympaniques[4]. Il déclarera ensuite : « Lorsque j'étais un enfant j'étais extrêmement boutonneux, extrêmement ringard et terriblement studieux. Mon idée d'une journée parfaite était de voyager à travers Londres par le métro pour visiter le British Museum. »

À l'été 1969, la famille retourne au Royaume-Uni, s'installant dans une maison de campagne de la ferme familiale de Stanley à Nethercote, près de Winsford dans l'Exmoor. La maison de campagne est adjacente à une maison habitée par les parents de Stanley, Johnny et Irène Johnson. Stanley est régulièrement absent de Nethercote, laissant Boris seul. Celui-ci est élevé en grande partie par sa mère et par des jeunes filles au pair[4] qui lui apprennent à parler le français.

Eton et Oxford[modifier | modifier le code]

Boris Johnson suit une scolarité à l'école européenne de Bruxelles I, au collège d'Eton, ainsi qu'au Balliol College d'Oxford, où il étudie les lettres classiques et la philosophie. Il y est élu président de l'Oxford Union (en), l'union des étudiants. En raison de ses origines et de son parcours, il est généralement perçu comme un membre de l'upper class traditionnelle britannique.

Il se marie en 1987 avec Allegra Mostyn-Owen, mais le mariage ne dure pas un an et est annulé en 1993. Cette même année, il se marie avec Marina Wheeler, avocate puis conseillère de la reine, et fille du journaliste et producteur Charles Wheeler et de son épouse Sikh, Dip Singh. Les familles Wheeler et Johnson se connaissent depuis plusieurs décennies, Marina Wheeler étant à l'European School de Bruxelles en même temps que son futur mari. Ils ont quatre enfants.

Boris Johnson en 2006.

Carrière journalistique[modifier | modifier le code]

Il commence sa carrière de journaliste comme correspondant stagiaire au Times, mais il est licencié au bout d'un an pour avoir falsifié une citation de son parrain, Sir Colin Lucas (en). Après une courte période au Wolverhampton Express & Star, il rejoint The Daily Telegraph en 1987. Il est le correspondant pour l'Europe à Bruxelles de 1989 à 1994, puis rédacteur adjoint de 1994 à 1999. Il travaille également au Spectactor, magazine marqué à droite, d'abord comme chroniqueur politique entre 1994 et 1995, puis à partir de 1999 comme rédacteur. En décembre 2005, il intègre le cabinet fantôme avec la responsabilité de l'enseignement supérieur.

Ses articles font alors souvent sensation et créent la controverse[5]. Les propos qu'il rapporte sont parfois sortis de leur contexte et utilisés par ses adversaires politiques[5]. Ses papiers, qui dénoncent souvent les travers des responsables des institutions européennes, plaisent particulièrement à Margaret Thatcher[6]. Le Monde écrit à son sujet : « Ses papiers grinçants sur la Commission et sur son président Jacques Delors lui valent la célébrité. Il devient le porte-parole de l’euroscepticisme grâce à sa plume acerbe et à son humour. Il se régale en brocardant la normalisation européenne des préservatifs, stigmatise la « guerre » de Bruxelles « contre les chips britanniques saveur cocktail de crevettes ». Même si ses « scoops » sont souvent le fruit de son imagination – il prête faussement à M. Delors l’intention de se faire élire président de l’Europe –, il s’amuse à tirer les ficelles, fait scandale et devient la coqueluche des milieux conservateurs »[7].

Boris Johnson est l'auteur de trois ouvrages reprenant ses articles ou chroniques : Johnson's Column, Lend Me Your Ears et Have I Got Views For You. Il publie également un roman, Seventy-Two Virgins, en 2004.

Il est nommé, en 2004, pour un British Academy Television Award. Il produit une série documentaire, The Dream of Rome, comparant l'Empire romain et l'Union européenne d'aujourd'hui, diffusée en 2006.

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Député à la Chambre des communes[modifier | modifier le code]

En 1997, il est battu aux élections parlementaires dans la circonscription de Clwyd South. En 2001, Johnson réussit son entrée à la Chambre des communes, élu dans la circonscription de Henley-on-Thames, succédant à Michael Heseltine. Il racontera cette campagne dans un livre Friends, Voters, Countrymen: Jottings on the Stump. En 2004, il est nommé au Shadow Minister pour la Culture lors d'un petit remaniement à la suite de la démission de Nick Hawkins (en). En novembre 2003, il est nommé vice-président du Parti conservateur, après une intense campagne.

