Droits LGBT au Cameroun

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Symbole LGBT au Cameroun.

Les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) au Cameroun font face à des situations que ne connaissent pas les citoyens non-LGBT.

Situation[modifier | modifier le code]

Disposition légale[modifier | modifier le code]

Le Code pénal dispose en son article 347 bis relatif à l'homosexualité :

« Est punie d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 francs (CFA) toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe. »

L'avocate Alice Nkom, présidente de l'Association pour la défense des homosexuel(le)s, note que cet article est illégal car ajouté en 1972 par le président Ahmadou Ahidjo au Code pénal sans l'approbation des parlementaires. Elle relève aussi qu'il contrevient à la loi sur la vie privée et l'inviolabilité du domicile, l'inculpation pour homosexualité nécessitant un flagrant délit, ainsi qu'aux traités internationaux relatifs aux droits de l'homme, la constitution désignant le président comme « garant du droit des personnes ». Elle rappelle également que les médecins sont incités à dénoncer les homosexuels venus se faire dépister contre le VIH et que le discours selon lequel l'homosexualité aurait été « importée par les Blancs » a du succès au Cameroun, véhiculé par des responsables politiques et religieux[1].

Application de la loi[modifier | modifier le code]

Des procès pour délit d'homosexualité ont régulièrement lieu au Cameroun. Ainsi, en mai 2005, la gendarmerie a arrêté 9 personnes dans une discothèque de Yaoundé pour ce délit et 7 d'entre eux ont été condamnés à 10 mois d'emprisonnement.

En février 2006 deux Camerounais de 23 ans, ont été condamnés à un an de prison pour délit d’homosexualité. Un autre de 22 ans, est détenu depuis fin 2004, pour le même motif mais est toujours en attente de jugement[2].

Affaire des homosexuels présumés[modifier | modifier le code]

Début 2006, le journal camerounais La Météo a publié une liste d'homosexuels présumés au sein de personnalités politiques. D'autres journaux ont repris plus tard l'information et l'information a fait grand bruit au sein de la population camerounaise.

Le rédacteur en chef du journal L'Anecdote, François Bikoro Obah, qui a repris ces accusations a déclaré avoir fait « œuvre de salut public » en dénonçant ces personnes. La quasi-totalité des journaux du Cameroun ont soutenu ces journaux dans leur démarche[3].

Un Camerounais poursuivi par la justice pour homosexualité témoigne que depuis cette affaire, les homosexuels font l'objet d'une véritable « chasse aux sorcières »[4].

La première avocate camerounaise, Alice Nkom, a fondé en 2003 l'Association de défense des homosexuels du Cameroun (Adefho) et a obtenu en 2013, la première victoire avec l'acquittement de deux jeunes homosexuels.

Affaire Roger Jean-Claude Mbédé[modifier | modifier le code]

Roger Jean-Claude Mbédé (en), condamné à 3 ans de prison pour homosexualité[5], décède le , après été reconnu coupable d'avoir envoyé par SMS « Je suis très amoureux de toi » à un autre homme. Son affaire devient emblématique pour les défenseurs des droits des homosexuels au Cameroun[6],[7],[8].

Depuis les débuts de l’affaire, son traitement judiciaire a déclenché de nombreuses réactions internationales ainsi que la condamnation pour la façon dont il est traité par Human Rights Watch et Amnesty International[9]. Le , Amnesty International déclare : «  cet homme est un prisonnier d'opinion, détenu uniquement à cause de son orientation sexuelle »[10],[11].

Il avait pour avocat Michel Togué ainsi que Alice Nkom et cette dernière déclare à la suite de son décès « Je suis très affectée. J’ai perdu un enfant, il a été mon client... mais il est avant tout mon enfant. Nous avions un lien très fort. C’était mon fils »[6].

Autres affaires[modifier | modifier le code]

En mars 2005, le militant LGBT Marc Lambert est arrêté dans le cadre de l'affaire des « onze de Yaoundé ». Il est incarcéré et porte plainte contre le gouvernement camerounais, saisissant avec ses avocats le groupe de travail des Nations unies contre les détentions arbitraires, lequel lui donne gain de cause en 2006 et demande au Cameroun de revoir sa législation sur les droits humains. L'État n'a rien changé mais Marc Lambert a été acquitté après un an et douze jours de prison[1].

En juillet 2013, le militant LGBT Éric Lembembe meurt torturé à son domicile : « on lui a tiré la langue avec une tenaille, crevé les yeux, brisé des membres, et son corps a été entièrement brûlé au fer à repasser, jusqu'à la plante des pieds »[1].

Militants camerounais[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Cécile Andrzejewski, « Cameroun - Homo à mort », Paris Match, semaine du 28 avril au 3 mai 2016, pages 133-136.
  2. « Pour la libération de trois Camerounais emprisonnés pour homosexualité », sur www.inter-lgbt.org (consulté le 16 janvier 2014).
  3. Habibou Bangré, « Cameroun : trois journaux publient une liste d'homosexuels présumés », sur www.afrik.com,‎ (consulté le 16 janvier 2014).
  4. Audrey Banegas, « Un demandeur d’asile témoigne de son enfer au Cameroun », sur www.yagg.com,‎ (consulté le 16 janvier 2014).
  5. Clarisse Juompan-Yakam, « Cameroun - Homosexualité : la peine de Roger Mbédé confirmée en appel », sur www.jeuneafrique.com,‎ (consulté le 16 janvier 2014).
  6. a et b Assiya Hamza, « Roger Jean-Claude Mbédé, mort d'avoir été homosexuel », sur www.france24.com,‎ (consulté le 16 janvier 2014).
  7. « Une veillée virtuelle en hommage à Roger Mbédé », sur www.yagg.com,‎ (consulté le 16 janvier 2014).
  8. « Jean-Claude Roger Mbédé, figure de la lutte pour les droits des homosexuels, est mort », sur www.rfi.fr,‎ (consulté le 16 janvier 2014).
  9. « La justice renvoie en prison un homosexuel pour des SMS », sur www.cameroonwebnews.com,‎ (consulté le 16 janvier 2014).
  10. « Un Camerounais emprisonné pour homosexualité : Jean-Claude Roger Mbede », sur www.amnesty.org (Amnesty International),‎ (consulté le 16 janvier 2014).
  11. (en)« Jean-Claude Roger Mbede : Prisoner of Conscience, Imprisoned for Homosexuality », sur www.amnestyusa.org (consulté le 16 janvier 2014).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Awondo, Homosexualité, sida et constructions politiques : ethnographie des trajectoires entre le Cameroun et la France, École des hautes études en sciences sociales, Paris, 2012, 466 p. (thèse)
  • Marthe Djilo Kamga, (et al.), Quand les femmes aiment d'autres femmes. Regard sur les homosexualités féminines au Cameroun, Université des Femmes, Bruxelles, 2009, 148 p. (ISBN 2-87288-025-9)
  • Charles Gueboguo, La question homosexuelle en Afrique. Le cas du Cameroun, L'Harmattan, Paris, 2006, 187 p. (ISBN 2-296-01563-8).
  • Charles Gueboguo, Sida et homosexualité en Afrique. Analyse des communications de prévention, l'Harmattan, Paris, 2009, 257 p. (ISBN 978-2-296-10179-1).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]