Abbaye Notre-Dame de Boquen

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Abbaye Notre-Dame de Boquen
image de l'abbaye
Vue générale de l'église abbatiale

Diocèse Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier
Patronage Notre-Dame
Numéro d'ordre (selon Janauschek) CXVIII[1]
Fondation 1137
Dissolution 1791-1936 puis 1973
Abbaye-mère Abbaye de Bégard (1137-1790)
Abbaye de Tamié (1937-1973)
Lignée de Abbaye de Cîteaux
Abbayes-filles Aucune
Congrégation Ordre cistercien (1137-1790)
Ordre cistercien (1937-1973)
Sœurs de Bethléem (1973-2011)
Chemin Neuf (2011-actuellement)
Période ou style Roman
Protection Logo monument historique Classé MH (1938)[2]

Coordonnées 48° 19′ 06″ nord, 2° 26′ 46″ ouest[3]
Pays Drapeau de la France France
Région historique Duché de Bretagne
Département Côtes-d'Armor
Commune Plénée-Jugon
Site http://www.chemin-neuf.fr/annuaire/france/ouest/abbaye-de-boquen

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Abbaye Notre-Dame de Boquen

L'abbaye Notre-Dame de Boquen, située à l'orée de la forêt de Plénée-Jugon (Côtes-d'Armor), est une ancienne abbaye cistercienne, fondée au XIIe siècle, supprimée à la Révolution française, restaurée à partir de 1936, et desservie, depuis, par plusieurs communautés religieuses. Elle a été classée Monument historique en 1938[2].

Historique[modifier | modifier le code]

La nef.
La salle capitulaire.

L'abbaye de Boquen fut fondée en 1137 par Olivier II de Dinan et son épouse Agnorie de Penthièvre pour une petite colonie de moines issus de l'abbaye de Bégard (Côtes-d'Armor) et dirigés par un certain Adonias qui en fut le premier abbé. Boquen eut a sa tête dix-sept abbés réguliers, d'Adonias jusqu'à Normand Baudre, élu en 1483, et quinze abbés commendataires, de Christophe de La Moussaye en 1494 à Joseph-Mathurin Le Mintier de 1757 à 1790.

Le territoire administré par l'abbaye s'articulait autour de quatre grandes exploitations agricoles appelées granges : à Plénée, Sévignac, Broons et Saint-Gouéno. Mais les possessions des moines s'étendaient sur un territoire plus vaste, avec des pêcheries à Morieux, des maisons de ville à Dinan, Moncontour et Broons, des fermes à Collinée, au Gouray et à Saint-Jacut-du-Mené. Les religieux de Boquen interviennent sur ce vaste territoire au moins jusqu'au XVIe siècle. Après, ils se font confisquer leurs biens, surtout par les familles nobles des environs, les mêmes qui, quatre siècles plus tôt, avaient contribué à leur enrichissement.

L'abbaye fut vendue comme bien national pendant la Révolution. Le dernier prieur de Boquen, Louis Josse, prêta le serment constitutionnel et acheta l'abbaye et ses terres, soit 33 hectares, le , pour 31 000 livres.

Le presbytère de l'église abbatiale, reconstruit sous l'impulsion de dom Alexis Presse à partir de 1936, abrite la dépouille mortelle du prince Gilles de Bretagne (1420-1450), frère des ducs François Ier et Pierre II, assassiné au château de la Hardouinaye le 25 avril 1450. Un gisant en chêne, à son effigie, couvrait autrefois sa sépulture ; il est aujourd'hui conservé au musée d'art et d'histoire de Saint-Brieuc.