Johnson est démis de ces postes dans le parti en novembre 2004 à la suite d'accusations de mensonges venues de Michael Howard au sujet d'une relation extra-conjugale de quatre ans qu'il aurait eue avec Petronella Wyatt (en), la correspondante new yorkaise du Spectator et ancienne rédactrice-adjointe. Johnson tourna ces allégations en ridicule les décrivant comme « une pyramide inversée de fadaises » mais Howard avait renvoyé Johnson non à cause du fond de l'affaire elle-même mais parce qu'il pensait, au vu de ce qu'en disait la presse, que Johnson avait menti.

Johnson fut nommé de nouveau dans le Shadow Cabinet responsable de l'enseignement supérieur le 9 décembre 2005 par le nouveau chef du Parti conservateur, David Cameron, et il démissionna de son poste de rédacteur au Spectator peu après.

Maire de Londres[modifier | modifier le code]

Il accède au poste de maire de Londres à la suite de l'élection du 1er mai 2008, battant le maire sortant, le travailliste Ken Livingstone, alors que l'élection semblait initialement perdue d'avance[8]. Il est réélu face à ce dernier[9] quatre ans plus tard[10],[11]. Le travailliste Sadiq Khan lui succède en mai 2016. Il est admis « Freeman of the City of London »[12], ce qui lui permet de se présenter s'il le souhaite à l'élection du lord-maire de Londres.

En 2013, Boris Johnson s'oppose au plafonnement des bonus des traders et banquiers européens en particulier ceux de la Cité de Londres[13].

Il reprend plusieurs projets de son prédécesseur : des vélos en libre-service (surnommés les « Boris bike »), le projet Crossrail, des investissements dans les transports et lance un nouveau modèle de bus à impériale, modernes et écologiques. Sous sa mandature ont lieu des Jeux olympiques. Il jouit alors d'une popularité allant au-delà du simple Parti conservateur[8].

Il retrouve son siège de député lors des élections générales de 2015, se faisant élire dans la circonscription d'Uxbridge et South Ruislip, sept ans après avoir décidé de quitter la Chambre des communes en raison de son élection à la mairie de Londres.

Meneur du mouvement pour le Brexit[modifier | modifier le code]

Boris Johnson en 2016.

Alors qu'une profession de foi — signée de sa main deux jours avant qu’il rallie la cause du Brexit — glorifiait l’« aubaine » que serait un vote en faveur du maintien dans l’Union et annonçait un « choc économique » en cas de Brexit[7], il fait volte-face et annonce, le , qu'il souhaite la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. S'opposant ainsi à la majorité des personnalités du Parti conservateur, il devient le porte-parole officiel de la campagne du « Brexit »[14],[15]. À la suite du référendum du 23 juin 2016, à l'issue duquel une majorité de Britanniques se prononcent en faveur du départ du pays de l'UE, il apparaît comme un des grands gagnants du scrutin et fait figure de favori pour succéder au Premier ministre David Cameron, qui a annoncé son intention de démissionner avant le mois d'octobre[16],[17]. Mais il doit faire face à des critiques sur sa capacité à rassembler le parti, très divisé à l'issue de ce référendum, et renonce finalement à se présenter à l'élection à la direction du Parti conservateur[18], soutenant quelques jours plus tard la candidature d'Andrea Leadsom[19].

Secrétaire d'État des Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Boris Johnson et le secrétaire d'État des États-Unis, Rex Tillerson, en 2018.

