Khiamien

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Le Khiamien — inspiré du nom du site archéologique El Khiam près du village de Khiam proches de la mer Morte — est une période du Néolithique du Proche-Orient. Il marque la transition entre le Natoufien et le Néolithique dit PPNA (« pre-pottery neolithic A »). Selon les sources, le Khamien se situe entre environ et [1] ou entre et [2].

Une période intermédiaire[modifier | modifier le code]

Dans le Levant Sud, la période dénommée PPNA par Kathleen Kenyon en 1957 succède au Natoufien[3]. Du Natoufien, le PPNA hérite notamment des maisons rondes ou ovales aux murs de pierre, de pisé ou de briques. Néanmoins, de nouvelles recherches (notamment des datations par C14) mettent en lumière divers éléments jusque là ignorés et démontrent que, dans la partie centrale du Levant Sud, se développent plusieurs cultures dont le Sultanien et le Khiamien[4].

Le terme « Khiamien », d'abord appelé « Natoufien IV » par Jean Perrot pour définir un « épinatoufien »[5], est utilisé pour caractériser le niveau IV du site d'El-Khiam[6] et définit une phase intermédiaire entre le Natoufien final et le Tahounien. Quand au terme « épinatoufien », il est utilisé par Marie-Claire Cauvin pour désigner les industries de flèches à encoches – appelées « Pointes d'El-Khiam » par Joaquín González Echegaray[7] – qui apparaissent juste après le Natoufien[8].

En , jugeant le critère culturel insuffisant pour une délimitation temporelle précise, Ofer Bar-Yosef, suggère une définition préliminaire du Khiamien se basant sur l'industrie lithique propre à cette époque où des lames de dimensions plus grandes apparaissent et où le nombre de perçoirs augmente au détriment des lamelles à dos et des segments propre à l'industrie microlithique du Natoufien. La pointe d'El-Khiam apparaît également. Pour Ofer Bar-Yosef, le Khiamien, géographiquement centré en actuelle Cisjordanie dans la moyenne et basse vallée du Jourdain, précède le Sultanien[9].

À la lumière de nouvelles datations au C14 et sur base des propositions de Ofer Bar-Yosef reconsidérées à l'échelle du Levant, Jacques Cauvin et Marie-Claire Cauvin, situent le Khiamien à la fin du IXe millénaire av. J.‑C. et lui attribuent la fonction de transition entre le Natoufien et le PPNA (Sultanien). Les sites à pointes d'El-Khiam en Palestine sont attribués au Khiamien et, géographiquement, il s'étend du delta du Nil au Moyen-Euphrate[10]. Les principaux site archéologiques relatifs au Khiamien sont Muryebet IB et II, Salibiyah IX et Hatoulah[1].

Caractéristiques principales du Khiamien[modifier | modifier le code]

Tant d'un point de vue architectural, climatique que du mode de production, la plupart des caractéristiques de la période natoufienne se prolongent au Khiamien[11]. Les changements, sont marqués par une nouvelle production lithique, par une légère évolution des habitations et par l'arrivée de la « Révolution des symboles ».

Le mode de subsistance[modifier | modifier le code]

Pointe d'el Khiam à encoches proximales et base tronquée. Site PPNB de Nahal Hemar, Israël.

Même si les premières expériences agricoles semblent avoir lieu dans les alentours du Jourdain durant le Khiamien [12] ou même un peu avant[13], la chasse et, dans une moindre mesure, la pêche sont, par rapport au Natoufien, toujours les modes d’acquisition des denrées animales. Il s'agit d'une « petite chasse » composée d'oiseaux et sans doute de gros rongeurs et de hérissons[14]. Pourtant l’armement en pierre se transforme et l'on voit apparaître de nouvelles pointes de flèches, qui reflètent probablement de nouveaux modes de chasse : les pointes d'El-Khiam[11].

C'est à El-Khiam que sont découvertes les plus anciennes pointes de flèches en silex à encoches latérales, dites « pointes d’el Khiam ». Ces pointes constituent le fossile directeur de cette culture. Elles ont été découvertes dans des sites d'Israël, de Jordanie (Azraq), du Sinaï (Abu Madi), du Moyen-Euphrate (Mureybet)[1]. Ces pointes sont classées en deux types distincts : les pointes à base concave ou les pointes à base rectiligne retouchée. Elles sont caractérisées par trois critères : elles comportent toutes une paire d'encoches proximales[Note 1], elles ont une base tronquée et les bases ont des retouches abruptes ou semi-abruptes[Note 2],[17].

