Marie-Claude Vaillant-Couturier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Couturier.
Marie-Claude Vaillant-Couturier
Fonctions
Parlementaire français
Député 1945-1958
puis 1967-1973
Élection Élections législatives françaises de 1945
Gouvernement Quatrième République-Cinquième République
Groupe politique PCF
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Paris
Date de décès (84 ans)
Père Lucien Vogel
Fratrie Nadine Vogel Nicolas Vogel[réf. nécessaire]
Conjoint Paul Vaillant-Couturier
Pierre Villon
Résidence Seine
puis Val-de-Marne

Marie-Claude Vaillant-Couturier, née Marie-Claude Vogel, est une femme politique française, communiste, résistante née le à Paris et décédée le à Paris. Originaire d'un milieu bourgeois et artiste, elle devient militante communiste et travaille au journal L'Humanité comme reporter-photographe. Engagée dans la Résistance, elle est déportée à Auschwitz en 1943 puis transférée à Ravensbrück, camp où elle reste plusieurs semaines après sa libération afin d'aider des malades intransportables. Elle est élue députée communiste de 1945 à 1958 puis de 1967 à 1973.

Elle a été l'épouse de Paul Vaillant-Couturier, puis de Pierre Villon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales et vie avant la guerre[modifier | modifier le code]

Marie-Claude Vaillant-Couturier naît le 3 novembre 1912 à Paris. Elle est élevée dans le 6e arrondissement de Paris, dans un milieu « à la fois bourgeois et libéral, artiste et même un peu bohème[1]. » Son père, Lucien Vogel, éditeur, crée la Gazette du Bon Ton l'année de sa naissance, puis le magazine Vu plus tard ; sa mère, Cosette Vogel est la sœur du créateur de Babar, Jean de Brunhoff[1] et de Michel de Brunhoff, homme de presse. Elle est la première rédactrice en chef de l'édition française de Vogue. Le grand-père de Marie-Claude Vaillant-Couturier est Hermann Vogel dessinateur et illustrateur. Sa sœur, Nadine Vogel, sera connue comme actrice[1].

Après son baccalauréat, Marie-Claude Vaillant-Couturier suit pendant un an des cours d'art décoratif puis devient reporter-photographe[1].À cette époque ce métier est masculin, ce qui lui vaut le surnom de « la dame au Rolleiflex »[Où ?]. Elle adhère en 1934 à la Jeunesse communiste et participe à la fondation, en 1936, de l’Union des jeunes filles de France. Elle épouse en septembre 1937 Paul Vaillant-Couturier, fondateur de l'Association républicaine des anciens combattants, député communiste et rédacteur en chef de L'Humanité[1]. Il meurt en 1937[1]. Elle se remariera en 1949 avec Pierre Villon dont elle adoptera le fils.

Elle entre en 1938 sur recommandation du Bureau Politique[réf. nécessaire] au service photo de l'Humanité[1] ; elle en prend ensuite la responsabilité, et côtoie alors Gabriel Péri et Georges Cogniot. Attachée à l'équipe de Vu, photographe, mais aussi germaniste, elle est désignée pour participer, avec d'autres, à une enquête en Allemagne sur la montée du national-socialisme. C'est lors de ce voyage en 1933, deux mois après l’accession d’Hitler au pouvoir, qu'elle réalise clandestinement les clichés des camps d'Oranienburg et de Dachau, publiés à son retour en France. Elle effectue également pour Regards quelques reportages, notamment sur les Brigades internationales. L'interdiction de l'Humanité, en septembre 1939, la contraint à changer d’activités.

Résistante et déportée[modifier | modifier le code]

Elle s’engage dans la Résistance et participe à des publications clandestines : tracts, l'Université Libre (1er numéro en novembre 1940) ; pamphlet de Georges Politzer contre « Sang et Or », qui présente les thèses du théoricien nazi Alfred Rosenberg (novembre 1941) ; édition de l'Humanité clandestine aux côtés de Pierre Ginsburger dit Villon. Elle assure la liaison entre résistance civile (Comité des Intellectuels du Front National de lutte pour l'Indépendance de la France) et militaire (OS, plus tard FTPF), et transporte même des explosifs.

Elle est arrêtée par la police de Philippe Pétain[2] le dans une « souricière » tendue chez une femme à qui elle apporte de la nourriture pour une prisonnière : une affaire donc éloignée de ses principales activités dans la Résistance, mais un inspecteur des Renseignements généraux la reconnait car il l'a vue en compagnie d'une résistante qu'il surveillait : Madeleine Laffitte, qui fait comme elle partie du groupe Politzer[1]. Elle est identifiée mais refuse de donner son adresse[1].