Liste des abbés[modifier | modifier le code]

Abbés réguliers[modifier | modifier le code]

Abbés commendataires[modifier | modifier le code]

  • 1494 - 1521 : Christophe de la Moussaye
  • 1522 : Guillaume III de Kersal
  • 1529 - 1537 : Jean de la Motte
  • 1538 - 1546 : Guillaume IV Eder
  • 1546 - 1582 : Maurice de Commacre
  •  ? : Sansom Bernard
  •  ? : Bertrand de Goyon
  •  ? : Mathurin Tardivel
  •  ? : Jean Bouan
  •  ? : Jean Gillet
  • 1615 1653 : Olivier Frottet
  • 1653 - 1680 : Urbain d'Espinay
  • 1682 : Philippe Jean Le Chapellier de Mauron
  • 1723 - 1757 : Jacques de Durras
  • 1757 - 1790 : Joseph Mathurin Le Mintier

Deux supérieurs de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Au XXe siècle, deux supérieurs ont particulièrement marqué la vie de l'abbaye :

Dom Alexis Presse (1883-1965), moine profès de Timadeuc (Morbihan), docteur en Droit canonique, abbé de Tamié (Savoie) de 1925 à 1936, démis en 1936[4], qui s'installe à Boquen, seul d'abord, le . Rejoint par quelques frères, il restaure peu à peu la vie monastique dans l'ancien monastère, reconstruisant une grande partie des bâtiments ruinés et envahis par la végétation. L'église abbatiale, entièrement restaurée, est reconsacrée en août 1965. Dom Alexis meurt le et est inhumé dans la première chapelle du transept sud de l'église.

Le père Bernard Besret, nommé prieur en 1964 (à 29 ans). Expert (« latin : ») lors du concile Vatican II, il fait d'abord de l'abbaye de Boquen une sorte de laboratoire pour la réforme de la vie monastique, prônant une ouverture sans limites sur le monde, au détriment des règles traditionnelles de l'Ordre de Cîteaux et des dogmes professés par l'Église catholique. Pendant les années 1965-1975, l'abbaye, peu à peu abandonnée par ses moines, se transforme en un lieu d'agitation et d'échanges entre chrétiens « en recherche » et laïcs (hommes et femmes) de toutes opinions religieuses et philosophiques. Désapprouvé par sa hiérarchie, Bernard Besret est démis de ses fonctions de prieur en octobre 1969. Lui succède, au mois de novembre de la même année, le père Guy Luzsénszky (1909-1994), d'origine hongroise, moine de l'abbaye de Lérins (Alpes-Maritimes), qui ne tarde pas à faire siennes les idées du prieur destitué. La communauté monastique (inexistante depuis plusieurs années) est officiellement dissoute le . Bernard Besret, qui s'est, entre-temps, déclaré franc-maçon (Grand Orient de France), quitte définitivement le monastère en 1974 pour se reconvertir à la vie civile[5].

L'histoire récente de l'abbaye[modifier | modifier le code]

De 1976 à 2011, l'abbaye fut confiée aux Sœurs de Bethléem. En 2010, en accord avec l'évêque du diocèse, ces dernières ont proposé à la Communauté du Chemin Neuf de reprendre le service de prière qu'elles ne pouvaient plus assumer. La Communauté du Chemin Neuf a donc pris possession des lieux le 1er janvier 2011[6],[7],[8].

État actuel de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Malgré les destructions, l’abbaye possède encore des éléments médiévaux.

L’église abbatiale[modifier | modifier le code]

L’abbatiale,  élevée pendant le dernier quart du XIIe siècle[9], est en croix latine surmontée d’une flèche de charpente à la croisée. Le chevet plat flanqué de chaque côté de deux chapelles rectangulaires est typique de l’architecture cistercienne[9],[10]. Elle fait une cinquante mètres de longueur sur sept mètres de large[11].

La façade ouest, entièrement construite en grand appareil[10], est scandée par quatre contreforts maçonnés encadrant le portail à quatre voussures en arc brisé (la plus extérieure est décorée de perles) retombant de chaque côté sur deux colonnettes engagées aux chapiteaux à décor végétal. Au dessus, une grande fenêtre centrale repose sur une moulure horizontale qui sépare les deux niveaux. Un petit occulus s’ouvre dans l’axe au niveau du pignon. Des témoignages antérieurs à la restauration (notamment Roger Grand en 1958) laisse à penser qu’à l’origine deux baies supplémentaires s’ouvraient de part et d’autre de la grande fenêtre. Quatre trous de boulins percé dans les contreforts sous la corniche médiane pourraient indiquer l’existence d’un porche en avant de la façade[11].