L'habitation[modifier | modifier le code]

Durant le Natoufien, apparaissent les villages pré-agricoles sédentaires. On y décèle encore aucun indice de production de subsistance mais quelques animaux comme le chien y sont domestiqués. Les habitations du Khiamien (et plus spécialement à Mureybet II et Abu Madi), sont proches de celles du Natoufien, rondes ou ovales mais, cette fois, construites au niveau du sol, elles ne sont plus systématiquement enterrées comme précédemment. Ce qui implique la création d'une « terre à bâtir » afin de cimenter les pierres de construction, le pisé ou les briques des murs[18].

La révolution des symboles[modifier | modifier le code]

C'est au Khiamien que l'historien Jacques Cauvin attribue ce qu'il appelle la « Révolution des symboles ». Il y constate l'apparition de figurines féminines (El Khiam, Salibiyah IX, Gilgal, Nahal Oren, Mureybet II, puis Mureybet III A entre et ) et de crânes d'aurochs enfouis dans les maisons à Mureybet. Ces figurines mises en relation avec, notamment, les trouvailles relatives à des périodes ultérieures comme le IIVe millénaire av. J.‑C. à Çatal Höyük, le poussent à en déduire l'émergence d'un culte de la Femme et du Taureau, sorte d'idéologie unique observable sous diverses expressions à travers tout le Néolithique du Proche-Orient. L'agriculture n'étant pas encore pratiquée à cette époque, la Déesse représentée par ces figurines ne serait donc pas à l'origine une divinité agraire. Quand au Taureau, rarement considéré comme un gibier à l'époque, qui représente un pendant masculin, est économiquement neutre.

Pour Jacques Cauvin, l'arrivée de ces nouveaux symboles sont les indices d'une nouvelle perspective des rapports qui existent entre l'homme et la nature. Perspectives qui amènent lentement les habitants du Khiamien vers le Néolithique[19].