Elle est internée jusqu'au 15 février au Dépôt de la Préfecture, et le 20 mars, placée au secret à la Santé : elle y reste jusqu'au mois d'août puis est transférée au Fort de Romainville[1].

Elle est déportée à Auschwitz-Birkenau via le camp d’internement de Compiègne par le convoi du , dit convoi des « 31 000 » [3]. Singulier par sa composition, ce convoi de 230 femmes, résistantes, communistes, gaullistes épouses de résistants, s'illustre en entonnant La Marseillaise en franchissant l'entrée du camp de Birkenau ; 49 de ces 230 femmes seulement reviendront des camps après-guerre. Marie-Claude Vaillant-Couturier s'y voit tatouer le numéro 31 685[1]. Comme elle parle allemand, en février Danielle Casanova, déportée par le même convoi et qui, dentiste de profession, s'occupe du cabinet dentaire du camp, lui obtient une place de secrétaire au revier (quartier des malades) des prisonnières allemandes[1]. Elle est atteinte du typhus au début du mois de mars et n'en guérit qu'en mai, elle perd alors sa place au revier et obtient un poste de nettoyeuse au département de cuisine diététique[1]. Ce département n'existe à Auschwitz que pour sauver les apparences et faire croire qu'il s'agit d'une prison normale, mais cette place va permettre à Vaillant-Couturier d'être un peu mieux nourrie[1].

Transférée à Ravensbrück en août 1944, elle est affectée à des travaux de terrassement, puis elle a de nouveau un emploi de secrétaire[1]. Lorsque les déportées Nuit et brouillard sont transférées de Ravensbrück à Mauthausen, elle falsifie un livre d'appel pour ne pas faire partie du transfert et rester auprès des malades du revier. Le 23 avril 1945, la Croix-Rouge emmène les malades françaises, belges et luxembourgeoises qui sont transportables, les autres devant faire partie d'un transfert le 27 avril, ce qui sera impossible, les routes étant coupées. Après le départ des nazis le 28 avril, s'apercevant que beaucoup de Français se trouvent parmi les hommes transférés d'autres camps à Ravensbrück, Marie-Claude Vaillant-Couturier et Adélaïde Hautval, médecin déportée par le même convoi du 24 janvier 1943, se chargent d'administrer le camp[1]. Elles y restent après sa libération le 30 avril 1945 par l’Armée rouge, jusqu'à ce que tous les malades français aient été évacués, aidant le personnel médical à les identifier pour leur rapatriement[1]. Sous la plume de Rémy Roure, dans Le Monde du 16 juin 1945, on lit : « Chaque jour, cette magnifique Française parcourt les blocs, relève les courages, donne de l'espoir qui n'est souvent que de l'illusion. Le mot de sainteté vient à l'esprit quand on voit cette grande sœur de charité auprès de ces hommes et ces femmes qui meurent chaque jour ».

Marie-Claude Vaillant-Couturier rentre finalement en France le 25 juin 1945[1]. Sa réadaptation à la vie normale après Auschwitz est un peu moins difficile que pour d'autres déportées : elle retrouve toute sa famille, notamment son futur mari Pierre Villon qui a réussi à s'échapper après avoir été arrêté[1]. Elle est homologuée commandant dans la R.I.F[Quoi ?][1].

Engagement politique et social[modifier | modifier le code]

Siégeant à l'Assemblée consultative provisoire, elle est élue aux deux Assemblées constituantes en 1945 et 1946. Elle est députée PCF de la Seine de 1946 à 1958 et de 1962 à 1967), puis du Val-de-Marne jusqu'en 1973. Elle exerce à deux reprises (1956-1958 et 1967-1968), la fonction de vice-présidente de l'Assemblée nationale, dont elle devient vice-présidente honoraire.

En 1946, elle est élue secrétaire générale de la Fédération démocratique internationale des femmes et, en 1979, vice-présidente de l'Union des femmes françaises (aujourd’hui Femmes Solidaires). Elle dépose notamment des projets de lois pour l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Elle milite également au Mouvement de la paix.

