Affaire Thalamas

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L’Affaire Thalamas fait référence à une manifestation des Camelots du roi, branche militante de l’Action française, contre le cours du professeur Amédée Thalamas portant sur Jeanne d'Arc, à la Sorbonne.

Prémices[modifier | modifier le code]

Caricature par Henry Somm (1904).

La première intervention des royalistes se situe en novembre 1904 au lycée Condorcet après un cours d'histoire d'Amédée Thalamas qui portait sur la mémoire de Jeanne d’Arc.

Ce cours faisait suite à la publication de son livre intitulé Jeanne d’Arc, l’histoire et la légende[1] qui exposait d'une manière jugée « positiviste »[réf. nécessaire] la vie de la Pucelle d'Orléans.

Une campagne de presse et une campagne d’opinion très violentes obligèrent le gouvernement à déplacer l’enseignant au lycée Charlemagne après la réception d'un blâme de Joseph Chaumié alors ministre de l'Instruction publique.

L'affaire donna prétexte à un duel entre Paul Déroulède et Jean Jaurès, en , qui fut sans succès.

Thalamas à la Sorbonne[modifier | modifier le code]

Thalamas ne possédant pas de titre de docteur ès lettres, le Conseil des professeurs de la Faculté de Lettres, présidé par le doyen, Alfred Croiset, l'avait autorisé en novembre 1908 à l'ouverture d'un cours libre, hebdomadaire, sur la Pédagogie de l’Histoire pour l'hiver 1908-1909. Ce cours était scindé en douze petits cours.

Après la nomination de Thalamas à la Sorbonne, les Camelots du roi dirigés par Maxime Real del Sarte interrompent chaque mercredi le cours d'Amédée Thalamas, parfois avec violence :

  • lors du premier cours, le 2 décembre 1908, étudiants et camelots envahissent l'amphithéâtre Michelet et mènent un tapage d'enfer. Maxime Real del Sarte inflige à Thalamas une paire de gifles. Celui-ci s'enfuit ; les jeunes gens quittent la salle, se répandent sur le boulevard Saint-Michel, rompent les barrages de la police, franchissent la Seine, et arrivent à la statue de Jeanne d'Arc, où ils déposent une gerbe de fleurs ;
  • Les 9 et 16 décembre, même manifestations ;
  • Le 23, voulant réhabiliter Jeanne d'Arc, Maurice Pujo entreprend de lui consacrer un cours libre en pleine Sorbonne, au sein de l'amphithéâtre Guizot, et trace devant ses auditeurs un tableau historique. Il compare ainsi l'état de la France au XVe siècle avec celui de son temps :
« Les discordes civiles avaient amené le règne de l'étranger. La France souffrait parce que le pouvoir était disputé et l'autorité traditionnelle du chef contestée. Le jour où Jeanne d'Arc rendit au Roi son autorité, la France fut sauvée. Dans le désordre matériel, au milieu des dissensions des partis, Jeanne d'Arc, inspirée de Dieu, a compris, a senti plutôt qu'il fallait un acte, un acte de volonté simple et allant droit à un objet plus haut que ceux que se proposent ses contemporains. Jeanne d'Arc n'est rien qu'une petite paysanne, sans force, sans crédit, mais elle sait ce qu'elle veut, et ce qu'elle veut est conforme à la volonté de toutes les générations de France pendant cinq siècles d'histoire, conforme à la volonté de ses ancêtres et des nôtres. Pour la France, elle veut le Roi légitime[réf. nécessaire]. »

Il avait terminé quand un officier de paix, suivi d'un capitaine de la Garde et d'une file de soldats, lui demanda de sortir. Les auditeurs se dispersèrent sans incidents.

L'affaire Thalamas a suscité des réactions passionnées ; les camps thalamistes et antithalamistes se sont confrontés à nouveau en 1909 à l'occasion de la nomination de Thalamas à la Sorbonne. Cet épisode s'inscrit dans une période de « mythification » de Jeanne d'Arc dans les milieux nationalistes français ; il s'agit de l'un des premiers coup d'éclat des Camelots du Roi.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nadia Margolis, « La chevauchée solitaire du professeur Thalamas : rationalistes et réactionnaires dans l'historiographie johannique (1904-1945) », Bulletin de l'association des amis du Centre Jeanne d'Arc, no 15, 1991, p. 7-28.
  • Anne Rasmussen, « L'affaire Thalamas », L'Histoire, no 210, mai 1997, p. 62.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Amédée Thalamas, Jeanne d’Arc, l’histoire et la légende, Paris, P. Paclot, 1904.