L’intérieur de l’abbatiale frappe par son dépouillement. Comme pour les édifices du premier âge roman, les murs sont montés en petit appareil, le grand appareil étant réservé aux éléments porteurs[10].

La nef de quatre travées possède trois vaisseaux couverts d'une charpente moderne. La première travée, très longue et réservée aux convers[11], ne possède pas d’ouverture sur les bas-côtés, disposition commune avec l’abbaye du Relec.  Les trois travées suivantes ouvrent sur les bas-côtés par de grands arcs brisés à double rouleaux retombant sur d’épaisses colonnes avec courts chapiteaux décorés de feuillages et bases à griffes. La nef est éclairée de chaque côté par cinq fenêtres hautes de plein cintre, sans moulure. Elles s’ouvrent dans le mur nu, dépourvu de toute animation murale[9]. Les collatéraux, détruits au XVIe siècle, ont été reconstruits au XXe siècle[11].

La croisée du transept était originellement marquée par quatre arcs diaphragmes brisés retombant des piles composées à colonnes engagées ornées de chapiteaux sculptés. Celles côté nef sont jumelées mais les arcs qu’elles portaient ont été supprimés, probablement au XVe siècle lors de la reconstruction du chœur[11]. Chaque bras du transept s’ouvre à l’est sur deux chapelles rectangulaires couvertes d’un berceau brisé, seules parties voûtées de l’édifice[10]

Le chœur gothique à simple vaisseau, bien plus profond que le chœur d’origine, contient le tombeau de Gilles de Bretagne[12],[13]. Il s’achève sur un chevet plat percé d’une baie à remplage.

Les bâtiments de la clôture.[modifier | modifier le code]

L’amarium se dresse contre le mur ouest du transept nord, à l’angle du cloître disparu qui le protégeait des intempéries. Il est formé de trois niches de plein cintre montées sur un mur-bahut, encadrées de part et d’autre par une colonnette engagée à chapiteau sculpté. Chaque niche destinée à recevoir les livres est divisés en trois par deux épaisses tablettes de pierre[13].

Au nord, dans le prolongement du transept se trouve la sacristie[10],[13]. Elle se prolonge par les ruines de la salle capitulaire du XIIe siècle. L’élément le plus remarquable est sa façade côté cloître, formée de deux baies géminées encadrant la porte[14]. Les arcs sont de plein cintre. Les faisceaux de colonnettes reposent sur un mur-bahut et sont ornés de chapiteaux sculptés de motifs végétaux[15]. A l’intérieur le sol est jonché d’éléments de sculpture ainsi que de deux futs de colonnes. Sous la terre et la végétation, le sol de terre cuite d’origine est toujours en place et on peut craindre qu’il ne se détériore faute de protection contre les intempéries[14].