En 1951, aux audiences du procès opposant le journal Les Lettres françaises (à l'époque proche du PCF) à David Rousset après que ce dernier a été traité de « trotskyste falsificateur » par ce journal (à la suite de la comparaison par David Rousset du Goulag avec le système concentrationnaire), Marie-Claude Vaillant-Couturier déclare « Je considère le système pénitentiaire soviétique comme indiscutablement le plus souhaitable dans le monde entier[4] ».

Membre dirigeante de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes depuis sa création en 1945, elle en devient ensuite vice-présidente, puis coprésidente en 1978. Elle est également une des premières animatrices de l’amicale d’Auschwitz.

Témoin de l'accusation au procès de Nuremberg en 1946, elle dira plus tard : « En racontant les souffrances de ceux qui ne pouvaient plus parler, j'avais le sentiment que, par ma bouche, ceux qu'ils avaient torturés, exterminés, accusaient leurs bourreaux ». Elle revient cependant de ce procès « choquée, inquiète », « exaspérée par la procédure », insatisfaite, déplorant notamment l’absence, sur le banc des accusés, des dirigeants des firmes Krupp, Siemens, IG Farben, firmes qui avaient largement participé à l’exploitation économique des déportés. Mais malgré ces insuffisances, elle soulignera plus tard combien la définition du crime contre l'humanité était « un progrès pour la conscience humaine ». Lors de son témoignage face aux criminels nazis, elle marchera vers eux, à la stupéfaction de la salle, pour les regarder droit dans les yeux, de très près[5].

En 1964, Paul Rassinier, figure importante du révisionnisme, contestant le verdict du procès, l'accuse nommément d’avoir survécu en dépouillant ses compagnes. Il s'ensuit un procès où Marie-Claude Vaillant-Couturier se constitue partie civile et où Geneviève de Gaulle-Anthonioz déclare à la barre des témoins « je l'ai connue dans les locaux de l'infirmerie où nous l'avions fait entrer, non pas pour la planquer, mais parce que nous avions besoin de camarades courageuses et parlant allemand. […] Lorsque nous remettions cette ration de pain prélevée sur notre propre ration, cette ampoule, nous savions qu'elle serait bien remise à celle qui en aurait le plus besoin et sans aucune appréciation politique… Je connais peu de femmes aussi courageuses que Marie-Claude, qui a toujours donné le sentiment que sa propre vie n'était rien sinon d'être au service de ses camarades ». Le gérant de Rivarol et Rassinier sont condamnés.

Au cours du mois de décembre de cette même année 1964, elle défend devant l’Assemblée nationale la notion d’imprescriptibilité des crimes contre l’Humanité, ouvrant ainsi la voie à la ratification par la France en 1968, de la convention de l’ONU sur l’imprescriptibilité de ces crimes.

En 1987, elle est appelée par toutes les parties civiles à témoigner contre Klaus Barbie. Lors de la création de la Fondation pour la mémoire de la déportation, en 1990, elle en est désignée unanimement présidente, puis présidente d'honneur jusqu’à son décès le 11 décembre 1996.

Chevalier de la Légion d'honneur depuis le 20 décembre 1945, promue officier en 1981, puis commandeur en 1995, elle est également titulaire de la croix de combattante volontaire de la Résistance et de décorations étrangères comme la croix de Guerre tchécoslovaque.

En 2009, la place Marie-Claude-Vaillant-Couturier, située dans le 4e arrondissement de Paris, est inaugurée en son honneur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t Delbo, p. 281-283.
  2. (en) Déclaration de Marie-Claude Vaillant-Couturier à Nuremberg, Nuremberg Trial Proceedings Vol. 6 (sur le site de l'Université Yale)
  3. Mémorial des déportés de France au titre de la répression, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, 2004
  4. Jean Sévilla, Le Terrorisme intellectuel, Paris, Perrin, 2004, (ISBN 978-2-262-02149-8), p.29
  5. « Les grandes batailles, le procès de Nuremberg », document de M. de Turenne.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Benoît Cazenave, Marie-Claude Vaillant-Couturier, in Hier war das Ganze Europa, Fondation des mémoriaux brandebourgeois, Éditions Metropol Verlag, Berlin 2004.
  • Dominique Durand, Marie-Claude Vaillant-Couturier, une femme engagée, du PCF au procès de Nuremberg, Biographie, Éditions Balland, 2012.
  • Charlotte Delbo, Le Convoi du 24 janvier, Éditions de Minuit,‎ 1965 (réédité en 2002), 304 p. (ISBN 2-7073-1638-5)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]