Deuxième Période intermédiaire égyptienne

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La Deuxième Période intermédiaire, caractérisée par une période d'instabilité dans l'histoire de l'Égypte antique, se situe entre le Moyen Empire et le Nouvel Empire entre 1650 et 1550 av. J.-C.

Bien que la tradition véhiculée par Manéthon établisse une coupure nette avec le Moyen Empire, en raison de l'invasion de la Basse-Égypte par les Hyksôs, les études tendent à montrer qu'il n'en est rien. En effet, le passage entre les règnes de la reine-pharaon Néférousébek, dernière souveraine de la XIIe dynastie, et Ougaf, premier pharaon de la XIIIe dynastie, semble se faire sans heurt. De plus, jusqu'au roi Sekhemrê Khoutaoui, les pharaons de cette dynastie semblent régner sur l'ensemble du territoire, delta du Nil et Nubie compris. Ce n'est que progressivement, avec l'affaiblissement du pouvoir central, que les pharaons perdront de leur influence.

C'est sous le règne de Néferhotep Ier qu'apparaît dans le delta la XIVe dynastie qui prend naissance dans le sixième nome de Basse-Égypte, dont la capitale est Xoïs. Peu de temps après, une autre dynastie prendra naissance à Avaris, à l'est du delta. Cette dynastie, la XVe dynastie, est formée vers -1660 par les Hyksôs, qui signifie « chefs des pays étrangers » ; on ignore leur origine exacte mais ils devaient être, soit un peuple du Moyen-Orient, soit une coalition des peuples qui avaient immigré dans le delta depuis le Moyen Empire. Les pharaons de la XIIIe dynastie gouvernent le reste du pays jusqu'à Dédoumésiou Ier (ou Didoumès). À cette époque, le souverain Hyksôs Salitis s'empare d'une grande partie du pays, grâce à l'appui de leur avance technologique en matière d'armement, que représentent la cavalerie, l'utilisation des chars, des cuirasses et du Khépesh.

Toutes les provinces font allégeance aux souverains Hyksôs. Même Thèbes, qui sera plus tard le foyer de la rébellion, semble s'y plier. Les XIIIe et XIVe dynasties ne s'éteignent pas pour autant, mais perdent une part de leur autonomie. C'est à cette époque que naît à Thèbes la XVIIe dynastie, issue d'une branche locale de la XIIIe dynastie, et dont le premier représentant est le roi Antef V[1]. La dynastie régnera sur les huit premiers nomes de Haute-Égypte. Sous Sobekemsaf II (XVIIe dynastie), Nédjeh fonde un royaume nubien entre Éléphantine et la deuxième cataracte du Nil, dont la capitale est Bouhen. La XIVe dynastie de Xoïs s'éteint vers -1650 et la XIIIe dynastie se prolonge un peu après cette date, jusqu'à semble-t-il vers -1634 ; il n'y a pas de consensus sur cette date.

Récemment la découverte de la tombe d'un pharaon inconnu, Senebkay, accrédite la thèse d'une éventuelle dynastie locale, baptisée « Dynastie d'Abydos » qui serait parallèle aux XVe et XVIe dynasties. L'existence de cette dynastie dite d'Abydos a d'abord été proposée par Detlef Franke[2] puis développée par l'égyptologue Kim Ryholt en 1997.

La situation restera figée jusqu'au règne de Sénakhtenrê Ahmosé, de la XVIIe dynastie, et de son concurrent Hyksôs, Apophis Ier. C'est en effet au cours de leurs règnes qu'une longue guerre de libération sera engagée par les thébains. Elle sera poursuivie par Séqénenrê Taâ, puis Kamosé qui repoussera la frontière Nord de son royaume jusqu'au delta du Nil. Elle sera achevée par Ahmosé qui en plus de chasser les Hyksôs jusqu'en Asie Mineure, se rendra également maître de la Nubie, mettant fin à la XVe dynastie Hyksôs, et au royaume Kouchite de Bouhen, où il installera une importante garnison. Avec lui s'ouvre la XVIIIe dynastie et le Nouvel Empire.

L'histoire de la reconquête du pays par les rois thébains nous est connue par deux sources littéraires : un conte du Nouvel Empire, la Querelle d'Apophis et de Séqénenrê (Papyrus Sallier I, British Museum) et le récit funéraire d'un vétéran de cette guerre, Ahmès fils d'Abana. Il est cependant difficile d'y séparer la réalité historique d'une propagande thébaine ultérieure.

