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Guerre des os

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Guerre des os
Image illustrative de l’article Guerre des os
Othniel Charles Marsh (à gauche) et Edward Drinker Cope (à droite), les deux principaux protagonistes de la guerre des os.

Type Compétition paléontologique
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Localisation Ouest américain
Date 1872-1897
Participant(s) Edward Drinker Cope et Othniel Charles Marsh

La guerre des os (en anglais Bone Wars[N 1]), parfois appelée la ruée vers l'os[N 2], est le nom donné à une période de chasse et aux intenses découvertes de fossiles, dans un contexte très concurrentiel qui s'est déroulée durant le Gilded Age de l'histoire américaine. Cette époque est marquée par la rivalité passionnée entre deux paléontologues américains : Edward Drinker Cope (de l'académie des sciences naturelles de Philadelphie) et Othniel Charles Marsh (du musée Peabody d'histoire naturelle de Yale). Ces deux savants ont usé de méthodes sournoises pour tenter de surpasser l'autre sur le terrain : ils ont eu recours à la corruption, au vol et à la destruction d'ossements. Ces scientifiques ont également cherché à ruiner la réputation de leur rival et à lui couper ses financements, en attaquant ses publications scientifiques.

Cette recherche de fossiles les a conduits vers l’Ouest américain, dans les riches gisements d’os du Colorado, du Nebraska et du Wyoming. De à , les deux paléontologues ont utilisé leur richesse et leur influence pour financer leurs propres expéditions et pour se procurer des os de dinosaures ou des services auprès des chasseurs de fossiles.

À l'issue de la guerre des os, les deux hommes sont ruinés et discrédités socialement par leurs tentatives de se surpasser et de se déshonorer. Cependant, ils ont apporté d'importantes contributions scientifiques au domaine de la paléontologie et ont fourni un matériel substantiel pour leurs successeurs. Ils ont ainsi laissé derrière eux de nombreuses boîtes de fossiles non ouvertes après leur mort. Les efforts des deux hommes ont permis de découvrir et de décrire plus de 136 nouvelles espèces de dinosaures. Les produits de la guerre des os ont entraîné une augmentation des connaissances sur la faune préhistorique et ont suscité l'intérêt du public pour les dinosaures, conduisant à la poursuite des fouilles de fossiles en Amérique du Nord au cours des décennies suivantes. De nombreux livres historiques ont été écrits sur ce thème. Par ailleurs, des adaptations, plus ou moins fictionnelles, relatent cette période de chasse aux fossiles.

Au début de leur carrière, les relations entre Edward Drinker Cope et Othniel Charles Marsh sont cordiales. Les deux paléontologues se rencontrent à Berlin en 1864 et passent plusieurs jours ensemble, allant même jusqu'à dédier certaines espèces l'un à l'autre[3]. Avec le temps, leurs relations se détériorent toutefois, en grande partie en raison de leurs personnalités opposées. Cope est réputé pour son tempérament impulsif et combatif, tandis que Marsh se distingue par une approche plus méthodique, réservée et réfléchie. Tous deux sont néanmoins connus pour leur caractère querelleur et leur profonde méfiance mutuelle[4]. Leurs divergences s'étendent également au domaine scientifique : Cope défend les principes du néo-lamarckisme, alors que Marsh soutient la théorie de l'évolution par sélection naturelle proposée par Charles Darwin[5]. Même durant leurs périodes d'entente, chacun tend à considérer l'autre avec une certaine condescendance. Selon un observateur contemporain, « l'aristocrate Edward considérait peut-être que Marsh n'était pas tout à fait un gentleman, tandis que l'universitaire Othniel estimait probablement que Cope n'était pas entièrement un professionnel »[6].

Les deux hommes sont issus de milieux très différents. Cope naît au sein d'une influente famille quaker de Philadelphie. Bien que son père souhaite le voir devenir agriculteur, il se passionne très tôt pour les sciences naturelles[6]. Déjà membre de l'Académie des sciences naturelles, il est nommé en 1864 professeur de zoologie au Haverford College et participe aux expéditions de Ferdinand Vandeveer Hayden dans l'Ouest américain. Marsh, à l'inverse, aurait grandi dans une famille modeste de Lockport sans le soutien financier de son oncle, le philanthrope George Peabody[7]. Grâce à ce dernier, il obtient la création du musée Peabody d'histoire naturelle, dont il devient le premier directeur. L'héritage reçu à la mort de son oncle en 1869 lui assure ensuite une situation financière confortable, bien que, notamment en raison des convictions de Peabody concernant le mariage, Marsh demeure célibataire toute sa vie[8].

Dessin inexact du squelette d'un reptile marin préhistorique ayant une longue queue et un cou court.
Reconstitution squelettique incorrecte par Cope d’Elasmosaurus, la tête étant placée du mauvais côté.

À une occasion, les deux paléontologues participent ensemble à une expédition de collecte de fossiles dans les marnes du New Jersey appartenant à Cope, le site même où William Parker Foulke avait découvert l'holotype d’Hadrosaurus foulkii, décrit quelques années plus tôt par Joseph Leidy, ancien professeur d'anatomie comparée de Cope. Ce gisement, à l'origine de l'une des premières découvertes de dinosaures en Amérique du Nord, demeurait alors particulièrement riche en fossiles. Bien que leur collaboration semble s'être achevée dans de bonnes conditions, Marsh verse secrètement de l'argent aux exploitants de la carrière afin que les futures découvertes lui soient directement remises plutôt qu'à Cope[3]. Cet épisode marque le début d'une rivalité ouverte, les deux hommes multipliant ensuite les critiques réciproques dans leurs publications scientifiques, tandis que leurs relations personnelles se dégradent rapidement[9]. Marsh tourne notamment en dérision Cope en affirmant que la reconstitution qu'il avait proposée pour le plésiosaure Elasmosaurus plaçait par erreur le crâne à l'extrémité de la queue (bien que Leidy a déjà signalé cette erreur peu après la description initiale du taxon, en 1870[10]). En représailles, Cope entreprend des campagnes de fouilles dans les territoires du Kansas et du Wyoming, que Marsh considérait comme son domaine de prospection privilégié, aggravant encore davantage leur antagonisme[9],[11].

