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Fred Zeller

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Fred Zeller
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Fonction
Grand maître du Grand Orient de France
-
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 90 ans)
BergeracVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Frédéric Victor ZellerVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Autres informations
Parti politique

Fred (Frédéric Victor) Zeller, né le à Paris et mort le à Bergerac en Dordogne[1], est un homme politique et un artiste peintre français. Militant trotskiste pendant les années 1930-40, il est élu à la tête du Grand Orient de France (GODF) en 1971, poste qu'il conserve jusqu'en 1973.

Engagement politique

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Il naît à Paris le dans une famille d’artistes. Président du Parti radical de Seine-et-Marne et franc-maçon, son père est président-fondateur du syndicat des impresarios, alor que sa mère, Marthe Girault, était artiste dramatique[2]. Il passe son enfance à Melun et ses premières études au collège Jacques Amyot[3]. À 15 ans, il achète d’occasion sa première grande boîte de peinture (« avec des pieds dessous ») qui venait d'un peintre de l'école de Barbizon : Armand Cassagne[4],

En 1929[2], il s'inscrit à l'École nationale supérieure des arts décoratifs de la rue d'Ulm[3]

Il s'engage dans le mouvement socialiste en adhérant, en 1931, aux étudiants socialistes[5], où il côtoie Roger Ikor, David Rousset, Léopold Sédar Senghor et Georges Pompidou[3]. Il rejoint les Jeunesses socialistes et enfin à la SFIO. Il devient assez vite un des dirigeants des jeunesses socialistes, au sein desquels il anime une tendance appelée « jeunesse socialiste révolutionnaire », et qui s'oppose simultanément à l'aile plus réformiste, proche de la direction de la SFIO et au courant pro-trotskiste proche du groupe bolchévique-léniniste de Gérard Rosenthal. Il crée aussi, en 1935, une revue, Révolution, qu'il anime avec le militant trotskiste David Rousset.

Le 15 avril 1933, il part accomplir son service militaire à Strasbourg au 2e régiment d’aviation de chasse[2].

Secrétaire général des Jeunesses socialistes de la Seine, il en est exclu à son grand étonnement par la direction de la SFIO après le Congrès de Mulhouse de 1935. Il tente d'obtenir de Léon Blum la réintégration des exclus, en vain, puis se rapproche de Marceau Pivert qui vient de créer son courant « Gauche révolutionnaire » au sein de la SFIO. Il est cependant exclu du parti en octobre, en même temps que les trotskistes, notamment ceux du groupe bolchévique-léniniste[2]. Il conserve cependant toujours son estime à Léon Blum[5].

À la recherche de repères politiques, il se laisse convaincre par Jean van Heijenoort de répondre à l'invitation de Léon Trotski à le rejoindre en Norvège, où il était en résidence surveillée. C'est de cette rencontre que naît son engagement dans le mouvement trotskiste[réf. nécessaire].

À son retour à Paris, il participe à la création des Jeunesses socialistes révolutionnaires (JSR) dont le principal animateur est alors un trotskiste, Yvan Craipeau.

Principal dirigeant des JSR, Fred Zeller la représenta aux élections législatives du 26 avril 1936, à Saint-Denis, où il n’obtint que 155 voix et n'aura guère plus d'audience à l'élection municipale de Saint-Denis de juin 1937 pour le Parti ouvrier internationaliste[2].

Le 2 juin 1936, il participa à la création du POI dont il devint membre du Bureau politique et un des principaux orateurs. Il écrit dans la presse trotskiste (La Lutte ouvrière et Révolution) et certains de ses articles lui valent des poursuites judiciaires et des condamnations pour « provocation de militaires à la désobéissance »[2].

Il rompt avec le POI en 1937, puis adhère, ainsi que Jean Rous, au Parti socialiste ouvrier et paysan que vient de fonder Marceau Pivert, après son exclusion de la SFIO.

En juillet 1938 à Paris, il épouse Berthe Kravetz, dont il divorcera en 1952[2].