Succession des dynasties[modifier | modifier le code]

Xoïs Avaris Basse-Égypte Moyenne-Égypte Haute-Égypte Basse-Nubie
      XIIIe dynastie    
XIVe dynastie          
  XVe dynastie        
Domination Hyksôs   XVIe dynastie   Domination Hyksôs  
          Dynastie Kouchite
        XVIIe dynastie  
           
           
           

Note : Il ne s'agit ici que de montrer la succession des dynasties et non une chronologie homogène. La durée de chaque phase n'est pas représentée dans ce tableau.

Politique et économie au Royaume de Thèbes pendant la Deuxième Période intermédiaire[modifier | modifier le code]

Dominé par de nombreuses femmes et reines telles Tétishéri ou Ahhotep II, le royaume de Thèbes prend peu à peu l'ascendant sur les villes voisines ; il étend peu à peu son influence de Cusae à Éléphantine. Cependant les revenus commerciaux du royaume étant de plus en plus ponctionnés par celui des Hyksôs, il devient nécessaire au royaume thébain de conquérir son voisin septentrional. Ce dernier étant allié au royaume de Kerma en Nubie, les armées thébaines se tournent également vers leur voisin en amont du Nil. Deux fois victorieux, le royaume de Thèbes se retrouve donc à la tête d'un territoire s'étendant de la troisième cataracte à la frontière sud de Canaan[3].

Politique et économie au Royaume hyksôs pendant la Deuxième période intermédiaire[modifier | modifier le code]

Le royaume du nord est de culture hybride, à la fois égyptienne et levantine, dont les principaux centres économiques sont la capitale Avaris et la ville de Charouhen, située de l'autre côté du Sinaï. Ce royaume est au cœur des échanges entre l'Afrique, le Levant et la Méditerranée, ce qui lui confère de nombreuses richesses. Il est également allié au royaume de Nubie, prenant ainsi les rois de Haute-Égypte en tenaille[3].

Littérature, sciences et techniques pendant la Deuxième Période intermédiaire[modifier | modifier le code]

Bien que difficile à cerner politiquement, la période n'en est pas moins florissante dans d'autres domaines. Ainsi le papyrus Rhind, l'une de nos principales sources concernant les mathématiques dans l'Égypte antique, ou le contenu du papyrus Edwin Smith, plus ancien document traitant de chirurgie, remontent-ils à cette période. De même la recopie d'œuvres littéraires plus anciennes se pratiquait-elle toujours à l'époque, comme en témoigne le papyrus Westcar.

Propagande thébaine ultérieure[modifier | modifier le code]

La deuxième période intermédiaire égyptienne est une des plus difficiles à étudier pour les égyptologues. Ainsi Manéthon donne de cette période une présentation qui tiendrait davantage de la reprise d'une propagande thébaine destiné à légitimer sa prise de pouvoir sur l'ensemble de l'Égypte que d'un rendu factuel de la réalité de l'époque. Il y avait certainement des Levantains habitants dans le delta du Nil à cette époque sans pour autant pouvoir affirmer que les dirigeants égyptiens étaient issus de cette population. En effet par la suite les souverains de l'époque ramesside, originaires du delta oriental, ne considéreront pas les dynasties prétendument hyksôs comme illégitimes. En fait il semble que Par son contenu, la description que Manéthon offre de cette période se rapproche des textes de l'époque saïte évoquant les guerres contre les Assyriens ; la propagande thébaine relatant la deuxième période intermédiaire aurait donc pu résonner avec l'actualité des invasions perses que connaissait l'Égypte à ce moment de son histoire. De là une propagande initialement cantonnées aux annales royales de Haute-Égypte aurait été reprise par les chroniqueurs antiques, puis par l'égyptologie plus récente[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux sur l'Égypte antique[modifier | modifier le code]

  • Damien Agut et Juan Carlos Morena-Garcia, L'Égypte des pharaons : De Narmer à Dioclétien, Paris, Belin, coll. « Mondes anciens », (ISBN 2701164915)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'égyptologue Ryholt donne Rahotep comme fondateur de cette dynastie à la place de son père (filiation incertaine) Antef V
  2. (de) Detlef Franke, « Zur Chronologie des Mittleren Reiches. Teil II: Die sogenannte Zweite Zwischenzeit Altägyptens », in: Orientalia 57 (1988), p. 259
  3. a, b et c Damien Agut et Juan Carlos Moreno-Garcia, L'Égypte des pharaons - De Narmer à Dioclétien, Paris, éditions Belin, coll. « Mondes anciens », (ISBN 978-2-7011-6491-5), chap. 7 (« Reines du Sud contre marchands du Nord : Thèbes, Avaris et Kerma (1750-1504) »)