Ahmadou Ahidjo

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Ahmadou Ahidjo
Illustration.
Fonctions
Président de la République du Cameroun[Note 1]

(22 ans, 5 mois et 30 jours)
Élection
Réélection 23 mars 1965
28 mars 1970
5 avril 1975
5 avril 1980
Premier ministre Charles Assalé
Vincent-de-Paul Ahanda
Simon Pierre Tchoungui
Paul Biya
Prédécesseur Lui-même (chef de l'État)
Successeur Paul Biya
Premier ministre du Cameroun

(2 ans, 2 mois et 17 jours)
Président Lui-même
Prédécesseur Lui-même
Successeur Charles Assalé
Chef de l'État sous tutelle du Cameroun
Premier ministre camerounais

(État autonome du Cameroun)
Prédécesseur André-Marie Mbida
Successeur Lui-même
Biographie
Nom de naissance Ahmadou Babatoura Ahidjo
Date de naissance
Lieu de naissance Nassarao, Garoua (Cameroun français)
Date de décès (à 65 ans)
Lieu de décès Dakar (Sénégal)
Nationalité camerounaise
Parti politique Union nationale camerounaise (UNC)
Conjoint Abiba Germaine Ahidjo
Profession Opérateur radio
Religion Islam

Ahmadou Ahidjo
Premiers ministres camerounais
Présidents de la République du Cameroun

Ahmadou Babatoura Ahidjo (né le à Nassarao, près de Garoua, Cameroun français - mort le à Dakar, Sénégal) est le premier président de la République du Cameroun.

Son régime se rendit responsable d'exactions massives (camps d'internement, tortures, disparitions forcées, exécutions publiques ou extrajudiciaires, etc)[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Fils d’un chef peul (foulbé) de religion musulmane, Ahidjo est un autodidacte qui a intégré l’administration française comme télégraphiste puis opérateur radio.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Repéré par l'administrateur colonial Guy Georgy, celui-ci organise son entrée en politique : « Je l'avais fait élire à l'Assemblée territoriale. On avait quasiment fait voter pour lui, en mettant des paquets de bulletins dans les urnes », expliquera t'il dans les années 1980. Élu à l’assemblée territoriale du Cameroun en 1947, il devient conseiller de l’Assemblée de l’Union française de 1953 à 1958 et président de celle-ci en 1957. Il est alors couvé par Louis-Paul Aujoulat, le secrétaire d’État à la France d'outre-mer[1].

Il se montre rassurant envers l’Église et les aristocraties musulmanes du nord du pays et parvient à incarner l'union des courants conservateurs inquiets face aux mouvements contestataires qui se multiplient dans les années 1950. D'abord membre du BDS, le parti d'Aujoulat jusqu'à sa chute, il constitue ensuite l'Union camerounaise avec le soutien des chefs nordistes[1].

Vice-Premier ministre chargé de l’intérieur après l’octroi de l’autonomie interne au Cameroun, puis ministre de l’Intérieur (mai 1957). Grâce à un passage en force sagement orchestré par Jean Ramadier, haut-commissaire français de l’État du Cameroun, il fait tomber le gouvernement André-Marie Mbida en démissionnant avec la totalité des ministres du Nord qui lui sont fidèles. Il remplace ainsi André-Marie Mbida à la tête du gouvernement en février 1958[2]. Il est pourtant, à ce moment, encore un quasi-inconnu pour les Camerounais[1]. Le Consul général de Grande-Bretagne le décrit dans une note interne comme « doté d'une personnalité prononcée et d'opinions très ancrées, teintées de cynisme. » N'accordant que « peu d'estime envers les femmes », il se montrerait « très susceptible à propos de ses origines modestes ». qu'il cherche à surmonter en épousant l'un des filles du puissant lamido de Garoua[1]. Il a face à lui, outre l'UPC clandestine, les nationalistes modérés réunis autour de Paul Soppo Priso et les conservateurs modérés fidèles à Mbida[1].