Premières expéditions (1872-1877)

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Au cours des années 1870, l'attention de Cope et de Marsh se porte vers l'Ouest américain, où d'importantes découvertes paléontologiques sont signalées. Grâce à son influence à Washington, D.C., Cope obtient un poste au sein de l'Institut d'études géologiques des États-Unis dirigée par Hayden. Bien que cette fonction ne soit pas rémunérée, elle lui offre l'occasion de participer à des expéditions dans l'Ouest et de publier les fossiles qu'il y découvre. Son style d'écriture vivant et accessible constitue également un atout pour Hayden, soucieux de rendre les rapports officiels de l'organisme plus attrayants auprès du public. En , Cope entreprend sa première expédition dans le Wyoming afin d'étudier directement les gisements fossilifères de l'Éocène. Cette initiative provoque toutefois des tensions entre Cope, Hayden et Leidy. Avant l'arrivée de Cope au sein de l'organisme, Leidy recevait régulièrement les fossiles collectés par Hayden. Désormais, Cope prospecte dans une région que Leidy considérait comme son domaine de recherche, alors même que ce dernier prévoyait d'y mener ses propres fouilles. Hayden tente d'apaiser le conflit dans une lettre adressée à Leidy[12] :

« Je lui ai demandé de ne pas se rendre dans cette région, puisque vous comptiez y travailler. Il a ri à l'idée qu'on puisse lui interdire une quelconque localité et a déclaré qu'il s'y rendrait, que je le soutienne ou non. Je tenais à m'assurer la collaboration d'un chercheur de cette valeur, ce qui honorait mon équipe. Je ne pouvais toutefois être tenu responsable du terrain qu'il choisissait, d'autant plus que je ne lui versais aucun salaire et ne prenais en charge qu'une partie de ses dépenses. Vous comprendrez donc que, même s'il est regrettable de devoir travailler en concurrence avec d'autres, cela semble presque inévitable. Je suis certain que vous pouvez le comprendre[trad 1]. »

 Ferdinand Vandeveer Hayden

Cope emmène sa famille jusqu'à Denver, tandis qu'Hayden s'efforce d'éviter que lui et Leidy ne prospectent dans les mêmes secteurs. À la suite d'informations transmises par le géologue Fielding Bradford Meek (en), Cope décide également d'examiner un gisement situé près de la gare de Black Buttes, où Meek avait signalé la présence d'ossements à proximité de la voie ferrée. Il y découvre plusieurs restes de dinosaures, qu'il attribue à une nouvelle espèce, Agathaumas sylvestris[13]. Convaincu de bénéficier du soutien logistique d'Hayden et de l'Institut d'études géologiques des États-Unis, Cope se rend ensuite à Fort Bridger en juin 1872. À son arrivée, il constate toutefois que les hommes, les chariots, les chevaux et le matériel qui devaient l'y attendre sont absents[14]. Il est alors contraint d'organiser lui-même son expédition à ses propres frais, recrutant deux conducteurs d'attelage, un cuisinier, un guide[15], ainsi que trois étudiants originaires de Chicago désireux de travailler sous sa direction[14]. Cope ignore cependant que deux des membres de son équipe sont en réalité employés par Marsh. Lorsque ce dernier apprend que ses propres hommes sont rémunérés par son rival, il entre dans une vive colère. Bien qu'ils tentent de lui assurer qu'ils demeurent à son service (l'un d'eux affirmant même avoir accepté cette mission afin d'éloigner Cope des meilleurs gisements fossilifères), il semble que le manque d'organisation de Marsh, notamment dans la formalisation des contrats et le versement des salaires, les ait incités à chercher un autre emploi[16]. L'expédition de Cope traverse ensuite des régions encore peu explorées, jusque-là principalement reconnues par Hayden. Au cours de ce voyage, il met au jour des dizaines de nouvelles espèces fossiles. Dans le même temps, l'un des employés de Marsh expédie par erreur une partie des fossiles destinés à son employeur à Cope. Ce dernier les retourne aussitôt à Marsh, mais cet incident contribue à détériorer encore davantage les relations déjà très tendues entre les deux paléontologues[17].

Photo en noir et blanc d'un groupe de paléontologues armées de fusils.
Marsh (au centre, au dernier rang), entouré de ses assistants armés lors de son expédition de 1872. Il passa relativement peu de temps sur le terrain, préférant généralement déléguer les travaux de collecte à ses collaborateurs[18].

