Français valdôtain

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Français valdôtain
Pays Italie
Région Vallée d'Aoste
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Vallée d'Aoste
La Vallée d'Aoste fait partie du domaine linguistique de l'arpitan.

Le français valdôtain est la variété du français de la Vallée d'Aoste, région autonome et bilingue d'Italie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Francophonie en Vallée d'Aoste.

La Vallée d’Aoste fut la première administration au monde qui ait employé la langue française comme langue officielle (1536), trois années avant la France même[1].

Région historiquement francoprovençale (dans sa variante dialectale valdôtaine) au sein des États de Savoie puis du royaume de Piémont-Sardaigne, la Vallée d'Aoste ne suivit pas le sort de la Savoie et de Nice, qui furent soumises à plébiscite et annexées à la France en 1860, et resta au sein du nouvel État unitaire italien. Dès lors, la Vallée d'Aoste n'a cessé de lutter contre les attaques faites à sa culture. La période fasciste fut particulièrement violente avec une politique d'italianisation systématique.

La Vallée d'Aoste a donc connu une longue mixité linguistique, surtout depuis que le français s'est peu à peu imposé comme norme linguistique au sein des États de la maison de Savoie dont la Vallée constituait un passage obligé. La majeure partie du territoire est inclus dans le domaine de locution du francoprovençal toutefois depuis l'« Édit de Rivoli » d'Emmanuel-Philibert Ier du , le français en tant que langue officielle était exclusivement utilisé pour les actes écrits (lettres, écrits officiels, actes notariés…) et les sermons.

La Vallée d'Aoste, avec le développement du Risorgimento au XIXe siècle perd, peu à peu, sa particularité francophone, mais 92 % des Valdôtains déclaraient encore être de langue maternelle valdôtaine en 1900.

Sous la période fasciste de Benito Mussolini, elle a subi une italianisation à outrance.

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, la Vallée d’Aoste a obtenu le statut de bilinguisme officiel actuel, avec l'italien et le français comme langues officielles. À niveau d'enseignement scolaire, un nombre d'heures égal à celui qui est consacré à l'italien est réservé au français[2]. Pour acceder au marché du travail dans le secteur public il faut connaître le français. Pourtant, de facto, l'italien est au XXIe siècle la langue la plus commune entre les valdôtains[3].

Malgré un régime de large autonomie, la langue française a continué à reculer après la Seconde Guerre mondiale, principalement sous l'action des médias italophones. Les émissions francophones, aussi bien à la télévision qu'à la radio, sont assez rares, surtout après la mort de Radio Mont Blanc. Les émissions télévisées en français et en francoprovençal valdôtain sont concentrées le soir, après le JT régional.

Selon un sondage réalisé par la fondation Émile Chanoux, avec 7 250 questionnaires recueillis en 2001, l'italien est la langue dominante dans tous les contextes, avec l'usage du français limité au niveau institutionnel et la stabilité de l'usage familiale du francoprovençal[4].

langue maternelle[5] pourcentage
italien 71,50 %
francoprovençal 16,20 %
français 0,99 %

La majorité a indiqué l'italien comme langue maternelle. En ce qui concerne les compétences linguistiques, 96,01 % ont déclaré connaître l'italien, 75,41 % le français et 55,77 % le francoprovençal. 50,53 % ont dit connaître les trois langues[6].

Les chaînes francophones France 2, TSR, France 24 et TV5 Monde sont disponibles gratuitement en Vallée d'Aoste.

Lexique[modifier | modifier le code]

Le lexique du français valdôtain se caractérise par la présence de termes issus du patois francoprovençal valdôtain et parfois de l'italien, ayant été soit adaptés, soit francisés, et même parfois repris tout court dans leur forme originale. Dans ce sens, il ressemble à celui des régions limitrophes, notamment celui de la Savoie et de la Suisse romande voisines, qui fait également partie de l'aire linguistique francoprovençale[7].

Liste de valdôtainismes[modifier | modifier le code]

Français valdôtain Français standard
Adret Droite orographique de la Doire baltée, bénéficiant de la plus longue exposition au soleil
Ape (s.f.) Tricyle à moteur avec benne
Après-dinée (s.m.) Après-midi
Arpian Gardien de vaches à l'alpage
Artson (s.m.) Coffre
Assesseur Adjoint du maire
Bague Chose
Balosse (s.m.) Lourdaud
Bauze (s.m.) Tonneau de vin
Borne Trou
Bottes (désuet) Chaussures
Brique (s.m.) Lieu escarpé
Briquer Casser
Cayon Porc
Chiquet Petit verre d'alcool
Choppe (s.m.) Grève
Crotte Cave
Chose (s.m. et f.) Fiancé(e)
Couisse (s.m.) Tourmente de neige
Déroché Tombé en ruines
Contre-nuit (s.f.) Crépuscule
Envers Gauche orographique de la Doire baltée, bénéficiant de la plus courte exposition au soleil (en français v. aussi Ubac)
Flou Odeur
Fruitier Fromager
Gant de Paris Préservatif
Garde-ville Agent de police
Geline Poule
Hivernieux Logement de montagne
Jaser Parler
Jouer (se) S'amuser
Jube (s.f.) Veste
Junte Exécutif du Conseil de la Vallée d'Aoste
Lèze (s.f.) Cheminée
Maison communale Mairie
Mayen Seconde maison en haute montagne (1200-2000 mètres)
Mécouley (s.m.) Gâteau
Modon Bâton
Paquet Ballot de foin
Patate Pomme de terre
Pianin Celui qui habite la plaine
Poëlle (s.m.) Cuisine
Pointron Rocher pointu
Quartanée Mesure valant cent toises (350 m²)
Quitter Laisser
Rabadan Personne de peu de valeur
Rabeilleur Rebouteux, guérisseur traditionnel
Régent (désuet) Enseignant
Savater Donner des coups
Solan Plancher
Songeon Sommet
Souper Repas du soir
Syndic Maire
Tabaquerie Bureau de tabacs
Tabeillon (désuet) Notaire
Topié Treille
Troliette Tourteau, pain de noix
Tsapoter Tailler le bois
Tsavon Tête de bétail
Vagner Semer
Verne Aulne
Bilinguisme franco-italien sur les cartes d’identité des Valdôtains.