Le 13 juillet 2016, Theresa May succède à David Cameron à la tête du gouvernement. Boris Johnson intègre son cabinet au bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth[20]. Sa nomination provoque la surprise ou la consternation des médias[21]. Il promet que son pays « fera toujours partie de l’Europe », que les droits des Européens vivant au Royaume-Uni seront « totalement protégés », que la coopération avec l’Union européenne « s’intensifiera dans le domaine des arts, des sciences et des universités » et que la Grande-Bretagne aura accès au marché unique européen, tout en insistant sur la nécessité de rompre avec l’Union européenne, une institution qu'il juge « infantilisante »[7]. Partisan d'une ligne « nette », il entend « libérer » son pays de certaines règles fiscales, éthiques, douanières et environnementales, considérant le Brexit comme « une chance considérable » permettant de se tourner vers les nouvelles forces économiques, comme « la région Asie-Pacifique », et de prendre la tête dans des domaines comme l’innovation et la recherche[22].

Ses prises de position et ses revirements suscitent des critiques et marques de gêne chez les diplomates étrangers et la Première ministre[23]. L’Allemand Frank-Walter Steinmeier l’aurait comparé à l’un de ces « politiciens irresponsables qui attirent le pays dans le Brexit et ensuite le lâchent ». Jeroen Dijsselbloem, le ministre des Finances néerlandais, l’accuse de promettre « ce qui est impossible intellectuellement » et « politiquement non disponible ». Pour Le Monde, « Boris Johnson continue de se comporter à la tête du Foreign Office comme le trublion, souvent grossier et malhonnête, qu’il était quand il était journaliste, puis maire de Londres ». The Guardian l'accuse de « semer un chaos inutile dans la lamentable procédure du Brexit » et le Times, proche des conservateurs, souligne l'embarras des diplomates britanniques d'être dirigés par un ministre « qui se comporte comme un enfant »[24].

Le 9 juillet 2018, au lendemain de la démission de David Davis, en désaccord avec la conduite d'un Brexit modéré (soft), il annonce son départ du gouvernement[25]. Après l'annonce de la démission de Theresa May, les prises de position de Boris Johnson en faveur d'une sortie « dure » de l'Union européenne en ont fait un candidat potentiel à sa succession au 10 Downing Street[26].

Succession de Theresa May[modifier | modifier le code]

En , à la suite de la démission de Theresa May, il est candidat à l'élection à la direction du Parti conservateur[27]. Il arrive nettement en tête des quatre premiers tours du vote des députés du parti et se qualifie pour le vote des adhérents à l’issue du cinquième tour, avec 160 suffrages contre 77 pour Jeremy Hunt et 75 pour Michael Gove[28].

Contrairement à son adversaire, il promet de ne pas repousser le Brexit au-delà du et se dit prêt à ne pas régler la facture du Brexit (entre 40 et 45 milliards d'euros) si l'Union européenne n’accorde pas de meilleures conditions de sortie au Royaume-Uni[29].

Dans cette course, il obtient le soutient du président américain, Donald Trump, auquel la presse le compare souvent pour ses prises de position et son style atypiques[30],[31].

Le , le parti annonce qu'il a remporté le vote des adhérents avec 66,1 % des suffrages. Il succède à Theresa May en tant que Premier ministre le lendemain[32].

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Boris Johnson aux côtés de Donald Trump, en 2019.

Dans son premier discours au 10 Downing Street, Boris Johnson réaffirme sa volonté de réaliser le Brexit le [33]. Son gouvernement, nommé le jour même, est composé en grande partie de personnalités eurosceptiques. Une dizaine de ministres de Theresa May ne sont pas reconduits dans leurs fonctions[34],[35],[36].

Le , la majorité conservatrice à la Chambre des communes se réduit à une voix à la suite de la victoire de Jane Dodds (Lib Dems) à une élection partielle à Brecon and Radnorshire[37]. Le , il sollicite et obtient de la reine Élisabeth II la suspension du Parlement jusqu’au suivant, ce qui pourrait rendre possible un Brexit sans accord avec l’UE ou conduire au renversement du gouvernement et à l'organisation d'élections anticipées[38],[39]. Le , à la suite de la défection du député conservateur europhile Phillip Lee, qui rejoint les Lib Dems, Boris Johnson perd sa majorité absolue à la Chambre des communes[40]. Le , la Cour suprême du Royaume-Uni décide à l'unanimité que la suspension du Parlement était « illégale, nulle et sans effet »[41]. Le chef de l'opposition, Jeremy Corbyn, réclame alors sa démission[42]. Cette instabilité politique ravive également le désir indépendantiste de certains Écossais[43], majoritairement hostiles au Brexit[44].