Les autres bâtiments, déjà profondément remaniés aux XVIIe et XVIIIe siècles, ont été fortement restaurés au XXe siècle[13].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Puthod, , 491 p. (lire en ligne), p. 140.
  2. a et b Notice no PA00089413, base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. « Abbaye Notre-Dame de Boquen », sur http://abbaye.du-web.fr, Abbaye du Web (consulté le 5 avril 2013).
  4. Relation des événements de 1936 - Abbaye de Tamié
  5. (en) « Mai 68. Les années de braise de l'ex-moine rouge », Le Télégramme, (consulté le 3 octobre 2011)
  6. « Départ des Sœurs de Boquen et arrivée de la Communauté du Chemin Neuf », Église catholique en France, (consulté le 20 août 2011)
  7. « La communauté du Chemin Neuf à l’abbaye de Boquen », Ouest-France,‎ (ISSN 0999-2138, lire en ligne).
  8. « Chemin Neuf — Célébration de Mgr Moutel, dimanche », Le Télégramme,‎ (ISSN 0751-5928, lire en ligne).
  9. a b et c Marc Déceneux, la Bretagne romane, Éditions Ouest France, , p 107-108
  10. a b c d et e « Patrimoine historique et architectural, Pays de Dinan, LIVRE 5 - l’Époque Féodale. Anne Subet. 2012, Syndicat Mixte du Pays de Dinan. p 28-35-36. », sur pays-de-dinan.fr
  11. a b c d et e « L’Inventaire du Patrimoine culturel en Bretagne : Église abbatiale Notre-Dame, abbaye Notre-Dame de Boquen (Plénée-Jugon) », sur patrimoine.bzh
  12. « L’abbaye de Boquen », sur actu.fr
  13. a b c et d « Abbaye Notre-Dame de BOQUEN (édifices) », sur InfoBretagne
  14. a et b « L’Inventaire du Patrimoine culturel en Bretagne : Salle capitulaire, abbaye Notre-Dame de Boquen (Plénée-Jugon) », sur patrimoine.region-bretagne.fr
  15. « L’Inventaire du Patrimoine culturel en Bretagne : Les chapiteaux de la salle capitulaire de l'abbaye de Boquen », sur patrimoine.region-bretagne.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Aubert, L'abbaye de Boquen, dans Congrès archéologique de France. 107e session. Saint-Brieuc. 1949, Société française d'archéologie, 1950, p. 56-62
  • Collectif, Le message des moines à notre temps. Mélanges offerts à dom Alexis abbé de Boquen, Paris, Fayard, 1958 (articles de Daniel-RopsThomas Merton, dom Jean Leclercq, Louis BouyerBernard BesretGustave ThibonJean Guitton, etc.).
  • Boquen, consécration de l'église abbatiale, 22 août 1965. Hommage à Dom Alexis, 1er novembre 1965, 26 décembre 1883, Rennes, Association de Boquen, 1966.
  • Guy Luzsénszky, Boquen, chronique d'un espoir, Paris, éditions Stock, 1977.
  • Marc Dem, lI faut que Rome soit détruite, Paris, Albin Michel, 1985.
  • François Lancelot, Boquen, 1936-1965. Réponse à une question, s.l. (Bannalec), 1987.
  • Gérard Leroux, « A propos de Boquen », Cîteaux. Commentarii cistercienses, t. 41, 1990.
  • Bernard Besret, Confiteor, Paris, éditions Albin Michel, 1991.
  • Xavier Henry de Villeneuve, Boquen. Dom Alexis Presse, Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1996.
  • Guy Luzsénszky, Quand on a fait tant de chemin… Propos d'un moine de plein vent, Paris, L'Harmattan, 2001.
  • Yvon Tranvouez, « Boquen-Clairvaux et retour : Un projet avorté de refondation monastique (1959-1962) », Revue d'histoire de l'Église de France, 2006, vol. 92, p. 193-220.
  • Béatrice Lebel, Boquen entre utopie et révolution 1965-1976, Rennes, PUR, coll. « Histoire », préface d’Étienne Fouilloux, postface de Bernard Besret, 2015, 394 pages.
  • Frédéric Le Moigne, « Boquen entre utopie et révolution 1965-1976 », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest. Anjou. Maine. Poitou-Charente. Touraine, Presses universitaires de Rennes, nos 123-1,‎ , p. 221-223 (ISBN 978-2-7535-5038-4, ISSN 0399-0826, lire en ligne)
  • Yves Gallet, Abbaye de Boquen, dans Congrès archéologique de France. 173e session. Monuments des Côtes-d'Armor. « Le Beau Moyen-Âge ». 2015, Société française d'archéologie, p. 341-352, (ISBN 978-2-901837-70-1)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]