Nombres[modifier | modifier le code]

Le français de France utilise les termes soixante-dix pour 70, quatre-vingts pour 80 et quatre-vingt-dix pour 90. Même si les variantes de France font l'objet d'enseignement scolaire, dans l'usage courant les Valdôtains utilisent respectivement les termes septante, huitante (ou quatre-vingts) et nonante, comme c'est le cas du Suisse Romand. Septante et nonante se retrouvent également en Belgique, en Savoie et en République démocratique du Congo.

J[modifier | modifier le code]

La lettre J se prononce « ij » en Vallée d'Aoste, alors que l'usage français courant est « ji ».

Les repas[modifier | modifier le code]

  • Petit-déjeuner = déjenon
  • Déjeuner = dinée (s.m.)
  • Dîner = souper

Expressions typiques[modifier | modifier le code]

  • Avoir le bouillon dans le ventre = être agité
  • Donner ses pantalons = renoncer
  • Tirer en haut le pantalon = se débrouiller
  • Être mordu = être amoureux
  • Monter dans la lune ou attrapper le singe = être ivre
  • De course = très vite, à la hâte
  • Bailler bas = frapper, battre
  • Faire chambette = trébucher
  • Faire des potins = embrasser
  • Laisser perdre = laisser tomber
  • Laver les chemises = critiquer
  • Tête d'oignon = tête dure
  • Être jeune comme l'ail = être très jeune
  • Aller au paradis avec les sabots = passer de la terre au paradis tout de suite
  • Boire à cul blanc = boire à cul sec
  • Rester sec = rester sidéré, sans réponse
  • C'est mon clou = c'est mon obsession
  • Comme la neige d'antan - expression marquant l'absurdité d'une demande d'aide ou de renseignement
  • Donner un biscuit à un âne = donner qqch. à qqn. ne sachant ou n'ayant pas envie de l'apprécier

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Jean-Pierre Martin, Description lexicale du français parlé en Vallée d'Aoste, éd. Musumeci, Quart, 1984 (source)
  • (fr) Alexis Bétemps, La langue française en Vallée d'Aoste de 1945 à nos jours T.D.L., Milan
  • (fr) Jules Brocherel, Le Patois et la langue française en Vallée d'Aoste éd. V. Attinger, Neuchâtel
  • (fr) La minorité linguistique valdôtaine, éd. Musumeci, Quart (1968).
  • (fr) Rosellini Aldo, La francisation de la Vallée d’Aoste, dans Studi medio latini e volgari, vol. XVIII, 1958.
  • (fr) Keller, Hans-Erich, Études linguistiques sur les parlers valdôtains, éd. A. Francke S.A., Berne, 1958.
  • (fr) Schüle, Ernest, Histoire linguistique de la Vallée d’Aoste, dans Bulletin du Centre d’Études francoprovençales n° 22, Imprimerie Valdôtaine, Aoste, 1990.
  • (fr) Favre, Saverio, Histoire linguistique de la Vallée d’Aoste, dans Espace, temps et culture en Vallée d’Aoste, Imprimerie Valdôtaine, Aoste, 1996.
  • (fr) François-Gabriel Frutaz, Les origines de la langue française en Vallée d’Aoste, Imprimerie Marguerettaz, Aoste, 1913.
  • (fr) Mgr. Joseph-Auguste Duc, La langue française dans la Vallée d'Aoste, Saint-Maurice, 1915.
  • (fr) Anselme Réan, La phase initiale de la guerre contre la langue française dans la Vallée d'Aoste, Ivrée, 1923.
  • (fr)
  • (fr) Bérard, Édouard, La langue française dans la Vallée d’Aoste : réponse à M. le chevalier Vegezzi-Ruscalla, Aoste, 1861 (rééd. 1962).
  • (fr) Bétemps, Alexis, Les Valdôtains et leur langue, avant-propos d’Henri Armand, Imprimerie Duc, Aoste, 1979.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Vallée d'Aoste : enclave francophone au sud-est du Mont Blanc.
  2. La langue française en Italie
  3. (it) Fiorenzo Toso, Le minoranze linguitiche in Italia, Editrice Il Mulino, 2008
  4. Aosta spazio varietetico e sistema di valori sociolinguistici: configurazioni a confronto, de Daniela Puolato, Université de Naples dans: Une Vallée d'Aoste bilingue dans une Europe plurilingue/ Una Valle d'Aosta bilingue in un'Europa plurilingue, Aoste, Fondation Émile Chanoux, 2003, page 79 et suiv.
  5. Fiorenzo Toso, Le minoranze linguistiche in Italia, Editrice Il Mulino, 2008
  6. Assessorat de l'éducation et la culture - Département de la surintendance des écoles, Profil de la politique linguistique éducative, Le Château éd., 2009, p. 20.
  7. Patoisvda.org : géographie du francoprovençal.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]