Chef de l’État[modifier | modifier le code]

Avènement[modifier | modifier le code]

Grâce à son parti l’Union camerounaise (UC), à une Constitution taillée sur mesure, à un tripatouillage électoral et l’aide active de l’armée française qui réduit les rébellions menées par l’Union des populations du Cameroun en régions bamiléké et bassa, il est élu en mai 1960 président de la République. C'est ainsi qu'il fut placé aux leviers de commande par la France soucieuse de faire échec par tous les moyens à l’UPC, considérée comme dangereuse pour l’ordre établi[3]. Pierre Messmer, ancien Haut commissaire français au Cameroun, indique à ce sujet : « La France accordera l'indépendance à ceux qui la réclamaient le moins, après avoir éliminé politiquement et militairement ceux qui la réclamaient avec le plus d'intransigeance. »

Pendant les premières années du régime, l'ambassadeur français Jean-Pierre Bénard est parfois considéré comme le véritable "président" du Cameroun. Cette indépendance est en effet largement théorique puisque des « conseillers » français sont chargés d'assister chaque ministre et disposent de la réalité du pouvoir. Le gouvernement gaulliste préserve son ascendant sur le pays à travers la signature « d'accords de coopération » touchant à tous les secteurs de la souveraineté du Cameroun. Ainsi, dans le domaine monétaire, le Cameroun conserve le franc CFA et confie sa politique monétaire à son ancienne puissance tutrice. Toutes les ressources stratégiques sont exploitées par la France, des troupes françaises sont maintenues dans le pays, et une grande partie des officiers de l'armée camerounaise sont Français, y compris le chef d'état-major[1].

Le représentant guinéen à l'ONU estime au sujet des manœuvres françaises au Cameroun que « Il y a à présent sur ce continent un danger encore plus menaçant que le colonialisme lui-même. C'est le danger que l'on pourrait appeler l'indépendance octroyée, qui tend à refléter dans le pays les désirs et les tendances de la puissance coloniale elle-même[1]. »

Il proclame une amnistie très sélective de militants de l’UPC incarcérés (ceux ayant supposément renoncés à poursuivre leur engagement politique)[1] et réussit à ramener une confiance couronnée par la réunification avec une partie du Cameroun britannique (qui refuse l’intégration au Nigeria après référendum). Le pays devient un État fédéral en octobre 1961.

Élections de 1964[modifier | modifier le code]

Ahidjo pense mener un développement économique et une assimilation culturelle qui favoriserait l’unification progressive du pays. En avril 1964, Marguerite Mbida, épouse d'André-Marie Mbida, condamné à trois ans de prison ferme, se présenta comme tête de liste du PDC aux élections législatives d’avril 1964. Le PDC fut le seul parti politique à avoir osé se présenter à ces élections législatives. Les chefs d’opinion camerounais de cette époque sont tous soit en exil soit en prison. Les résultats de ces élections selon des sources dignes de foi[4] donnent une victoire massive au PDC dans ce qui s’appelle alors le Nyong-et-Sanaga. Cette victoire électorale leur fut confisquée au nom de l’unité nationale et du parti unique en gestation. Les électeurs refusèrent que leur soit volée cette victoire électorale. Le gouvernement camerounais de 1964 fit descendre la gendarmerie dans les villages et les protestataires furent massivement déportés vers les camps de concentration tristement célèbres de Mantoum, Tcholliré et Mokolo. Il est réélu en 1965 à l'issue d'une élection dont il est l'unique candidat.

Affermissement du pouvoir[modifier | modifier le code]

Des camps de détention sont mis en place à partir de 1962 pour permettre l'incarcération de personnes sans avoir à les présenter devant des tribunaux (la pratique n'est toutefois pas nouvelle et avait cours sous le Haut commissaire Pierre Messmer). Jusqu'aux années 1970, des milliers de Camerounais jugés subversifs disparaitront ainsi, temporairement ou définitivement. Dans ces camps, les détenus sont sujets à des vexations systématiques, des conditions sanitaires dramatiques et à un quasi-esclavage[1].

Un culte de la personnalité est instauré.

Malgré l’opposition du Parti des démocrates camerounais et de l’aile dissidente de l’UPC, il fonde en 1966 un parti unique, l’Union nationale camerounaise (UNC), assigne André-Marie Mbida en résidence surveillée[5]. Au début des années 1970, il parvient à réduire substantiellement l’activité insurrectionnelle de l’UPC grâce à des succès militaires dont le plus grand est la reddition, le jugement et l’exécution capitale en 1971 d’Ernest Ouandié (voir l’affaire Ndongmo), dernier chef historique de l’UPC. Il est réélu en 1970. En mai 1972, un référendum approuve une constitution qui fait du Cameroun un État unitaire. Si le président défend à l’extérieur les instances de l’OUA, il se retire cependant, en 1973, de l’Organisation commune africaine et malgache (OCAM).