Toute apparence de cordialité entre Cope et Marsh disparaît définitivement en 1872[19], laissant place, dès le printemps de l'année suivante, à une hostilité ouverte[20]. Au même moment, Leidy, Cope et Marsh réalisent d'importantes découvertes de reptiles et de mammifères fossiles dans les gisements de l'Ouest américain. Les trois paléontologues ont alors pour habitude d'envoyer rapidement des télégrammes vers l'Est afin d'annoncer leurs découvertes, avant d'en publier des descriptions détaillées à leur retour d'expédition. Parmi les nouveaux taxons ainsi proposés figurent notamment Uintatherium, Loxolophodon, Eobasileus, Dinoceras et Tinoceras. Cette pratique entraîne cependant une importante confusion taxonomique, plusieurs des fossiles décrits correspondant en réalité aux mêmes animaux. Cope et Marsh savent d'ailleurs que certains spécimens qu'ils étudient ont déjà été découverts par leur rival[21]. Avec le temps, la plupart des noms proposés par Marsh sont reconnus comme valides, tandis que ceux créés par Cope tombent en synonymie. Marsh crée également un nouvel ordre de mammifères, les Cinocerea, regroupant ces formes fossiles. Humilié et incapable d'empêcher ces révisions, Cope répond par la publication d'une vaste étude comparative dans laquelle il propose une nouvelle classification des mammifères de l'Éocène, rejetant les genres établis par Marsh au profit des siens. Marsh maintient toutefois sa position et continue d'affirmer que toutes les dénominations proposées par Cope pour les Dinocerata sont erronées[22].

portraits photographiques en pied de Mars (sur la gauche) et Red cloud (sur la droite) se serrant la main. Red Cloud est habillé pour l'occasion à l'européenne, il tient un calumet dans la main gauche.
Marsh et le chef Sioux Red Cloud à New Haven, au Connecticut, en 1880.

Tandis que les deux scientifiques poursuivent leurs querelles taxonomiques et nomenclaturales, ils repartent également vers l'Ouest afin d'y rechercher de nouveaux fossiles. En 1873, Marsh effectue sa dernière expédition financée par l'université Yale, accompagné d'un groupe de treize étudiants et escorté par un détachement de soldats chargé de démontrer la puissance de l'armée auprès de la tribu des Sioux. Soucieux des critiques suscitées par le coût élevé de ses précédentes expéditions, il demande cette fois aux étudiants de financer eux-mêmes leur participation. L'expédition ne coûte ainsi que 1 857,50 dollars américains à Yale, contre les 15 000 qu'il avait réclamés pour la mission précédente. Cette campagne marque la dernière expédition de terrain dirigée par Marsh, qui préfère par la suite s'appuyer sur un réseau de collecteurs locaux. Bien qu'il dispose déjà de suffisamment de fossiles pour plusieurs années de recherches, son intérêt pour de nouvelles découvertes ne cesse de croître[23]. De son côté, Cope se montre encore plus prolifique dans ses récoltes qu'en 1872. Toutefois, l'influence grandissante de Marsh auprès des collecteurs locaux fait de son rival un persona non grata dans la région de Fort Bridger. Lassé de travailler sous la direction d'Hayden, Cope accepte un poste rémunéré au sein du Corps du génie de l'armée des États-Unis. Cette affiliation fédérale l'oblige cependant à suivre les campagnes de prospection officielles, tandis que Marsh conserve la liberté d'organiser ses recherches où bon lui semble[24].

Au milieu des années 1870, l'attention de Cope et de Marsh se porte vers le territoire du Dakota, où la découverte d'or dans les Black Hills ravive les tensions entre les peuples autochtones et le gouvernement des États-Unis. Désireux d'explorer les riches gisements fossilifères de cette région, Marsh se retrouve mêlé aux conflits opposant l'armée américaine aux nations amérindiennes[25]. Afin d'obtenir l'autorisation de prospecter sur les terres contrôlées par le chef sioux Red Cloud, il lui promet de rémunérer les fossiles découverts et de plaider sa cause à Washington face aux mauvais traitements infligés à son peuple. Selon le récit ultérieur de Marsh, probablement en partie romancé, il quitte finalement discrètement le camp avec plusieurs chariots remplis de fossiles peu avant l'arrivée d'un groupe hostile de Miniconjous[26]. Il intervient effectivement par la suite auprès du Département de l'Intérieur des États-Unis et du président Ulysses S. Grant en faveur de Red Cloud, bien que cette démarche ait également pu servir à accroître sa propre notoriété aux dépens d'une administration alors impopulaire[27]. En 1875, Cope et Marsh interrompent temporairement leurs campagnes de collecte, confrontés à des difficultés financières et à la nécessité d'étudier les nombreux fossiles déjà accumulés. De nouvelles découvertes les incitent toutefois à reprendre leurs recherches avant la fin de la décennie[28].

Découvertes de Como Bluff (1877-1892)

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En 1877, Marsh reçoit une lettre d'Arthur Lakes, un instituteur installé à Golden, dans le Colorado. Celui-ci lui rapporte qu'au cours d'une randonnée dans les montagnes situées près de Morrison, son ami Henry C. Beckwith et lui ont découvert d'imposants ossements enchâssés dans la roche. Lakes précise qu'il s'agit vraisemblablement « d'une vertèbre et d'un humérus appartenant à un gigantesque saurien »[29]. Dans l'attente d'une réponse de Marsh, il poursuit les fouilles, met au jour d'autres os « colossaux » et en expédie plusieurs à université Yale. Marsh tardant à répondre, Lakes décide également d'envoyer un lot de fossiles à Cope[30].

Une plaine agricole, à l'arrière-plan de grandes falaises roses.
La formation de Morrison, à Como Bluff, au Wyoming.