Opposé aux accords de Munich et au nazisme, il est mobilisé en septembre 1939, au camp d’Avord (Cher) à la défense aérienne du territoire, mais il est réformé, après un accident au début de 1940[2]. Après l'armistice de juin 1940, les JSR de Zeller s'unissent avec le Comité pour la IVe Internationale d'Yvan Craipeau et le POI, exsangue. Ils sortent le le premier journal clandestin de la résistance sous l'Occupation, La Vérité, organe bolchevique-léniniste[6].

Il s'éloigne cependant du trotskisme et publie ensuite La Révolution française et Le Combat national révolutionnaire, organes du Mouvement national révolutionnaire (MNR) où il retrouve Jean Rous[2]. Ce mouvement composite n'est pas toléré très longtemps : ses animateurs sont arrêtés en , ce qui marque la fin du MNR.

Après la guerre, il adhère brièvement au Parti communiste internationaliste, de quand ses proches y deviennent majoritaires lors du 3e congrès du PCI. Aux côtés d’Yvan Craipeau, il est candidat aux élections législatives du , dans la 1re circonscription de la Seine-et-Oise avec 14 000 voix. Fin 1947, sa tendance redevenant minoritaire au 4e congrès, il s'éloigne du PCI pour participer en 1948 au bref Rassemblement démocratique révolutionnaire lancé par Jean-Paul Sartre et David Rousset[2].

En 1956, il est l'un des fondateurs du Cercle fraternel d’études et d’action socialiste, et l’un des organisateurs d’une table ronde qui a réuni des représentants de Messali Hadj (fondateur du Parti du peuple algérien), de Ben Bella et du Maroc et de la Tunisie[3]. En 1957, il est admis de nouveau à la SFIO avec tous ses droits d’ancienneté. Il collabore jusqu’en 1960 à la revue Nation socialiste d’Auguste Lecœur et Pierre Hervé[2].

Franc-maçonnerie

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Reçu en 1953 dans la loge « l’Avant-Garde maçonnique »[7] de l'obédience maçonnique du Grand Orient de France, Fred Zeller préside le congrès des loges de la région parisienne du Grand Orient de France en 1964, puis entre au conseil de l’Ordre en 1965[3]. Il est élu grand maître du Grand Orient de France en 1971, poste qu'il occupe jusqu'en 1973. Il engage alors la principale obédience maçonnique française sur les chemins d'une plus grande ouverture au monde. Il revient à l'activité politique, mais de façon moins intense. De retour à la SFIO à partir de 1958, il crée le Cercle fraternel d'études et d’action socialiste, animé par d'anciens trotskistes, et qui sert de passerelle entre le Grand Orient et la SFIO[8]. Pour le bicentenaire du GODF en 1973, il entérine une évolution à l'œuvre depuis une décennie et scelle la fin de l'anticléricalisme militant longtemps attaché à l'obédience[9].

Peu après son entretien avec Georges Mamy, paru en mai dans le Nouvel Observateur et peu avant la parution de son livre Trois points, c'est tout, le conseil de l'ordre du GODF réuni le 19 juin sous la présidence de Serge Béhar le suspend et le convoque devant la justice maçonnique pour avoir critiqué publiquement l'action des dirigeants de l'obédience. Et notamment pour avoir reproché à son successeur Jean-Pierre Prouteau, d'avoir favorisé l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République en refusant, contrairement à sa tradition, de se prononcer pour le candidat de l'union de la gauche[10],[11]. Dans son entretien au Nouvel Observateur, Fred Zeller relève que Valéry Giscard d'Estaing avait contacté Pierre Simon grand maître de la Grande Loge de France, pour s'adresser à ses frères dans une tenue blanche fermée, puis en courtisant la fraternelle parlementaire[11],

Sa suspension est confirmée par le convent réuni en septembre 1976 via l'adoption du rapport moral de Serge Béhar, qui obtient 256 voix contre 125 et 20 abstentions[12]. Le grand maître de la Grande Loge de France Richard Dupuy estime lui que Fred Zeller n'a violé aucun secret maçonnique dans son livre[12]. En mars 1977, la justice maçonnique refuse d'exclure son ancien grand maître[13],