En 1972, il fait insérer dans le Code pénal un article qui punit de prison les actes homosexuels[6].

Le Cameroun devient un pays producteur de pétrole en 1977. Prétendant vouloir faire des réserves pour les temps difficiles, les autorités gèrent les recettes pétrolières "hors budget" dans la plus totale opacité (les fonds sont placés sur des comptes parisiens, suisses et new-yorkais). Plusieurs milliards de dollars sont ainsi détournés au bénéfice de compagnies pétrolières et de responsables du régime[1]. L'influence de la France et de ses 9 000 ressortissants au Cameroun reste considérable. La revue African Affairs note au début des années 1980 qu'ils « continuent à dominer presque tous les secteurs clés de l'économie, à peu près comme ils le faisaient avant l'indépendance. Les ressortissants français contrôlent 55 % du secteur moderne de l'économie camerounaise et leur contrôle sur le système bancaire est total[1]. »

Retrait[modifier | modifier le code]

Le 4 novembre 1982, alors qu'il tient le pays d’une main de fer en ayant réduit à néant la contestation de son régime, si forte au début de sa présidence, Ahidjo, âgé de 58 ans, annonce contre toute attente sa démission au motif de raisons de santé[7]. De par les dispositions constitutionnelles, le Premier ministre Paul Biya, âgé de 49 ans, est donc amené à lui succéder. Ahidjo conserve la présidence du parti unique et tente, en mars 1983; de faire reconnaitre sa primauté sur l’État. Biya réagit en expulsant du gouvernement les proches de son rival, qui doit dès lors s'exiler en France[7].

Putsch de 1984 et accusation[modifier | modifier le code]

Après une tentative avortée de coup d’État contre le gouvernement le 6 avril 1984 (dans laquelle il a toujours nié sa participation), il est accusé et condamné à mort l’année suivante par contumace[7].

Cependant, il se confia à la fin de 1984, dans le sud-est de la France, à un responsable d'une banque américaine qu'il avait été manipulé par François Mitterrand et la médecine française en exagérant sur la gravité de sa maladie, ce qui l'avait conduit à céder le pouvoir alors qu'il était en assez bonne santé. Il demanda à ce banquier de lui organiser un entretien avec Rockefeller pour l'introduire auprès du président Reggan. L'objectif étant d'obtenir son soutien à la reprise du pouvoir. Le président américain ne l'aurait pas reçu[réf. nécessaire].

Exil et mort[modifier | modifier le code]

Séjournant alors entre la France, l’Espagne et le Sénégal pendant ces événements, il ne rentra jamais au Cameroun et s’installa au Sénégal où il meurt, d'une crise cardiaque, le 30 novembre 1989[7]. Il est inhumé au cimetière Bakhiya de Yoff, le plus grand cimetière musulman de Dakar [8],[9]. Il convient de signaler que la loi no 91/022 du 16 décembre 1991 portant réhabilitation de certaines figures de l'Histoire du Cameroun (dont Ahmadou Ahidjo), signée par le président Biya, prévoit que "le transfert des restes mortuaires au Cameroun des personnes [réhabilitées], inhumées à l'extérieur du territoire national, peut s'effectuer à la demande de la famille ou de cujus, sous réserve de la dernière volonté du défunt et conformément à la législation du pays d'inhumation" (art. 3 al. 1) et que "les frais occasionnés par ledit transfert sont à la charge de l'État" (art. 3 al. 2)... [10]

Famille[modifier | modifier le code]

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De sa première épouse Ada Garoua il a un fils : Mohamadou Badjika Ahidjo.

Le , il épouse Germaine Ahidjo avec laquelle il a trois filles : Babette, Aïssadou et Aminatou.

De sa concubine Cécile Assiga il a également un enfant.