Lorsque Marsh répond à Lakes, il lui verse 100 dollars en échange de son silence, tout en l'exhortant à garder sa découverte secrète. Ayant appris que Lakes entretient également une correspondance avec Cope, Marsh dépêche son collecteur de terrain Benjamin Franklin Mudge à Morrison afin de s'assurer de sa collaboration. Le , Marsh publie une première description des fossiles découverts par Lakes dans l’American Journal of Science. Avant que Cope ne puisse publier sa propre interprétation, Lakes lui écrit pour l'informer que les fossiles seront finalement confiés à Marsh, une décision que Cope considère comme un affront personnel[30]. Peu après, Cope reçoit à son tour une lettre provenant de l'Ouest, rédigée par O. W. Lucas, un naturaliste qui, alors qu'il récolte des plantes près de Cañon City, découvre un important gisement d'ossements fossiles. Après avoir reçu plusieurs échantillons supplémentaires, Cope conclut qu'ils appartiennent à de grands dinosaures herbivores et souligne avec enthousiasme que ces spécimens dépassent en taille tous ceux décrits jusqu'alors, y compris ceux de Morrison[30],[31]. Informé de cette découverte, Marsh charge Mudge et son ancien étudiant Samuel Wendell Williston d'ouvrir une carrière de fouilles près de Cañon City. Williston lui apprend cependant que Lucas met au jour les meilleurs spécimens et refuse d'abandonner Cope pour travailler à son service[18]. Marsh rappelle alors Williston à Morrison, où la petite carrière qu'il exploite s'effondre, manquant de peu de tuer ses assistants. Cet échec aurait pu priver Marsh de nouvelles découvertes dans l'Ouest sans l'arrivée d'une troisième lettre[32].

Des prospecteurs assis devant un tas d'ossements fossilisés, dans une carrière.
Croquis réalisé par Arthur Lakes représentant les membres de l'expédition William Harlow Reed (à gauche) et Edward Kennedy à Como Bluff.

Au moment des découvertes de Lakes, le premier chemin de fer transcontinental est en cours de construction dans une région isolée du Wyoming. Marsh reçoit alors une lettre de deux ouvriers de l'Union Pacific se présentant sous les noms de « Harlow » et « Edwards ». Il s'agit en réalité de William Harlow Reed et William Edwards Carlin[33], qui affirment avoir découvert d'importantes concentrations de fossiles à Como Bluff. Ils avertissent également à Marsh que d'autres personnes recherchent des fossiles dans la région[34], une allusion que celui-ci interprète comme visant Cope. À peine revenu au Kansas après l'effondrement de la carrière de Morrison[35], Williston est immédiatement envoyé à Como Bluff. Il confirme rapidement l'abondance exceptionnelle des fossiles et signale que les collecteurs de Cope prospectent eux aussi dans les environs[36]. Désireux de ne pas répéter les erreurs commises avec Lakes, Marsh fait parvenir sans délai de l'argent à Reed et Carlin, les encourageant à poursuivre leurs récoltes et à lui expédier davantage de spécimens[35]. Williston conclut d'abord un accord préliminaire avec Carlin et Reed, qui n'avaient pas pu encaisser le chèque de Marsh, celui-ci ayant été établi à leurs pseudonymes. Carlin décide toutefois de se rendre directement à New Haven afin de négocier en personne avec Marsh[37]. Ce dernier rédige un contrat prévoyant une rémunération mensuelle fixe, assortie de primes pouvant être versées à Carlin et Reed selon l'importance des découvertes réalisées. Il se réserve également le droit d'envoyer ses propres « superviseurs » pour diriger les fouilles si nécessaire et recommande à ses collaborateurs d'empêcher autant que possible Cope d'accéder à la région. Malgré cette rencontre, Carlin ne parvient pas à obtenir de meilleures conditions. Si Marsh s'assure ainsi les services de Carlin et Reed, les deux collecteurs gardent néanmoins le sentiment d'avoir été contraints d'accepter un accord désavantageux[38]. L'investissement de Marsh dans la région de Como Bluff s'avère rapidement fructueux. Tandis que ses propres collecteurs regagnent l'Est pour l'hiver, Reed continue de lui expédier par chemin de fer des wagons entiers de fossiles tout au long de l'année 1877. Grâce à ce matériel, Marsh décrit et nomme plusieurs dinosaures majeurs, parmi lesquels Stegosaurus, Allosaurus et Apatosaurus, dans le numéro de de l’American Journal of Science[39].

Malgré les précautions prises par Marsh pour dissimuler à son rival la richesse des gisements fossilifères de Como Bluff, la nouvelle des découvertes se répand rapidement. Cette fuite est en partie attribuée à Carlin et Reed, qui alimentent eux-mêmes les rumeurs. Ils transmettent des informations au Laramie Daily Sentinel, lequel publie, en , un article exagérant la somme versée par Marsh pour l'acquisition des fossiles, probablement afin d'en faire augmenter la valeur et de stimuler la demande. Cherchant à identifier l'origine de cette indiscrétion, Marsh apprend par l'intermédiaire de Williston que Carlin et Reed ont reçu la visite d'un homme nommé « Haines », qui prétend agir pour le compte de Cope[40]. Après avoir eu connaissance des découvertes de Como Bluff, Cope dépêche à son tour des « chasseurs de dinosaures » dans la région afin de récupérer discrètement des fossiles destinés à Marsh. Au cours de l'hiver 1878, le mécontentement de Carlin face aux paiements irréguliers de Marsh atteint son paroxysme, et il décide finalement de se mettre au service de Cope[3].