Un accord est finalement trouvé le entre le Royaume-Uni et l'Union européenne[45]. Appelée à se prononcer sur cet traité le 19 octobre, alors que les pronostics vont dans le sens d’une adoption de l’accord, la Chambre des communes adopte un amendement reportant sine die le vote, pour pouvoir examiner le texte en détail sans risquer un Brexit sans accord. Boris Johnson demande alors aux institutions européennes un nouveau report dans une lettre non signée, en assurant qu'il fera tout pour que le pays sorte de l'UE dès le 31 octobre[46]. Les 27 autres États membres de l'UE s'accordent pour repousser une nouvelle fois la date de retrait du Royaume-Uni, au 31 janvier 2020[47].

Affichant son souhait de réaliser le Brexit « coûte que coûte »[48], Boris Johnson parvient, après trois échecs, à convaincre l'opposition travailliste de soutenir la convocation de nouvelles élections générales[49]. Il espère que ces élections anticipées, prévues au 12 décembre 2019, renforceront sa majorité et augmenteront le nombre de députés favorables au Brexit[50]. Étant dans l’incapacité légale d’accomplir le Brexit à la date du 31 octobre comme il l'avait promis initialement, il présente ses excuses aux membres du Parti conservateur[51]. Il annonce également refuser toute alliance avec le Parti du Brexit[52], conduit par Nigel Farage, après que celui-ci lui a proposé un accord électoral pour faire sortir le Royaume-Uni de l'Union européenne rapidement et sans accord[53]. Finalement, Nigel Farage annonce que le Parti du Brexit ne présentera pas de candidats dans les circonscriptions gagnées par les conservateurs lors des dernières élections générales, afin de renforcer les chances du Brexit[54].

Lors de son premier rassemblement public de campagne, Boris Johnson affirme qu'il est le mieux placé pour réaliser le Brexit en mettant en œuvre l'accord qu'il a obtenu avec les autorités européennes[55]. À cette occasion, il compare Jeremy Corbyn à Joseph Staline, accusant le chef du Parti travailliste d'hostilité à l'égard des Britanniques aisés[56].

Résultats électoraux[modifier | modifier le code]

Direction du Parti conservateur[modifier | modifier le code]

Date Voix % Issue
2019 114 (1er tour)
126 (2e tour)
143 (3e tour)
157 (4e tour)
160 (5e tour)
92 153 (adhérents)
36,4 (1er tour)
40,3 (2e tour)
45,7 (3e tour)
50,2 (4e tour)
51,1 (5e tour)
66,1 (adhérents)
Élu

Chambres des communes[modifier | modifier le code]

Élection Circonscription Parti Voix % Issue
Générales de 1997 Clwyd South Conservateur 9 091 23,1 Échec
Générales de 2001 Henley Conservateur 20 466 46,1 Élu
Générales de 2005 Henley Conservateur 24 894 53,5 Élu
Générales de 2015 Uxbridge and South Ruislip Conservateur 22 511 50,2 Élu
Générales de 2017 Uxbridge and South Ruislip Conservateur 23 716 50,8 Élu

Mairie de Londres[modifier | modifier le code]

Date Parti Voix % Issue
2008 Conservateur 1 043 761 (1er tour)
1 168 738 (2d tour)
43,2 (1er tour)
53,2 (2d tour)
Élu
2012 Conservateur 971 931 (1er tour)
1 054 811 (2d tour)
44,0 (1er tour)
51,5 (2d tour)
Élu

Personnalité[modifier | modifier le code]

Boris Johnson au Royal Institute of International Affairs, en 2016.

Boris Johnson cultive une personnalité excentrique, ses gaffes ou provocations nombreuses (son slogan lors de la campagne en 2004 était ainsi « Si vous votez Tory, votre femme aura de plus gros seins et vous augmenterez vos chances d'avoir une BMW », en raison de la proposition de bas impôts facilitant la dépense), ses traits d'humour et son excentricité, réputation cimentée par ses apparitions fréquentes en tant que présentateur invité de l’émission de télévision satirique Have I Got News for You (en) (BBC) ou l'émission anglaise de critique automobile Top Gear (2009). Il est parfois surnommé « BoJo », « Bozzer Bozza » ou encore « Boris le Bouffon »[57] par les tabloïds britanniques ou simplement désigné par son seul prénom.