Cependant, cette vision des choses est contre-argumentée par l'historien Alain Testart par le fait que des figurines représentant des femmes sont observables pour toutes les périodes de l'histoire humaine. Les femmes sont représentées depuis les premiers âges de l'homme jusqu'à nos jours sans qu'elles soient pour autant considérées comme des divinités[20]. Alain Testart remarque, par ailleurs, que le taureau se trouve toujours en position dominée et n’évoque en rien l’idée d’un « dieu-taureau ». Prenant pour exemple des études ethnographiques des communautés actuelles, l'historien démontre que le taureau est souvent considéré comme animal sacrificiel. Et donc, dans l'hypothèse où ces figurines représentent effectivement une déesse proche des animaux, il voit, tout au plus dans ces objets, un témoignage de la domination que l'humain commence à exercer sur la nature[21].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme « proximal » est une des trois positions qui désignent l'emplacement d'un débitage sur un objet orientable (telle une pointe de flèche, une tête de lance, un grattoir oblong ... ) en fonction d'une orientation conventionnelle (par exemple, la pointe vers le haut). Il existe trois positions : « proximal » pour designer la base de l'objet, « mésial » pour designer le milieu de l'objet et « distal » pour désigner le haut de l'objet. Cela est d'habitude complété par « gauche » ou « droit » (par exemple, « distal gauche », « mésial droit », ...). Mais en l'absence de cette dernière spécification, le débitage est situé des deux côtés. Si l'objet n'est pas orientable, ces trois localisations ne peuvent être utilisées[15].
  2. Les termes « abrupte » et « semi-abrupte » qualifient le degré d'inclinaison du tranchant retouché d'un outil de pierre. Il en existe quatre stades : abrupt (presque à 90°), abrupt croisé, semi-abrupt (environ 45°) et rasant (à l'angle très aigu, proche de 10°)[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Jacques Cauvin 1998, p. 43.
  2. Olivier Aurenche (dir.), Jacques Cauvin, Marie-Claire Cauvin, Lorraine Copeland et Paul Sanla Ville, Atlas des sites du proche orient (14000-5700 BP), Lyon - Paris, Maison de l'Orient et de la Méditerranée, , 292 p. (ISBN 9782903264390, lire en ligne), p. 19
  3. (en) Kathleen M. Kenyon, Digging up Jericho : the results of the Jericho excavations, 1952-1956, Praeger, , 272 p., p. 51
  4. Samzun Anaïck, Ronen A., Philibert Denise, Lechevallier Monique 1989, p. 1.
  5. Jean Perrot, « La terrasse ďel-Khiam. », dans René Neuville, Le Paléolithique et le Mésolithique du désert de Judée,, vol. 24, Paris, Masson, , 270 p., p. 134-178
  6. Joaquín González Echegaray 1966, p. 49.
  7. Joaquín González Echegaray 1966, p. 63.
  8. Marie-Claire Cauvin 1977, p. 317.
  9. (en) Ofer Bar-Yosef, « The « Pre Pottery Neolithic » Period in the southern Levant », dans Salanville P. et Jacques Cauvin, Préhistoire du Levant, Paris, CNRS, , 14 p., p. 562
  10. Jacques Cauvin et Marie-Claire Cauvin, « Origines de l'agriculture au Levant. Facteurs biologiques et socio-culturels. », dans The Hilly Flanks and beyond : essays on the prehistory of southwestern Asia, Chicago, BRAIDWOOD (R.J.), , p. 43-55
  11. a et b Gaëlle Le Dosseur, « Les objets en matière osseuse au Levant sud du treizième au quatrième millénaire », sur Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, (consulté le 16 novembre 2016), p. 23-46
  12. Jacques Cauvin 1998, p. 88.
  13. Olivier Aurenche et Éric Coqueugniot, « La révolution des symboles et l'évolution des idées », dans Éric Coqueugniot, Olivier Aurenche, Paléorient, t. 37.1, Paris, CNRS, , p. 11
  14. Helmer Daniel, Roitel Valérie, Sana Segui Maria et Willcox George, « Interprétations environnementales des données archéozoologiques et archéobotaniques en Syrie du Nord de 16000 BP à 7000 BP, et les débuts de la domestication des plantes et des animaux. », dans Jean Pouilloux, Espace naturel, espace habité en Syrie du Nord (10e 2e millénaires av. J.-C.) / Natural Space, inhabited Space in Northern Syria (10th 2nd millennium B.C.). : Actes du colloque tenu à l'Université Laval (Québec) du 5 au 7 mai 1997., Lyon, Maison de l'Orient et de la Méditerranée, (lire en ligne), p. 24
  15. M.-L. Inizan, M. Reduron, H. Roche, J. Tixier 1998, p. 150.
  16. M.-L. Inizan, M. Reduron, H. Roche, J. Tixier 1998, p. 148.
  17. Marie-Claire Cauvin 1977, p. 136.
  18. Jacques Cauvin 1998, p. 44.
  19. Jacques Cauvin 1998, p. 50.
  20. « La déesse et le grain », sur www.alaintestart.com (consulté le 16 novembre 2016)
  21. Testart Alain, « Interprétation symbolique et interprétation religieuse en archéologie. L’exemple du taureau à Çatal Höyük. », dans Paléorient, vol. 32, CNRS, (lire en ligne), p. 39

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Cauvin, Naissance des divinités, naissance de l'agriculture : La révolution des symboles au néolithique, Flammarion, coll. « Champs », , 310 p. (ISBN 978-2080814067)
  • Samzun Anaïck, Ronen A., Philibert Denise et Lechevallier Monique, « Une Occupation khiamienne et sultanienne à Hatoula (Israël) ? », dans Paléorient, vol. 15, t. 1, (lire en ligne)
  • (es) Joaquín González Echegaray, Excavaciones en la terraza de "El Khiam" (Jordania) : Los niveles meso-neoliticos, estudio de la fauna, flora y analisis de las tierras del yacimiento, vol. V, t. II, Madrid, coll. « Bibliotheca Præhistorica Hispana », (lire en ligne)
  • Marie-Claire Cauvin, « Flèches à encoches de Syrie : essai de classification et d'interprétation culturelle. », dans Paléorient, vol. 2, t. 2, , 14 p. (lire en ligne)
  • M.-L. Inizan, M. Reduron, H. Roche et J. Tixier, Technologie de la pierre taillée, t. 4, Meudon, Cercle de Recherches et d’Études Préhistoriques, , 199 p. (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]