Cope et Marsh financent chacun leurs expéditions estivales sur leurs fonds personnels, avant de consacrer l'hiver à l'étude et à la publication de leurs découvertes. De véritables armées de collecteurs de fossiles, se déplaçant en chariots tirés par des mules ou par chemin de fer, expédient bientôt vers l'Est des tonnes de fossiles. Les fouilles paléontologiques se poursuivent pendant quinze ans, de 1877 à 1892[3]. Les équipes des deux rivaux doivent non seulement affronter des conditions climatiques souvent difficiles, mais aussi les actes de sabotage et les manœuvres d'obstruction de leurs adversaires. À Como Bluff, Reed est notamment enfermé hors de la gare par Carlin et contraint de transporter les fossiles depuis les carrières jusqu'au quai de chargement dans un froid glacial[41]. Cope charge alors Carlin d'ouvrir sa propre carrière dans la région, tandis que Marsh demande à Reed d'espionner son ancien collègue. Lorsque la carrière n° 4 de Reed s'épuise, Marsh lui ordonne de débarrasser les autres sites de tous les fragments osseux encore présents. Reed affirme avoir détruit les fossiles restants afin qu'ils ne puissent être récupérés par Cope[42]. Craignant que des inconnus ne s'introduisent dans les carrières de Reed, Marsh envoie ensuite Lakes à Como Bluff pour participer aux fouilles[43], avant de visiter lui-même le site en . Cope inspecte à son tour ses propres carrières en août de la même année. Bien que les équipes de Marsh continuent d'ouvrir de nouveaux gisements et d'y mettre au jour d'importants fossiles, les relations entre Lakes et Reed se dégradent rapidement, chacun proposant sa démission au mois d'août. Marsh tente d'apaiser le conflit en les affectant à des secteurs différents[44], mais après l'abandon forcé d'une carrière à la suite d'une violente tempête de neige, Lakes quitte définitivement les fouilles et reprend son métier d'enseignant en 1880[45]. Son départ ne met toutefois pas fin aux tensions. Son remplaçant, un employé des chemins de fer nommé Kennedy, refuse de se placer sous l'autorité de Reed, provoquant de nouvelles disputes qui conduisent plusieurs collaborateurs de Marsh à démissionner. Pour rétablir l'ordre, Marsh envoie Frank Williston, frère de Samuel Wendell Williston, à Como Bluff. Celui-ci abandonne finalement le service de Marsh pour s'installer auprès de Carlin. De son côté, les fouilles dirigées par Cope à Como Bluff connaissent également un déclin, tandis que les remplaçants de Carlin cessent progressivement leurs activités[46].

Gravure de squelette de dinosaure avec des plaques dorsales et des piques sur la queue
Illustration par Marsh en 1896 d'un Stegosaurus, un dinosaure qu'il a décrit et nommé en 1877.

Au fil des années 1880, les équipes de Cope et de Marsh doivent non seulement rivaliser entre elles, mais également faire face à la concurrence de tiers intéressés par les fossiles. Le professeur Alexander Emanuel Agassiz, de l'université Harvard, envoie ses propres collecteurs dans l'Ouest, tandis que Carlin et Frank Williston fondent une société spécialisée dans la vente de fossiles au plus offrant. Reed abandonne les fouilles en 1884 pour devenir éleveur de moutons, et les carrières de Marsh à Como Bluff produisent peu de nouveaux spécimens après son départ. Malgré ces revers, Marsh dispose alors d'un plus grand nombre de sites de fouilles actifs que Cope. Ce dernier, qui possédait au début des années 1880 plus de fossiles qu'il ne pouvait en entreposer dans une seule maison, se retrouve progressivement distancé dans la course aux dinosaures[47].

Les découvertes de Cope et de Marsh s'accompagnent d'accusations réciproques d'espionnage, de débauchage de collecteurs, de vols de fossiles et de corruption. Les deux paléontologues protègent leurs gisements avec un tel acharnement qu'ils n'hésitent pas à détruire les fossiles jugés de moindre intérêt ou endommagés afin d'empêcher leur rival de s'en emparer, voire à reboucher certaines carrières avec de la terre et des roches[48]. Lors d'une inspection de ses fouilles à Como Bluff en 1879, Marsh examine ainsi plusieurs spécimens récemment découverts et ordonne la destruction de certains d'entre eux[43]. À une occasion, les équipes rivales en viennent même à s'affronter en se lançant des pierres[47].

Conflits personnels et années ultérieures

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Tandis que Cope et Marsh se disputent les fossiles de l'Ouest américain, ils s'efforcent également de discréditer mutuellement leur réputation scientifique. Humilié par son erreur de la reconstitution du plésiosaure Elasmosaurus, Cope tente d'en faire disparaître les traces en rachetant tous les exemplaires du périodique dans lequel la reconstitution fautive a été publiée[49]. Marsh veille toutefois à rappeler régulièrement cet épisode au public. La production scientifique particulièrement abondante de Cope fournit par ailleurs à son rival de nombreuses occasions de relever des erreurs et de les utiliser contre lui[11]. Marsh n'est cependant pas exempt de fautes : il reconstitue notamment un squelette de Brontosaurus en y associant par erreur un crâne de Brachiosaurus[50],[51].