Philatélie[modifier | modifier le code]

L'effigie d'Ahmadou Ahidjo figure sur de nombreux timbres, dont « Premier ministre A. Ahidjo. 1er janvier 1960. Proclamation de l'indépendance » (1960[11]), réédité en 1961[12]. Devenu Président de la République, il fait l'objet d'une série de six timbres en 1962, « Président A. Ahidjo et premier ministre Foncha[13] ».

En 1963, pour le deuxième anniversaire de la réunification, il apparaît sur deux timbres, « Président Ahidjo et drapeau national[14] ».

En 1965, sa réélection est l'occasion d'une nouvelle série de quatre timbres, « Rélection du Président Ahidjo[15]».

En 1968, deux voyages présidentiels sont accompagnés de l'émission d'un timbre, « Pélerinage du président Ahidjo à La Mecque[16] » et « Visite du président Ahidjo au Vatican[17] ».

En 1969, un nouveau timbre est émis pour le 9e anniversaire de l'indépendance, sous l'intitulé « El Hadj Ahmadou Ahidjo Président de la République[18] ».

En février 1971, à l'occasion de la visite de Georges Pompidou, le Président apparaît aux côtés du chef de l'État français[19]. En février 1979 son effigie est reproduite cette fois aux côtés de Valéry Giscard d'Estaing[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. République du Cameroun (1960-1961), République fédérale du Cameroun (1961-1972) puis République unie du Cameroun (1972-1982).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k et l Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsita, KAMERUN !, 2019
  2. Stéphane Prévitali, Je me souviens de Ruben : mon témoignage sur les maquis du Cameroun, 1953-1970, Karthala (1999), Collection Tropiques, (ISBN 978-2-86537-807-4).
  3. Pierre-F. Gonidec, « Un régime dominé par la stature du président Ahidjo », sur www.monde-diplomatique.fr (consulté le 5 février 2017).
  4. Hebdomadaire l’Effort camerounais, avril 1964.
  5. Daniel Abwa, André-Marie Mbida, premier Premier ministre camerounais (1917-1980) : autopsie d'une carrière politique, Racines du présent, Éditions L'Harmattan, 1993, (ISBN 978-2-7384-1593-6).
  6. Cécile Andrzejewski, « Cameroun - Homo à mort », Paris Match, semaine du 28 avril au 3 mai 2016, pages 133-136.
  7. a b c et d « Le 30 novembre 1989, le premier président camerounais Ahmadou Ahidjo décédait à Dakar – JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  8. Le retour des restes d’Ahmadou Ahidjo sur AfricaPresse.com.
  9. "Ahmadou Ahidjo: une tombe de pèlerinage" (http://www.camer.be/43661/6:1/cameroun-ahmadou-ahidjo-une-tombe-de-pelerinage-cameroon.html)
  10. Loi no 91-022 du 16 décembre 1991 (https://www.prc.cm/fr/actualites/actes/lois/1317-loi-n-91-022-du-16-decembre-1991-portant-rehabilitation-de-certaines-figures-de-l-histoire-du-cameroun)
  11. Catalogue Yvert&Tellier, no 311
  12. YT, no 327
  13. YT, no 329-330-331-332-333-334
  14. YT, no 372-374
  15. YT, no 405-406-407-408
  16. YT, no PA108
  17. YT, no PA109
  18. YT, no 468
  19. YT, no 494
  20. YT, no 632

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ouvrages de Mongo Beti sur le Cameroun dont Main basse sur le Cameroun : autopsie d’une décolonisation, 1972 et Africains si vous parliez, 2005.
  • (en) Mark Dike DeLancey, Rebecca Mbuh et Mark W. Delancey, « Ahidjo, Ahmadou (1924-1989) », in Historical Dictionary of the Republic of Cameroon, Scarecrow Press, Lanham, Md, 2010 (4e éd.), p. 26-29 (ISBN 9780810873995)
  • Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948-1971), La Découverte, Paris, 2011. (ISBN 978-2-7071-5913-7)
  • Samuel Eboua, Ahidjo et la logique du pouvoir, L’Harmattan, 1995, 236 p. (ISBN 9782296299962)
  • Philippe Gaillard, Ahmadou Ahidjo, 1922-1989, Jeune Afrique éd., Paris, 1994, 255 p. (ISBN 2-85258-404-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]