Il a déclaré que « les djihadistes sont des branleurs qui pratiquent la masturbation intensive » après avoir posé pour une photographie avec des combattants kurdes en Syrie[58], a comparé les desseins de l’Union européenne à ceux des nazis (unifier le continent et le placer sous un commandement unique), a traité Barack Obama d’« à moitié kényan », a dépeint François Hollande comme un commandant d’un camp nazi au cours de la Seconde Guerre mondiale, a comparé Hillary Clinton à « une infirmière sadique d’un hôpital psychiatrique »[59], et composé une ode à Recep Tayyip Erdogan, le décrivant comme un « fantastique branleur »[60],[61].

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « De Pfeffel » n'est pas une composante du nom de famille de Boris Johnson, mais un simple nom intermédiaire, comme il est courant aux États-Unis, mais moins au Royaume-Uni. Le nom de famille de son père est « Johnson ». Le nom intermédiaire « de Pfeffel » a probablement été donné à Boris Johnson en hommage à son arrière-arrière-grand-père Christian Hubert, baron de Pfeffel 1843-1922, issu de la famille de Pfeffel et de la famille royale de Wurtemberg, et dont la fille Marie-Louise de Pfeffel 1882-1944 mariée avec Stanley Fred Williams 1880-1955, n'a pas transmis ce nom à Irene Williams 1907-1987, grand-mère paternelle de Boris Johnson.
  2. Prononciation en anglais britannique retranscrite selon la norme API.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Boris Johnson n'a plus la nationalité américaine », sur Le Figaro, .
  2. Site officiel de Stanley Johnson - Biographie
  3. Site officiel de Stanley Johnson - Bibliographie
  4. a b c et d How Boris Johnson Won London by Giles Edwards, Jonathan Isaby
  5. a et b "v", La Croix.com, 4 mai 2008.
  6. « Boris Johnson, héraut des pro-Brexit, se rapproche de Downing Street », sur Le Point, .
  7. a b et c 60 ans du traité de Rome : Boris Johnson, « Ubu roi » du Brexit sur lemonde.fr du 21 mars 2017
  8. a et b Florentin Collomp, « Boris Johnson, l'homme de Londres », Le Figaro, samedi 28 / dimanche 29 avril 2012, page 20.
  9. «Boris» contre «Ken», un duel pour Londres, Le Figaro, 2 mai 2012.
  10. Boris Johnson réélu maire de Londres, Le Figaro, 5 mai 2012.
  11. Boris Johnson, le maire de Londres rescapé des municipales. L'Humanité 09 mai 2012
  12. (en) « Working with the Mayor of London », sur www.cityoflondon.gov.uk.
  13. Eric Albert, « L'homme le plus détesté par la City », sur Le Monde, .
  14. « Boris Johnson chez les « pro-Brexit », revers pour Cameron », sur Le Monde, .
  15. Quelle place en Europe pour le Royaume-Uni : les pro-Brexit dans le brouillard, L'Express.
  16. Quoi qu'il arrive, Boris Johnson est devenu incontournable, Le Point, 23 juin 2016.
  17. La Grande-Bretagne et l'UE : Boris Johnson futur Premier ministre?, francetvinfo.fr.
  18. « Brexit : Boris Johnson renonce à se présenter à la succession de Cameron », sur LExpress.fr (consulté le 4 juillet 2016).
  19. Jamie Bullen, « Boris Johnson backs Andrea Leadsom in Conservative Party leadership race », standard.co.uk, 4 juillet 2016.
  20. « Boris Johnson est nommé ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Theresa May. » (consulté le 13 juillet 2016).
  21. Boris Johnson, la surprise du gouvernement May sur lemonde.fr du 15 juillet 2016
  22. Face à Theresa May, Boris Johnson appelle les Britanniques à « tirer avantage » d’un Brexit dur sur lemonde.fr du 14 février 2018
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie concernant Boris Johnson[modifier | modifier le code]

  • Andrew Gimson, Boris. The Rise of Boris Johnson, Simon & Schuster, 2006 (ISBN 0-7432-7584-5).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]