À la fin des années 1880, la rivalité entre Cope et Marsh suscite progressivement moins d'intérêt auprès du grand public, dont l'attention se tourne davantage vers les événements internationaux que vers les découvertes dans l'Ouest. Grâce au soutien de John Wesley Powell, directeur de l'Institut d'études géologiques des États-Unis, ainsi qu'à ses relations influentes à Washington, Marsh est nommé à la tête de l'organisme fédéral issu de la réorganisation des services géologiques et se tient désormais à l'écart de la controverse médiatique[52]. Cope, en revanche, connaît une situation financière de plus en plus difficile. Après avoir consacré une grande partie de sa fortune à l'acquisition du périodique The American Naturalist, il peine à obtenir un poste universitaire en raison de l'influence de Marsh et de son propre tempérament[52],[53]. Il investit alors dans plusieurs exploitations aurifères et argentifères de l'Ouest tout en poursuivant lui-même des recherches de terrain, malgré les moustiques porteurs du paludisme et les conditions climatiques éprouvantes[54]. Les échecs de ses investissements miniers et l'absence de soutien du gouvernement fédéral[11] aggravent sa situation au point que sa collection de fossiles constitue bientôt son principal patrimoine. De son côté, Marsh finit également par s'aliéner plusieurs de ses collaborateurs les plus fidèles, dont Williston, en refusant de partager les résultats de leurs découvertes et en continuant à les rémunérer de manière irrégulière et souvent tardive[55].

L'occasion pour Cope d'exploiter les faiblesses de Marsh se présente en 1884, lorsque le Congrès des États-Unis ouvre une enquête sur le fonctionnement du service géologique fédéral unifié. Cope s'est alors lié d'amitié avec Henry Fairfield Osborn, professeur d'anatomie à université de Princeton[56]. Bien que partageant plusieurs traits de caractère avec Marsh, notamment une approche méthodique et réfléchie, Osborn se révèle être un précieux allié pour Cope[57]. Ce dernier cherche à rallier d'anciens employés mécontents afin qu'ils témoignent contre Powell et l'Institut d'études géologiques des États-Unis. Dans un premier temps, Powell et Marsh parviennent toutefois à réfuter les accusations, empêchant leur diffusion dans la presse nationale[58]. Devant la réticence d'Osborn à poursuivre cette campagne, Cope sollicite un autre soutien, un journaliste new-yorkais nommé William Hosea Ballou[59],[60]. Malgré son échec à faire destituer Marsh de la présidence de l'Académie nationale des sciences[61], Cope voit sa situation financière s'améliorer lorsqu'il obtient un poste d'enseignant à l'université de Pennsylvanie[11].

Peu après, Cope croit tenir l'occasion de porter un coup décisif à son rival. Depuis plusieurs années, il consigne méticuleusement dans un carnet les erreurs scientifiques et les fautes qu'il attribue à Marsh et à Powell, qu'il conserve dans le tiroir de son bureau[62]. Ballou prépare alors une première série d'articles, qui inaugure une longue polémique médiatique opposant Marsh, Powell et Cope[60]. Si la communauté scientifique connaît depuis longtemps leur rivalité, le grand public n'en prend véritablement conscience qu'à la publication, par le New York Herald, d'un article intitulé « Scientists Wage Bitter Warfare » (« Les scientifiques se livrent une guerre acharnée »)[48]. Selon l'historienne Elizabeth Noble Shor, cette publication provoque une vive réaction au sein de la communauté scientifique[63] :

« La plupart des scientifiques de l'époque voient d'un mauvais œil le fait que la rivalité entre Cope et Marsh fasse désormais la une des journaux. Les spécialistes les plus directement concernés, notamment les géologues et les paléontologues des vertébrés, sont particulièrement embarrassés de se retrouver cités, mentionnés ou même de voir leurs noms écorchés dans la presse. Pour eux, cette querelle n'a pourtant rien de nouveau : elle empoisonne les réunions scientifiques depuis près de vingt ans, et la plupart d'entre eux ont déjà pris parti en faveur de l'un ou l'autre des deux rivaux[trad 2]. »

 Elizabeth Noble Shor, The Fossil Feud Between E. D. Cope and O. C. Marsh, 1974[63].

Dans les articles publiés par la presse, Cope accuse Marsh de plagiat et de mauvaise gestion financière, tandis qu'il reproche également à Powell des erreurs dans sa classification géologique ainsi qu'une mauvaise utilisation des fonds alloués par le gouvernement fédéral[64]. Marsh et Powell répondent chacun publiquement aux accusations en publiant leur propre version des faits et en formulant à leur tour de nombreux griefs contre Cope. Les articles rédigés par Ballou sont toutefois jugés insuffisamment documentés, tant sur le fond que sur la forme. Par ailleurs, Cope est fragilisé par la publication d'un article dans The Philadelphia Inquirer, selon lequel les administrateurs de l'université de Pennsylvanie envisageraient de lui demander de démissionner s'il ne parvenait pas à étayer ses accusations contre Marsh et Powell[65]. Marsh entretient lui-même la controverse en publiant une réponse particulièrement virulente dans le New York Herald, mais, à la fin du mois de janvier, l'affaire disparaît progressivement des journaux sans qu'aucun changement notable n'intervienne dans les relations entre les deux rivaux[66].