Peinture et action culturelle

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À partir de 1945, il se consacre largement à la peinture[5]. En 1947, il se retire dans le petit village de Saint-Denis-d'Orques (Sarthe), à la lisière de la forêt de Sillé-le-Guillaume où il va peindre de nombreux tableaux de paysans et de braconniers, dont Le repas de noces à Saint-Denis-d’Orques, Le bal de la Sainte-Cécile, Les braconniers dans la forêt, La centenaire de Nieul-L’Es[14]. Son œuvre picturale est estimée à deux mille toiles et des centaines de dessins, dont une gouache de 1945 sur l’univers concentrationnaire en hommage à David Rousset[3]. Son œuvre se situe à la frontière du surréalisme et du symbolisme. En 1948, il se retire à Èze (Alpes-Maritimes, deux ans plus tard, il y crée un musée d'histoire locale.

En 2009, une exposition rétrospective de son œuvre picturale a été présentée au Centre d'enseignement et de recherche ENSAM de Châlons-en-Champagne[15].

En mars 1959, il épouse Odette Lefevre en secondes noces[2]. Il meurt le à Bergerac , âgé de quatre-vingt-dix ans[2].

Publications

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  • Trois points, c'est tout (Fred Zeller) Éditions Robert Laffont (1976). Autobiographie.
  • Les Chemins de la Révolution (Alain Krivine et Fred Zeller) Éditions Belfond (1977)
  • Témoin du siècle (Fred Zeller)

Notes et références

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  1. Relevé des fichiers de l'Insee
  2. a b c d e f g h i j k l et m Jean-Michel Brabant, « ZELLER Fred [ZELLER Frédéric, Victor dit Fred] », sur maitron.fr, (consulté le )
  3. a b c d e et f Denis Lefebvre, « Fred Zeller. L’humaniste révolté », sur Humanisme, (consulté le )
  4. « Œuvres – octobre 1935 », sur marxists.org (consulté le )
  5. a b et c « Mort de Fred Zeller, ancien grand maître du Grand Orient de France », sur lemonde.fr, (consulté le )
  6. Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 296
  7. Trois points, c'est tout, Fred Zeller, Éditions Robert Laffont (1976), p.291
  8. Jean-Louis Validire, « Fred Zeller, artisan de l'ouverture », La Chaîne d'union, no 84,‎ .
  9. Alain Guichard, « La fin de l'anticléricalisme », sur lemonde.fr, (consulté le ).
  10. « Le Grand-Orient de France prend une mesure de "suspension" contre son ancien grand maître, M. Fred Zeller », sur lemonde.fr, (consulté le ).
  11. a et b « M. Fred Zeller estime que le Grand-Orient de France doit renouer avec sa tradition progressiste », sur lemonde.fr, (consulté le )
  12. a et b « Le Grand-Orient de France prend une mesure de "suspension" contre son ancien grand maître, M. Fred Zeller », sur lemonde.fr, (consulté le )
  13. « LE JURY MAÇONNIQUE REFUSE D'EXCLURE M. FRED ZELLER DU GRAND-ORIENT DE FRANCE », sur lemonde.fr, (consulté le )
  14. « Fred Zeller à Saint-Denis d’Orques », sur assochpd.wordpress.com (consulté le )
  15. http://www.hiram.be/A-propos-de-Fred-Zeller-peintre-militant-et-Franc-Macon_a2437.html

Bibliographie

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  • Denis Lefebvre (préf. Philippe Foussier), Fred Zeller : Franc-maçon, artiste peintre et militant au XXe siècle, Conform édition, coll. « Pollen maçonnique » (no 15), .
  • Fred Zeller : Des 3 flèches aux 3 points (Denis Lefebvre) Éditions Bruno Leprince (2004)
  • Fred Zeller : quand la peinture remplace la parole (Éditions ndp)
  • Collectif (préf. Daniel Keller), Les grands maîtres du Grand Orient de France : Du XVIIIe siècle à nos jours, Conform Edition, , 125 p. (ISBN 978-2-917075-72-2), chap. 49 (« Fred Zeller »), p. 109.Voir et modifier les données sur Wikidata

Liens externes

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