Aucune commission d'enquête du Congrès n'est finalement constituée pour examiner les accusations de détournement de fonds visant Powell, et ni Cope ni Marsh ne sont officiellement tenus responsables des erreurs qui leur sont reprochées. Néanmoins, plusieurs accusations formulées par Ballou à l'encontre de Marsh finissent par ternir la réputation de l'Institut d'études géologiques des États-Unis. Dans un contexte marqué par une sévère sécheresse dans l'Ouest américain et par les inquiétudes suscitées par la reprise des terres abandonnées, Powell fait lui-même l'objet d'un examen approfondi devant la Commission des crédits de la Chambre des représentants des États-Unis (en). Choquée par ce qu'elle considère comme les dépenses excessives engagées par Marsh dans le cadre des activités du l'Institut, la commission exige un état détaillé du budget de ce dernier[67]. Après la réduction des crédits fédéraux en 1892, Powell adresse à Marsh un télégramme l'invitant à démissionner, une décision qui constitue à la fois un affront personnel et un revers financier[68]. Au même moment, plusieurs des principaux soutiens de Marsh prennent leur retraite ou décèdent, ce qui affaiblit davantage son influence dans les milieux scientifiques[69]. Tandis que son train de vie dispendieux commence à lui porter préjudice, Cope est nommé au sein de l'Institut d'études géologiques du Texas (en). Encore marqué par les attaques personnelles subies lors de l'affaire du New York Herald, il choisit toutefois de ne pas exploiter cette évolution favorable pour relancer sa campagne contre son rival[70]. Au début des années 1890, sa situation continue de s'améliorer : il succède à Leidy comme professeur de zoologie et est élu, la même année que la démission de Marsh de la présidence de l'Académie nationale des sciences, président de l'Association américaine pour l'avancement des sciences. Toutefois, vers la fin de la décennie, la situation s'inverse de nouveau : Marsh retrouve progressivement son prestige scientifique et reçoit la Médaille Cuvier, alors considérée comme la plus haute distinction internationale en paléontologie[71].

La rivalité entre Cope et Marsh se poursuit jusqu'à la mort de Cope en 1897. À cette époque, les deux hommes sont financièrement ruinés. Affaibli par une grave maladie durant les dernières années de sa vie, Cope est contraint de vendre une partie de sa collection de fossiles et de louer l'une de ses maisons afin de subvenir à ses besoins. De son côté, Marsh doit hypothéquer sa résidence et solliciter un salaire de l'université Yale pour assurer sa subsistance[11]. Malgré leur déclin, leur rivalité ne s'éteint jamais complètement. Peu avant sa mort, Cope lance un ultime défi à son adversaire : il lègue son crâne à la science afin que son cerveau puisse être mesuré, persuadé qu'il serait plus volumineux que celui de Marsh, la taille du cerveau étant alors considérée comme un indicateur de l'intelligence. Marsh ne relève jamais ce défi. Le crâne de Cope serait toujours conservé à l'université de Pennsylvanie, bien que son authenticité demeure controversée[3]. L'université estime que le véritable crâne aurait été perdu dans les années 1970, tandis que le paléontologue Robert T. Bakker soutient que les fissures observées sur le spécimen et les rapports du médecin légiste confirment qu'il s'agit bien de celui de Cope[72].

Retombées du conflit

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Un squelette de dinosaure bipède
Un squelette presque complet d’Allosaurus (AMNH 5753), découvert à Como Bluff en 1879 par les collecteurs de fossiles de Cope. Le spécimen ne fut déballé et étudié qu'après la mort de ce dernier[73].

Si l'on s'en tient au seul nombre de découvertes, Marsh est généralement considéré comme le « vainqueur » de la guerre des os. Tous deux réalisent des découvertes d'une importance scientifique considérable, mais Cope décrit au total 56 nouvelles espèces de dinosaures, contre 80 pour Marsh[3],[74]. Au cours des dernières années de la guerre des os, Marsh a plus d'hommes et de moyens financiers à sa disposition que Cope. Cope, quant à lui, s'intéresse à un éventail beaucoup plus large de groupes fossiles, tandis que Marsh concentre presque exclusivement ses recherches sur les reptiles et les mammifères fossiles[75].

Plusieurs des taxons décrits par Cope et Marsh comptent aujourd'hui parmi les dinosaures les plus emblématiques, notamment Triceratops, Allosaurus, Diplodocus, Stegosaurus, Camarasaurus ou encore Coelophysis. Leurs travaux contribuent à structurer la discipline alors encore émergente de la paléontologie : avant leurs découvertes, seules neuf espèces de dinosaures avaient été décrites en Amérique du Nord[74]. Certaines de leurs hypothèses, comme celle de Marsh proposant une origine dinosaurienne des oiseaux, sont aujourd'hui largement confirmées, tandis que d'autres se sont révélées dénuées de fondement scientifique[76]. La guerre des os permet également la découverte des premiers squelettes complets de dinosaures et contribue fortement à populariser ces animaux auprès du grand public. Comme le résume le paléontologue Bakker[3] :

« Les dinosaures découverts à Como Bluff n'ont pas seulement rempli les musées ; ils ont aussi rempli les magazines, les manuels scolaires et l'imaginaire collectif[trad 3]. »

 Robert Bakker, The Dinosaurs! (en), 1992, épisode 1 : The Monsters Emerge[3].

Malgré les importantes avancées scientifiques qu'elle permet, la guerre des os a également des conséquences néfastes, tant pour ses deux principaux protagonistes que pour leurs confrères et l'ensemble de la paléontologie[77]. L'hostilité publique entre Cope et Marsh nuit durablement à la réputation de la paléontologie américaine auprès des scientifiques européens. En outre, les actes de sabotage et l'utilisation supposée de dynamite par les équipes des deux rivaux auraient entraîné la destruction de nombreux fossiles[5], même si des recherches ultérieures suggèrent que l'ampleur de ces dégâts a probablement été exagérée afin de décourager la concurrence[78]. Déçu par cette rivalité incessante, Leidy renonce progressivement à ses fouilles méthodiques dans l'Ouest américain, estimant qu'il lui est impossible de rivaliser avec les recherches précipitées menées par Cope et Marsh[5]. Lassé de leurs querelles permanentes, il se retire finalement du domaine, un choix qui contribue à reléguer son œuvre au second plan. Après sa mort, Osborn constate même qu'aucun des deux rivaux ne le mentionne dans ses publications[79]. Enfin, dans leur empressement à surpasser l'autre, Cope et Marsh assemblent parfois de manière erronée les fossiles qu'ils découvrent. Les descriptions de nombreuses nouvelles espèces, fondées sur ces reconstitutions approximatives, entretiennent ainsi des confusions et des erreurs d'interprétation qui persistent pendant plusieurs décennies après leur disparition[80].

Adaptations

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En plus d'être au centre de livres historiques et paléontologiques, la guerre des os fait l'objet du roman graphique de Jim Ottaviani, intitulée Bone Sharps, Cowboys, and Thunder Lizards: A Tale of Edward Drinker Cope, Othniel Charles Marsh, and the Gilded Age of Paleontology (en), paru en 2005. Ce roman est une fiction historique, dans la mesure où Ottaviani présente le personnage de Charles R. Knight à Cope à des fins d'intrigue, et où d'autres événements sont restructurés par l'auteur[81]. Le roman pour jeunes adultes de Kenneth Oppel, Every Hidden Thing, publié en 2016, met en scène les enfants fictifs de deux scientifiques basés sur Cope et Marsh, alors qu'ils vivent leur propre aventure proche du style romantique, mais se déroulant lors de la guerre des os[82]. Le roman de Michael Crichton intitulée Dent de dinosaure (Dragon Teeth), publié à titre posthume en 2017, aborde la guerre des os à travers les expériences d'un personnage fictif, du nom de William Johnson, qui devient l'apprenti de Marsh et de Cope, faisant sa propre découverte historique[83].

La guerre des os inspire plusieurs œuvres de fiction et documentaires. Elle est notamment évoquée dans l'épisode « New Jersey » de la série télévisée Drunk History, produite par Comedy Central, dans lequel Cope est incarné par Tony Hale et Marsh par Christopher Meloni, tandis que Mark Proksch (en) tient le rôle du narrateur[84]. La rivalité entre Cope et Marsh constitue également un élément secondaire de l'intrigue de l'épisode Dans la gueule du dinosaure (Dinosaur fever) de la deuxième saison de la série télévisée Les Enquêtes de Murdoch (The Murdoch Mysteries), où le contexte de la paléontologie américaine du XIXe siècle sert de toile de fond à l'histoire. Enfin, en 2011, PBS consacre aux deux paléontologues le documentaire Dinosaur Wars (en)[85]. En , HBO annonce vouloir adapter l'histoire de la guerre des os au cinéma avec comme acteurs principaux Steve Carell et James Gandolfini qui devraient camper respectivement les rôles de Cope et de Marsh[86]. Cependant, la mort imprévue de Gandolfini met le projet d'adaptation en pause, sans qu'aucun avancement ne soit annoncé[87].

Notes et références

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Citations originales

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  1. « I asked him not to go into that field, that you were going there. He laughed at the idea of being restricted to any locality and said he intended to go whether I aided him or not. I was anxious to secure the cooperation of such a worker as an honor to my corps. I could not be responsible for the field he selected in as much as I pay him no salary and a portion of his expenses. You will see therefore that while it is not a pleasant thing to work in competition with others it seems almost a necessity. You can sympathize. »
  2. « Most scientists of the day recoiled to find that Cope's feud with Marsh had become front-page news. Those closest to the scientific fields under discussion, geology and vertebrate paleontology, certainly winced, particularly as they found themselves quoted, mentioned, or misspelled. The feud was not news to them, for it had lurked at their scientific meetings for two decades. Most of them had already taken sides. »
  3. « The dinosaurs that came from [Como Bluff] not only filled museums, they filled magazine articles, textbooks, they filled people's minds. »
  1. Dans les pays anglophones, cette période est aussi connu sous le nom de Great Dinosaur Rush (voulant littéralement dire « grande ruée des dinosaures »)[1].
  2. En référence à la ruée vers l'or[2].

Références

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  1. Martin 2006, p. 66.
  2. Allain 2012, p. 28-29.
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  5. 1 2 3 Academy of Natural Sciences.
  6. 1 2 Limerick et Puska 2003, p. 7.
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  8. Bryson 2011, p. 118.
  9. 1 2 Preston 1993, p. 61.
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  86. Andreeva 2013.
  87. Strauss 2020.

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Lowell Dingus, King of the Dinosaur Hunters : the life of John Bell Hatcher and the discoveries that shaped paleontology., Pegasus Books, , 336 p. (ISBN 978-1-681-77865-5). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Mark Jaffe, The Gilded Dinosaur: The Fossil War Between E. D. Cope and O. C. Marsh and the Rise of American Science, New York, Crown Publishing Group, , 1re éd., 424 p. (ISBN 978-0-517-70760-9, lire en ligne Inscription nécessaire). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Douglas Preston, Dinosaurs in the Attic: An Excursion into the American Museum of Natural History, New York, Macmillan Publishers, , 244 p. (ISBN 978-0-312-10456-6). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Genevieve Rajewski, « Where Dinosaurs Roamed », Smithsonian, vol. 39, no 2, , p. 20-26 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Keir Sterling, Biographical Dictionary of American and Canadian Naturalists and Environmentalists, Greenwood Publishing Group, , 937 p. (ISBN 978-0-313-23047-9, lire en ligne Inscription nécessaire). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Lectures complémentaires

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Articles connexes

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Liens externes

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